Une histoire de files.

juin 11, 2013

35 euros pour passer devant les autres. La belle affaire.

Ca existe déjà. Dans des parcs d’attraction, dans les aéroports, dans les gares…

Dans un pays où de plus en plus de gens ne peuvent pas s’offrir une journée dans un parc d’attraction ou un voyage, même en train.

Ni même payer la note de l’enseignement gratuit… qui envoie désormais des huissiers pour réclamer son dû (je le sais, j’y ai eu droit). Ni même payer le voyage scolaire. Ni même remplir la hotte de Saint Nicolas. Ni même s’habiller de neuf, ni même se chauffer ou manger à leur faim.

Dans un pays où, du jour au lendemain, des gens qui gagnaient péniblement 1700 euros par mois se retrouvent à 400, parce que leur patron, grassement arrosé par l’Etat, a décidé qu’il pouvait gagner encore plus de fric ailleurs.

Walibi, ça a toujours été trop cher. Ca a toujours été un truc que bien des gens ne peuvent pas s’offrir à moins de renoncer à autre chose de tout aussi inutile si l’on considère que s’amuser est inutile, bien sûr. Ou qu’on n’a pas le droit de trouver Walibi amusant. Ca a même toujours été un truc auquel des gens renonçaient pour pouvoir remplir leur caddie à la fin du mois.

Walibi, c’est une boîte privée. Comme Abercrombie, le resto du coin, le marchand de tapis et celui de bagnoles.

Bien sûr que tout le monde ne peut pas s’offrir tout ça. Bien sûr que ce n’est pas normal. Bien sûr que quand un ministre organise une réunion-sandwiches ou une conférences de presse dînatoire ça lui (nous) coûte la moitié d’une allocation de chômage au taux maximum. Bien sûr que le mec chargé de rédiger un communiqué outragé sur Walibi qui contribue à la création d’une "société à deux vitesses" gagne au moins 3 fois le salaire d’un employé à la maintenance chez Walibi qui doit en plus payer le salaire des attachés de comm des ministres.

Bien sûr que s’offrir une priorité dans les files de Walibi, des fringues chez Abercrombie, un resto gastronomique, un tapis persan ou une grosse bagnole, ce n’est possible que pour une partie de plus en plus infime de notre société. Mais c’est ça le problème: qu’une partie de plus en plus infime de notre société possède la partie la plus importante de notre argent. Sans même  parfois devoir contribuer un tout petit peu au bonheur des autres.

Alors moi, quand un ministre socialiste éructe sur une boîte privée qui décide que certains de ses clients pourront passer devant les autres parce qu’ils allongent plus de fric, ça ne me fait même plus rigoler.

Lire aussi: un autre blog sur le même thème

Cher Monsieur Magnette, joli bourgmestre PS de la jolie commune de Charleroi,

J’ai appris en ce joli jour du joli mois de mai que non content d’imiter votre collègue, lui aussi PS mais cependant moins joli, de la jolie ville de Liège en luttant contre les vilains mendiants, vous aviez imaginé une jolie stratégie pour que tout le monde pense qu’en fait, vous n’êtes pas un gros sale con qui chasse les mendiants, mais un bourgmestre responsable qui les répartit.

Ainsi donc, dorénavant, les mendiants devront se répartir dans les différentes entités de la commune et à certains horaires: la mendicité sera autorisée de 8 à 18 heures le lundi à Charleroi, le mardi à Gilly et Marcinelle, le mercredi à Marchienne-au-Pont et Monceau-sur-Sambre, le jeudi à Montignies-sur-Sambre et Mont-sur-Marchienne, le vendredi à Gosselies et Jumet, le samedi à Couillet. Le dimanche, c’est relâche pour tout le monde, sauf pour la police, qui n’a que ça à foutre et sera chargée de contrôler le respect de ce règlement même ce jour-là.

En cas d’infraction, la recette du mendiant sera saisie. En cas de récidive, le mendiant sera saisi et emprisonné.

Il paraît que vous prétendez lutter ainsi contre le sentiment d’insécurité causé par les de plus en plus nombreux mendiants qui perturbent les manifestations publiques, privées ou commerciales de votre jolie ville.

