Le 14 octobre prochain, nous irons voter.

Aujourd’hui, les peuples espagnols et grecs, littéralement affamés, sont en masse dans la rue pour dire qu’ils n’en peuvent plus.

Evidemment, vu à travers ce prisme, nos communales et cette campagne affligeante peuvent paraître très, très secondaires. Ne parlons même pas des provinciales, dont tout le monde se demande encore à quoi elles peuvent bien servir.

Et pourtant, c’est fondamental. Il suffit de voir comment certains candidats s’acharnent à afficher leur tête partout, le nombre de vidéos, les pages facebook et les surfs incessants sur tous les sujets qui feront rage, même s’ils sont sans rapport avec les compétences communales (et même sans rapport avec les compétences politiques, pour certains) pour s’en rendre compte: les communales, c’est super important. Parce que c’est là que ça commence. C’est là que se décident bon nombre de choses, c’est de là que peuvent venir les idées des autres instances fédérales, c’est de là que peuvent venir les interpellations de ceux qui sont au plus près des "vrais problèmes des gens" et… c’est là que certains veulent faire carrière, aussi.

Et puis, c’est là qu’on nous dira les tendances. Qu’on nous dira que le peuple est content d’untel, pas content d’untel autre. C’est sur cette nouvelle base que se joueront plein de négociations, que les rapports de force changeront… ou pas.

Notre pouvoir

Certains, de plus en plus nombreux, diront: "De toute façon, on n’a pas le pouvoir. Même nos élus ne l’ont pas". Certes, ils n’auront pas tout à fait tort. Le pouvoir, nos élus l’ont petit à petit et depuis très longtemps délégué à ceux qui dirigent aujourd’hui le monde : ceux qui ont le pognon. Une infime minorité des gens avec un maximum de pouvoir sur la grande majorité, qu’ils regardent s’empêtrer chaque jour davantage dans une misère crasse sans vouloir lâcher le moindre euro.

Mais ça n’a rien d’inéluctable. Cette tendance, certes très lourde, peut encore être inversée. Pour la simple et très bonne raison que certains veulent l’inverser, parmi lesquels… des candidats aux communales.

Et le 14 octobre prochain, on pourra les plébisciter. Nous avons encore ce pouvoir-là et nous devons le prendre.

Que l’on soit ou non d’accord avec ce système tel qu’il est, que l’on veuille ou non le changer, une chose est sûre et certaine : en attendant qu’un autre système s’installe ou que ce système-ci soit amélioré (en attendant que certains s’y attellent), c’est ceux que nous choisirons le 14 octobre prochain qui dirigeront nos communes et provinces. Qui auront plus ou moins de poids pour diriger l’ensemble. Qui auront plus ou moins d’influence, une influence plus ou moins bonne, sur l’ensemble du système hic et nunc.

Le changement pour ne pas tout perdre

Depuis des années, depuis des décennies, les mêmes sont au pouvoir partout. Et nombreux sont ceux qui pensent qu’ils y resteront, parce que très nombreux sont ceux qui feront en sorte qu’ils y restent.

Certains sont contents. Parce qu’ils estiment que c’est le meilleur pouvoir possible ou le moins pire pouvoir possible. Parce qu’ils ont obtenu l’un ou l’autre avantage, pour tous ou pour eux-mêmes, de ce pouvoir-là. Parce qu’ils aiment que les choses restent en l’état et que le changement leur fait peur.

Pourtant, c’est dans le changement, j’en suis persuadée, que nos acquis demeureront. C’est avec le pouvoir en place qu’ils disparaîtront. Qu’ils disparaissent déjà. Ce même pouvoir qui s’est installé dans de nombreuses communes à coups d’avancées sociales oui, mais aussi petits services rendus, de petits boulots offerts, de petites habitations cédées est en train de diminuer les moyens de tout le monde, sauf le sien et ceux de l’infime minorité évoquée plus haut.

Le fatalisme

"Ca ne changera jamais, ça n’a jamais changé", "De toute façon, ils sont tous pareils"… ces phrases, on les entend et les lit partout.

