Petit lexique des sites de rencontres
février 25, 2011
Amitié : relation faite d’échanges sexuels, mais tu fais pas chier si je ne t’appelle pas, on est juste potes.
Baiser : non-acte. On ne baise pas, on fait l’amour.
Carpe diem : locution latine très répandue signifiant que la vie est belle et qu’il faut en profiter sans penser à ses soucis. Ou que son utilisateur ne vous rappellera pas.
Dominateur/trice : qualificatif systématiquement attribué aux personnes qui savent ce qu’elles veulent et le disent. Il faut préciser que le terme n’a souvent rien de péjoratif et est souvent associé à “cuissardes”.
Endroit insolite : lieu où l’on b… fait l’amour.
Femme : objet sacré par excellence, duquel on peut s’écarter sans que rien n’altère l’amour qu’on lui porte.
G : point magique de l’anatomie féminine qui s’il est titillé, fera jouir la femme instantanément. Certaines prétendent qu’il n’existe pas. Il se situe “Là où personne ne l’a trouvé, mais avec moi, tu verras”.
Hargne : mot peu utilisé mais beaucoup pratiqué dans les annonces: n’importe qui pourvu que ce ne soit pas ce s***** ou cette p*** qui a partagé notre vie des années durant.
Intelligence : qualité souvent associée, voire confondue, avec la culture. Toutes deux sont fortement plébissi… plaibisci… plébiçi… demandées chez un potentiel partenaire.
Jalousie : attitude fréquemment rejetée pour annoncer qu’on ne se désinscrira pas du site si on entame une belle et grande histoire d’amour.
Kikou : équivalent de “coucou”, mais en plus hype.
Larme : ce que voudrait être l’internaute de base qui souhaite naître dans tes yeux, vivre sur ta peau et mourir dans ta bouche.
Marié : état civil non précisé, si ce n’est par ceux qui aiment se faire traiter de “salauds” par des chiennes de gardes, nombreuses sur les sites de rencontres.
Nature : l’un des mots préférés des internautes, avec “animaux”.
Obésité : maladie qui frappe instantanément toute femme qui refuse de faire la connaiçensse d’un internaute qui la trouvait pourtant très jolies et manifik.
Partenaire : homme particulier qui cherche partenaire particulière, débloquée pas trop timide et une bonne dose de savoir-faire sur 28% des annonces.
Q : lettre qui fait partie d’un plan, plan dont personne ne veut.
Rire : activité que 94% des internautes aiment pratiquer et tiennent à le préciser.
Sexe : activité que l’internaute ne pratique que dans des endroits insolites, même s’il n’est pas là pour ça.
Travail : activité indispensable si l’on veut avoir un tout petit espoir de contact.
Ubiquité : don de tout internaute qui se respecte. Il veillera toutefois à ne pas confondre les fenêtres de dialogue sous peine de figurer en bonne place sous la lettre H.
Voyage : activité principale de l’internaute bruxellois, qui voit toutefois les choses en plus grand que les quelques kilomètres qui le séparent de la province.
Waaaaaaaah! : onomatopée, expression de surprise à l’ouverture de ma page (ben tiens, j’allais me gêner).
X : film que personne ne regarde.
Yaka : néologisme systématiquement utilisé quand l’internaute apprend que l’objet de sa concupiscence fume ou a quelques kilos de trop.
Zut : pensée profonde de l’internaute qui découvre avec qui il/elle a accepté de boire un verre.
Ca se fume, un Browning M1900?
février 23, 2011
A en croire les médias et bon nombre de personnes, moi et mes semblables sommes de très beaux exemples de ce qu’il ne faut pas faire: fumer, alcooliser nos fêtes plus que de raison, être trop gros.
Nous nous faisons du mal. Personnellement je le sais, je devrais être plus raisonnable. Seulement vous savez quoi? J’ai pas envie. Ou plutôt, j’ai envie d’avoir envie d’être plus raisonnable, mais s’il y a 128378 méthodes pour le devenir, je n’en ai pas encore trouvé pour en avoir envie, vous suivez?