Je tenais à vous féliciter pour votre clairvoyance. Parce que c’est vrai, les mendiants, c’est vachement insécurisant. Surtout quand ils sont de plus en plus nombreux. Et c’est vrai qu’ils sont de plus en plus nombreux. Et c’est vrai que quand on participe à une fête publique, privée et a fortiori commerciale, les mendiants, c’est vachement perturbant.

Et en plus, un mendiant, c’est souvent super moche, contrairement à votre ville et à vous.

Bon, moi, perso, je pense que ce qui nous la fout mal, c’est de savoir que les mendiants se multiplieront encore dans les mois à venir, parce que des élus socialistes pensent qu’ils peuvent saigner les gens, fabriquer des mendiants et les chasser pour qu’il n’y en ait plus. Ce qui d’un point de vue strictement géographique est tout à fait exact, puisque quand on chasse quelqu’un d’un endroit, il va dans un autre endroit.

D’un point de vue politique, c’est autre chose, bien sûr. Mais maintenant que vous n’êtes plus que joli bourgmestre de votre jolie ville, ce qui se passe ailleurs n’entre plus dans vos compétences, donc ça va.

D’un point de vue humain, c’est autre chose aussi, mais comme j’ai le sentiment que dans cette jolie tête, il y a un joli cerveau, je ne vous ferai pas l’injure de l’expliquer au PS que vous êtes.

Je pense même que devant votre miroir le matin, vous ne devez pas être fier. Mais c’est vrai, vous êtes assez esthétique.

Pour ceux qui veulent protester contre la mesure: 
https://www.facebook.com/events/430879530343209/431132126984616/?notif_t=like

On se souvient tous, je pense, de la tuerie qui endeuilla Liège fin 2011. Elle fit 5 morts.

5 morts dont les familles reçurent, comme chaque fois que quelqu’un meurt, un courrier de l’administration fiscale portant sur les droits de succession à payer.

Et comme on est en Belgique, des politiciens se sont emparés de la question pour réformer le système:

- Les droits de successions en cas de décès d’un enfant ne sont pas dus par ses parents s’ils concernent un montant de moins de 25.000 euros. Cette exonération devrait être étendue aux frères et soeurs du défunt (proposition PS-MR).

- En cas de décès dans une tuerie, un attentat ou un acte terroriste, les droits de succession ne seront plus dus par personne s’ils concernent un montant inférieur à 250.000 euros (proposition CDH).(*)

Sans même entrer dans un débat qui devrait pourtant se tenir les droits de succession, ces deux propositions ont de quoi faire réagir.

La mort d’un proche, c’est toujours terrible. La mort prématurée et inattendue d’un proche, c’est encore plus terrible. La mort d’un enfant, c’est insupportable. Toujours.

Surfer sur l’émotion que suscite inévitablement un drame comme celui précité, c’est ignoble. Faire des voix sur des cadavres, c’est ignoble. Sur ces cadavres-là, mais aussi sur tous les autres, ceux dont les familles se demandent pourquoi un accident, pourquoi une maladie, pourquoi un assassin… et qui demain se demanderont pourquoi pas eux.

La seule bonne manière de réagir à ce qui s’est passé à Liège eut été d’oeuvrer au bonheur de cette société qui s’enfonce de plus en plus vite dans la haine de l’autre, qui laisse des gens en arriver à de telles extrémités et qui se gouverne à coups de sécuritaire et d’émotionnel, parce que demain, on vote.

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(*)Demain, quand Marc Dutroux réclamera du poivre dans sa soupe, on songera sans doute à étendre la notion aux pédocriminels…

Ils y a des gens, salariés ou indépendants, qui travaillent pour gagner leur vie, qui du coup, comme tous ceux qui travaillent pour gagner leur vie, payent des impôts dont une partie (une infime partie, mais ils semblent l’ignorer) est redistribuée à la solidarité envers les chômeurs et les "cépéyaèsses" et qui n’aiment pas du tout ça.

On n’aimerait pas non plus, si on pensait comme eux que les chômeurs et les minimexés sont des gens qui vivent dans leur divan, skettent des pils devant la télé et ne font rien pour changer leur situation confortable du fait des allocations plantureuses qu’ils reçoivent sans bouger le petit doigt.

A ces envieux s’ajoutent d’autres personnes, des chômeurs et des cépéyaesses, quand il s’agit de fustiger une autre catégorie de profiteurs: les mendiants.