Elles sont fausses. Seulement de nos jours, quand certains partent en grève, d’autres leur râlent dessus parce qu’ils perdent un jour de congé, oubliant que ce jour-là, c’est d’autres gens partis en grève qui le leur ont obtenu. Quand certains proposent une autre vision de la société, d’autres ricanent en disant qu’ils sont bien trop petits pour y arriver.

On peut être fataliste. On peut se dire que rien ne changera et partant, ne rien faire pour que quoi que ce soit change.

Mais ceux qui tentent de le faire, quitte à se planter, se seront, nous auront, au moins donné la chance que ça change. C’est de toute façon la seule manière de faire changer les choses. Essayer. 

Alors lisons les programmes pour au moins avoir une idée de ce qu’on fera le 14 octobre prochain.

Et si on ne veut plus de ce système, ou si l’on considère qu’à tout le moins il est perfectible, songeons que certains veulent en changer ou le changer. Faisons-leur confiance. Et puisqu’on aura lu leur programme, on sera vigilants.

Certains d’entre vous vont tomber de leur chaise, mais je pense qu’on peut désormais qualifier La Louvière de ville bling-bling.

De la dernière mandature, les citoyens louviérois auront retenu les travaux. Difficile de faire autrement, ils sont en plein dedans. Du moins ceux du centre-ville et ceux qui y passent. A savoir tout le monde puisque notre ring (si si, on a ça, du moins sur plan. Mais nous, on appelle ça un contournement) est toujours arrêté à Decathlon, c’est à dire nulle part, si ce n’est dans le parking d’un magasin.

Personnellement, je n’ai rien contre les travaux. C’est vrai que la ville sera plus jolie et conviviale. Du moins son centre. De là à danser la gigue, il y a un pas que ni moi, ni personne à gauche du PS (ce qui n’est pas très difficile, me direz-vous) n’avons envie de franchir.

Parce qu’une jolie ville avec plus de 20% de chômeurs (et ça augmente chaque année) et de nouveaux logements à 300.000 balles (ceux de l’ancienne piscine) quand les listes d’attente de logements sociaux gonflent, ça brille, mais c’est pas très reluisant.

Oui mais, nous objecte-t-on au PS et à sa droite, c’est bon pour l’image. Comme la culture louviéroise et le patrimoine louviérois. Certes, c’est bon pour l’image. Et c’est très chouette. On a une ville métropole culturelle, avec Dragone dedans et tout. Et vraiment hein, c’est très chouette. Mais pas une plaine de jeux digne de ce nom, pas assez de crèches, rien de très réjouissant dans les "anciennes communes", comme les appellent les anciens candidats et même pas encore tout à fait une idée arrêtée de ce que sera demain la mobilité des anciennes communes vers le centre et au centre même. On ne sait même pas si on pourra encore demain prendre des trains à la gare du centre…

Oui mais, nous explique-t-on au PS et à sa droite, on va attirer des investisseurs. On va créer sur le site Boch un énorme complexe commercial. On va développer le tourisme. Certes, on va attirer des investisseurs et déplacer des travailleurs vers chez nous. Peut-être en engager l’un ou l’autre de chez nous. On va concurrencer les autres communes, qui à leur tour n’auront qu’à faire des travaux pour attirer des investisseurs (vous verrez, c’est amusant). Et puis on va mettre les commerçants du centre-ville et de Cora dans l’embarras, sauf s’ils viennent s’installer chez Boch, aux conditions imposées par Wilhem&Co (oui, parce que ce n’est pas la Ville qui va gérer hein, elle a délégué, déjà).

Donc voilà, La Louvière, c’est une ville bling-bling. Superficielle. Mais qui crée des trous partout et a du mal à les reboucher.  Et qui devrait faire attention, parce que qui fait le malin tombe dans le ravin!

