A salaire presqu’égal…
octobre 31, 2011
Voici un petit comparatif de ce que nous coûtaient certaines choses il y a 15 ans et ce qu’elles nous coûtent aujourd’hui.
Bien sûr, je compare les choses comparables (appartements équivalents, etc) et je ne tiens pas compte du fait qu’un électroménager, par exemple, n’a plus la même durée de vie. Je ne compare pas les charges (je n’ai pas les chiffres), ni les taxes. Ni les frais et intérêts bancaires! Ni le prix des transports en commun… Si vous en avez d’autres…
Ah oui, petit détail, j’ai calculé pour 1euro= 40FB
Aujourd’hui vs Il y a 15 ans
Un timbre: 71 cents A l’époque: 16FB, soit 40 centimes (177,5%)
Un ticket de metro: 1,5 euros A l’époque: 30 FB, soit 75 centimes (200%)
Un pain: 2, 10 euros A l’époque: 37 FB, soit 92 centimes (228,3%)
Un sandwich: 3 euros A l’époque: 40 FB, soit 1 euro (300%)
250g de café: 4,5 euros A l’époque: 80FB, soit 2 euros (225%)
Un plein : 50 euros A l’époque: 700 FB, soit 17,5 euros (285,7%))
Un coca dans un café: 1,5 euros A l’époque: 20 FB, soit 50 centimes (300%)
Un poulet: 3 euros A l’époque: 80 FB, soit 2 euros (X150%)
Un livre de poche: 9 euros A l’époque 90, soit 2,25 euros FB (400%)
Un cinéma: 10 euros A l’époque 200FB, soit 5 euros (200%)
Une voiture (à voiture même calibre): 13.000 euros A l’époque: 280.000 FB, soit 7000 euros (185,7%))
Une bière: Aujourd’hui: 2 euros A l’époque: 24FB, soit 60 centimes (333,3%)
Un frigo: 320 euros A l’époque: 8000FB, soit 200 euros (160%)
Un journal: 1,3 euros A l’époque: 20FB, soit 50 centimes (260%)
Un café sur l’autoroute: 1,5 euros A l’époque: 18FB, soit 45 centimes (333,3%))
Une maison ouvrière habitable: Aujourd’hui: 110.000 A l’époque: 800.000 FB, soit 20.000 euros (550%)
Un loyer pour un appart convenable (en Hainaut): 600 euros A l’époque: 15.000FB, soit 375 euros (160%)
Salaire net à l’époque: 42.000, soit 1050 euros. Salaire pour un travail équivalent aujourd’hui: 1400 (133,3%)
Vers un avenir à construire, enfin? On y croit!
octobre 28, 2011
Donc mardi dernier, la commune décidait d’évacuer du Polygone les familles qui y squattaient dans les conditions que l’on sait(
http://annelowenthal.wordpress.com/2011/09/06/pays-dhonneur/
). Des Roms, des Tchétchènes, des Marocains.
Depuis des mois, ces gens vivaient dans des conditions épouvantables. D’abord dans une salle de la commune, puis, à la rentrée, dans ce squat insalubre. Le bourgmestre d’Ixelles les y avait autorisées jusqu’à la fin du mois d’octobre. Elles et une bonne centaine de sans-papiers et autres sdf.
Ils survivaient tant bien que mal, plutôt mal que bien, nourris et habillées principalement par de nombreux citoyens, encadrés quasi exclusivement par la Fondation des Petits Samouraïs (
http://annelowenthal.wordpress.com/2011/02/08/a-larrache-une-histoire-du-21e-siecle-en-europe/
).
En septembre, la plupart des enfants ont été scolarisés dans la commune.
Pendant ce temps, la Fondation cherchait une solution de vie plus décente pour les familles. Elle l’a trouvée grâce à l’ULB et était en train de finaliser un projet d’installation dans un bâtiment quand, mardi, la commune à débarqué pour déplacer ces mêmes familles vers la rue de la Concorde, dans un immeuble réquisitionné et fraîchement repeint. Pour deux mois. Un immeuble certes chauffé, mais sans douche ni cuisine, et trop petit.
