Un dimanche sur RTL…

avril 30, 2012

Petit tour sur "On refait le monde", émission du dimanche sur RTL, avant le débat politique. Des gens qu’on nous présente comme des analystes de la communication et de l’actualité, leur donnant ainsi une grande crédibilité.

Voici ce que je relève de celle du dimanche 29 avril.

Une charmante émission, où l’on apprend qu’Alain Raviart connaît la blague du casque de soudeur (que je vous raconterai si vous insistez), mais pas que ça:

Visiblement, Emmanuelle Praet vote Sarko et en tout cas elle le défend. Quand Alain Raviart évoque les récupérations du discours et du programme de Le Pen, elle balaye d’un "Il n’a pas besoin de ça pour convaincre, franchement", comme si du coup, "ça" n’était pas grave.

Pendant ce temps, Xavier Magnée le raille parce qu’il consulte ses notes. Il continue en disant (à juste titre selon moi) qu’on a parfaitement le droit de voter extrême droite ou extrême gauche et ajoute (et là, je vous laisse juges) "Je n’ai jamais rien vu dans le programme de Marine Le Pen qui me choque. Il faut dire aussi qu’il y a une certaine habileté à dire des choses évidentes qui ne souffrent aucune contradiction: elle a l’art de dire "Français, Françaises, quand il pleut il fait humide" (…) elle sort des évidences", ce qui, précise-t-il, ne le dérange pas.

Suit l’invité, Armand De Decker, qui dit que Hollande et Sarko récupèrent tous les deux les idées du FN, ce qui n’a rien de choquant, vu que ce sont des électeurs qu’on va chercher et embraye sur la sécurité, son dada, "qui pose des problèmes à tout le monde".

Interrogé sur le fait que Sarko reprenne les discours de Jean-Marie Le Pen, il prétend d’abord ne pas l’avoir entendu puis avance timidement "je ne le ferais pas".

La suite parle immigration, bien sûr, invité oblige. Et on apprend que Xavier Magnée est l’un des meilleurs souvenirs de sa vie. Ce qui ne nous étonne guère…

Heureusement, la blonde* de service amène un peu de légèreté sur la fin… merci Emmanuelle Praet!

*Je n’ai rien contre les blondes. Par contre, j’ai contre les blondes de service.

Ils vous l’affirmeront, vous l’insinueront, ça a démarré chez nous et l’exemple français ne présage rien de bon dans un pays qui adore copier-coller son voisin. (Au passage, un petit tour ici, chez nos centristes autoproclamés. Un concours dont je n’avais personnellement jamais entendu parler et qui a déjà de nombreux participants… comment faire passer des messages imbuvables sans engager sa responsabilité?)

- Nos dirigeants ont reçu Kadhafi en grande pompe pour le simple plaisir de recevoir, parce qu’ils sont très polis et conviviaux.

En plus, à l’époque, Kadhafi était lui même un gars très poli et convivial!

- La multiculturalité met notre société en danger.

D’ailleurs, je ne sais pas écrire, mais c’est pas grave, je n’ai ni PC, ni internet, rien.

- L’assistanat consiste à permettre aux gens de vivre sans efforts

Moi-même, j’attends avec impatience de profiter de mes allocations de chômage, qui me permettront de payer ma maison et mon électrici… euh, ma maison, un pédalier, une dynamo et mon eau.

- Les aides aux entreprises sont notre salut: celui des salariés, de plus en plus nombreux, celui des usagers, épargnés par la hausse des prix

Ca me fait penser que je dois aller postuler chez Electrabel!

- La nationalité, ça se mérite.

La mienne par exemple, je l’ai conquise et c’était très difficile, parce qu’un spermatozoïde et un ovule, c’est vraiment tout petit! En plus, j’ai commencé à lutter à 10.000 kilomètres d’ici!

- La prison est une solution à l’insécurité

D’ailleurs, c’est bien connu, depuis qu’elles sont pleines, on est tranquilles. On parle de les transformer en écoles quand le dernier occupant sera mort.

- Nos dirigeants sont très compétents.