Votez Gladys Hernandez!

septembre 18, 2012

Prenez une chanteuse. Invitez-la en tournée, pourquoi pas y compris dans un bal de bourgmestre. Munissez-la d’un visa en bonne et due forme, d’un billet retour, veillez à ce qu’elle ait au moins 600 euros sur elle, assurez-vous qu’elle aura le gîte, le couvert et tout ce qu’il faut pour une tournée.

Puis, tandis que vous laissez passer ses musiciens arrivés par un autre vol, retenez la dame à l’aéroport, enfermez-la à la Caricole et expulsez-la la veille d’un jugement prévu pour décider de son sort.

Taisez-vous dans toutes les langues. Ne répondez pas aux nombreux citoyens qui vous interpellent, vous avez autre chose à foutre, on vote dans un mois. Dites-leur que vous n’avez pas à commenter une décision. Ou plutôt non, ne leur dites rien, parce que pour Michelle Martin, vous ne vous étiez pas gênés et ça, ils risquent de s’en souvenir.

Faites-vous tout petits, vous en sortirez grandis. Tant que le poste diplomatique belge à La Havane ne se demande pas pourquoi vous ne lui faites pas confiance quand il délivre un visa, vous êtes tranquilles, le peuple se calmera et vous pourrez passer à autre chose.

Allez coller des affiches. Vous avez un mandat à gagner. Et puis, continuez à exercer l’autre.

Et tant pis pour le bal!

http://www.rtbf.be/info/regions/detail_la-chanteuse-cubaine-gladys-hernandez-a-finalement-ete-expulsee?id=7840740

Quoi ma gueule?

septembre 17, 2012

"J’aime bien les campagnes électorales, il y a toujours plein d’activités et on voit plein de politiques!", m’a dit cette semaine une dame, qui a tout compris.

Certaines mauvaises langues vont jusqu’à dire que la présence "sur le terrain" de nos candidats en campagne est inversement proportionnelle à leur activité dans l’exercice de leur mandat précédent. Mais je ne suis pas mauvaise langue, alors je vais me contenter de ce qui se passe hic et nunc.

Enfin, quand je dis "me contenter", c’est un tout petit peu optimiste. Parce qu’en fait, c’est affligeant, tant sur le fond que sur la forme.

Le fond, c’est le programme, le projet politique. De ça, il n’est question nulle part ou presque. Alors même que tous vous invitent à voter pour eux, certains n’ont même pas encore proposé de programme. Et parmi ceux qui l’ont mis à notre disposition, très peu en parlent. Quand dans nos médias il est question de politique, c’est très rarement, voire jamais, de politique communale qu’il s’agit. Alors certes tout est lié et les communes sont largement tributaires des autres niveaux de pouvoir, mais il est tout de même fondamental d’expliquer aux citoyens les enjeux d’une élection qui les concerne directement.

La forme, c’est le marketing. Les affiches, les clips, les dépliants, les tracts, la présence sur le terrain. 

Et là, on touche le fond.

Soyons de bon compte, ça n’a jamais volé très haut. Au point que le législateur a réglementé tout ça et que certaines communes vont encore plus loin en décidant, par exemple que le démarchage électoral sera interdit dans tel ou tel événement (ou que les "petites listes" ne pourront pas s’afficher…).

Donc désormais, il y a des choses qu’on ne peut plus faire, comme s’afficher n’importe où ou dépenser sans compter.

Mais le candidat politique, celui-là même qui annonce vouloir lutter contre les incivilités, est un petit futé. Alors il biaise. On ne compte plus les remorques couvertes d’affiches "oubliées" n’importe où ni les voitures customisées pour l’occasion et garées partout où il se passe quelque chose. Des gens se plaignent de recevoir des tracts dans des boîtes-aux-lettres pourtant estampillées "no pub". D’autres font leurs courses au marché et trouvent dans le fond de leur sachet de légumes des tracts tombés là par hasard. Nos mains sont moites à force d’être serrées.