Quant aux autres occupants du Polygone, ils devaient évacuer les lieux avant la fin du mois et n’avaient hier encore aucune alternative de relogement.
La solution fut une évidence pour la Fondation, qui l’a mise en oeuvre ce vendredi:
- sortir les familles du bâtiment de la rue de la Concorde, les installer dans le projet quasi finalisé au moment de leur déménagement forcé par la commune, un bâtiment où elles disposent de sanitaires, d’une cuisine, d’espaces PRIVATIFS et de l’accord des propriétaires (un bâtiment récemment vendu par l’ULB et qu’elles peuvent occuper pendant 6 mois). 6 mois à l’abri. Au chaud. Dans un domicile. Avec une clé. 6 mois pour se relever. 6 mois pour démarrer une vie, enfin.
- Permettre ainsi aux laissés-pour-compte du Polygone, à qui on n’offrait que la rue, de s’installer rue de la Concorde. Dans un bâtiment initialement réquisitionné et retapé pour les familles, mais qui servira à d’autres sans-abris. Autant de gens qui ne seront pas à la rue cet automne.
Gageons qu’il pourront y rester. Il n’y a en tout cas aucune raison qu’un bâtiment initialement dévolu à des sdf ne le soit pas à d’autres!
Voilà, vous savez tout. Il reste des gens à la rue. Du Polygone (le bâtiment n’étant pas extensible) et partout. Mais moi, confiante en la nature humaine (si, si), j’ose déjà reprendre au compte des Samouraïs le nom du boulevard où désormais, des familles pourront SE prendre en charge:
TRIOMPHE!
Chers (très chers) élus
octobre 28, 2011
C’est marrant, j’avais à l’époque écrit un article intitulé "Chers (très chers) voleurs"… bon, loin de moi l’idée de comparer des mecs qui ont saccagé ma bagnole avec des politiciens, mais quand même… il y a quelque chose de pourri au royaume de nos élus…
Personnellement, je n’ai jamais été de ceux qui brandissaient les "Travaux inutiles" de la RTBF en étendard de la cause "Tous pourris". Je n’ai même jamais vraiment contesté les revenus de nos élus.
Par contre, j’ai toujours eu du mal avec cette obligation que j’ai d’aller travailler presque chaque jour que le bon dieu fait pour un salaire qui ne me permet pas de boucler mes fins de mois tandis que certains (bon nombre) de mes élus (enfin, quand je dis "mes", c’est parce que j’ai un profond respect pour les urnes, quand bien même elles sont mal remplies) font au mieux acte de présence lors de leurs assemblées, pour voter des trucs que je trouve de plus en plus douteux, pour faire des choix qui ne justifient à mes yeux pas les impôts que je paie… bref, j’ai toujours estimé que trop rares étaient ceux qui faisaient le boulot pour lequel nous les avons mandatés, et rien que lui.
Mais ma critique s’arrêtait à peu près là, en ce qui concerne les revenus des politiques. Je sais d’ailleurs que certains en rétrocèdent une partie au parti.
Et bon, un peu comme quand on hurle au "Point Godwin (
http://annelowenthal.wordpress.com/2010/09/28/moi-je-naime-pas-le-point-g/
) dès que quelqu’un tire la sonnette d’alarme, j’ai tendance à répondre "populisme" quand certains (souvent les mêmes, il est vrai) dénoncent les dépenses de notre gouvernance.
Seulement, je suis comme tout le monde (enfin, comme 99% des gens): mes fins de mois commencent le 20 (et même avant). De plus en plus de personnes sombrent dans des misères crasses. Notre Etat laisse des gens à la rue alors qu’il a des dizaines, des centaines de bâtiments inoccupés. Quand je demande l’étalement de mes impôts, je dois batailler, ramper, pleurer. Quand je demande l’étalement de ma facture Electrabel, il m’est refusé.