D’ailleurs, ils n’arrêtent pas de le dire, modestes qu’ils sont: "C’est la compétence de l’autre!"

- Le PS est socialiste.

C’est pour ça qu’il aide les gens en les obligeant à gagner des sous dans les entreprises grassement aidées pour les engager.

- Le CDH est humaniste

Il paraît même que depuis les chambres du nouveau centre fermé conçu pour emprisonner des familles, elles auront une vue imprenable sur la campagne environnant l’aéroport.

- Le MR est un mouvement réformateur

Ah ça, c’est vrai. Il est sans cesse en train de tenter de nous faire revenir en arrière.

- Ecolo est écologiste

Enfin, aux dernières nouvelles, il l’était. Ca fait longtemps!

Voilà. La liste n’est pas exhaustive. Elle sera d’ailleurs complétée de temps en temps… méfiez-vous aussi d’appellations comme "peuple", "populiste", "le citoyen", "les gens". Termes qui ne veulent plus dire grand chose.

Vous n’êtes pas "Les gens". Et si on vous dit "Les gens pensent que…", vous n’êtes pas obligés de vous dire "Ah oui, je pense comme ça?" Vous pouvez dire "Mais non, pas du tout!".

On connaît l’état des prisons belges, celle de Forest et d’autres plus ou moins à l’avenant. Toutes surpeuplées, toutes trop peu encadrées, toutes des "usines à délinquants", puisque rien n’y est fait pour préparer ceux qui y entrent à la réinsertion. Que du contraire, admettent de concert ceux qui en sortent, ceux qui les gèrent et ceux qui y envoient des gens, y compris des présumés innocents.

J’ai déjà évoqué cette question ici: http://annelowenthal.wordpress.com/2011/05/13/prison-au-moins-ils-y-restent-au-mieux-on-se-porte/

Aujourd’hui, on apprend (sur la Première) que la Ministre Turtleboom, décidément aussi compétente dans ce ministère que dans le précédent (les avocats en grève aujourd’hui ne me contrediront pas…), a annoncé, entre autres mesures de sécurité dans les prisons, des sanctions désormais plus sévères pour les prisonniers qui s’en prendront aux gardiens.

Voilà bien une mesure à l’image de la politique belge. Une politique qui faute de prévenir, réprime. Et qui pour lutter contre les effets de sa répression, les… réprime.

Nous voici donc avec des gens qui ont commis des délits assez graves (ou sont soupçonnés de l’avoir fait) pour être envoyés en prison.
Ils s’y retrouvent les uns sur les autres, y apprennent un tas de choses, sauf celles qui pourraient éventuellement les aider à ne plus recommencer à leur sortie et finissent parfois par se comporter comme on les traite (et je n’accuse pas les gardiens): comme des bêtes.

Face à ce problème, on fait de la politique belge: on durcit les sanctions. Des sanctions qui en cette occurrence sont déjà bien plus lourdes que celles prononcées par nos tribunaux, puisqu’aucun prisonnier n’a jamais été condamné à être maltraité.

Des portiques aux entrées de métro n’apaisent pas les esprits. Des policiers à tous les coins de rues n’ont jamais éduqué personne. Des amendes plus fortes (alors que la plupart de ceux qui les reçoivent ne savent déjà pas payer celles en vigueur) ne feront pas des gens plus civiques.

Des portiques à l’entrée des prisons ne rendront pas leur dignité à ceux qui y sont enfermés. Et des sanctions plus lourdes au sein des prisons n’empêcheront pas ceux qui en sortent d’être encore plus paumés que quand ils y sont entrés.

Je parlais l’autre jour de ce mensonge permanent de ceux qui prétendent résoudre les problèmes d’insécurité en augmentant les mesures de répression (http://annelowenthal.wordpress.com/2012/04/15/le-sentiment-dinsecurite-et-ce-pouvoir-qui-le-nourrit-pour-apaiser-sa-soif-de-lui-meme/).

Ici, c’est encore pire. En traitant des gens de manière inhumaine, on ne leur donne qu’un message: Vous n’êtes pas des êtres humains. Vous ne faites pas partie de nous. Mais si vous vous comportez comme des bêtes, on vous traitera pire encore.