Et tandis que certains se poursuivent en justice pour harcèlement, d’autres s’attaquent aux vitrines devenues publicitaires. Certaines rues sont devenues à elles toutes seules des panneaux électoraux, des commerçants affichant tout ce qu’on leur demande d’afficher (ils voteront donc pour tous les partis se présentant dans leur commune?). Les bâtiments abandonnés fleurissent aussi, comme si tout à coup, on se souvenait de leur existence. Et sur Facebook, on assiste médusé à une surenchère de vidéos plus débiles les unes que les autres et de photos de photos de campagne affichées ici et là.

Ici, certains me diront qu’il faut bien que l’électeur voie pour qui il va voter et en tout cas qu’il sache qui se présente aux élections. C’est d’autant plus vrai qu’il est difficile de le savoir par ailleurs. D’ailleurs, même moi j’ai mis une affiche à ma fenêtre. Mais une affiche sans visage, une affiche de parti. Avec un slogan et des points de programme.

Car non, il ne faut pas que l’électeur voie pour qui il va voter. Il faut que l’électeur voie pour quoi il va voter. Mais ça, apparemment, c’est secondaire pour bien des candidats qui sont persuadés que leur succès électoral sera proportionnel au nombre de fois où ils ont montré leur tête. Qui pensent que l’électeur est assez biesse pour se laisser berner. Que pour convaincre l’électeur, il faut se photoshoper et afficher son visage de cire partout où c’est possible sans que le législateur ait à y redire. Qui pensent que l’électeur est un con.

Et du haut de mes quelques semaines d’expérience de la chose, je lutte parfois contre le sentiment qu’ils ont raison. Parce qu’on ne ressert la même soupe que si elle a eu du succès… Sauf si on se fout d’empoisonner son monde, bien sûr.

Ah oui: votez pour moi!

Parce que ça suffit!

septembre 13, 2012

Le nombre de sans-abris augmente sans cesse en Belgique (50.000 fin 2011 selon De Gazet van Antwerpen). A Bruxelles, il frôlait les 2000 en 2010 et on parle aujourd’hui de 2500.

En Région Bruxelloise, le nombre de bâtiments vides est évalué à 30.000. 20% de ces bâtiments appartiennent à l’Etat, directement ou indirectement (SNCB, CPAS…).

Contrairement à ce qu’on pense souvent, il n’y a pas de saison pour mourir à la rue. Le froid et la faim ne sont d’ailleurs responsables que d’une infime minorité des décès.

Si bon nombre de SDF sont abrités dans des foyers, abris de nuit ou chez des amis, beaucoup dorment encore à la rue ou dans des squats.

Pour ces derniers, les douches se comptent sur les doigts de la main et elles ne sont pas disponibles toute l’année. On parle de 600 à Paris.

Et pourtant…

Et pourtant, c’est chaque hiver que nos médias et nos autorités découvrent que l’hiver, il fait froid et s’inquiètent du sort des plus démunis.

C’est chaque hiver que les premiers font appel à la solidarité citoyenne tandis que les seconds la remercient.

C’est chaque hiver que certains rappellent à tous qu’il existe en Belgique quantité de bâtiments vides, dont certains sont chauffés et électrifiés depuis des années.

Il leur est invariablement répondu que "c’est compliqué", parce que "c’est la compétence de quelqu’un d’autre" et que "en cas d’incident dans un bâtiment, c’est le bourgmestre de la commune où il est situé qui est responsable".

C’est chaque année que des discours lénifiants nous bercent de bons sentiments sur ces plus défavorisés qui doivent être une priorité, à l’instar des "vrais problèmes des gens".

Mais voilà…

Mais voilà, rien n’y fait. Chaque année, les "vrais problèmes des gens" en poussent de plus en plus à la rue. Chaque année, leur nombre est grossi par ces réfugiés dont personne ne veut alors que leur situation des leurs pays d’origine est dénoncée par une belle unanimité européenne.

Chaque année, ceux qui veulent venir en aide à ces gens se heurtent aux murs de bâtiments désespérément vides.

Ca suffit!

