Le 20 de chaque mois, la classe "moyenne" belge compte ses sous. Enfin, quand je dis "ses sous", c’est généralement "ce qui lui reste pour atteindre son plafond négatif à la banque". Notre zéro à nous, il est en-dessous de zéro.

Alors quand on entend nos dirigeants nous dire "On n’a pas les moyens", nous, on comprend bien ce qu’ils veulent dire. Le truc, c’est que nous, quand nous choisissons quelle facture on laissera tomber cette fois, on sait qu’on sera sanctionnés.

Apparemment, nos pouvoirs, eux, ils n’en sont pas conscients. Enfin, c’est ce que je préfère me dire. Parce que je n’ai pas envie de croire qu’il fait de mauvais choix en ayant mesuré leurs conséquences.

Ce dingue qui a tué un tas de Norvégiens au nom de valeurs de plus en plus défendues partout en Europe, c’est pourtant l’éclatante démonstration de ce à quoi nous mènent ces mauvais choix: la haine de "l’autre".

Tant que nous accepterons que nos dirigeants nous parlent de manque de moyens quand il s’agit d’aborder des problématiques telles que la sécurité, l’asile, l’enseignement, l’emploi,… nous encouragerons ceux qui du coup s’empressent de nous apporter des réponses le 20 du mois, quand nous n’avons plus de sous, que nous pestons sur nos salaires ridicules encore grevés par des assurances "anti-vol" de plus en plus chères: il faut accroître la répression des délinquants, pourchasser le chômeur, refuser d’accueillir des gens venus se réfugier chez nous alors que nous n’avons plus de sous…

Tant que nous nous laisserons bercer par le lénifiant "manque de moyens",  nous laisserons la nature humaine sombrer dans ce qu’elle a de plus abject, vomissant sa haine dans les forums des médias, encouragée par des discours haineux éructés par des politiciens à qui on déroule chaque jour le tapis rouge.

A part un paragraphe à la fin d’un article du Soir (http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2011-07-21/le-speakers-corner-quasi-aphone-852376.php), nulle trace dans les médias, ni ce 21 ni ce 22 juillet, de l’arrestation des Indignés lors des cérémonies festives de la fête nationale belge. Pardon, avant les cérémonies.

Une poignée d’indignés. 16 personnes. Venues de Bruxelles, Namur, Liège, vêtues (ou pas encore!!) de T-Shirts ornés de "Error 404 – Government not found" et armées, dans leurs sacs, de tracts invitant le passant à venir discuter d’alternatives à ces 404 jours sans gouvernement et à se promener le nez chaussé de… nez de clown (Voir le tract ci-dessous).

Cueillies qui en rue, qui à leur descente de train.

Une arrestation que l’on peut donc sans craindre de se tromper qualifier de préparée. D’autant qu’au moment de celle-ci, rien ne s’était encore passé. Rien.

Certains objecteront que pour manifester, il faut une autorisation. Mais manifestation il n’y avait donc pas eu. Pas plus que distribution de tracts.

Pendant ce temps, le speaker’s corner invitait (en vain) le citoyen à prendre la parole. Le G1000 distribuait (ou plutôt "pochait", me dit-on) des T Shirts (sans autorisation non plus).  Une nuit d’hiver 2010, des scellés ont été apposés aux portes et grilles de tous les bâtiments officiels de Bruxelles, invitant les gens à manifester "Contre la démocratie". Les acteurs de cette action ont été à plusieurs reprises interpellés par les forces de l’ordre, qui les ont grondés (l’une ou l’autre amende ont suivi).

Ce qui s’est passé hier est gravissime. Hier, des gens ont été ARRETES et EMMENES AU POSTE où ils ont été retenus DES HEURES (5, 6 ou 7 selon les cas) pour avoir eu l’intention SUPPOSEE de troubler l’ordre public.

Quelle est cette démocratie qui refuse que son peuple s’exprime hors des cadres convenus par elle? De quel droit coupe-t-on la parole à des citoyens avant même qu’ils ne la prennent? Au nom de quoi?

J’étais déjà indignée. Là, je suis choquée et j’ai peur. J’ai peur pour ma "démocratie" qui, non contente de s’être rendue l’esclave des financiers au détriment de son peuple, se permet aujourd’hui de museler celui-ci.

Pire, j’ai peur de ma "démocratie".

Merci de faire circuler. Merci de réclamer des réponses à ceux qui nous "dirigent".

