C’est Noël, parlons bouffe

décembre 23, 2011

En cette veille de réveillon, des pauvres ont été invités à prendre part à une petite excursion vers un repas offert.

Voilà à peu près ce qu’ils savaient de la chose en grimpant dans un des bus affrétés pour l’occasion.

Une occasion dont vous pouvez lire le détail ici: http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2011-12-22/l-horeca-offre-a-manger-aux-precarises-chez-ikea-885730.php et que la Une expliquait au JT de ce midi.

Il ressort de ce reportage que les pauvres interviewés pensaient être invités par le bourgmestre, mais ils ne savaient pas où, ou chez Ikea, mais ils ne savaient pas pourquoi.

Donc, ils ne savaient pas qu’ils étaient les calicots d’une manifestation qui consiste, pour des patrons de l’Horeca, à protester contre les prix cassés du restaurant Ikea, prix qui, disent-ils, nuisent à leur image.

C’est chouette, je trouve. Embarquer des pauvres pour, devant les caméras, protester à l’insu de leur plein gré contre le seul restaurant où ils auraient éventuellement les moyens de se payer un repas, parce que s’ils avaient un peu de blé, c’est le seul restaurant où ils auraient les moyens de se payer un repas.

Je trouve qu’il faudrait exploiter le concept, qui est très bon.

- Gaïa pourrait par exemple leur proposer un cocktail avec des toasts au foie gras et faire un reportage sur les dégâts de cet aliment sur la santé.

- La Ligue des Droits de l’Homme pourrait leur proposer des lits au chaud, les mettre au cachot et faire des affiches avec leur mine déconfite derrière la grille. Avec un beau slogan du genre "Même un pauvre  n’en veut pas".

- Une association de coiffeurs pourrait les prendre en photo et militer contre leurs collègues bon marché, avec un slogan du style: "Vous n’allez tout de même pas sortir comme ça?"

-…

Les idées ne manquent pas. Et les associations de terrain seraient contentes, plus personne ne pourrait dire que les pauvres sont inutiles!

Aux lâches qui me gouvernent

décembre 19, 2011

"On ne saurait faire autrement": http://www.rtl.be/info/belgique/politique/844346/reforme-des-pensions-on-ne-saurait-faire-autrement

"On n’a pas le choix". "On doit". "Le marché exige".

Alors là, je dis stop. Marre. Ras-le-bol d’entendre ça. C’est insupportable.

On a toujours le choix. Et en l’occurrence, nos dirigeants n’avaient même pas à y réfléchir, il était là, posé: obéir aux marchés ou décider qu’ils leur avaient assez délégué le pouvoir.

Alors que nous voyons les premiers effets de cette austérité qu’ils nous ont, disent-ils, évitée à coups de "on n’a pas le choix", ils osent encore nous dire aujourd’hui qu’ils nous épargnent.

Mais ils nous épargnent quoi? Le chômage? Une régressivité accrue de ses allocations? Une pension insuffisante? Encore plus de sdf dans nos rues? Un enseignement misérabiliste? Quoi?

Alors pitié, arrêtez de nous dire que vous n’aviez pas le choix. Vous l’aviez. Vous aviez celui du courage politique. Vous aviez celui d’aller chercher l’argent là où il est. Vous ne l’avez pas fait. MAIS VOUS AVIEZ LE CHOIX!

Et moi, tant qu’à choisir ma misère, je préfère qu’elle soit digne. Qu’elle soit le fruit d’une certaine morale.

Je préfère que ma société souffre de la fuite de capitaux (fuite hypothétique, bien sûr, car rien n’est moins sûr, et quand bien même) que de la lâcheté de gens qui osent encore me regarder face cam et me dire qu’ils n’avaient pas le choix.

Vous avez fait ce choix-là, soit. 

Assumez-le. Ayez au moins ce courage.

On ne peut pas enfermer des enfants, nous dit la Belgique, qui considère qu’il s’agit d’une forme de traitement inhumain et dégradant. http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1289035/2011/07/07/Centres-fermes-Interdiction-d-enfermer-des-familles-avec-enfants.dhtml.

On ne peut pas enfermer des enfants, nous dit la loi Européenne (loi souveraine, puisque la Belgique en a décidé ainsi), qui considère qu’il s’agit d’une forme de traitement inhumain et dégradant. La Belgique est bien placée pour le savoir, elle qui a déjà été condamnée 3 fois à ce jour pour l’avoir fait quand même (http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-belgique-condamnee-pour-avoir-detenu-des-demandeurs-d-asile-mineurs?id=7240673).