Ca suffit! Cette année, nous refuserons d’entendre nos dirigeants se désoler pour des gens pour lesquels ils n’ont rien fait. Nous refuserons de voir nos médias les relayer et lancer une énième opération caritative alors qu’ils sont quasi muets toute l’année sur une question qui est urgente toute l’année et depuis des années.

Cette année, DoucheFLUX, qui fait partie de ces associations qui luttent tous les jours de l’année pour venir en aide à ces laissés-pour-compte et qui doivent bricoler avec trop peu de moyens, voire pas de moyens du tout, exige un bâtiment.

Un bâtiment que l’asbl s’engage à aménager et entretenir.

Quitte à créer un précédent. Ca serait même bien.

MERCI DE PARTAGER CECI. ET DE VENIR MANIFESTER AVEC LES PRECAIRES LE SAMEDI 22 SEPTEMBRE 2012, à 11h, PLACE ROUPPE!

Pour agrandir l’affiche, cliquez dessus

 

Alors voilà. Je tenais à partager avec vous mon expérience inouïe. J’ai choisi ce moment parce que j’arrive à la fin de la première étape décisive du processus dans lequel je me suis lancée avec succès et non sans plaisir, car oui, c’est possible: moi, candidate bien connue sur la liste PTB+ de La Louvière, en 4e position, j’ai arrêté de fumer cette nuit à 1h du matin.

Si je choisis ce moment pour vous proposer de découvrir comment j’ai réussi là où jusqu’ici tout le monde avait échoué (et pour cause : personne n’avait encore osé tenter la chose), cela n’a rien à voir avec le fait que je veuille faire parler de moi, de ma vie, de mon oeuvre et de ma candidature sur la liste PTB+ de La Louvière, en 4e position, à un mois des élections. C’est parce que j’aime partager et que les hasards de calendriers sont ainsi faits.

Je suis certes candidate sur la liste PTB+ de La Louvière, en 4e position, mais aujourd’hui, ce n’est pas de ça que je veux vous parler. Je veux vous dire que j’ai arrêté de fumer et que c’est possible.

N’hésitez pas à partager ceci, y compris vous, les médias, parce que je pense que ça le mérite, pour le bien de tous. Et que le bien de tous, c’est ma première préoccupation, c’est même pour ça que je suis candidate sur la liste PTB+ de La Louvière, en 4e position.

Et donc voici comment j’ai fait : je vapote. Une cigarette électronique et voilà! Dommage que ma photo de candidate sur la liste PTB+ de La Louvière, en 4e position n’ait pas été prise aujourd’hui, parce que j’ai le teint radieux. Mais ça n’est pas grave, ce n’est pas pour ça que j’ai arrêté de fumer et décidé de vous expliquer comment!

Il y a deux 11 septembre. En 1973, un coup d’Etat militaire plongeait le Chili dans la dictature. En 2001, des attentats faisaient près de 3000 victimes aux Etats-Unis.

Deux événements majeurs dans la conscience collective, qui s’empresse chaque année de les commémorer, l’un, l’autre, ou les deux. On assiste même à une concurrence, une sorte de hiérarchisation subjective des deux drames, les uns reprochant à d’autres de ne se souvenir que d’une des deux dates.

Deux dates, deux rappels terribles: l’Homme est capable du pire et est parfois incapable de s’en protéger.

Pourtant, alors qu’il le prouve chaque jour un peu partout dans le monde dans l’indifférence quasi générale, affamant des populations là-bas, opprimant des peuples ici, massacrant de ci, de là, on dirait que notre conscience a décidé de s’arrêter au moment de son dernier réveil en date.

Combien de morts évitables depuis le 11 septembre 2001? Combien de négligences? Combien d’appels à la haine? Combien d’innocents tués ou en danger? Est-ce plus difficile de s’en offusquer parce qu’on a encore une prise sur certains de ceux-là?

A quoi ça sert, de se souvenir, si ce n’est pour tirer des leçons?