Eux, non seulement ils ne font rien qu’à tendre la main, mais en plus ils roulent en mercedes, d’ailleurs "on" les a vus grimper dedans à la fin de la journée. Sans compter que bien souvent, ils ont encore de quoi se pochetronner toute la journée avec les sous qu’on leur donne. Et le pire, c’est que beaucoup n’ont rien à faire dans notre pays qu’ils ont rejoint illégalement pour profiter de toutes nos largesses!

J’ai personnellement un peu de mal à comprendre pourquoi on travaille pour gagner sa vie et payer des impôts pour permettre à d’autres de glander devant leur télé ou de rouler en mercedes après s’être pochetronnés toute la journée, alors que ce sort si enviable est si facile à partager. 

Devenir chômeur ou minimexé, c’est à la portée d’à peu près tout le monde.

Et pour devenir mendiant, c’est encore plus facile: il suffit de poser son derrière quelque part et de tendre la main. Pas besoin de diplôme, pas besoin de postuler, pas besoin de se faire beau. Aucun contrôle de l’ONEM, aucun compte à rendre à personne, parfois même des types se chargent de faire les comptes à la fin de la journée.

Y a même moyen de vivre comme un pacha en se faisant servir devant un écran plat! Suffit de casser une ou deux vitrine et hop! on se prélasse comme un prince en prison!

Le pied, quoi.

Ils attendent quoi, franchement?

Rendez-nous Derrick!

mai 4, 2013

La RTBF est un service public. C’est donc comme on dit "nous qu’on le paie".

En tant que service public, la RTBF doit rendre service au public. Et des comptes, aussi. C’est ainsi que chaque jour, la RTBF nous diffuse une certaine proportion de culture, une certaine proportion d’information, une certaine proportion de divertissement, une certaine proportion de pubs, parce qu’on a beau la payer, la RTBF a besoin de sous.

Parmi ces diffusions, il en est une, à la base divertissante (en tout cas c’est son but avoué), qui a dangereusement fait basculer les proportions en passant dans le camp "politique": Derrick.

Et cela par le truchement d’une révélation qui n’a pas manqué de laisser tout qui ne connaît pas un peu l’Histoire pantois: en 1942, à 19 ans, son acteur principal, Horst Tappert, aurait intégré un régiment SS. A une époque où on intégrait des brigades SS et la méchante armée allemande comme on va aujourd’hui chez les scouts, ou presque, car à une nuance près: certains y étaient contraints. (Je précise tout de go que ma comparaison avec le scoutisme, que j’ai longuement fréquenté et que mon fils fréquente aussi, s’arrête au fait que "tout le monde ou presque y va").

L’affaire a fait grand bruit et l’homme, aujourd’hui décédé, ne pourra nous en dire plus. Mais dans le doute, on l’a viré des programmations télévisuelles allemandes et alentour.

La RTBF a donc décidé de faire pareil et de priver le téléspectateur de sa sieste favorite devant le feuilleton le plus nase de l’univers intersidéral, probablement inspirée par ses homologues étrangères mais surtout par sa concurrente belge, RTL, qui a le week-end dernier viré un présentateur aux propos plus que douteux sur les étrangers et les musulmans.

Si on ne pleurera pas l’absence de Derrick, on regrettera néanmoins et notamment deux choses: un feuilleton n’est pas son acteur, tout comme un livre n’est pas son auteur ou une chanson son chanteur. Qu’on aime ou non une oeuvre, elle est sans rapport avec celui qui l’a créée, ou commise, dans le cas qui nous occupe (à moins qu’il ne soit le sujet de son oeuvre). Ce qui compte, c’est ce que l’oeuvre nous dit, ou, dans le cas qui nous occupe, comment elle nous berce. Sans compter que Tappert n’était que l’interprète d’une oeuvre, encore une fois à 1000 lieues des considérations qui préoccupent officiellement la RTBF.

Ensuite, tant qu’à nous remplacer Derrick, on eut pu penser que la RTBF le ferait par quelque chose de moins abrutissant, de moins mal foutu, de moins bête, de moins vu et revu. Mais la RTBF remplace Derrick par "L’île fantastique", autre fleuron de la série télé abrutissante, mal foutue, bête, vue et revue.

Mais soit, ce n’est pas encore le plus lamentable.