Seulement, on est en Belgique. Un pays qui faute de traiter ses problèmes en profondeur, les règle à coups de mesures arrangeantes. Ici donc, une exception: "La possibilité de détenir une famille avec enfants mineurs subsiste pour ceux qui tentent d’entrer illégalement dans le pays ou qui sont découverts en situation illégale dans le pays. Le texte ajoute que cela ne peut se faire que pour un temps limité et dans un lieu adapté. Les familles qui ne respectent pas les conditions qui leurs sont imposées pourront être détenues dans un centre fermé mais dans ce cas aussi cela doit se faire dans des conditions adaptées."

Donc, en Belgique, enfermer un enfant est inhumain et dégradant, sauf pour les enfants entrés illégalement et dans la mesure où ils le seront dans des conditions adaptées et qu’importe si l’Europe, souveraine, en a décidé autrement.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu un centre fermé de l’intérieur. Moi pas. Mais je l’ai vu de l’extérieur. Y compris la "Caricole", ce nouveau centre érigé juste à côté du 127bis et destiné à accueillir des familles.

Difficile pour nous, parents qui avions emmené nos enfants au Steenrock, un concert organisé à l’extérieur du 127 bis, juste à côté de la Caricole en chantier, de leur expliquer que non, ces gens n’avaient rien commis d’illégal, à part arriver en Belgique sans y être autorisés. Difficile de leur dire que oui, certains avaient des enfants. Impossible de leur dire ce que ces enfants avaient fait pour mériter ça. "Oui, là, ils vont enfermer des familles. Non, ce n’est pas juste. C’est pour ça qu’on est là. Pour leur dire que tous les Belges ne sont pas des brutes. Oui, tu peux frapper très fort sur les grilles". Difficile de dire à nos enfants d’arrêter de tenter de casser les grilles à coups de pelle. Mais la police s’en est chargée.

Aujourd’hui, des gens s’étaient donné rendez-vous à la Caricole pour protester contre ce qu’ils estiment inacceptable, ce que l’Europe estime inacceptable, ce que la Belgique elle-même estime inacceptable (sauf à considérer qu’un enfant n’est pas l’autre, ce qu’elle fait).

Ils n’ont pas pu protester. La bourgmestre n’a pas accordé l’autorisation.

Donc en Belgique, la Belgique peut commettre des actes illégaux. Et le Belge n’a pas le droit de s’en plaindre.

Allez venez les enfants, on rentre. Vous vous fabriquerez un monde meilleur. Si on vous laisse faire.

Photo: Maco Meo

On ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas imaginer l’inimaginable. Dire l’indicible.

Un type qui prend des armes et tire dans le tas, ça n’arrive pas chez nous. Ca ne peut pas arriver chez nous. C’est quelque chose qu’on voit aux States, ce pays qui tolère tout, ce pays de toutes les démesures. Pas chez nous. Un gamin qui entre dans une crèche et massacre des bébés, c’est inimaginable. Un homme qui enferme des gamines dans une cave, les viole, les tue, c’est inimaginable.

Un gamin notoirement maltraité et abandonné à ses démons, un schizophrène dont les parents s’inquiètent et abandonné à ses démons, un mec abandonnique qui collectionne les armes et abandonné à ses démons, ça ne fait réagir que quand l’inimaginable se produit.

Je ne suis pas en train de chercher des excuses, je ne suis pas en train d’implorer le pardon. Violer, tuer, c’est inexcusable, c’est impardonnable (quoique, certains y arrivent).

Mais négliger la souffrance d’un enfant à l’estime de soi dévastée, ballotter quelqu’un d’institution en institution sans lui porter un regard confiant, ne jamais croire en quelqu’un et finalement devoir l’enfermer dans des conditions épouvantables sans jamais chercher à le réparer un peu, c’est inexcusable, c’est impardonnable.

Nous sommes tous des êtres humains. Et n’en déplaise à ceux que le contraire arrangerait, c’est bien la seule chose qu’on ne pourra pas enlever à celui qui tue.

Alors traitons les humains en humains. Ne nous voilons pas la face en rangeant certains d’entre nous dans des catégories qui nous rassurent. Si les gens sont déviants, c’est aussi, parfois (souvent), parce que "nous" les avons déviés.

Un meurtrier.

décembre 13, 2011

On pouvait s’y attendre, voici ma petite réflexion sur les évènements du jour à Liège. Ou plutôt sur les réflexions qu’ils ont inspirées à bien des gens.

Qu’on ne se méprenne pas, il ne sera pas question ici de dénigrer le chagrin des gens, leur effroi, la peine de qui que ce soit. Qu’on ne se méprenne pas non plus sur ma vision des faits. Tuer, c’est mal et quand c’est à l’aveugle, ça provoque en moi, à juste titre ou non, encore plus de colère.