Ci-dessous, les tracts et le témoignage des femmes arrêtées. D’autres personnes auraient été arrêtées pour des "raisons" similaires. Merci de le signaler. Lisez aussi ceci: http://fr.myeurop.info/2011/06/28/ma-nuit-de-cauchemar-au-commissariat-2824

Le communiqué des Indignés: https://www.indignez-vous.be/news/belgique/13-liege/497-communique-de-presse-du-mouvement-des-indignes-suite-aux-arrestations-abusives-du-21-juillet-2011

µ

photo: Aisha Qandisha

TEMOIGNAGE

21 juillet 2011, fête nationale à Bruxelles

Aujourd’hui, nous avons voulu aller à la rencontre d’amis de Liège, Bruxelles et Namur, amis Indignés courageux à vouloir se rendre à Bruxelles Centre le jour dela Fête Nationale pour faire quelques actions ludiques et festives: porter des t-shirts faits maison disant « Erreur 404, Gouvernement pas trouvé», (cela fera 404 jours quela Belgique n’a officiellement pas de gouvernement), porter des nez de clown, et distribuer quelques tracts pacifistes. (Après tout, même le Roi est  indigné au point de refuser la fête !)

Nous devions rencontrer des amis près du Palais de Justice, mais dès notre arrivée, respectivement àla Gare Centrale (11h) et àla Rue de la Régence (12h45), nous nous sommes fait tous arrêter. Pris par surprise, soudain encerclés par des dizaines de policiers en uniforme ou en civil, nous n’avons plus eu le droit, devant les yeux de centaines de passants, ni de fumer, ni de téléphoner. On a mis des menottes en plastique à tout le monde. Aux « Pourquoi ? » j’ai entendu :  « Votre t-shirt, vous manifestez ! ». Pourtant, nous ne portons ni banderoles ni calicots  et nous n’avons pas de mégaphone ou autre instrument imposant.  Un peu plus tard, une personne est arrêtée pour avoir des feuillets,  distribués à des passants. Lorsqu’elle se voit confisquer son sac, d’autres interviennent et se font embarquer également. Dans la camionnette, un policier dit : « Pourquoi vous les Espagnols, vous venez foutre la merde partout ? » et lance une  insulte en espagnol parfait. Nous sommes embarqués au Commissariat Central, dit l’Amigo. Nous attendons dans une cour où il nous est interdit de fumer malgré les cendriers présents. Certains sont privés de GSM dès leur arrivée, d’autres ont le droit d’appeler quelqu’un. Nous attendons à tour de rôle pour être fouillés, photographiés, fichés.

Le plus étonnant, c’était l’atmosphère chaotique du Commissariat : parmi les nombreux policiers présents, peu arrivaient à se mettre d’accord sur la procédure à  suivre : l’un réclamaient des numéros de PV, l’autre parlait d’arrestation administrative tandis qu’un troisième contestait tout. Un policier mentionnait « 18h » tandis qu’un autre disait « 22h » comme heure de libération. Nous sommes tous restés très calmes, souriants même.  Suite aux demandes de renseignements on entend plusieurs : « Parce que vous avez foutu la merde. »

