Enfin, quand je dis « nous », c’est sauf moi, hein!

août 17, 2012

Quand la morosité menace les peuples, et pire encore quand ils y sont plongés, on leur désigne bien souvent un bouc-émissaire, punching-ball bien commode qui permet de détourner l’attention des gens de ce qui les a plongés… dans la morosité.

En Belgique, on est gâtés. On a plein de boucs-émissaires. Parfois l’un après l’autre, de manière cyclique, parfois tous ensemble. Et on est d’autant plus chanceux que certains de ces boucs-émissaires sont de véritables saloperies qui réveillent en nous des traumatismes profonds.

Mais, gourmands que nous sommes, nous ne nous contentons pas de désigner les crapules, nous faisons des packages. Et donc, par exemple, nous ne disons plus « Les intégristes musulmans », nous disons « Les musulmans ». Nous ne disons plus « L’Eglise catholique », nous disons « Les catholiques », voire « Les chrétiens », voire encore « Les croyants ». Nous ne disons plus « Les politiciens véreux », nous disons « La politique (c’est de la merde) », ou encore « Tous pourris ».

Et quand, a contrario, nous ne voulons pas généraliser (parce que ça nous inclurait dans le package), nous stigmatisons. Ainsi, nous ne disons pas « Il faut lutter contre le sexisme », nous regardons la bave aux coins des lèvres un reportage nous montrant exclusivement des hommes d’origine arabe agresser une femme en rue. Nous ne disons pas « L’homophobie, est à proscrire », mais nous gueulons sur « Les religions » à chaque fois que les représentants de l’une d’elles dérapent sur la question.

Donc, non-contents de nous empresser, largement aidés en cela par certains (nombreux) médias et certains (candidats) politiques, de nous détourner de ce qui cause notre morosité, nous sombrons à qui mieux mieux dans les généralisations et des stigmatisations qui arrangent beaucoup de gens, du politicien en mal de fond au financier avide de fonds, en passant par des médias en mal de lectorat. Des gens qui ont bien compris qu’en plus, ça nous faisait plaisir.

Et ça, j’ai vraiment du mal à le comprendre. Parce nous savons très bien que ce faisant, nous sommes dans l’erreur. Nous savons très bien que cette haine qu’on nous attise ne nous apportera rien de bon. Et nous savons très bien que notre morosité ne vient pas des packages que nous désignons pourtant sans cesse. Et nous savons aussi qu’en incluant des saloperies dans des packages, le combat contre les saloperies est perdu d’avance, puisque ce partant nous leur tendons le bâton pour nous battre.

Il est certes plus facile de nous désigner un ennemi bien identifiable et d’autant plus suspect qu’il ne nous ressemble pas, de faire dans le package plutôt que dans la nuance, mais ne pourrait-on pas, si on ne veut pas la comprendre, se contenter de râler sur notre morosité? Ou exiger de ceux qui nous induisent dans l’erreur qu’ils nous l’expliquent au lieu de nous désigner de faux coupables?

Doit-on vraiment avoir un ennemi pour être heureux? Si oui, alors choisissons-le intelligemment. Et combattons-le, aussi nombreux, systématiques et passionnés que lorsque nous le faisons à mauvais escient. La généralisation est toujours imbécile (sauf celle-ci). Et l’imbécillité, ça n’épanouit pas grand monde.

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6 Réponses to “Enfin, quand je dis « nous », c’est sauf moi, hein!”

  1. Alex said

    Argh… Et tes généralisations sur les banquiers, les patrons, le grand capital, les partis de droite… Tu comptes te remettre en question aussi ?

    • annelowenthal said

      Je ne dis jamais « les banquiers », je dis « les banques ». Je dis « le grand capital » et « les partis de droite ». Ce ne sont pas des généralisations, ça. Quant « aux patrons », c’est un terme que je n’ai jamais utilisé, je pense.

  2. chantal godfroid. said

    Sauf moi aussi !

  3. frankiel said

    A mes yeux, la raison est bien simple: l’homme peut être individuellement intelligent et analyser les situations posément, mais dès qu’il se retrouve en groupe, perd beaucoup de ses facultés intellectuelles (un exemple aisément observable se déroule chaque weekend dans les stades de football). Quand on ajoute en plus à cela l’anonymité offerte par internet, on obtient un mélange détonnant observable actuellement dans toutes les discussions sur la libération de Michèle Martin.

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