Ceci étant dit, et en espérant que ce qui précède aura été lu et intégré, voici le fond de ma pensée.

Avant même qu’on ne sache quoi que ce soit, alors que les médias nous parlaient de grenades lancées sur une place liégeoise, le peuple des forums se lançait dans des considérations sur la "justice trop laxiste" et l’incompressibilité des peines. Voire, déjà à ce stade, sur la peine de mort. Sans même savoir ce qui était commis. Sans même savoir qui le commettait.

Quelques heures après, on apprit qui était le tueur. Un certain Nordine Amrani, repris de justice. Il s’est donné la mort après avoir commis l’irréparable, mais soit, le peuple des forums s’est lancé de plus belle dans ses appels à la peine de mort.

Je pourrais m’arrêter là et reconnaître que même à moi, la peine de mort pour un mort, ça ne me fait ni chaud ni froid, mais non.

Aujourd’hui, un acte horrible a été commis par des individus qui s’en sont pris à vous, à moi. Qui ont tiré dans le tas. Qui nous ont fait peur.

Ce fait divers est symptomatique. Et au lieu de nous poser question sur sa répétition de plus en plus fréquente un peu partout dans le monde,  il ouvre un robinet: celui de la haine du bon peuple, qui se déverse à qui mieux mieux, contribuant au déclin d’une société qui pousse ses membres dans leurs pires retranchements.

On manque de tout et demain, ce sera encore pire. Chacun se replie sur soi, chacun considère l’autre comme un danger potentiel. On a de moins en moins de chances d’y arriver dans la vie, de plus en plus de tout perdre, alors on s’en prend à ceux qu’on ne voudrait pas devenir. Ceux qui ont déjà perdu ce qu’on a encore. Les étrangers. Les repris de justice. Les chômeurs (si si, j’ai lu ça aussi): ceux par qui, pense-t-on un peu trop facilement, le danger arrive.

Quand un Laurent Louis s’empare du fait divers pour, sans aucun scrupule, en faire un argument électoral, quand un Alain Destexhe demande aux médias de ne pas comptabiliser le tueur dans le décompte des victimes, ils encouragent un nombre effrayant de gens à se décharger sur les repris de justice, les politiciens véreux (oui, oui, ça aussi, je l’ai lu), les étrangers, les chômeurs (je vous assure).

Baignant dans un bain de juste indignation, bon nombre de gens oublient que s’ils se contentent de fustiger ceux par qui cet acte-là a pu se concrétiser (la justice qui a libéré un type, ceux qui lui ont permis de s’armer, le type lui-même), ils ne régleront rien, sauf à considérer que se défouler soulage à long terme.

Car au-delà de la concrétisation d’un acte, il y a tout ce qui a pu mener à l’acte. Il y a, en amont, la défaite d’un système qui n’en est pas à son premier échec. Il y a l’absence volontaire de toute réflexion de fond sur ce qui peut mener un être humain à de telles extrémités. Il y a, en aval, cette prison que tous réclament à hauts cris, pensant naïvement qu’elle nous protégera au moins des individus qui y entrent (http://annelowenthal.wordpress.com/2011/05/13/prison-au-moins-ils-y-restent-au-mieux-on-se-porte/).

Ces gens qui hurlent, profitant (j’ai choisi le terme) d’un drame humain pour, une fois de plus, nous envahir de leur haine viscérale (et donc dénuée de toute réflexion), ils me désolent tout autant, voire plus, que la mort de ces victimes (qui me fait horreur, voir mon premier paragraphe).

Parce que la haine viscérale, j’ai la conviction qu’elle en entraînera d’autres, des atrocités.

(Je n’ai pas trouvé de titre à cet article)

Aussi surprenant que le scandale des logements sociaux à Charleroi…

Aussi ébouriffant que les amitiés nauséabondes de Bart de Wever…

Aussi terrifiant que les infidélités d’Albert II…

Mesdames, Messieurs, jeunes gens, j’espère que vous êtes assis, parce que voici venue l’incroyable, ahurissante, inouïe histoire du…

PLAN B D’ELIO DI RUPO

C’est bien simple, rien qu’à l’écrire, je tremble de tous mes doigts. D’ailleurs, je vous mets le lien, j’arrive à peine à taper: http://www.levif.be/info/actualite/belgique/le-plan-b-d-elio-di-rupo-la-scission-de-la-belgique/article-4000017501888.htm?nb-handled=true&utm_source=Newsletter-12-12-2011. La sueur perle, se mêlant aux larmes incrédules, je suis émotionnée, que dis-je, commotionnée! Elio Di Rupo a un plan B! ELIO DI RUPO A UN PLAN B!!!!