Pourtant, mes impôts, ils n’ont ces dernières années pas vraiment fait l’objet de choix solidaires. J’ai de plus en plus le sentiment que les choix politiques pour le non-marchand consistent à bricoler avec des montants, toujours les mêmes (je prends ici, je mets là, et chaque année on tourne) tandis que s’étalent dans nos médias des sommes colossales destinées à sauver mes banques et que je demande en vain, avec bien d’autres, qu’on taxe ce qui ne l’est pas.
Pourtant Electrabel n’a jamais eu à demander un étalement de ses impôts. Parce qu’en fait d’impôts, Electrabel, voici ce qu’elle paye :
http://www.ptb.be/nieuws/artikel/electrabel-paie-433-dimpots-et-vous.html
.
Je sais, je sais, c’est un lien du PTB. J’ai été PTB quand j’étais étudiante, à cette époque où son slogan était "Faites payer la crise aux riches" et où je le trouvais facile, rapide et un peu con. Aujourd’hui je le fais mien.
Tout ça pour vous dire, chers élus, que même moi qui suis je pense quelqu’un de mesuré, ou, pour le dire de manière plus lucide, qui suis capable de faire preuve de mesure, je commence à en avoir marre de vous voir rouler (parfois avec chauffeur) dans des bagnoles qui coûtent pour certaines ce que je dois encore rembourser pendant 33 ans pour ma maison.
Que je ne supporterai pas deux fois de vous voir tergiverser pendant plus de 400 jours sur des questions communautaires.
Que je trouve vos revenus, avantages en nature compris, indécents par rapport au mien, qui est pourtant un tout petit peu au-dessus du revenu moyen.
Que je ne suis plus allée chez le coiffeur depuis 2 ans. Que j’achète mes vêtements en seconde main. Que je vais au Lidl pour la plupart de mes courses. Que je stresse. Et que je m’en veux de stresser pour des histoires de fric, d’autant que le stress, c’est mauvais pour ma santé et que le médecin, ça coûte un pont.
Et que ça y est, moi non plus je n’en peux plus de voir des choses comme celle-là:
http://videos.lalibre.be/video/iLyROoaf2DRV.html
URGENT!! Encore expulsés sans explication! ROMS: Décideurs, vous vous foutez de qui? Sérieusement?
octobre 25, 2011
Dernières nouvelles post-conférence de presse:
La Commune d’Ixelles a annoncé aux journalistes qu’elle avait assez longtemps tout assumé pour les gens du Polygone (d’après les Samouraïs , "tout" est une notion apparemment élastique. Une soupe, un morceau de pain et un fruit par jour. Des dons de citoyens ont permis à ces gens de se nourrir, de se vêtir et de dormir. Les frais médicaux n’ont pas, contrairement à ce qu’a dit la commune, été pris en charge par cette dernière).
Les Samouraïs, groupe de bénévoles aux côtés des Roms depuis des mois, ont été priés de rester hors de la conférence de presse. Le propriétaire du Polygone aussi.
La Commune dit avoir relogé les gens dans un lieu plus sain. Il s’avère, toujours d’après les Samouraïs, qui étaient sur place aujourd’hui, que le bâtiment autrefois occupé par des Afghans (qui en avaient été expulsés en raison, avaient alors invoqué les autorités, de leur insalubrité) est effectivement repeint et chauffé. Mais beaucoup trop petit, équipé en électricité au seul rez-de-chaussée, sans cuisine et sans douche. Ils pourront y rester deux mois.
Reste à voir ce que la commune a dit (ou pas dit) de la suite des événements: quid de la scolarité des enfants qui étaient scolarisés? Quid de celle des autres? Quid de la nourriture, qui leur apportera à manger, puisqu’ils ne peuvent plus cuisiner? Quid de l’Hygiène, de l’intimité? Quid d’une insertion (si tant est que l’on puisse envisager une insertion dans de telles conditions)? A qui incombe tout cela désormais? Et dans deux mois?
Monsieur Decourty, bourgmestre d’Ixelles, aurait appelé les acteurs concernés par les problématiques d’immigration a prendre leurs responsabilités afin qu’on "cesse de jouer au ping-pong avec des êtres humains". Et là, il a entièrement raison.