Ensuite, nous sommes emmenés dans les cellules, hommes et femmes séparés. Une jeune femme y avait déjà passé deux longues heures seule. Son délit ? Etre descendue du train venant de Liège avec quelques amis. Heureusement nous nous sommes trouvées à sept dans la même cellule. Pour toutes les femmes, c’était la première fois en garde à vue. Certaines ont été fouillées entièrement, d’autres ont eu droit à une fouille de sécurité. Nous sommes toutes privées de nos sacs, vestes, ceintures, sous-vêtements, collants, bijoux et tout autre objet personnel. Une femme a pu garder son gilet à condition qu’on coupe les cordes de son capuchon ; fortement enrhumée, elle ne voulait pas rester en simple t-shirt. Une autre raconte qu’elle a un bébé de 2 ans, et qu’elle devrait être rentrée pour 17h. La cellule ? C’est2 mètres sur 5, carrelage par terre, le sol en pente. Il y a des traces de souillure partout. Il n’y a ni couverture ni matelas, ils ont été retirés à notre arrivée. Un WC derrière un muret, on doit demander en frappant sur la porte pour qu’un policier tire la chasse de l’extérieur et qu’on nous passe un morceau de papier WC. On nous a dit qu’on restera jusqu’à la fin de la « fête ». Cela ferait 10h de détention. Vers 16h, nous recevons une mini bouteille d’eau et une gaufre. Une femme a la maladie de Crohn, mais elle a faim donc elle mange un morceau de gaufre. Elle a très mal au ventre. On lui interdit l’accès à son médicament. Nous perdons la notion du temps, nous parlons, certaines se roulent en boule pour ne pas perdre trop d’énergie ; le froid, la faim et l’inconfort nous jouent des tours. Lorsque quelqu’un doit faire pipi, elle l’annonce pour que les autres respectent un  minimum d’intimité. La lumière néon est crue, les sons des voix résonnent, on perd la mémoire, on n’arrive plus à écouter les autres à cause de l’écho du local hostile, les sens sont épuisés et on n’a qu’une envie impossible : dormir, oublier, afin que le temps passe.  On se sent sales, la petite pièce manque d’air et le sol est dur et froid mais on se sert les coudes. Une femme est habillée de short et petit t-shirt, elle a très froid. A deux reprises, nous demandons une couverture: « Non, vous allez la déchirer ». Nous avons tenté de jouer un jeu, mais l’atmosphère débilitante du lieu nous empêche d’en écouter les règles. Finalement, chacune se roule en boule, on rit parfois, on parle peu, on n’a plus d’idée de quelle heure il est. Certaines lisent les ingrédients de la gaufre pour se calmer l’esprit.

Les femmes ont été enfermées à sept, et les hommes à neuf durant cinq, six ou sept heures pour délit de t-shirt, délit de train, délit de mauvais endroit à la mauvaise heure, et délit d’idées. On nous a dit : « Vous pouvez manifester tous les jours de l’année, mais pas le 21 juillet. » Pourtant, nous n’avons pas manifesté ? Les nez de clown ont été gardés par la police, comme preuve de danger public. Les t-shirt aussi. Nous avons été arrêtés pour avoir des idées. L’ idée du jour? Se balader lors de la fête nationale de manière pacifique et ludique (nez de clown, t-shirts humoristiques), et parler du fait que depuis  404 jours nous n’avons pas de gouvernement  et qu’il est peut-être temps de réfléchir à une alternative.

En sortant du cachot à 18h, certains ont l’impression d’être suivis. Sonnés, abrutis par ce que nous venions de vivre, soudain on rit : un père de famille porte un t-shirt « Punk SNOT dead », au look très ‘Sex Pistols’ années ’70, mais au lieu de Johnny Rotten il y a le portrait du Roi Albert II qui a un gros rhume ! Malgré qu’il passe devant l’Amigo, cet homme ne se fait pas arrêter pour perturbation de l’ordre public.

Nous n’avons pas reçu de numéro ou de copie de PV. Nous n’avons reçu aucun document, lorsque entre 18 et 19 heures, nous avons tous été relâchés.

(Texte provisoire, approuvé par 6 des 7 femmes en détention administrative le 21 juillet)

Fait national

juillet 21, 2011

Mesdames et Messieurs nos dirigeants-négociateurs.

Aujourd’hui, pendant que vous regardiez défiler ces militaires qui font bander De Crem et Ducarme et dont on se demande vainement ce qu’ils deviennent en Libye et pourquoi ils ne sont pas en Syrie, le Belge par la pub alléché était chez Quick.

Il faut le comprendre. On est le 21 juillet. Un jour important. Le jour du début de la fin du mois pour la majorité d’entre nous. Alors un Giant à même pas un euro, c’est une aubaine!

Voilà, j’espère que vous nous pardonnerez.

Et si demain un peu plus de gens sont en colère, je suis certaine que vous ne leur en tiendrez pas rigueur. Parce que voyez-vous, le Belge, à partir d’un certain moment, parfois après avoir patienté de longues minutes dans d’énormes files, il n’a même pas pu consommer son hamburger. Il n’y en avait plus.

Vous comprenez? La communication, parfois, c’est un truc vachement efficace: on annonce au peuple quelque chose d’inespéré avec un discours bien senti et boum! un tas de gens l’attendent.

Mais oui, vous comprenez…

Allez quoi, boudez pas!

Discours royal: le résumé

juillet 20, 2011

On le sait, être roi, c’est pas super planant. Il faut toujours faire dans la mesure. Parler posément. Soupeser chaque mot, chaque geste.

