Kate, William et toute cette sorte de non-événements
avril 29, 2011
Le mariage de Kate et William, tout le monde s’en cogne. Du moins dans mon entourage, tout le monde dit qu’il s’en cogne. Et je pense que fondamentalement, au-delà du côté "Voicitélérevue" de la chose, c’est vrai, même ceux qui le suivront s’en cognent.
Seulement la presse s’est emparée de la chose. Et vas-y que je te parle de la robe, vas-y que je te dénonce le prix, vas-y que je décortique "ce qui pourrait bien être le menu d’après tel cuisinier, mais on ne sait pas", le tout à grands coups de "Les gens s’en fichent".
Bon. C’est pas bien grave.
Ce qui l’est plus, par contre, c’est qu’ils y sont parvenus. Même les journaux sérieux nous bassinent avec ça. Même nous on en parle. Et là, je me pose tout de même une question: on doit en penser quoi, de tous ces événements, parfois autrement plus graves, dont la presse nous rabâche?
Faut-il avoir peur des médias, dès lors qu’on sait qu’ils sont capables de faire d’un non-événement un événement, de faire d’un truc sans importance un truc super important? Faut-il se demander si les frappes en Libye sont justifiées? Si Ben Laden est vivant? S’il y a une arme de destruction massive en Irak? Si les émanations nucléaires ne sont vraiment pas dangereuses pour nous? Si Daerden est compétent/incompétent/alcoolique/sobre? S’il fera beau ce week-end? Si c’est important, d’avoir un gouvernement?
Sales djounes!
avril 28, 2011
Ainsi donc, après les sans-papiers abandonnés dans nos gares, les détenus marocains renvoyés dans des geôles marocaines, etc., voici que la Belgique décide d’évacuer (enfin, c’est ce qu’elle croit) un autre problème en listant les jeunes qui auraient fait des bêtises dans des centres aérés (piscines, plaines…) et de les interdire dans tous les centres de Belgique.
Argument-qui-tue: "On le fait pour le foot et personne ne dit rien".
C’est vrai. On le fait pour le foot. D’ailleurs, depuis qu’on le fait, le foot, c’est devenu un genre de jardin d’enfants (après exclusion de ceux qui bavent, hein).
Entendons-nous bien. Délinquer, c’est mal. Foutre le bordel dans des lieux de loisirs (comme n’importe où, d’ailleurs), on ne peut pas laisser faire.
De là à rassurer le bon peuple en saisissant une occasion de plus pour faire trop vite des choses trop radicales et de toute façon pas du tout réfléchies, on ne peut pas laisser faire non plus.
Ces jeunes, ils s’emmerdent.
Ils s’emmerdent dans une vie (une ville) qui ne leur offre que l’avenir qu’ils peuvent concevoir, à savoir l’avenir dont on leur a parlé, celui qu’on leur a montré.
Et moi, je peux vous dire que si j’avais 15 ans dans un appart bondé de chômeurs analphabètes dans un quartier pourri aux faubourgs d’une ville pleine de riches d’un pays même pas fichu de se diriger lui-même, ben je ne suis pas certaine qu’avec mes camarades de classes vétustes occupées par des profs neurasthéniques qui tentent vainement de me convaincre qu’ils y croient, j’irais pas un tout petit peu faire chier mon monde. En tout cas, ça ne me ferait pas peur.
Vous avez vu comme je décris bien? On dirait du Zola!
Oui, bon, c’est un brin caricatural. Je voulais juste réunir en une phrase le plus de pistes possibles. Autres que cette confirmation qui risque bien d’empirer encore les choses: "Eh oui, vous êtes bons à rien. Même pas à vous amuser".
Modrikamen, sors du corps de nos politiciens!
avril 22, 2011
Il paraît que notre pays peut désormais renvoyer ses détenus marocains dans les prisons marocaines. Et que ce sera bientôt le cas des détenus turcs.
Il paraît même que ça fait 4 ans que la Belgique attendait que le Maroc ratifie les accords dans ce sens.
Il paraît encore que depuis 1997, cette mesure est applicable à la condition que le détenu ait donné son accord.
Ce qui n’est presque jamais arrivé, nous dit l’agence Belga (puisque l’info vient d’elle, les autres médias que j’ai consultés n’ayant visiblement pas jugé intéressant de traiter l’info autrement qu’en la copiant-collant).