A noter: le Polygone n’était pas occupé que par les Roms précités. Les familles roms, tchétchène et marocaine ont été emmenées. Apparemment, les sans-papiers et sdf qui sont encore là seront expulsés le 31. Une centaine de personnes qui n’ont à cette heure pas de solution.
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Ce mardi 24 octobre, alors qu’ils n’étaient menacés d’expulsions qu’à la fin du mois, les Roms du polygone sont évacués sans explications de l’endroit où ils se trouvent!
Ils sont emmenés dans un bus, apparemment vers un endroit (rue de la Concorde-Bâtiment du Fond) d’où, 6 mois plus tôt, la commune expulsait les Afghans (familles et hommes seules) pour cause d’insalubrité… (d’ailleurs les afghans explusés se sont retrouvé au polygone l’époque!)
Tout cela sans concertation… les familles au courant de rien, les bénévoles non plus! En pleine journée d’école, en l’absence de nombreux enfants!!!!
La police est sur place à midi, la presse a été convoquée ce matin pour 14h et c’est seulement maintenant que des interprètes parlent à ces gens qui ne savaient RIEN, pas plus que les bénévoles. Un média a averti la Fondation des Petits Samouraïs. Sans cela tout se passait dans le silence le plus complet jusqu’à 14h.
Merde quoi! C’est vrai ça? Monsieur Decourty? Les autres? Vous vous foutez de qui? Sérieusement? Vous les prendrez quand, vos responsabilités?
http://archives.lesoir.be/integrer-les-roms-des-belles-paroles-aux-actes_t-20110907-01KGNR.html
PARTAGEZ!! Demandons des explications! Exigeons un traitement humain pour ces familles!
Le chômage, encore
octobre 23, 2011
Loin de moi l’intention de radoter. Mais ce que je lis et entends à propos du chômage me fait forcément réagir.
Loin de moi aussi l’idée de raconter ma vie, mais je vais parler de ce que je connais: le budget familial d’une mère célibataire salariée:
- Maison (assurance comprise): 680
- Voiture (assurance comprise): 320
- Electricité/chauffage : 180 (oui, je sais, c’est énorme. Ca a augmenté depuis les nouveaux plafonds, châssis et installation électrique…)
- Téléphone/télé/internet: +/- 100
- Essence (juste pour le boulot): 200
Bon. J’arrête là. J’ai pas compté la bouffe, ni les frais scolaires, ni les fringues, les frais médicaux, l’extra-scolaire, le scolaire, les abonnements de train. La taxe de circulation, le revenu cadastral, les entretiens de bagnole. Les loisirs.
J’en suis donc à 1480 euros par mois, sans avoir mangé, m’être habillée, avoir permis à mon fils de faire pareil et payé tout tralala ci-dessus. Juste un logement (pas cher), une bagnole et de quoi me chauffer et m’éclairer.
1480, c’est plus que ce qu’un chômeur touche chaque mois. En admettant qu’un chômeur n’a pas besoin de se déplacer (sauf s’il veut un jour arrêter d’être chômeur), disons qu’il en est à 960 par mois. Sans avoir mangé, s’être habillé, avoir permis à ses enfants de faire pareil et payé tout le tralala ci-dessus.
Un chômeur chef de ménage, ça touche environ 1200 par mois. Un peu plus au début, un peu moins après quelques mois. Ce qui fait que sans avoir mangé, s’être habillé etc etc… il lui reste 240 euros.
Alors moi, je crois, dans l’état actuel des choses – et donc sans tenir compte d’une dégressivité – que:
- il est bien héroïque, celui qui se contente de ça pour vivre. Perso, je travaillerais au noir pour arrondir mes fins de mois. D’ailleurs même en tant que salariée, j’y songe.