Une fois n’est pas coutume, cette année, on a eu droit à 13 minutes d’emportement. Le roi n’a pas souri. Il a dit les choses d’un ton sévère. Des choses qui démontraient un certain agacement.

Albert trépignait. On le sentait bien, ce besoin de sortir de ses gonds. 13 minutes de souffrance. 13 minutes longues comme une crise belge.

Voici le résumé de ce discours royal belge du 20 juillet 2011, veille de fête nationale.

Résumé mis en scène par Seb_Strazzer

Eva Joly a fait scandale en France. Elle a osé suggérer que le défilé du 14 juillet ne soit pas composé des seuls militaires. Elle a été houspillée de toutes parts, par des gens qui ont osé mettre sa suggestion sur le compte de son origine étrangère. Encore du grand débat. Du haut vol.

En Belgique jeudi, on défilera aussi. Enfin, quand je dis "on", c’est l’armée (et la police, les vétérans, les pompiers et autres mouvements de jeunesse, me précise-t-on). Les armées, paraît-il, puisque celles de nos voisins sont invitées.

Et ici aussi, ceux qui s’aventurent à suggérer autre chose que des militaires sont houspillés de toutes parts (même si souvent avec moins de conviction).

Moi, je n’aime pas les défilés patriotiques. Il faut dire que je n’aime pas trop le patriotisme tel qu’ainsi défini: "amour de la patrie", et tel qu’ainsi interprété: "c’est chez nous, ici!" . Des frontières n’ont jamais valu une guerre et pourtant bien des guerres ont été faites/sont en cours pour elles. Et donc a fortiori, je n’aime pas les défilés patriotiques militaires.

Mais là où je me dis que ceux qui ont houspillé Madame Joly sont au-delà de la mauvaise foi, c’est qu’ils omettent complètement que ce qui a fait la France, ce qui fait sa fierté, c’est davantage sa révolution que ses guerres. C’est d’ailleurs le 14 juillet que ça défile en France. Jour de la prise de la Bastille (par le peuple).

La Belgique aussi est née d’un soulèvement populaire en 1830. C’est d’ailleurs le 21 juillet que ça défile en Belgique. Jour de la prestation de serment de Lépold, premier Roi de Belges.

Je ne dis pas que les militaires, ça ne sert à rien (je n’en pense pas moins, mais ce n’est pas le sujet). Je dis juste que celui qui doit être à l’honneur, si tant est qu’on doive mettre des gens à l’honneur, c’est le peuple. En ce compris les militaires.

Mais au-delà de ce débat idiot (oui oui, je sais, même sur des sujets idiots, je parviens à m’étendre -scripturalement parlant-), il y en a un bien plus fondamental pour moi: c’est quoi, un défilé du 21 juillet 2011 en Belgique?

Une mascarade? Un foutage de gueule? On va faire quoi? Cocorico à notre armée en Libye? Cocorico à la paix en Irak? En Afghanistan? Cocorico à notre gouvernement? Cocorico à un grand boxon provoqué par des… nationalistes?

Ah non, je sais. On va aller exprimer son désir de voir notre beau pays le rester, en dépit du bordel ambiant. Pour le bien des gens et de leurs vrais problèmes.

A quel prix?

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110709.OBS6780/thonon-pas-de-cantine-pour-les-enfants-de-chomeurs.html

Faute de places donc, une municipalité française décide de priver les enfants de chômeurs de la cantine de midi.

En Belgique aussi, ça existe. Des écoles invitent les parents "qui ne travaillent pas" à reprendre leurs enfants à midi. Là où je l’ai vu, il n’était pas question de cantine (il n’y en avait pas), mais… d’encadrement.

Outre que c’est un comble (pas assez d’encadrants, dit-on à des gens qui voudraient bien être encadrants, si on en engageait) et outre le côté odieux de la chose, une telle mesure (ou "invitation") est très inquiétante.

Car tout qui a une once de bon sens sait que mettre les gens dans des cases (a fortiori des enfants), c’est catastrophique. Et tout qui a un minimum de pédagogie sait que la récré (a fortiori le temps de midi), c’est aussi important pour l’épanouissement d’un enfant que le cours de math qui suivra*. Sans doute encore plus pour des enfants de familles qui manquent d’air.

Et pourtant, cette idée bête et méchante vient de ceux à qui on confie une bonne part de… l’éducation de nos enfants.