Alors bien sûr le discours est rassurant. Il est évidemment commode de se dire que ceux qui encombrent nos prisons ne sont pas de notre espèce. Ca nous dédouane d’un tas de choses. Mais ceux qui le pensent devraient aussi songer que ça ne les protègera jamais. Au contraire.

Aux larmes, Citoyens

avril 22, 2012

Chaque fois, c’est le même scénario (et pas qu’en France).

Alors qu’en campagne, tous traitent l’extrême droite de raciste, les uns la balayant du revers de la main, les autres surfant sur les mêmes idées pour s’attirer ses électeurs, après les élections, tous affirment, la bouche en coeur et les bras grands ouverts, "Les électeurs du FN ne sont pas des racistes".

"Il ne faut pas mépriser l’électeur". "Il faut entendre le message de l’électeur". "Offrons des réponses à l’électeur".

Alors moi, je le dis tout net. L’électeur d’extrême droite EST raciste. Il regarde la télé. Il sait aussi qu’il y a d’autres partis bien plus inoffensifs et bien moins haineux pour dire merde aux gros. Et en France, il a même le droit de ne pas aller voter.

Et à ceux qui aujourd’hui lui proposent leur giron, j’ai envie de rappeler qu’à chaque élection, depuis toujours, il ont compris l’électeur d’extrême droite et promis de lui apporter des réponses.

Mais si l’électeur d’extrême droite vote à l’extrême droite, c’est parce que ceux-là, les mêmes, l’ont plongé dans l’austérité et ont préféré désigner l’étranger comme source de tous ses maux plutôt que de pointer ceux qui détiennent le pouvoir et de les affronter.

Alors oui, peut-être bien que s’il est raciste, ça n’est pas tout à fait la faute de l’électeur. Mais il est raciste.

Et dire que l’électeur d’extrême droite n’est pas raciste, le dire après coup, c’est un tout petit peu facile. C’est un tout petit peu prendre à nouveau l’électeur d’extrême droite pour un con, en lui disant tout le contraire de ce dont on l’a bercé pendant des mois. Il sait très bien pour qui il a voté. Sarkozy et Hollande savent pourquoi il l’a fait.

Une fois pour toutes.

avril 21, 2012

Certaines personnes, sur mon blog et ailleurs, surexcitées par l’actualité nauséabonde de ces derniers jours, se déchaînent à coups de "Vous n’avez rien compris", "Vous ne voulez pas voir", "Des enfants sont en danger", "Y a pas de fumée sans feu", "Vous êtes complice de l’évidence que vous niez".

Entre deux sorties sur le grand complot maçonnique et les réseaux sataniques, ils sombrent invariablement dans les attaques personnelles, plaquent mon nom ici et là, m’ajoutent à des listes qu’ils affirment véridiques, me menacent de m’envoyer des amis ou de me casser la gueule, me promettent des rêves hantés par les petites victimes de mon irresponsabilité.

Ils annoncent des preuves dont on ne voit jamais la couleur, affirment que des documents disent des choses que je n’y ai pas lues et toujours, toujours, nous parlent de ces enfants encore aujourd’hui entre les griffes de pédocriminels selon eux avérés.

Fatiguée de leur répondre, je vais le faire ici, une fois pour toutes. Ca sera court.

Si comme vous le dites vous savez ce qui se passe. Si comme vous l’affirmez vous avez des preuves. Si vous êtes certains que des enfants sont dans les griffes de réseaux, alors allez les sauver. Faites votre devoir de citoyens. Fournissez les preuves. Désignez les victimes. Exposez des faits. A des gens en mesure d’agir.

Si vous n’êtes pas en mesure de faire ce qui précède, vous ne savez rien. Tout ça est de l’intuition, fruit de votre propension à croire ce qu’on vous raconte, de votre imagination ou de votre cerveau dérangé, ou les trois.