Le plus lamentable

Le plus lamentable, c’est que la RTBF, service public, nous la joue "nous aussi on a une éthique" et dans le même élan nous annonce un débat dominical en présence d’un homme qui a déjà fait quelques minutes de son JT cette semaine: Mischaël Modrikamen, président du Parti Populaire et en l’occurrence défenseur du présentateur viré par RTL cette semaine. Vous savez, celui qui a tenu des propos plus que douteux sur les étrangers et les musulmans.

Un homme dont personne ne s’est étonné que le présentateur d’RTL ait fait appel à ses services et pour cause:il s’est lui-même réclamé de la mouvance du Front national français et de l’extrême droite néerlandaise. Son parti populiste, le PP, proclame sur son site l’échec de la multiculturalité, regrette qu’on ait renoncé à l’assimilation et estime (certes en des termes plus châtiés) que l’immigration n’est envisageable qu’à des conditions prônées par celui que Modrikamen défend désormais.

Un mort plus dangereux qu’un vivant

La RTBF, service public, semble donc s’être drapée dans un voile de dignité quelque peu poreux. Et il semble donc que ce qu’un feuilleton avec un acteur mort qui a fait dans sa jeunesse quelque chose dont on ne sait même pas dans quelles circonstances il l’a fait et qui ne transparaît pas dans le feuilleton dont il est l’un des interprètes est plus condamnable que ce qu’un politicien fait de son vivant et qui a une influence directe sur nos vies, ou du moins qui entend l’avoir.

Et ce qu’un acteur mort a fait dans sa jeunesse et qu’on condamne ici, c’est à peu de choses près dans le même ordre d’idées que ce que prône là le politicien dont question: la supériorité d’un groupe sur l’autre, la supériorité d’une culture sur l’autre, l’impossibilité que les deux cohabitent et la haine.

And the winner is…

L’opportunité était trop belle: le MR, dont certains membres ne feraient pas tache au PP (et parmi eux ceux que le MR a nommés en charge… des questions d’immigration) réclame à la RTBF le respect d’un cordon sanitaire.

Les autres, trop concentrés sur la méchante crise qui les oblige à défendre des mesures antisociales, ont loupé le coche. Sciemment probablement, parce que rentrer dans des débats pareils, ça remettrait en question toute leur politique de ces dernières années. Et ça les obligerait à nous répéter que c’est compliqué et que ça prendra du temps, ce qui est tout à fait exact.

Mais tous seront présents sur le plateau demain dimanche en compagnie que l’on sait.

Une petite conclusion?



Aux envahisseurs

mai 2, 2013

Je rappelle que les commentaires anonymes seront effacés, qu’ils soient positifs ou négatifs. De même que les attaques ad hominem et les propos racistes et/ou xénophobes.

J’en ai marre de me taire. Alors je vais me dévouer et vous dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, bien trop bas pour qu’on ne les entende au milieu de vos vociférations presque toutes mâtinées de "On dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas".

Si seulement c’était vrai. Si seulement votre "tout le monde" pensait tout bas. Mais non, votre "tout le monde" crie partout à qui veut l’entendre et à qui ne veut pas l’entendre sa haine de l’autre, de préférence l’autre arabe, le top étant l’autre arabe musulman, ce qui dans bon nombre de vos esprits embrumés revient au même.

Si seulement vous aviez raison de dire que vous vous sentez seuls dans des quartiers pleins d’étrangers. Si seulement vous étiez moins nombreux à nous vomir vos logorrhées du style "Tu ne vis pas chez moi, tu ne sais pas", "Si t’étais une femme dans mon quartier, tu pourrais parler", au moins, on pourrait se dire que vous n’êtes qu’un par quartier…

Si seulement vous n’en rajoutiez pas quand je vous dis que je suis une femme et que je connais vos quartiers, en me disant que "oui mais toi, tu es grosse/moche/mal attifée", au moins je me dirais que votre haine est limitée à une catégorie de gens. Mais non, elle est en vous et elle pourrit tout et nous, on ne peut rien contre elle. Parce que si on vous montre que la couleur de la peau et la religion ne rendent pas méchant, je sais désormais que vous trouverez d’autres cibles, d’autres responsables de ce besoin qui vous vient des tripes de trouver des méchants et de beugler dessus.

Si seulement tous ceux d’entre vous qui réclament que les gens soient intégrés l’étaient assez pour l’écrire sans faute, au moins on aurait un espoir que vous enseigner des choses n’est pas vain…

Si seulement tous autant que vous êtes aviez les amis étrangers, voire musulmans que vous prétendez avoir! Ca ferait beaucoup, beaucoup d’amis étrangers et musulmans.