ET ON NE NOUS AVAIT RIEN DIT!!!

C’est bon, là? Je le fais bien? Ca y est? On peut revenir à des nouvelles? Je veux dire des sujets? Vous savez, des trucs dont on ne nous avait jamais parlé, ou des trucs qu’on ne nous a jamais vraiment expliqué. Des infos, quoi?

Dernière nouvelle: on apprend ce jour, 13-12-11, que certains prétendent qu’Elio Di Rupo carburait à la cocaïne pendant les négociations! Si si si!! Vive la politique! Vous voyez qu’elle touche le fond quand elle veut!


Affligeant

décembre 8, 2011

Ainsi donc, après 540 jours de négociations et au lendemain d’une dégradation de sa note par Standard & Poor’s, la Belgique s’est dotée d’un gouvernement.

Un gouvernement qui ne manque pas d’inquiéter bien des gens, étant donné que sa seule existence nous promet des lendemains douloureux puisque désormais nos dirigeants seront en mesure de nous imposer des mesures d’austérité faute d’avoir imposé un peu d’éthique dans les véritables sphères du pouvoir.

Un gouvernement qui a déjà concocté des mesures qui toucheront directement ceux qui sont déjà le plus touchés par l’incurie: les chômeurs et les classes moyennes.

Un gouvernement de droite dirigé par un homme qui semble avoir oublié d’où il vient, si ce n’est qu’il se prétend socialiste.

Demain, des sans-abris mourront dans nos rues, des Roms afflueront de toutes parts, des chômeurs seront un peu plus dans la merde, des employés seront stressés à l’idée de les rejoindre, des créanciers attendront vainement leur argent. Demain, nous aurons de plus en plus de travailleurs au noir. Demain, nos banques nous saigneront un peu plus encore, parce qu’elles ne nous ont pas assez ruinés pour survivre. Demain, on licenciera. Nos enfants entameront des études, s’ils ont cette chance, sans trop savoir ce qu’ils deviendront. Des forces de l’ordre de plus en plus dures les empêcheront de se plaindre de leur sort.

Notre nouveau gouvernement nous l’annonce aujourd’hui, la mine éplorée.

Et aujourd’hui, partout, nos médias, nos "humoristes" et leurs fans se répandent, sous prétexte d’humour, sur… le poids d’une ministre.

Voilà, c’est tout.

 

Fille de partout, j’ai été bercée par une maman argentine d’origine belge, un papa belge d’origines diverses.

J’ai entendu parler de la guerre, j’ai entendu les chants de résistants sud-américains, j’ai été bercée, comme chacun mais peut-être un peu plus que certains, au son des leçons de l’Histoire que tout écolier doit retenir pour avoir la moyenne.

J’ai manifesté, beaucoup. Je me suis exprimée, encore plus.

J’ai observé mes dirigeants applaudir ces résistants du monde entier, les encourager à coups de bombes même. Je les ai observés évacuer de nos places les quelques indignés qui avaient décidé de prendre possession de l’espace public, le leur, le nôtre.

Et puis, avec deux amies, on a proposé à d’autres de faire une fête. J’ai rassuré les forces de l’ordre. Elles m’ont rassurée aussi. "Il n’y aura pas de problème". Et on s’est retrouvés au cachot. 103 personnes. Une répression avec un déploiement de force que je n’avais jusque là vu que sur des photos. Des photos sur fond de voitures brûlées et de vitrines cassées. Des photos sur fond de violence.

Certains vont me dire j’ai péché par naïveté. Ils ont raison, hélas.

D’autres me disent que ça n’a rien d’étonnant. Ils ont tort.

Aujourd’hui, Geoffrey est allé place Flagey, où se réunissait le PS pour entériner les récents accords des négociateurs. Il y a vu les forces de l’ordre. Il y a vu une auto-pompe. Il n’avait pas vu cet événement facebook (12 personnes inscrites ce matin!) qui prévoyait d’aller à cet endroit précis, à ce moment précis, clamer sa désapprobation aux membres d’un parti dont les manifestants se demandent s’ils savent ce qu’est le S de PS devenu. (http://geoffreyroucourt.wordpress.com/2011/12/04/letat-oppose-ses-muscles-face-a-laction-citoyenne/).

Alors oui, je m’étonne.

Nos pouvoirs se savent-ils tellement dans le faux qu’ils envoient leur police éliminer sans ménagement tout qui serait susceptible de le clamer?

Et surtout, nous laissons-nous impressionner ou décidons-nous de leur montrer ce qu’est ce sens des responsabilités dont ils nous rabâchent les oreilles?

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 188 followers