Et donc nous voilà, moi et mes camarades, (au moins) triplement pointés du doigt. Pourtant, je vous assure, à part à ceux qui seront malheureux sans nous et ceux qui ne supportent pas l’idée de nous payer le docteur, nous ne faisons de tort à personne!
Mais je vis dans une société qui a mal à ses finances. Et j’ai beau contribuer à les redresser (puisque je paye des taxes sur tout ce que je consomme), ce n’est visiblement pas suffisant, puisque sans cesse on me dit que je suis un genre de monstre.
Et c’est vrai que ces comportements ont quelque chose d’indécent. Je suis là en train de braire parce que je n’arrive pas à avoir envie d’arrêter de fumer, alors que c’est RIEN à côté de ces banques à sauver, de ces emplois à maintenir (ou à créer), de ce gouvernement à former, de cette terre à préserver…
Alors pour me punir, j’accepte qu’on me fustige. Je veux bien être le bouc émissaire. La bonne conscience des non-fumeurs-buveurs-gros. Grâce à moi, les gens se sentiront sains, bons, beaux chaque matin en allant se payer des vacances low-cost en fabriquant des clopes, de la bouffe, des boissons spiritueuses, des emballages, des sodas, des armes ou des croquettes pour chiens. Et quand je partirai prématurément, ils pourront dire à mes semblables: “tu vois, elle fumait, buvait, était trop grosse”.
C’est pour ça que je vais continuer à appauvrir votre sécurité sociale. Pour votre plus grand bonheur.
Je mérite une statue.
J’ai fait une petite recherche Google et j’ai retrouvé quelques articles sur la polémique concernant la vente d’armes à la Libye.
Une décision prise au nom du sacro-saint travail des ouvriers de notre merveilleuse usine, l’une des plus reconnues au monde (fierté) dans le domaine de la fabrication d’armes.
Et attention, c’est important, un travail, personne ne contestera ça. Mais il y en aurait combien, des gens à recaser, si on fermait cette usine? Pourquoi ceux-là donnent-ils des scrupules à nos décideurs qui ont laissé bien des actionnaires bénéficiaires (y compris de nos aides) en mettre d’autres à la rue? Pourquoi ne se décide-t-on pas à aller chercher le pognon où il se trouve et à faire des choix politiques innovants, nécessaires (dans le non-marchand, entre autres) et créateurs d’emplois?
Alors moi, je vous demande: vous qui vous offusquez volontiers de ce que les JT vous bassinent avec des faits divers ici alors qu’il y a un tas de morts là, vous qui applaudissez ces manifestants qui, bravant les dangers et au péril de leur vie, démontent des dictatures en place, vous qui les pleurez quand ils tombent sous nos balles, vous en pensez quoi, de cette échelle de valeurs qui veut qu’un emploi belge vaut mieux que des morts libyens?
J’étais en voiture, j’ai eu le temps de penser…
février 15, 2011
Ainsi donc, ce matin, la STIB était à l’arrêt. “Encore une agression “, nous disaient ceux qui avaient lancé le mouvement de grève. Bon, bon, bon, me dis-je, c’est vrai, ça commence à bien faire.
Puis ce midi, on apprend qu’en fait d’agression, il s’agit d’une bagarre. Et que l’initiateur de ladite bagarre serait… un employé de la STIB.
Bien sûr, tout ça est à mettre au conditionnel et loin de moi l’idée d’aller commenter des faits dont je n’ai pas connaissance.
Mais ce que je sais, c’est qu’une fois de plus (oui, oui, une fois de plus), des employés d’une de nos sociétés de transport (oui, parce qu’à la SNCB, ça se passe aussi) entament un “mouvement” pour des faits qu’ils ne connaissent pas.
