Petites considérations sur la "bonne" guerre.
mars 28, 2011
On est (à peu près) tous d’accord: la guerre, c’est mal.
Là où on l’est moins, c’est sur les frappes de l’ONU en Libye.
Beaucoup les approuvent.
Pas moi. Je suis viscéralement contre. Je suis contre les armes comme l’est un objecteur de conscience. Mais je suis intellectuellement en mesure de comprendre les arguments des uns et des autres.
Par contre je suis surprise de la hargne avec laquelle on me répond sur le sujet (pourtant, j’ai déjà été bien plus scandaleuse sur bien des sujets). Comme si mon désaccord mettait un tas de gens sur la défensive. Des amis me traitent de naïve, d’ignorante, d’idiote. Se disent que je m’oppose parce que je fonctionne comme ça. Que je m’obstine par orgueil. Comme si c’était eux qui avaient pris une décision. Comme s’ils cherchaient à se justifier…
Là où je peux entendre qu’on approuve ces frappes, je refuse d’accepter qu’on s’en réjouisse. Que tout à coup des morts soient acceptées sereinement, parce que "nécessaires" (et si je le dis, c’est que je l’entends).
Je bondis quand j’entends que des frappes là, c’était indispensable. Qu’on refuse obstinément de répondre aux questions "Et quid des autres pays où si l’on ne fait rien, ça le sera aussi? "Quid de ceux où ça l’est déjà et où on ne fait rien?" "Quid de ceux qu’on encourage dans des voies anti-démocratiques?".
Je refuse de croire qu’on ait vendu des armes à la Libye en pensant qu’elles allaient être utilisées à bon escient. D’ailleurs, je refuse de croire qu’une arme puisse être utilisée à bon escient (même si oui, je sais, à une arme, il n’y a pas grand chose d’autre à opposer qu’une arme).
Je ne comprends pas ce refus obstiné de me laisser me désoler de ce qu’on n’ait rien tenté d’autre. De ce qu’on ait réfléchi comme si on n’avait que deux options: tirer ou ne rien faire, cet insupportable "c’était trop tard" alors que juste avant, ça ne l’était pas…
Foutez-moi la paix. Arrêtez de me traiter:
- de gauchiste parce que je n’aime pas la guerre.
-De PTBiste parce que je suis d’accord avec Collon.
-D’anticonformiste parce que je râle.
- De conformiste (!) parce que je râle.
- De pro-Kadhafi (!!), de pro-dictatures (!!!) parce que je suis contre les frappes de l’ONU.
Faites votre guerre et laissez-moi râler. On comptera les points quand on aura trouvé l’arme de destruction mass… la paix. Quand on aura fait le tri dans "les bons" et les "méchants" (qui ne sont pas tous dans le camp Kadhafi, des articles à ce sujet circulent déjà). Quand on laissera ce pays ramasser ses ruines et ses dégâts collatéraux.
Arrêtez de me demander ce que je ferais, moi.
De un, je ne suis pas un décideur. De deux, je l’aurais fait avant (et là, on ne peut pas m’accuser de mauvaise foi, je l’avais dit avant). De trois, je ne peux pas approuver des frappes mortelles. Je ne peux pas.
Même si à force de ne même pas tergiverser, on n’avait plus le choix. C’est au-dessus de mes forces.
Suite et fin de l’"affaire prostitution à la DH": il n’y avait donc pas de responsable, à part, je cite, "un malheureux malentendu entre différents services de la rédaction"(Voir article précédent). D’ailleurs, cet article, personne ne l’avait écrit puisque dans les excuses publiées par la DH, il était précisé: "C’est pourquoi nous avons décidé de publier le texte que vous auriez dû lire hier matin".
Je n’irais pas jusqu’à qualifier le puni de victime expiatoire. Mais il n’est certainement pas le seul responsable de la bourde. Il en est le seul coupable. Ainsi en ont décidé les patrons. Amen.
La DH a donc bien compris la nuance entre "responsable" et "coupable", ce qui ne peut que nous réjouir, puisque partant, elle nous gratifie d’une surprise supplémentaire (pour l’autre surprise, voir article d’hier).
Mais bon, ce n’est pas pour ça qu’on approuve hein. Ni qu’on se satisfait des excuses d’hier.
Voici l’info:
Dossier prostitution: la DH lâche son rédacteur en chef adjoint
Le rédacteur en chef adjoint de la Dernière Heure, Vincent Lievin, a été remercié par la direction d’IPM ce matin. Son limogeage est la conséquence d’articles controversés publiés vendredi 25 mars dans les pages du quotidien.
28 Mars 2011 16h19
DH: une faute, oui, mais la faute à personne
mars 26, 2011
Et donc, c’est la faute à personne. L’auteure n’a pas écrit ce que nous avons lu hier, mais bien l’article publié ce jour. Si le texte d’hier est apparu, c’est à cause d’un malentendu.