Sans blague?!? Les détenus marocains n’ont pas envie de purger leur peine au Maroc?
Mais pourquoi?
C’est vrai quoi! C’est pas comme si ces gens-là étaient renvoyés dans un pays qui n’est pas le leur, loin des gens qui ne sont pas les leurs, dans des prisons où on va les tabasser! Faut pas toujours croire les rumeurs!
Alors bon, arrêtons de chipoter. Nos prisons sont overbookées. Faut bien faire quelque chose, non? Ca coûte moins cher d’envoyer (oui, parce qu’en fait, "renvoyer", c’est pas vraiment le terme exact pour la plupart d’entre eux. Le Maroc, ils n’y sont même pas nés) des gens dans les geôles marocaines que de se décider à trouver autre chose que la prison pour punir des condamnés.
Les mauvais coucheurs viendront encore nous dire que la prison, on sait comment on y entre, on sait qu’on en sort encore plus paumé. Qu’en prison, quand on a la chance de voir un psy, c’est à peu près aussi souvent que je me fais un brushing (genre un quart d’heure par quinzaine). Qu’en prison, on dort les uns sur les autres, on chie les uns devant les autres, on consomme de la drogue, on s’adonne à toutes sortes de trafics et on apprend mieux à perfectionner ses techniques délinquantes qu’à écrire, qu’un métier, qu’à vivre en société (ah oui parce qu’en prison, les profs et toute cette sorte de choses, ça n’existe que si c’est bénévole).
Moi, par exemple, si j’étais une râleuse, je raconterais combien de fois j’ai entendu des avocats d’assises plaider avec succès le fait que la prison était une très bonne école de délinquance.
Mais bon, ne soyons pas de mauvaise foi. Si on renvoie les détenus marocains dans les geôles de leur pays d’origine, on résout le problème. Pas besoin de désengorger nos prisons en faisant preuve d’intelligence. On aura plein de place pour y faire plein de belles choses constructives, dans nos prisons. Peut-être même des trucs préventifs! Qui sait, je pourrai peut-être même y enseigner un jour et toucher pour ça un salaire?
Et puis après tout, c’est pas comme si ces gens-là étaient comme nous. Ces gens-là, c’est pas parce qu’ils viennent de milieux socio-économico-culturels défavorisés qu’ils délinquent. Ces gens-là, c’est pas des actes qui ne font pas mal comme la fraude fiscale ou la corruption, qu’ils commettent. Ces gens-là, c’est pas la faute à la Belgique s’ils ont foiré. Ces gens-là, ils sont marocains! (Attention, j’entends encore des râleurs dire qu’ils sont bien obligés, puisqu’on ne peut pas se défaire de la nationalité marocaine! Mais ceux qui ont la double nationalité peuvent rester, apprends-je. Ce qui réduit encore la place qu’on va gagner)
Moi, je dis bravo. Je dis bravo mon pays. Et bravo le Maroc, qui va prendre en charge le fruit de nos incuries.
Et maintenant, je vais essayer de comprendre pourquoi quand Modrikamen a proposé (il y a moins de 4 ans!) de renvoyer les détenus d’origine étrangère dans les prisons de "leurs" pays, tout le monde s’est offusqué.
Civilisation
avril 16, 2011
Je suis fière d’appartenir à une civilisation dont les valeurs (démocratie! justice! consommation! Droits de l’Homme!) se répandent à coups de déclarations, de bombes au besoin, un peu partout dans le monde, du Congo à la Libye, en passant par l’Afghanistan.
Je suis fière de mon pays!
- des décideurs politiques inflexibles depuis plus de 300 jours;
- des chômeurs toujours plus nombreux;
- des riches toujours moins taxés;
- des administrations toujours plus rigoureuses avec des pauvres toujours plus taxés;
- une politique migratoire qui se souvient chaque année qu’en hiver, il fait froid;
- des assistants sociaux qui seront bientôt leurs propres clients;
- des profs pleins d’espoir: quand le plafond de leur classe vétuste s’écroulera, elle sera moins peuplée;
- des vieux qui ne laisseront rien traîner derrière eux;
- des jeunes qui s’apprêtent à découvrir 5 boulots dans leur vie sans jamais boucler leurs fins de mois;
- des institutions religieuses tenaces;
- des nationalistes volontaires;
- des populistes assumés;
- des magouilleurs pour le bien d’autrui;
- des nids-de-poule qui font rire;
- des trains à l’arrêt;
- des médias qui contentent leurs actionnaires;
- des enfants-rois;
- des consoles;
- des pharmacopées en veux-tu? En voilà!