- en voilà des gens qui auront du mal à payer des études à leurs enfants (même s’ils ont une bourse, tout le monde sait qu’une bourse ne paie pas tout et pas tout de suite);
- en voilà des gens qui consommeront de moins en moins s’ils ont de moins en moins de quoi consommer (et on sait que la consommation, ça fait vivre une société);
- …
Dans ce débat qui fait rage (alors que le sort des chômeurs est déjà décidé, ne nous leurrons pas, il l’est à mon avis depuis que nos médias se sont empressés de faire écho d’une enquête déjà évoquée ici:
http://annelowenthal.wordpress.com/2011/10/19/on-na-pas-de-travail-pour-toi-mais-tu-seras-puni-quand-meme-vilain-chomeur/
) et suite à certains propos tenus ci et là, je voudrais ajouter l’une ou l’autre chose.
A l’argument, pourtant imparable, selon lequel il n’y a pas de travail pour tous, certains m’ont parlé mobilité. Un chômeur serait un gars qui ne veut pas se déplacer pour aller travailler. Peut-être bien. Mais ceux qui connaissent le prix d’une bagnole, de son entretien et du carburant auront vite compris qu’avec le budget évoqué ci-dessus, il est impossible pour un chômeur de se déplacer en bagnole (même s’il a un permis, lui aussi hors de prix). Quant aux transports en commun, certes, ils existent. Mais pour qui comme moi les a empruntés depuis le Hainaut (encore une fois, je parle de ce que je connais), une chose est sûre: c’est super cher. C’est super pas ponctuel (j’ai connu des navetteurs licenciés pour retards répétés). C’est super bondé. C’est très souvent en grève. La SNCB va diminuer le nombre de trains. Les TECs vont augmenter leurs prix. La STIB idem. S’il trouve une crèche pour ses gamins (sur sa route vers la gare?), le nouveau travailleur aura beaucoup de chance. Et beaucoup moins d’argent.
D’autres m’ont parlé de ces fameux chômeurs longue durée. De ces gens qui n’avaient jamais travaillé. Ou qui chômaient depuis 20 ans. Ici aussi, peut-être bien. Mais combien sont-ils? Quelle est la proportion de ces "profiteurs" parmi les chômeurs de ce pays?
Soyons sérieux. C’est une infime minorité (Gregor Chapelle me dit: Voici les chiffres pour Bruxelles. En Septembre, Sur 108 629 chercheurs d’emploi, Actiris en comptait 13, oui 13, entre 55 et 60 ans comptabilisant plus de 35 ans de chômage). Et ces gens-là, ce n’est pas en leur supprimant des allocations de chômage (et donc en les remballant vers nos CPAS) qu’on arrangera leur cas. Ces gens-là, et de gauche comme de droite on s’est accordé à me le confirmer, ils doivent être pris en charge en profondeur. Ils doivent être accompagnés, stimulés, encouragés. Leurs enfants doivent entendre (et intégrer!) que le chômage n’est pas une fatalité. Ils doivent avoir la possibilité d’y croire (mais il n’y a plus d’écoles poubelles, n’est-ce pas…).
Et une chose fait l’unanimité dans nos partis politiques: la prise en charge des sans-emploi laisse franchement à désirer. Je ne parle même pas de cet arbitraire auxquels sont soumis les gens (qui ont affaire à… des gens, avec leur motivation, leur humeur et leurs préjugés), je parle de ces formations parfois ahurissantes auxquelles on les contraint (un ami s’est vu imposer une formation de tailleur de pierre "parce que vous êtes graphiste", des techniciens ont déjà maintes fois évoqué l’anachronisme de nombreuses formations…). Je parle de cette obligation ridicule de ramener des preuves selon lesquelles on est allé postuler à tel ou tel endroit…
On ne peut pas à la fois reconnaître la pénurie d’emploi et admettre qu’une réforme est nécessaire dans nos organismes chargés de prendre nos sans-emplois sous leur aile ET punir les premières victimes d’un système qui refuse d’aller chercher l’argent là où il est. Un système qui accepte presque sans broncher qu’on licencie à tour de bras dans des entreprises parfois bénéficiaires (et souvent bénéficiaires de nos aides publiques). Un système qui refuse de créer des emplois et d’injecter des moyens dans des domaines où pourtant, il est urgent d’apprendre à des jeunes qu’un autre avenir est possible pour eux.