Et ce qui me choque bien au-delà de cette habitude détestable, c’est que des syndicats, militants, politiques ou simples citoyens s’obstinent à soutenir un mouvement en défendant le geste (dont ils n’ont pas confirmation, mais soit) d’un employé qui aurait frappé un usager. “C’est compréhensible.” “Ils sont à bout.” “A force de se faire agresser…” “Le mec est à bout, c’était la goutte d’eau, il a été agressé verbalement”.
Je peux entendre qu’il y a un problème, je sais qu’il y a un problème. Je serai la première à soutenir un mouvement concerté (y compris avec les usagers – on peut rêver -). Et je pense même qu’au-delà des faits de violence subis par les employés de nos sociétés de transport de la part d’usagers, il faut combattre cette violence quotidienne qu’eux et les usagers subissent de la part de leurs dirigeants. Parce qu’une société aussi souvent en grève, c’est une société mal gérée.
Par contre, je ne peux pas cautionner une bagarre, quel que soit celui qui l’a commencée.
Et je ne peux pas tolérer qu’on cautionne l’usage de la violence, même si le fauteur “était à bout”. On peut comprendre, on ne peut pas tolérer.
Ou alors, qu’on ne vienne pas se plaindre ensuite que la violence soit monnaie courante et faire une grève pour la combattre.
Lettre d’amour à mon pays
février 14, 2011
Je te connais depuis que je suis née.
Mon sang coule dans chacune de tes veines, depuis la mer du Nord jusqu’au Mardasson.
Et il vient de loin, mon sang. Il vient de pays que petite, je ne pouvais même pas situer sur une carte. Tandis que toi, toute minuscule, je te pointais du doigt au premier regard.
Je te connais et je t’aime. J’aime la façon dont tu regardes la vie. J’aime ce rire qui fuse de toi. J’aime ce rire que tu provoques. J’aime ta légèreté. J’aime cette nonchalance, j’aime ce manque d’ambition. J’aime ces choses incroyables que tu fais parce que tu ne te rends même pas compte qu’elles sont incroyables. J’aime ton insouciance. Je t’aime.
J’aime me nourrir de tes entrailles, boire ta bière, manger tes frites. J’aime le flamand. J’aime le wallon. J’aime ne pas les comprendre tout à fait, comme tout ce qu’on aime. J’aime le plaisir que tu me donnes.
Je ne veux pas me séparer de toi. Je ne veux pas qu’on se partage les meubles. Je ne veux pas que tu m’accuses de négligence, je ne veux pas te taxer d’égoïsme. Je ne veux pas qu’on se dispute le petit et que nos amis changent de trottoir pour nous éviter en rue. Je ne veux pas devoir expliquer que oui, on a divorcé, que non, je ne sais pas vraiment pourquoi. Je ne veux pas qu’on tente de me recaser avec n’importe qui.
Je veux t’aimer toujours. Comme je t’ai toujours aimée, sans voir que tu changeais.
Adieu, Belgique, meurs. Je t’aime.
(Dans le cadre du Belgian Blog Carnival organisé pour ce 14 février. Un lien sera fait mercredi vers tous les autres blogs participants: source http://blog.charlesbricman.be/)
A l’arrache (Une histoire du 21e siècle en Europe).
février 8, 2011
Ils sont 64 aujourd’hui. Confiés à la conscience des citoyens par un Etat dont on se demande où elle la sienne, ils vivent de squat en squat et se nourrissent de notre générosité. Ils ont besoin de vivres: oeufs, fruits, légumes, fromage, saucisson (halal ou non).
Pour les dons: 0476850593
Agnès, 38 ans, petit bout de femme au nez piercé, deux enfants dont elle s’occupe seule, artiste peintre au chômage, vague connaissance facebookienne.
Bref, on sympathise un peu, on partage pas mal de valeurs, on papote, des fois. Et voilà qu’elle m’annonce en faisant des petits bonds (même sur l’écran, ça se voyait) qu’elle a reçu un disque d’or d’un chanteur de rap méga connu (sauf de moi) pour soutenir son projet. Puis un autre d’un autre groupe vachement connu (sauf de moi).