Si seulement vous saviez ce que veut dire "ami", le silence régnerait.

Mais non, vous êtes là et bien là. Courageux internautes planqués derrière vos PCs et souvent des pseudos. Soulagés de voir que vous n’êtes pas les seuls. Vous envahissez tout, vous m’oppressez, vous agressez mes valeurs (qui sont pourtant bien belges), vous rendez tout le monde agressif, même moi, vous m’insécurisez, vous salissez mon paysage et je ne peux même pas vous renvoyer chez vous, parce que vous y êtes. Je sais, je sais, vous, ça ne vous arrête pas…

Voici une petite liste de petites choses importantes à savoir:

- Il y a en Belgique des gens de toutes les couleurs et de toutes les nationalités

- (Attention, ici, ça se corse déjà) En Belgique, comme dans beaucoup d’autres pays du monde, les blancs ne sont pas tous belges, les noirs ne sont pas tous africains et les basanés ne sont pas tous arabes. Il y a des blancs étrangers et des pas blancs belges, des noirs étrangers et des noirs belges, des basanés étrangers et des basanés belges

- Il y a en Belgique toutes sortes de cultes et religions. Les trois principales sont le catholicisme, le judaïsme et l’islam

- Les catholiques sont de toutes les couleurs et de toutes les nationalités, comme les juifs et les musulmans

- Les catholiques sont les plus nombreux, mais ça n’a pas été sans mal. A une époque, l’Eglise catholique s’est imposée. Y avait des méchants catholiques. C’était pas la majorité, mais c’étaient les plus puissants, alors tout le monde a fermé sa gueule et est allé à l’église, sauf ceux qui n’ont pas voulu et qui sont allés au bûcher puis, paraît-il, en enfer, où ça brûle aussi

- En Belgique, tout le monde est issu d’une religion. Parce qu’à une époque, tout le monde était croyant ou obligé de faire semblant de l’être. Donc en Belgique, même les athées sont issus d’une religion. Il y a des athées issus de chaque religion. Il y a beaucoup d’athées issus du catholicisme, parce que le catholicisme est une très vieille religion et parce que le catholicisme était la seule religion en Belgique à une époque. Et puis, il y a ceux qui ne savent pas trop, parce qu’ils n’y pensent pas trop, sauf qu’aller à la messe, ça les fait chier alors ils n’y vont pas, ou plus, et Dieu, tout ça, ils s’en foutent un peu. C’est pareil dans toutes les religions, même si beaucoup de gens pensent que quand tu es basané, tu es musulman, on verra plus bas pourquoi.

 - Aujourd’hui encore, il y a des méchants chez les catholiques, chez les juifs et chez les musulmans. Et même chez les athées, si, si, j’en connais. Mais ce n’est pas la majorité. En Belgique, la majorité des gens sont gentils, en fait. C’est pareil dans les religions. Ils vivent leur vie, quoi. Pour certains, c’est moins facile que pour d’autres. Généralement, c’est moins facile pour les pauvres que pour les riches, qu’ils soient catholiques, juifs ou musulmans, ou athées.

- En Belgique, il y a donc des riches et des pauvres. Et des moyens riches ou moyens pauvres qui ne vont pas tarder à rejoindre qui les riches, qui les pauvres. Les riches sont de toutes les couleurs, nationalités et religions, les pauvres idem, mais ça dépend un peu des régions.

- En Belgique, comme partout dans le monde, les pauvres sont défavorisés. Ils ont de moins beaux logements (parfois ils n’en ont même pas) dans de moins beaux quartiers, ils ont de moins bon boulots (souvent ils n’en ont pas), ils ont du mal à se payer le nécessaire, ils vont dans de moins bonnes écoles, ils font de moins grandes études (souvent, ils n’en font pas), leurs enfants ne savent pas trop quel avenir se prépare pour eux et s’ils ne sont pas blancs, c’est encore plus difficile, parce que souvent, on leur dira que "la place est déjà prise", que ce soit pour un logement ou pour un travail. Et ça, ils le savent.

- En Belgique, il y a des blancs riches et des blancs pauvres, des noirs idem et des basanés idem. Il y a des laïques riches et des laïques pauvres, des catholiques riches et des catholiques pauvres, des juifs idem et des musulmans idem. Mais ici aussi, ça dépend un peu des régions. A Bruxelles par exemple, les noirs et les basanés pauvres sont plus nombreux que les noirs et les basanés riches.