Alors bien sûr, il y a des employeurs qui me diront "personne ne vient postuler chez moi". Il y a des employés qui me diront "j’ai trouvé du boulot". Mais il y a des gens aussi, comme moi, qui pensent que dans la vie, tout le monde n’est pas armé pareil. Et que sans un peu de stimulation, sans des salaires décents et sans une situation de plein-emploi, on sait d’avance qui restera sur la touche.
Arrêtons de faire semblant de croire que les gens sont égaux devant le système. Arrêtons de faire comme si ce que certains d’entre nous ont pu faire, tout le monde peut le faire. Arrêtons d’applaudir ceux qui ménagent leur conscience en culpabilisant sans cesse des gens qui aimeraient probablement qu’on croie en eux, pour changer.
Un film à voir absolument. De 1999. Des enfants dont l’auteur se demande comment on a pu lui faire croire qu’ils ont les mêmes chances que les autres selon leur courage ou leur mérite. Des chômeurs (au mieux) d’aujourd’hui, plus que probablement…
http://www.wat.tv/video/enfants-borinage-lettre-henry-bpgo_2g3z5_.html
Plus écoeurant qu’un cadavre, celui qui l’expose
octobre 21, 2011
Kadhafi est mort.
La nouvelle n’était encore qu’une rumeur que déjà, on voyait proliférer les images insoutenables (enfin, pour moi) d’un visage mutilé. Sudpresse les annonçait "trash", Le Soir les légendait "supposées". Les autres, je ne sais pas, j’ai arrêté là ma revue de presse.
Un journal publie une image qu’il considère "trash" et que l’autre doute de sa véracité mais la publie aussi.
Aujourd’hui, c’est carrément le cadavre qu’on nous livre en pâture. "La bête immonde est morte", ai-je lu. Allez! Allez! Regardez braves gens! Regardez comme il a souffert, regardez son cadavre, pâmez-vous, délectez-vous de cette victoire sur le mal! Abreuvez-vous de son sang! Justice est faite, sous vos yeux!
Alors outre le fait que je suis personnellement contre la peine de mort et qu’il n’y a pour moi AUCUNE raison d’être fier d’avoir tué un homme à terre*, je pense qu’après la parodie de procès de Ceausescu, celle de celui de Hussein, les photos mises en doute de Ben Laden et toutes ces images volées (une bourgmestre frouchelant sur une tour, un présumé innocent menotté…), s’obstiner dans cette voie, c’est un aveu d’incompétence. Peu importe que "tout le monde diffuse les images" ou que "de toute façon, tout le monde verra les images". Je ne suis pas une barbare et je refuse qu’on me prenne pour une barbare.
Je n’ai pas besoin de voir une photo de Kadhafi mort, surtout à une époque où on peut mettre en doute toutes les images qu’on nous montre, pour croire qu’il est mort.
Pour croire une information, j’ai besoin d’avoir confiance en celui qui m’informe. Et là, vraiment, c’est mort. Si mes médias ne sont pas fichus de m’informer autrement qu’à coups de sensationnalisme immonde, j’estime qu’ils n’ont pas le niveau.
Voici donc en exclusivité la photo insoutenable et même pas présumée de ce que sont les médias devenus:
*www.lesoir.be/actualite/monde/2011-10-20/kadhafi-tue-d-une-balle-dans-la-tete-871517.php
La politique de caniveau (c’était presque une blague)
octobre 20, 2011
C’était presque une blague: www.lacapitale.be/regions/bruxelles/2011-10-20/la-ville-ne-jettera-plus-de-billets-de-banque-dans-les-rues-a-la-limite-de-la-legalite-video-911524.shtml
De très mauvais goût, mais pas l’action annoncée par Sudpresse… ça m’apprendra à lire la presse
voilà voilà…
J’ignore ce qui arrive à nos politiques en ce moment, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le fond de l’air devient très con… entre les propos alarmistes des uns concernant cette fuite des capitaux "qui nous menace" tous, ceux de plus en plus nauséabonds d’une partie du MR, une soirée d’hommage aux "volontaires" (énorme, ça, le politique qui congratule les gens qui pallient ses carences) durant laquelle on ne leur offre même pas leur verre (m’a relaté l’une de mes "favorites") (ndla: on me dit que c’est faux, je barre donc) et un tas de petites choses certes parfois anecdotiques mais très symptomatiques… je sais pas, y a comme un truc qui se déglingue…
Aujourd’hui, SudPresse nous annonce ceci:
http://www.lacapitale.be/regions/bruxelles/2011-10-20/etonnant-la-ville-de-bruxelles-va-jeter-de-faux-billets-dans-les-rues-911458.shtml?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter
Les rues de Bruxelles sont sales et bien des gens sont des porcs, c’est un fait.