Une seule chose me rassure. Un journaliste est souvent mis face à un choix difficile: "Tu écris ou tu laisses la place à un des 200 qui l’attendent derrière la porte". Je ne sais pas ce qu’il en est de cette journaliste-ci, mais je me suis bien gardée de la nommer, parce que même si je la désapprouve, je peux supposer la pression qu’elle subit, pour l’avoir moi-même connue à une époque où c’était moins dur.
Je maintiens. Si cet article écrit à l’insu du plein gré de chacun l’a pourtant été, s’il a été publié, et s’il l’a été dans la DH, ce n’est pas une surprise.
Ce qui l’est, c’est que la journaliste soit officiellement disculpée par son éditeur. Et bon, c’est une bonne surprise. En voilà une qui ne fera probablement plus le même choix (si tant est qu’elle y ait été soumise… mais j’aime bien prêter des bonnes intentions aux gens).
Voici les articles du jour:
http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=1136336
| Nos excuses | Nouvelle Recherche |
Vous avez été nombreux – et à juste titre – à nous faire part de votre stupeur voire de votre colère à la lecture du petit texte publié hier dans ces mêmes pages et faisant état d’un Top 5 en matière de prostitution tout à fait déplacé. Nous tenons à présenter à tous les lecteurs que nous avons choqués nos plus sincères excuses. Cet article n’aurait jamais dû figurer dans votre quotidien, nous en sommes parfaitement conscients.
Il ne s’y est retrouvé qu’à la suite d’un malheureux malentendu entre différents services de la rédaction.
Notre but est et restera toujours de vous informer au plus juste et le plus déontologiquement possible.
C’est pourquoi nous avons décidé de publier le texte que vous auriez dû lire hier matin, dans les colonnes de La Dernière Heure, sous la plume de notre consœur, dont nous tenons à préciser qu’elle n’est en rien responsable du dommageable quiproquo évoqué plus haut.
http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=1136337
PROSTITUTION
Donner des informations n’est pas pénalement répréhensible
BRUXELLES Le site youppie.net qui regorge d’informations sur la prostitution est-il légal ?
En matière de mœurs, les principales préventions sont les viols, les attentats à la pudeur et l’atteinte aux bonnes mœurs. Les concepteurs et les utilisateurs de ce forum des coquineries ne risquent pas a priori d’être inquiétés.
Le concepteur est tenu d’annoncer le contenu à caractère sexuel du site et d’interdire son entrée aux mineurs. Cette précaution est prise dans ce cas. Le seul risque des utilisateurs qui opèrent un classement des prostituées serait de voir l’une d’elles, mécontente des commentaires émis à son égard, déposer plainte pour propos calomnieux.
D’un point de vue moral, l’existence d’un tel site pose question. Il témoigne d’une marchandisation de la personne et d’un mépris total des prostituées qui offrent avant tout des moments de plaisir à leur clientèle.
Établir de tels classements est un manque de respect par rapport à une profession. À notre connaissance, il n’y a pas de site où les prostituées cotent les performances, la propreté ou la sympathie de leurs clients. Si c’était le cas, certains ne seraient pas fiers…
La DH sans capote, c’est dangereux
mars 25, 2011
Ils ont enlevé la page du site. La voici donc
Quand j’étais journaliste dans une rédaction (il y a une dizaine d’années), moi et mes collègues avions une chance énorme: on était en charge d’une édition "poubelle", même pas distribuée partout où elle couvrait l’actualité. Une bande de jeunes indépendants (faux) "quinenveulent" abandonnés de leur direction, pour notre plus grand bonheur: nous faisions à peu près ce que nous voulions. Et nous le faisions bien. Avec enthousiasme et conscience.
Puis, "on" a engagé un ancien de la DH. Et "on" s’est souvenus de nous. Et là, entre l’enterrement de Poupou-le-chien-assassiné-par-ses-ravisseurs et l’interview du pauvre mec qui a enfin purgé sa peine et sort de prison, voilà qu’"on" nous a demandé de couvrir… ce que la DH couvrait. Pire: de le couvrir comme la DH le couvrait.
Inutile de vous dire que je n’ai pas fait long feu dans le bazar, mauvaise (ou plutôt "pas vraiment") journaliste que j’étais, qui refusais de couvrir les accidents de la route et certaines autres choses. J’ai fait partie, avec la fermeture de l’édition (qui ne se vendait pas puisque pas distribuée) du wagon de départ.
Inutile de vous dire aussi la haute estime que j’ai pour la DH et ses Gilbert Dupont (que j’ai eu la chance de fréquenter à certaines occasions) sans scrupule.
Alors quand la DH fait de la merde, je ne m’étonne pas. Pas du tout. De toute façon, on adore ça, la merde, donc la DH a bien raison de nous en fournir, puisqu’elle est dans une logique de commerçants (ses actionnaires).