Songez que derrière les listes que vous diffusez, dans les noms que vous étalez, il y a des gens. Que des propos tels que vous les tenez ont déjà détruit des vies.
Songez aux familles de deux gamines que vous avez déterrées. A ces gens qui voient étalée l’horreur de leur fin atroce alors que depuis des années, ils doivent lutter contre des images qui certainement ressurgissent chaque jour dans leur coeur déchiré.
Songez à deux gamines dont on a tous la mémoire. Deux gamines sur une affiche. Deux gamines qui aimaient la vie.

Moi, je ne nie rien. Mais je ne sais rien. Si ce n’est que des victimes de pédophiles, il y en a partout. Que des victimes de calomnies, il y en a partout aussi. Je sais que si je savais quoique ce soit de plus, j’irais le dire là où c’est utile. Pas sur la place publique.

Parce que derrière chaque victime, derrière chaque bourreau, il y a une personne. Et derrière chaque personne, il y a d’autres personnes. Et que même une ordure peut être entourée de gens bien.

Voilà.

Toute menace sur ma personne fera désormais l’objet d’une plainte.

En Belgique, on a plusieurs niveaux de pouvoir. Schématiquement:

Le Législatif fait les lois et contrôle leur exécution

L’Exécutif veille à la mise en application des lois

Le Judiciaire veille au respect des lois

Le législatif, ce sont les sénateurs et les parlementaires. Ces derniers bénéficient d’une immunité, appelée "immunité parlementaire" définie comme suit:

Art 59 de la constitution: "Sauf le cas de flagrant délit, aucun membre de l’une ou de l’autre Chambre ne peut, pendant la durée de la session, en matière répressive, être renvoyé ou cité directement devant une cour ou un tribunal, ni être arrêté, qu’avec l’autorisation de la Chambre dont il fait partie.

Sauf le cas de flagrant délit, les mesures contraignantes requérant l’intervention d’un juge ne peuvent être ordonnées à l’égard d’un membre de l’une ou l’autre Chambre, pendant la durée de la session, en matière répressive, que par le premier président de la cour d’appel sur demande du juge compétent. Cette décision est communiquée au président de la Chambre concernée.

Toute perquisition ou saisie effectuée en vertu de l’alinéa précédent ne peut l’être qu’en présence du président de la Chambre concernée ou d’un membre désigné par lui.

Pendant la durée de la session, seuls les officiers du ministère public et les agents compétents peuvent intenter des poursuites en matière répressive à l’égard d’un membre de l’une ou l’autre Chambre.

Le membre concerné de l’une ou de l’autre Chambre peut, à tous les stades de l’instruction, demander, pendant la durée de la session et en matière répressive, à la Chambre dont il fait partie de suspendre les poursuites. La Chambre concernée doit se prononcer à cet effet à la majorité des deux tiers des votes exprimés.

La détention d’un membre de l’une ou de l’autre Chambre ou sa poursuite devant une cour ou un tribunal est suspendue pendant la session si la Chambre dont il fait partie le requiert. "

Outre le fait, énorme, que ceux qui édictent les lois soient les seuls à être protégés en cas de non-respect de ces mêmes lois, il me semble que dans le cas de Laurent Louis, on se trouve bien dans un cas de flagrant délit, non?

Comme je l’ai déjà expliqué par ailleurs, je ne suis pas encore très au clair avec ce que je dois faire quand quelqu’un qui veut faire parler de lui me fait bondir. En parler et faire son jeu ou ne pas en parler et faire son jeu aussi?

Alors je tente de trouver un juste milieu. Laurent Louis, j’en parle le moins possible (après en avoir beaucoup parlé et qu’on me l’ait reproché). Mais là, comme presque tout le monde, je considère que de bête et méchant, il a sombré dans l’ignoble.

Il l’annonçait depuis des jours. En commençant par nous ressortir une vieille liste de noms de personnes qui seraient impliquées dans des faits pédocriminels. Des vivants, des morts, des inconnus, des connus… Plein de noms de gens qui une fois de plus vont devoir affronter, eux et leurs proches, ceux pour qui (je l’ai encore lu aujourd’hui) "il n’y a pas de fumée sans feu". Bien entendu, la chose est amenée de manière anonyme et sans preuve, comme toute bonne calomnie.