L’argent attire les gens, même quand ce sont des porcs, c’est vrai.
Alors hop, ni une, ni deux, on balance des faux billets par terre pour qu’ils les ramassent. Et quand ils les regarderont de plus près, ils y liront un message à propos de l’environnement et du coût de la pollution.
C’est sûr, c’est aussi efficace que ce buzz de SudPresse, qui devance une "conférence de presse à l’intitulé secret" annoncée pour demain. Mais bon, je ne sais pas moi, ça a un tout petit peu quelque chose d’indécent, en ces temps de crise, de jouer comme ça avec les plus bas instincts de l’Homme… Ils y ont pensé, par exemple, à la réaction du type qui, l’espace d’une seconde, se sera vu dispensé d’une journée de manche?
La fin ne justifie pas les moyens. La faim encore moins.
Mais c’est une blague. C’est sûrement une blague.
On le sait, la note Di Rupo prévoit une dégressivité du chômage
Je ne vais pas m’attarder sur le détail, il est sans importance (vous pouvez cependant le consulter ici, page 39:
http://www.lachambre.be/kvvcr/pdf_sections/home/110704_NOTE%20DE%20BASE%20FORMATEUR%20DEF.pdf
).
Je ne vais pas non plus m’attarder sur cette hypocrisie magistrale qui consiste, dans notre pays, à refuser d’aller chercher l’argent là où il est – et en quantité – au prétexte que ça équivaudrait à faire "fuir les capitaux" ou "à se planter" (Dixit Melchior Wathelet cette semaine).
Non non. Ce qui m’occupera ici, c’est une autre hypocrisie.
La Libre Belgique nous l’annonce ce matin**, la moitié des Belges estiment que les allocations de chômage sont trop élevées. Dans le même temps, bon nombre d’entre eux sont insatisfaits de leur salaire.
Là où ils ont raison, c’est quand ils estiment leur salaire insuffisant. Là où je ne les comprends pas, c’est quand dans le même temps ils estiment les allocations de chômage trop élevées. Car à moins de considérer qu’un chômeur, ça a un estomac plus petit, un corps plus résistant à l’épreuve du froid et des yeux qui voient dans le noir, il me semble pour le moins illogique de considérer qu’on n’a pas assez d’argent pour boucler ses fins de mois et qu’un chômeur, qui touche moins, en a trop pour le faire.
Bon, certains m’objecteront que le chômage, c’est tellement confortable qu’on s’y complaît. Les mêmes me diront que les chômeurs, ça travaille au noir. Et là, je n’ai rien à répondre. Parce que quand on baigne avec tant d’allégresse dans des généralisations pareilles, je pense qu’il est inutile d’insister…
Mais il y a autre chose. Un truc tellement évident que même ceux que je viens de citer sont en mesure de le comprendre: en Belgique, il n’y a pas de travail pour tout le monde. J’ai appris cette semaine qu’en Hainaut, dans la région de La Louvière, il y avait un emploi vacant pour 50 chômeurs. 1 pour 50. UN pour CINQUANTE. ***
Maintenant, on peut organiser une tournante. Prenons une année de travail, soit 220 jours à 7h30 par jour. Ce qui nous fait 1650 heures. Soit 33 heures par an et par chômeur.
Mais bon, pour le reste, il fait quoi, le chômeur? Il regarde ses indemnités diminuer au fil des mois? Lui qui déjà pour bon nombre d’entre nous est un genre de sous-homme parce que, n’est-ce pas, le travail fait l’Homme, il fait comment pour rester en vie quand même?