Donc, Bernard Arnault, 4e fortune mondiale (estimée à 41 milliards de dollars), grand officier de la Légion d’… honneur depuis 2011, voudrait devenir belge. Pour, dit-il, développer ses investissements chez nous.

Là-dessus, Alain Destexhe déclare: "La Belgique devrait accorder de suite la nationalité à Bernard Arnault, mais je suppose que la Commission des naturalisations (composée de députés) fera semblant de le traiter sur le même pied que les ….45.000 dossiers en attente. Pourtant Bernard Arnaut, 4ème fortune mondiale, PDG d’un groupe de 100 000 salariés peut apporter beaucoup à notre pays. Mais sait-on encore reconnaître l’intérêt national ?"

Bon, moi, vous me connaissez, je suis plutôt à gauche, très à gauche. Ceci dit, je n’ai rien contre les riches. Surtout quand ils sont généreux.

Mais là, j’ai comme un doute.

- Déjà, je découvre que pour investir en Belgique, il faut être belge. Ca, c’est Arnault lui-même qui le dit. Bon, on peut comprendre, il n’a pas encore entamé de parcours d’intégration, il ne sait pas tout…

- Ensuite, Hollande vient de réaffirmer son intention de taxer à 75% les plus hauts revenus. Alors sans vouloir prêter d’intention à ce monsieur, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il y a tout de même des hasards étonnants!

- Enfin, je découvre que pour le MR, il y a des gens à qui il faut donner la nationalité belge tout de suite. Avant tous les autres. Un peu vous savez, comme si on accordait un logement social à quelqu’un qui n’a pas fait la file comme tout le monde. Un truc inimaginable, quoi.

Mais surtout, et quelles ques soient les raisons qui motivent ce brave homme, je voulais dire l’une ou l’autre choses à Monsieur Destexhe, que je ne trouve plus sur Facebook depuis que j’ai partagé sa réflexion (un bug, probablement):

D’abord, en Belgique, les fortunes ne sont pas taxées. Donc la fortune de Monsieur Arnault ne rapportera rien. Sauf s’il investit, me direz-vous. Certes, sauf s’il investit. Mais ça, il peut le faire sans être belge. D’ailleurs, il le fait déjà.

Ensuite, quand bien même la belgitude de Monsieur Arnault serait une manne pour la Belgique, elle est surtout une perte pour la France. Alors bon, si pour nous engraisser, on en affame d’autres, moi, je ne vois rien d’honorable ou de réjouissant…

Enfin, il existe chez nous, même qu’on en est fiers, un principe fondamental: l’égalité. Monsieur Arnault pourra vous expliquer, c’est dans la devise de son pays, vous savez, celui qu’il veut quitter, enfin, un peu.

Voilà. Maintenant, j’ai peut-être une idée pour faciliter les choses à tout le monde et nous permettre de parler d’autre chose: je veux bien l’épouser, moi, Monsieur Arnault!

Effrayante "sécurité"

septembre 4, 2012

J’ai lu aujourd’hui qu’un candidat MR trouvait malin de poser avec un Karsher, et de tenir des propos du genre "Il faut arrêter de se voiler la face" et "Il faut ouvrir un vrai débat de fond sur les problèmes d’insécurité".

On connaît la tendance d’une certaine frange du MR, celle qui adore Sarko, a fait la campagne de Sarko et piqué toutes les idées de Sarko, à confondre "Débat de fond" et "Mesures répressives". On sait que nous avons une ministre de l’Intérieur CDH qui pense tout résoudre à coups de policiers supplémentaires. Notre premier ministre a fait cette semaine la Une de la Libre avec cette phrase: "Ma priorité? La sécurité".

On connaît aussi la tendance de nombreux médias à faire dans la facilité et à nous copier-coller joyeusement les propos des uns et des autres, à en remettre une couche à coups de photos sanguinolentes ou autres témoignages édifiants. Les faits divers, ça fait vendre, c’est facile à rédiger et ça entretient chez le lecteur (dont je suis) ce qui est le plus facile à entretenir chez le lecteur: ses plus bas instincts.