- des burn-out reconnus;
- …
Des élections, une sécurité sociale, l’école pour tous, de l’eau, de l’électricité, du gaz, de l’essence, des cartes de crédit dans les grands magasins, des revenus minimums garantis, des voitures de société, des congés payés, liberté de parole, pouvoir d’achat: civilisation!
Faites des parents, qu’ils disaient…
avril 12, 2011
Aujourd’hui, la DH rapportait que 11% des Belges seraient prêts à héberger leurs parents malades ou dans le besoin.
L’article (http://www.dhnet.be/infos/societe/article/349957/11-des-belges-prets-a-heberger-leurs-parents-malades-ou-dans-le-besoin.html), diffusé sur FB, n’a pas manqué de faire réagir certains porte-drapeaux de nos belles valeurs de solidarité familiale envolées.
Quelques extraits choisis:
"Lamentable !!!"
"(…) il n’existe rien d’autre que des "mouroirs", nous n’avons humainement pas le choix…"
"C’est un devoir de s’occuper de nos parents et ce, quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve."
"Mes parents ont aussi travaillé comme des malades pour espérer que leur fils s’en sorte mieux qu’eux. Mon père était ouvrier et ma mère ne travaillait pas. Ca ne leur a pas empêché de s’occuper de Leurs parents. Autre temps, autres mœurs!"
En fait, ils ont raison. C’est lamentable. On n’a humainement pas le choix étant données les conditions de vie dans un home "bon marché" (notez les guillemets), souvent un mouroir. Autre temps, autre moeurs.
Par contre, là où ils se fourvoient, c’est en retournant le couteau dans la plaie de tous ceux qui, même s’ils n’ont pas le choix humainement, n’ont qu’une option matérielle: laisser papa-maman dans leur maison. Ou les envoyer dans un home du CPAS.
Parce que (puisqu’il faut encore expliquer des choses pareilles):
- De nos jours, dans un couple, il faut travailler à deux. Et même comme ça, dans un couple moyen, les fins de mois sont serrées. Et c’est pas une pension minable et insuffisante qui compenserait les frais supplémentaires.
- De nos jours, les familles monoparentales sont légion. Vous en connaissez beaucoup, vous, des familles monoparentales qui vivent dans des endroits assez grands pour accueillir quelqu’un en plus? Qui ont assez de sous pour ça? Qui ont du temps à consacrer à des parents impotents?
- De nos jours, les familles nombreuses sont très rares, entre autres parce que les lieux pour prendre nos enfants en charge pendant qu’on gagne de quoi les nourrir (tout juste de quoi, alors une crèche…) sont insuffisants. Ce qui fait que bien souvent, on se retrouve seul ou à deux à devoir gérer la chose. Ce qui financièrement et humainement relève de la gageure (j’en ai vu, des enfants désolés et sur les rotules, quand je m’occupais d’aide à domicile).
- De nos jours, quand on passe d’"isolé" à "cohabitant", on perd beaucoup d’allocations, si on est allocataire.
- De nos jours, qu’ils soient ou non chez nous, nos parents se retrouvent seuls la journée. Une infirmière à domicile, dame de compagnie… ça coûte un salaire (et un bon). Une aide familiale, ça passe, mais ça ne reste pas. Il n’existe AUCUN service de garde à domicile de nuit.
- …
De nos jours, ce ne sont pas les bonnes idées qui manquent. Pourquoi ne pas créer des liens entre des familles monoparentales et un "vieux" propriétaire? Pourquoi ne pas créer des services complets et coordonnés (qui assurent le médical, le social, le ménage, les courses…)? Pourquoi ne pas faire de nos résidences des endroits où il fait bon vivre, comme ça existe parfois?
Ah mais oui, c’est vrai. L’Etat n’a pas les moyens. Et l’Etat, c’est pas facile à attaquer, parce que l’Etat, ça n’a pas de conscience. Alors titillons celle de ceux qui de toute façon sont nés pour travailler/cotiser pour la solidarité nationale.