Eh bien je vais vous le dire: il travaillera au noir. Et il aura bien raison. Parce que nos dirigeants, ils n’arrêtent pas de nous parler de création d’emplois. Du non-marchand qui sera de plus en plus nécessaire. D’intérêts notionnels pour encourager la création d’entreprises. De protection contre la fuite des capitaux.
Et des capitaux, c’est vrai, on en a plein chez nous qu’on protège soigneusement. Le truc, c’est que je ne sais pas trop dans quel but, car d’emploi, il n’y a pas…
**
http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/692657/les-allocations-de-chomage-sont-trop-elevees-pour-les-belges.html
et
http://www.lalibre.be/archives/divers/article/693962/ok-pour-limiter-le-chomage-mais-pas-question-de-travailler-plus.html
et
http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-10-18/trop-elevees-les-allocations-de-chomage-870891.php
Steve Jobs et toute cette sorte de choses
octobre 7, 2011
L’abnégation, cette chose inexistante…
octobre 5, 2011
(Je songeais vaguement à écrire sur ce sujet. Les réactions lues sur les blogs de Marie
http://www.networkedblogs.com/o0BSd
et de So Fille
http://www.sofille.be
m’ont décidée)
Ego. Conscience. Reconnaissance. Honte. Conformisme. Anticonformisme. Sens du devoir. Education. Religion…
Autant de bonnes raisons de réagir/agir face à la misère, quelle qu’elle soit. Il n’y en a pas de mauvaise.
Oui, (ré)agir m’apporte beaucoup. Sur bien des plans. Qu’est-ce que ça peut bien foutre à ceux qui me le reprochent? Pourquoi ne font-ils pas pareil, s’ils veulent la même chose? Oui, je me sens utile. Oui, je me sens vivre. Oui, je me sens lue. Oui, je me sens mise en valeur.
L’abnégation totale, ça n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne l’ont jamais tentée.
Et oui, je m’en prends plein la poire. Et je vois que ceux qui font comme moi s’en prennent plein la poire, sont secoués. Se torturent. En font-ils trop? Pas assez? Est-ce mal, de ressentir quelque chose de positif parce qu’on fait quelque chose de positif? Est-ce mal de mettre des limites à son action? De se préserver du bon temps? De se payer un resto à 100 balles alors qu’on n’en a donné que 20? Est-ce mal de se sentir frustré par le regard déçu de ceux à qui on a apporté, mais pas assez?
Pourquoi, à chaque fois que quelqu’un s’indigne et (ré)agit, des gens s’empressent-ils de lui dire "Et vous, vous en accueillez chez vous?" "C’est facile, depuis votre divan, d’aller donner 3 saucisses"…
Pourquoi doit-on presque systématiquement essuyer des insultes du genre "Judéo-chrétien", "petit bourgeois", "bobo" "gauchiste" "bien-pensant"… pourquoi sont-ce des insultes?
Pourquoi cette agressivité envers des gens qui font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens ou plus que leurs moyens, ou moins que leurs moyens, pourquoi en vouloir à des gens de demander que l’Etat fasse son devoir? Pourquoi se moquer de cette militance à la plume, de ces publications sur FB? Pourquoi insulter celui qui, oui, ne fait souvent que donner ce dont il n’a pas besoin?
Pourquoi reprocher à des gens de réagir, d’agir, un peu ou beaucoup, à leur mesure ou à leur démesure, sans que ça ne porte préjudice à personne sauf à eux-mêmes éventuellement?
Pourquoi ne faites-vous pas quelque chose vous aussi, pour voir? Pourquoi préférez-vous haïr ceux qui (ré)agissent en plus de ceux pour qui ils le font? Qu’est-ce que ça vous apporte?
Pourquoi n’allez-vous pas donner 3 saucisses à un pauvre? Pour voir si vous ne vous sentez pas mieux qu’en vous gaussant de ceux qui le font alors que oui, c’est si facile?
Ou alors ne faites rien. C’est aussi votre droit le plus strict. Mais taisez-vous.