“Les petits Samouraïs”, que ça s’appelle. C’est un projet de maison d’accueil pour enfants à la rue avec leurs familles. Et pour vous éviter la question-idiote-qui-tue et que je n’ai pas manqué de poser, non, ce n’est pas une référence à l’origine des petits protégés d’Agnès et ses amies. C’est une référence à une chanson: http://www.youtube.com/watch?v=BilFJB3H10s .
Bon moi, vous commencez à me connaître, j’applaudis des deux mains et quand Agnès me demande si je peux donner un coup de main rédactionnel, je dis oui. Me voilà donc chez Agnès hier soir. En compagnie de ses filles et de deux de ses amies elles aussi parties prenantes au projet.
Un projet dont je ne savais pas le quart du tiers. Un projet né de l’incurie de nos décideurs et de leurs administrations. Un projet qui résonne comme une claque pour tous ceux qui ont les responsabilités et les moyens puisqu’ils sont mandatés pour ça mais qui vous répondent un peu trop souvent “il faut du temps, il faut des moyens” quand vous leur demandez de les actionner. Je m’explique.
Nous sommes le 10 septembre 2010. Le parc Maximilien, à Bruxelles, capitale d’un pays qui s’étonne chaque année de l’approche de l’hiver et de ses conséquences, est évacué à la demande du bourgmestre (et de riverains). Vidé de la cinquantaine de demandeurs d’asile qui y campaient, parmi lesquels des familles avec enfants. Agnès est là, venue apporter de quoi se nourrir à ces gens.
Des gens qu’elle retrouvera un peu plus tard dans le squat où on les a “relogés”: pas d’eau, pas d’électricité, pas de chauffage, des rats qui bouffent les gamins, des gamins qui dorment en plein jour avec leurs parents pour avoir moins froid…
Et voilà une de ces familles relogée. Chez Agnès. Une semaine. Après, elle doit déménager. On la reçoit chez Fedasil, enfin, sur le trottoir de Fedasil, et on l’invite à renvoyer cette famille à la rue, si elle ne peut plus l’héberger.
Il n’en fallait pas plus (faut dire, ça serait difficile): Agnès avise un bâtiment dont seul le rez est occupé, contacte le propriétaire, négocie. Et reloge 11 familles. 34 personnes, dont 22 enfants. Une famille par chambre, les communs au milieu.
Des familles dont il faut débloquer la situation au cpas, scolariser les enfants, soigner les bébés. Qu’il faut chauffer, nourrir, habiller, guider, écouter, encourager, supporter. Qui parlent polonais, russe, serbe, français…
C’est fait. Oui, oui, c’est fait. Non non, sans aucune aide publique. Rien que des citoyens. Grâce à qui depuis des mois 11 familles, 34 personnes dont 22 enfants, dorment, mangent, se lavent et s’habillent. Vont à l’école ou s’y préparent. Apprennent Bruxelles. Cohabitent avec plus ou moins de bonheur. Appellent Agnès. Tout le temps.
“Les petits Samouraïs” est une fondation. “On y est arrivés. A l’arrache. Alors que les pouvoirs disaient que ça leur était impossible. Pourquoi leur faut-il tant de temps? Pourquoi prennent-ils de si mauvaises routes?”, s’interroge Agnès, une citoyenne comme vous et moi, en galère le 20 du mois.
Et qui va avoir besoin d’aide: assurer le loyer, améliorer les lieux, nourrir, blanchir, scolariser, écouter. Du matos, des vivres, des psys, des juristes, des comptables, des lits superposés, des tables et des chaises pour les devoirs, des conseils, des bricoleurs, du dimanche ou non. Et des verres pour Agnès, les siens sont tous à la fondation.
http://www.facebook.com/pages/Fondation-les-petits-samourais-Fonds-de-kleine-samourais/160191850694680