 

*d'autant que, me rappelle Jackie, bien des enfants ne mangent 
chaud et équilibré qu'à la cantine

C’est vrai. Ca suffit.

juillet 8, 2011

Le soir des élections du 13 juin 2010, j’ai commencé à râler.

Pour la première fois de ma vie, je voyais des politiciens de mon pays humbles devant la défaite. N’envisageant même pas une coalition quelconque. "De Wever et Di Rupo ont gagné, la balle est dans leur camp", s’époumonaient les autres bien contents de refiler la patate chaude.

Et j’étais là, sidérée devant mon poste, à me dire "Mais c’est pas vrai qu’ils acceptent de négocier avec la N-VA?"

Ce qui a suivi (et ce qui a précédé), je l’ai listé consciencieusement, au jour le jour (https://www.facebook.com/note.php?note_id=10150250193995103&comments).

Si la liste est longue, elle se résume en peu de mots, maintes fois répétés: "On a maintenant la démonstration que la N-VA ne veut pas que les négociations aboutissent" (Noooon?!? Sans blague!?). "On va devoir tirer les conclusions qui s’imposent".

Hier, quand BDW a dit "non" à la note de Di Rupo (très bonne nouvelle pour moi, parce que cette note, telle quelle, elle est déjà puante, alors faut pas demander négociée par ce type…) et que les politiciens dans un bel ensemble se sont exclamés "On a maintenant la démonstration que la N-VA ne veut pas que les négociations aboutissent. On va devoir tirer les conclusions qui s’imposent", je n’ai pas vraiment bronché. Par contre, quand ils ont parlé d’"irresponsabilité", j’ai franchement rigolé.

Mais quand je vois les medias du jour, qui (pour ceux que j’ai lus) nous la jouent surpris, étonnés, agacés, hors d’eux, je suis carrément écoeurée.

Même "les vrais problèmes des gens", tout le monde oublie de nous en parler. Et le mot "crise" n’existe plus qu’associé à "institutionnelle".

Franchement, les gars, on n’en a rien à cirer de votre crise institutionnelle. Arrêtez de vous foutre de notre gueule payer nos têtes (au propre comme au figuré, d’ailleurs). Dégagez.

Maintenant que vous avez le matos pour me lire, je vais vous dire le fond de ma pensée.

Vendredi soir, en quittant des amis très chers après une belle soirée, en compagnie de trois gamins de 15, 11 et 9 ans, j’ai découvert votre méfait: vitre de voiture cassée, tout saccagé à l’intérieur, PC disparu, GPS disparu, affaires diverses disparues.

Je ne vous dirai pas ma réaction, vous avez dû l’entendre (comme trois gamins de 15, 11 et 9 ans, des riverains que j’ai réveillés et mes amis qui sont partis en quête d’éventuels restes de votre méfait).

Moi, j’aurais pu me calmer. Je suis, mais vous ne le savez probablement pas, de celles et ceux qui pensent que si vous en êtes réduits à voler lâchement des gens à peine moins pauvres que vous, c’est parce que vous êtes les premières victimes d’un système que vous arrangez bien, puisque grâce à vous, il a un méchant à désigner.

Jusque là, j’aurais pu dire à un gamin de 11 ans et ses cousins de 15 et 9: "Bon, c’est chiant. Mais si les gens font ça, c’est que notre société va mal. Et s’ils volent des gens qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, c’est parce que leurs voitures sont plus faciles à ouvrir".

Mais là où vous m’avez vraiment blessée, c’est en vous blessant vous-mêmes, et avec vous vos semblables. C’est en écrasant la gaufre Winny de mon fils. C’est en pissant dans les affaires de ma nièce.

Parce que ça, si c’est réparable, c’est indéfendable.

Qu’est-ce que vous voulez expliquer à des gamins qui découvrent qu’on s’en est pris gratuitement à leurs affaires? De la manière la plus imbécile et vulgaire qui soit?

Et je vous en veux très fort. De cette haine que je ne veux pas ressentir, mais qui est là. De cette peur dans laquelle vous faites grandir mes enfants. De votre stupidité.

Ne venez pas pleurer demain, quand vous croiserez des flics à tous les coins de rue. Quand vous purgerez des peines de prison pour des broutilles. Quand vous serez de plus en plus victimes d’une société de plus en plus à droite.

Je n’ai pas dit aux enfants ce que vous aviez fait à leurs affaires. Mais cette fois-ci, je ne vous ai pas défendus. Je n’ai pas pu.

Pauvres minables.

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