D’autant plus facile que le lecteur, en ce moment, il a du mal à satisfaire ses besoins primaires. Et il a peur de tout perdre, si ce n’est déjà fait. Et comme visiblement notre gouvernement n’a pas l’intention de le sortir de la mouise, il le berce d’illusions, lui désigne de mauvais ennemis et… l’enfonce d’avantage.

Car l’ennemi, ce n’est pas le chômeur, l’étranger, le jeune délinquant, ni même Michelle Martin. Même si on a du mal à saisir les arcanes de l’économie et des finances nationales et internationales, on sait tous que ni le chômeur, ni l’étranger, ni le jeune délinquant, ni même Michelle Martin ne résoudraient quoi que ce soit à nos problèmes en disparaissant. On sait tous que si, "on" a les moyens. On sait que certains choix ne sont pas judicieux, on sait qu’il y a des milliards d’euros qui devraient être versés à la solidarité et que personne ne veut aller les chercher.

On sait que s’il y a tant de chômeurs, c’est parce qu’on a trop peu d’emplois, de moins en moins d’emplois. On sait que l’étranger est très souvent discriminé, depuis l’école jusqu’aux examens d’embauche. On sait qu’on manque de structures préventives et de réinsertion. On sait que notre enseignement est largement lacunaire. Que la formation fait défaut. Que personne ne peut vivre décemment avec des allocations de chômage ou un salaire de base.

Et pourtant on se laisse bercer par des politiciens et des médias qui ont le culot de nous parler "insécurité" en réduisant la notion à des faits de violence tout en encourageant nos plus bas instincts violents dès qu’ils en ont l’occasion, comme récemment en nous livrant une femme horrible en pâture sans prendre la peine du moindre recul, de la moindre modération de nos propos, de la moindre once d’intelligence.

Pour le dire crûment, ils nous prennent pour des cons incapables de saisir les racines du problème. Ils pensent qu’on ne sait pas que dans une société juste, ils ne pourraient plus nous bercer à coups d’insécurité. Qu’on ignore que le débat politique est au ras des pâquerettes et qu’il va nous enfoncer davantage encore.

J’avais écrit dans un autre billet "N’importe quel dirigeant sait que quand il prétend résoudre les problèmes d’insécurité en renforçant les mesures de répression, il ment.".

Nous le savons aussi. Réclamons un peu d’intelligence.

L’ennemi n’est pas le chômeur, l’étranger, le jeune délinquant, ni même Michelle Martin. L’ennemi, c’est celui qui nous le fait croire.

A lire aussi, à propos du "populisme pénal"

En Belgique, les élections communales approchent aussi sûrement que le débat s’enfonce. Pourtant, certains essayent de l’élever, de sortir du tout au sécuritaire, des questions cruciales du voile sur les affiches ou encore des insultants "On n’a pas les moyens" et autres "C’est compliqué".

Mais pour les découvrir, il faudra chercher longtemps, car ils font partie de ce qu’on appelle "les petites listes". Et les petites listes, c’est un peu comme les petits citoyens qui protestent: on s’efforce de plus en plus de les faire disparaître du paysage.

On avait déjà le système des signatures nécessaires pour se présenter* (100 signatures avec tout un fatras administratif à gérer), la parité obligatoire sur les listes (on en vient à chercher des femmes parce qu’elles sont femmes) et voilà que désormais, dans certaines communes, on interdit l’affichage public sur des panneaux prévus pour ça. Que des débats télévisuels sont réservés aux partis traditionnels, voire aux partis qui ont des élus sortants.

En gros, amis candidats sur des petites listes, vous qui bien souvent devez cumuler vos boulots mal payés avec votre engagement, vous qui n’avez pas de quoi publier de beaux petits dépliants pour nos boîtes-aux-lettres, démerdez-vous.

Et c’est pas la peine de crier au déni de démocratie, personne ne vous entend!

*D’ailleurs, certaines petites listes cherchent encore des signataires. Aidez-les!
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