- En Belgique, comme partout dans le monde, quand un pauvre n’a plus rien pour se payer à manger, soit on lui donne à manger, soit il le vole. Ou alors il meurt.

- En Belgique, comme partout dans le monde, les gens moins riches, moins bien éduqués, moins bien instruits et ceux qui ont le moins bel avenir devant eux sont souvent en colère, parce qu’en Belgique, comme partout dans le monde, on dit à tout le monde que tout le monde est égal et on dit à tout le monde qu’il faut avoir la télévision, dans laquelle on dit à tout le monde que la vie est plus belle quand on possède plein de choses, y compris une télévision.

- En Belgique, comme partout dans le monde, les gens en colère ne savent pas se retenir: ils expriment leur colère. Chacun avec ses moyens. Certains écrivent. D’autres crient. D’autre font des bêtises.

- En Belgique, comme partout dans le monde, les gens qui écrivent sont ceux qui ont appris à écrire, les gens qui crient savent qu’ils ont des chances d’être écoutés (ou alors ils sont cons, mais ce n’est pas le débat), ceux qui font des bêtises ne savent pas quoi faire d’autre. Tous aimeraient bien être comme on leur dit qu’il faut être dans la télé, parce que tous aimeraient bien être heureux.

- En Belgique comme partout dans le monde, tout le monde sait bien qu’être heureux, c’est pas comme on dit à la télé. Mais tout le monde tente quand même le coup, alors tout le monde essaye de posséder les trucs qu’on leur dit à la télé qu’ils doivent posséder. Et quand les plus pauvres prennent des trucs aux plus riches, les plus riches se fâchent, et c’est bien normal, parce qu’on leur vole un peu de ce bonheur qu’ils savent bien être ailleurs, mais quand même.

- Mais attention! En Belgique comme partout dans le monde, il y a des gens riches qui volent des trucs aux gens pauvres, aussi. Beaucoup, même. Mais personne ne dit trop rien, sauf quand ils volent avec violence. Ca arrive, parce que pour voler sans violence, il faut être instruit et des gens pas instruits, il y en a aussi chez les riches, mais beaucoup moins que chez les pauvres. Et puis gueuler sur les riches, c’est dangereux, parce que c’est eux qui ont le pouvoir de rendre les autres encore plus pauvres ou de décider que les  pauvres peuvent être plus riches.

- A Bruxelles (qui est la Belgique pour tous ceux qui aiment bien parler de religion et de violence), il y a beaucoup de noirs et de basanés. Certains n’aiment pas les noirs et les basanés, je ne sais pas très bien pourquoi. Mais je pense bien que c’est parce que les noirs et les basanés sont, comme je le disais plus haut, plus souvent pauvres que riches et que tout le monde a un peu peur de devenir pauvre ou de le rester alors on aime pas regarder.

- Et je pense aussi que c’est parce qu"à Bruxelles, les basanés, ils sont souvent issus de l’islam et donc beaucoup de gens, parce qu’ils n’ont pas trop envie de réfléchir (ça aussi, c’est un peu grâce à la télé), quand la télé leur dit que beaucoup de méfaits sont commis par des basanés, ils pensent que c’est les basanés les méchants. Et ils pensent que c’est l’islam qui les rend méchants, puisque ces gens-là sont souvent issus de l’islam et qu’en plus, les méchants musulmans passent souvent à la télé pour dire qu’ils sont les seuls gentils et que tout le monde devrait être musulman, ce qui fait que ça les renforce. Les gens. Et les méchants musulmans aussi, d’ailleurs.

chinois

On s’en doutait, on savait même d’où ça viendrait: voilà que le MR nous ressort l’idée de forcer les chômeurs à rendre des services à la collectivité.

Je rends déjà des services à la collectivité. Comme bien des chômeurs, j’aide mes amis, je leur épargne un fric monstre en les dépannant pour leurs enfants, en étant présente pour des fournisseurs, en visitant leur grand-mère, en faisant les courses de leurs voisins, en étant là en cas de coup dur, etc etc. J’aide aussi des gens qui ne font apparemment pas partie de la collectivité aux yeux de certains, puisqu’ils sont à la rue.(1) Bref, je fais déjà ce que certains (les mêmes "certains") envisagent de m’obliger à faire.