Rien que ça, c’est grave. De la part d’un homme qui se prétend "représentant du peuple" et qui formellement l’est, de la part d’un législateur, c’est même carrément inacceptable.

Mais non content de ça, il nous annonce détenir le dossier des autopsies de Julie et Melissa, y compris des photos (éléments qui, dit-il, appuient les accusations qu’il porte à tout va) et parce que Jean-Denis Lejeune annonce son intention de porter plainte, Laurent Louis le menace de diffuser lesdites photos.

Pendant ce temps, certains se scandalisent, des journaux relayent, mais rien ni du côté du politique, ni de celui de la Justice.

Aujourd’hui, c’est fait. Jean-Denis Lejeune a porté plainte et Laurent Louis a publié les pièces écrites du dossier et propose à qui le souhaite de consulter les photos.

Nous voilà donc face à un député qui, sous nos yeux:

- calomnie une longue liste de personnes
- détient des pièces qu’il n’est pas en droit de détenir
- diffuse ces pièces

Et toujours rien. La presse s’offusque, se renseigne sur l’immunité, pendant que le silence règne tant au ministère de la Justice qu’au Parquet.

Aujourd’hui enfin, tout de même, quand Laurent Louis a pris la parole au Parlement, tout le monde est sorti (à part deux VB et Dedecker). André Flahaut a quant à lui déclaré à Laurent Louis que l’immunité parlementaire ne permettait pas tout et qu’il l’apprendrait dans les jours qui viennent.

Alors moi qui aurais préféré que la chose lui soit enseignée avant qu’il ne sombre encore plus dans l’abject (puisqu’il avait annoncé son intention de le faire), j’ai relayé l’initiative de @somebaudy, largement relayée par @Trollux qui nous invitait à interpeller l’hébergeur  du site où étaient publiées les pièces du dossier en en appelant à ses responsabilités.

Ca m’a valu une publication sur la page de Laurent Louis, des menaces de certains de ses électeurs et une réflexion sur les conséquences de ce que j’étais en train de faire: créer un précédent, compliquer la tâche des hébergeurs, suggérer que n’importe qui veut tenter de fermer n’importe quel site qui lui déplairait peut le faire…

Mais quand un homme manque à ce point de décence qu’il déterre deux fillettes pour nous étaler leurs corps saccagés, pour les étaler devant leurs parents et leurs proches, quand un homme est tellement assoiffé de reconnaissance qu’il salit la réputation d’un grand nombre de personnes, sans nous apporter aucune preuve de ce qu’il avance (souvenez-vous d’Outreau…),

quand un homme est tellement bête qu’il a tous les culots, y compris celui de nous dire qu’il oeuvre pour le bien de la nation, alors oui, je pense qu’il est de mon devoir (et de celui de chacun) de faire appel à toute personne habilitée à mettre fin à cette honte. La Justice, sa ministre et… l’hébergeur de son site.

On mesure la mauvaise gestion d’un Etat au nombre de policiers auxquels il a recours.

Un Etat mal géré, c’est un Etat qui fait des mécontents. Et des mécontents, ça manifeste du mécontentement.

Et quand l’Etat a sciemment fait des mécontents, il a également fourbi ses armes. Des armes du même niveau que sa politique.

Et donc voilà notre Belgique empêtrée dans des discours lénifiants ("On n’a pas le choix"), infichue de se trouver un gouvernement qui corresponde au vote de l’électeur, infichue de loger des sdf qu’elle force à dormir devant ses bâtiments vides, inoccupés mais chauffés, infichue d’aller chercher l’argent là où il se trouve, infichue de faire preuve du moindre courage politique quand il s’agit de protéger son peuple de la misère (et qui l’y enfonce même), infichue d’opérer une vraie réforme de l’enseignement, de faire de ses prisons autre chose que des usines à délinquants, de condamner certains pays oppresseurs tandis qu’elle en bombarde d’autres, pour des raisons qu’elle est infichue de donner…

Voilà notre "démocratie" (notez les guillemets). Une démocratie qui n’a plus depuis des mois de démocrate que le nom.