Mais aujourd’hui, à la suite d’un article merdique sur un guide merdique des plaisirs du sexe, la DH nous gratifie d’un encadré merdique sur "les meilleurs plans prostitution", avec une adresse qui vous propose même une fellation sans capote! (Allez, régalez-vous: http://ht.ly/4m66W)
Moi, je n’ai rien contre la prostitution. Enfin si. Mais rien contre les prostitués. Et je n’ai pas du tout l’intention de condamner un commerce malheureux qui existe parce que notre société est ainsi faite (voir à peu près tous mes articles).
Je n’ai même rien contre le fait qu’un guide nous propose des adresses de prostituées. Après tout, même des bottins communaux les signalent (la belle hypocrisie que voilà). Et après tout, c’est pas avec des oeillères qu’on règle les problèmes.
C’est pas demain que la plupart des journaux (et la plupart des journalistes de ces journaux) cesseront de vouloir faire du fric pour nourrir leurs actionnaires qui n’ont même pas faim. Et qu’ils nous tireront vers le haut. Parce qu’une chose que pensent bien des rédac’s chefs, c’est qu’ils servent au public ce que le public veut lire. Je pense quant à moi que les gens lisent ce qu’on leur donne à lire, aussi. Et qu’on peut les tirer vers le haut. Et que c’est même un devoir d’informateur.
Et moi qui comme vous lis (et partage) parfois certains articles merdiques de la DH, j’ai un tout petit peu honte, quand même. Parce que partant, c’est un peu nous qui avons laissé ce torchon aller si loin.
Austérité, mon oeil
mars 24, 2011
Je ne vais pas vous la rejouer "De mon temps, j’étais de toutes les manifs…", vous connaissez déjà ce refrain (ou vous pouvez le lire plus bas).
Pourquoi pas celle-ci, alors? Parce que c’est vrai, l’austérité, ça commence à bien faire, dans un pays qui passe son temps à pinailler, sauf pour envoyer des F16 faire la guerre ou sauver des banques.
Plusieurs raisons à ça:
- Les manifs, ça n’a plus d’impact. Ca fout un beau bordel, bordel largement relaté dans les médias qui omettent dans 99% de leurs reportages de parler des revendications des manifestants.
- Les manifs, dans notre pays, c’est tellement mal concerté que ça n’a aucune crédibilité. Aujourd’hui, chaque syndicat mène "son" action de "son" côté.
- Les manifs, dans notre pays, c’est tellement mal organisé que si vous interrogez 10 manifestants, vous aurez (quand vous en avez) au moins 4 tableaux de revendications différents.
Mais au-delà de ces raisons qui malheureusement concernent une majorité des manifestations "classiques" (j’entends par là un défilé encadré dans les rues), il y a le fait qu’une manif "contre l’austérité", ça a quelque chose de vraiment très, très naïf.
Défiler contre l’austérité, c’est permettre à nos dirigeants de dire qu’ils nous ont compris, qu’ils savent que c’est dur pour tout le monde mais que c’est pour un mieux.
Défiler contre l’austérité, c’est permettre aux mêmes dirigeants d’étaler sous nos yeux ovins l’immensité de nos besoins et les difficultés à y répondre, avant de nous renvoyer dans nos pénates pour regarder si on passe dans le poste, satisfaits d’avoir été nombreux et entendus.
Défiler contre l’austérité, c’est accepter de fermer les yeux sur le vrai problème de notre société.
Le vrai problème de notre société, c’est que de l’argent, elle en a. Elle en a même beaucoup.
Assez pour envoyer des F16 à la guerre ou sauver des banques. Pour faire des choix politiques plus que douteux au regard (et au détriment) de ce que elle-même appelle "les vrais problèmes de notre société" et dont elle s’occupe à peine (quand elle s’en occupe). Mais cette partie-là du problème, on en est tous responsables, nous dit-on, parce qu’on l’encourage via les urnes.
Mais en plus, et surtout, notre société, elle a plein de pognon qu’elle ne redistribue pas.
Qu’on exige que tout le monde participe de manière juste (et donc proportionnelle) à la solidarité nationale. Qu’on taxe ce qui ne l’est pas (ou qui l’est insuffisamment). Les loyers. Le boursicotage. Les fortunes.
Tout le monde est contre l’austérité. Sauf les riches.
Arrêtons de réclamer des choses au système. Refusons le système. Exigeons de nos politiques qu’il reprennent les rênes du pouvoir aux financiers (même si donner, c’est donner, reprendre, c’est voler).
Après, nous pourrons assumer nos responsabilités. En choisissant des décideurs et non des pions. Aux urnes.
Mesdames est messieurs qui faites de la politique, pouvez-vous me dire ce que je dois répondre à mon fils…
… quand il me demande pourquoi on nous oblige à trier nos poubelles pour sauver la terre et, dans le même temps, on arme des dictatures au nom du pétrole?
… quand il me demande pourquoi on applaudit des gens qui se battent pour des vies dignes un peu partout en Afrique et on leur offre la rue quand ils viennent se réfugier chez nous?
C’est tout… pour le moment.