Vous me direz, c’est pas le cas de tous les chômeurs et vous aurez bien raison. Je vous répondrai alors que travailler pour un salaire, c’est pas le cas de tous les salariés, dont certains sont par exemple plus présents sur Internet pour défendre la mesure précitée que devant leurs dossiers à boucler. Et je ne vous parle même pas de tous ces boulots inutiles et de tous ces boulots qui nuisent… à la collectivité!

Pour me motiver

Et voilà qu’aujourd’hui, l’idée se répand à nouveau. Après tout, chômer est un privilège. Y a des gens qui travaillent pour me permettre de toucher un "salaire" (sic) sans rien faire. Il faut me motiver, m’aider à maintenir le rythme, me donner envie!

Et donc pour me motiver, on veut me faire faire des travaux ingrats dont certains m’attireraient bien s’ils me permettaient de boucler mes fins de mois.

Et donc pour me motiver, on me fait croire que je touche bien assez pour mener une vie pépère devant ma télé. (2) Pire, on le fait croire à tout le monde et pour bien des gens, ça marche!

Et donc pour me motiver, on me fait croire que mon chômage n’est pas une indemnité, qu’on est en situation de plein emploi (3) et qu’il est normal de me payer 6,5 euros de l’heure (parce que j’ai la chance d’être chômeuse isolée, sinon ça serait 2,6!) pour rendre service à la collectivité au lieu de traîner pépère devant ma télé.

Et en plus, pour achever de convaincre le plus grand nombre, on nous assène qu’on n’a pas les moyens de créer ces emplois qui rendraient rudement service à la société. Ce qu’on oublie un tout petit peu, c’est qu’un chômeur, il a perdu son emploi, pas son cerveau. Et que s’il a c’est vrai un peu de temps pour lui, il le consacre aussi à réfléchir. Et un chômeur qui réfléchit, c’est souvent à sa situation. Et donc un chômeur, souvent, il sait pourquoi il n’a pas d’emploi. Et où est l’argent qui manque pour en créer. Ce qu’il n’a toujours pas compris, c’est pourquoi certains s’obstinent à le laisser faire des petits sans qu’il ne contribue à ses allocations, comme doivent le faire tous les salariés de Belgique.

Mauvaise idée pour tout le monde

Je suis chômeuse. Et si j’exerce un emploi un jour, c’est pour baisser les statistiques du chômage, pas pour les augmenter. Je m’explique:

- Admettons que je rende des services à la collectivité. Enfin non, ça, je fais déjà. Admettons qu’on m’y oblige. Je ferai donc des choses qui sont tellement utiles à la collectivité que la collectivité estime qu’elle peut m’obliger à les faire. Des choses qui sont d’ailleurs déjà exercées par certains salariés, mais bien trop peu de salariés. Donc, je ferai pour quelqu’un (la collectivité) un boulot qu’elle n’aura pas à créer.

- Que la collectivité n’ait pas de boulot à créer, c’est un peu un rêve. Ca voudrait dire que la collectivité fait son travail pour la collectivité. Et donc que la collectivité ne ment pas quand elle me dit qu’elle veut baisser le nombre de chômeurs, ce qui est d’ailleurs aussi son travail.

- Mieux, je ferai pour quelqu’un (la collectivité) un boulot que la collectivité ne mettra pas un mois à envisager comme une nouvelle aubaine d’employer des gens à bas prix. Je serai une vache de concurrence pour le mec qui fait le même boulot mais pour un salaire. De là à ce que ce mec soit licencié et puis forcé à refaire la même chose en touchant des allocations de chômage, il n’y a qu’un pas dont nous ne doutons pas que certains (toujours les mêmes "certains") s’empresseront de le franchir.

- Mieux encore: en me forçant à travailler pour la collectivité, on me rangera dans une toute nouvelle catégorie de travailleurs: les travailleurs qui travaillent au tarif mensuel de 1000 euros par mois (400 s’ils sont cohabitants). Une bien bonne nouvelle pour tous les salariés, qui verront là un nouveau moyen de pression sur leurs salaires. "Ca ne te convient pas? Ne te plains pas trop fort, y a encore pire!" "Tu exiges un salaire décent? Mais il est décent, regarde, y a des gens qui ont 6,5 euros de l’heure, voire 2,6!" (4)

Bref, je refuse de collaborer à un système qui nuirait à ma collectivité.