Non contente de ne pas prendre des mesures qui aillent dans le sens de l’équité, non contente de ne pas respecter des lois souveraines, celles des Droits de l’Homme, auxquelles elle se vante d’avoir adhéré, non contente de ne pas avoir le courage de dire "non" au nom de ce qu’elle se prétend, voilà que notre "démocratie" nous envoie ses flics.

Citoyens, citoyennes, si aujourd’hui vous décidez, au nom de la démocratie, d’aller interpeller les "démocrates" qui vous dirigent, vous finirez au cachot. Quasi systématiquement.

Hier les Indignés, aujourd’hui tout le monde. Il y a quelques jours, des gens partis demander à Maggie De Block un peu d’humanité pour des sans-papiers grévistes de la faim. Aujourd’hui, des gens partis au cabinet de Didier Reynders demander des explications sur la participation des autorités belges au sabotage de la mission de solidarité "Bienvenue en Palestine".

Chaque fois, des violences ont été perpétrées. Par des policiers. Aujourd’hui, ils ont lâché les chiens. Embarqué tout le monde, y compris des enfants. Des enfants!! Envoyé un homme à l’hôpital.

J’en ai moi-même il y a quelques mois fait l’expérience (http://annelowenthal.wordpress.com/2011/11/28/26-11-2011-bruxelles-rave-party-chronologie-des-evenements-seulement-ceux-auxquels-jai-assiste/). Assisté médusée à cette violence que je ne connaissais qu’à travers les récits de la dictature Argentine, pays de ma maman. Subi un déploiement démesuré de forces de l’ordre. Appelé celles-ci à cesser de nous brutaliser. Passé une nuit glaciale au cachot en attendant vainement que mes droits soient respectés, tandis que certains de mes "camarades" se faisaient passer à tabac. Ensuite, nous avons tous été mis à l’amende (procédures en cours).

Il y a même des gens qui ont subi ce sort avant même d’avoir manifesté quoi que ce soit. Parce que dès que l’on vous soupçonne de fomenter un "trouble", on vous surveille. On vous liste. On vous écoute. (Un exemple ici: http://annelowenthal.wordpress.com/2011/07/22/en-belgique-on-vous-arrete-parce-quon-vous-soupconne-de-vouloir-partager-des-idees/)

La voilà, notre "démocratie". Les voilà, ceux qui nous gouvernent. Pas un pour condamner les autres. Tous lamentables, terrés dans leurs ministères, planqués derrière des discours qu’ils n’osent même plus nous tenir en face. Affligeants.

Comme tout le monde, mais peut-être un peu moins que certains, il m’arrive d’avoir peur. Et je pense que toute société a besoin de règles et de gens pour les faire respecter. Des policiers, des juges, mais aussi des éducateurs, des assistants sociaux, des psys.

En Belgique, le débat fait rage. Une agression mortelle en pleine période préélectorale a remis le sujet sur le devant de la scène, des solutions ont été réclamées et des mesures ont été prises. Plus de flics, plus de pouvoirs aux agents de sécurité, accélération de l’installation de portiques aux entrées de métro…

Par des gens parfaitement conscients de ce qu’ils font: rassurer l’électeur en le confortant dans cette confusion qu’on lui a bien appris à faire entre le sentiment d’insécurité et l’insécurité.

Si je fais le rapport entre toutes les fois où j’ai eu peur en déambulant en rue (ou en-dessous) et toutes les fois où j’ai eu raison d’avoir peur, j’arrive à… zéro.

Je n’ai jamais été agressée en rue ou dans le métro (dans la mesure où mon curseur "agression" est placé assez haut: je ne considère pas comme des agressions le fait de me faire dragouiller un peu vulgairement ou de me faire insulter par un saoulard).

Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas d’agression, bien sûr qu’il y en a. Et pour avoir été cambriolée une fois dans ma maison, deux fois dans ma voiture, je sais la trouille au ventre que ça procure.

Je suis par contre persuadée que cette trouille au ventre est largement alimentée par ce politique qui ne veut pas s’atteler aux sources du problème (et au fait que l’aide aux victimes est largement lacunaire).

Pire. Je suis persuadée que chaque agression est une aubaine pour ceux qui se nourrissent de notre sentiment d’insécurité pour contenter l’électeur en l’abreuvant de discours sécuritaires et de mesures cosmétiques.

Mais moi aussi, je suis une électrice. Et quand je vois qu’on répond à la violence en la dramatisant pour ensuite nous mettre "des flics à tous les coins de rues"… j’ai peur.

Parce que je sais (non, je n’ai pas la sciences infuse, il suffit d’observer notre monde) que le renforcement de la présence policière sous nos yeux n’a jamais diminué la criminalité.

Parce que je sais qu’en renforçant ces "mesures de sécurité", notre pouvoir surfe sciemment sur les peurs des gens et les alimente. Et que quand les gens ont peur, ils deviennent agressifs (il suffit de consulter les forums des médias pour s’en rendre compte).

Parce que je sais que plus il renforcera ces "mesures de sécurité", moins le pouvoir s’attaquera aux sources de l’insécurité. Et pourtant, il y a urgence. Il y a urgence depuis des décennies. Et ça prendra des décennies.

N’importe quel policier sait qu’il brasse du vent. Il sait que l’agressivité a une source. Il sait que son travail sera saboté par un système judiciaire (y compris carcéral) obsolète.

N’importe quel juge sait qu’en envoyant des gens en prison, il ne résout rien.

N’importe quel travailleur social, n’importe quel enseignant sait qu’il est un emplâtre sur une jambe de bois parce qu’il n’a pas le pouvoir, dans les conditions de son travail, de réformer l’enseignement, de donner à tous une chance égale de se construire un avenir, de mettre fin aux discriminations, de donner à tous une chance de vivre décemment, de rendre les gens, si pas satisfaits de leur sort, satisfaits des moyens mis en branle pour améliorer leur sort.

N’importe quel dirigeant sait que quand il prétend résoudre les problèmes d’insécurité en renforçant les mesures de répression, il ment.

Une pub pour la TNT. Bien torchée, impressionnante.

Une pub contre la malbouffe, bien torchée, drôle.

En deux jours, deux vidéos font le buzz. Les deux me déplaisent.

La première nous montre un enchaînement hyper rapide de violences. Tout le monde est là: les flics, les secours, la fille en sous-vêtes… les passants médusés. Au lendemain d’un coup de poing fatal unanimement condamné dans un pays qui n’a parlé que de ça et a décidé de renforcer les dispositifs de sécurité et la présence policière dans sa capitale, sous les applaudissements d’un public très nombreux qui en a marre… de la violence.

(http://www.youtube.com/watch?v=316AzLYfAzw)

La seconde nous montre deux geeks dont l’un mange une pomme. Ce dernier finit riche et puissant, tandis que son camarade termine gros, laid et donc, insiste le clip, célibataire. "Réalisée par Nabil Ben Yadir, le réalisateur du film " Les Barons ", insiste la Ministre Laanan, comme si elle sentait bien qu’elle aurait besoin d’une caution populaire.

(http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-04-12/clip-controverse-contre-la-malbouffe-au-moins-on-en-parle-908493.php)

Dans les deux cas, je m’offusque et dans les deux cas, on me répond "En tout cas, c’est efficace, on en parle. Même toi tu le diffuses".

Certes, certes. Mais à mes yeux, c’est du même acabit que les excuses servies par les médias depuis quelques années quand ils sombrent dans le voyeurisme au mépris de toute déontologie: "De toute façon, les autres l’ont fait aussi".

Et puis doit-on tout laisser passer sous prétexte que si on râle, on fait le jeu qu’on dénonce?

Il y a comme un truc qui déraille dans nos raisonnements, non?

 

 

(*) Au moins comme ça, vous m’avez lue

Lire aussi: http://modelenonconforme.over-blog.com/pages/Ah_ca_jen_ai_bouffe_des_pommes-7345673.html

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