Et comme le disait judicieusement un de mes amis ce matin:  "Je connais une super façon de faire travailler les chômeurs, c’est de leur proposer du travail"

(1) et (2) : Rappelons que pour pouvoir travailler bénévolement, un chômeur doit y être dûment autorisé moyennant certaines strictes conditions, son temps étant trop précieux pour chercher un emploi

(3): Rappelons qu’en Belgique, il y a actuellement entre 20 et 30 demandeurs d’emploi pour 1 proposition d’emploi

(4) : Rappelons que si les allocations de chômages sont descendues, c’est pour que, n’ayant pas assez pour vivre, les chômeurs soient motivés à chercher un emploi

Hier, RTL a décidé d’écarter l’un de ses présentateurs, Luc Trullemans, pour avoir tenu sur Facebook des propos racistes.

On ne peut que se réjouir du fait que la direction de la chaîne ne soit pas tombée dans le panneau "Je ne suis pas raciste mais…" et autres "S’ils ne veulent pas s’intégrer" des propos racistes.

J’ajouterais des propos clairement islamophobes, puisque molesté en rue par des individus basanés, il s’est empressé de parler de "« musulmans et toutes les autres religions qui briment nos coutumes», parce que n’est-ce pas, quand t’es basané, t’es musulman ou d’une religion qui n’est pas la nôtre. Et quand t’es musulman, tu dois retourner dans ton pays, la Musulmanie, ou arrêter tout de suite d’être musulman parce que ce n’est pas compatible avec nos valeurs.

L’autre bonne nouvelle, c’est que désormais RTL bannira tout propos raciste, même de celui qui se défend préalablement d’être raciste d’ailleurs il a un ami musulman, voire sa propre femme.

Outre qu’elle fermera ses différents forums, elle s’abstiendra désormais de tout amalgame, chacun de ses reportages fera l’objet d’une analyse approfondie sur le contexte socio-culturel qui expliquerait les comportements déviants mieux que l’origine ethnique ou la religion et chacun de ses débats portant sur "les étrangers" se fera en compagnie des sujets visés.

Mieux encore, certaines personnes coutumières d’amalgames et propos ouvertement racistes disparaîtront de l’antenne. Citons entre autres Maggie De Block, Jacqueline Galant, Denis Ducarme, Mischaël Modrikamen, Alain Destexhe, Bart De Wever et tous ceux qui avaient en son temps envisagé un parcours d’intégration.

Petit Florilège

Maggie De Block

Il faut déjà arrêter de donner cette image qu’en Belgique, c’est le Club Med quand on arrive.

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Jacqueline Galant

“Je ne suis pas contre cette discrimination, car les Belges qui procèdent au regroupement familial sont à 70 % d’origine marocaine ou turque“

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"La naturalisation devait être une faveur au départ", estime de son côté Jacqueline Galand, ce qui n’est plus le cas d’après elle. "Avec cette réforme, la naturalisation sera une faveur accordée à des personnes qui ont apporté une plus-value, qui auront marqué de manière exceptionnelle par leur contribution".

"il faut que ceux qui veulent la nationalité prouvent qu’ils la veulent vraiment"

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Max : La réforme va-t-elle accélérer la procédure de naturalisation ?

Jacqueline Galant : « Les dossiers de naturalisation en cours d’examen seront examinés sur base de la législation actuellement en vigueur. Par contre dans la nouvelle loi, la naturalisation ne sera accordée que les personnes qui ont des mérites exceptionnels au niveau sportif, scientifique ou socio-culturel et les personnes qui apportent un rayonnement international à la Belgique »

Alex : Pourquoi avoir attendu que le pays soit sur la corde raide pour sérieusement durcir ces conditions ?

Jacqueline Galant : « Cela fait plus de 2 ans que nous travaillons sur ce projet. Vous avez raison, cette réforme était indispensable car on a laissé les choses aller beaucoup trop loin »

Lisou : Qu’entendez-vous par « conditions d’intégration » ? Quels sont les critères pour l’évaluation de l’intégration ?

Jacqueline Galant : « Cela dépend. Il y a l’intégration sociale (formation professionnelle de 400 h, diplôme minimum de l’enseignement supérieur, soit parcours d’intégration soit pas le fait d’avoir travaillé 5 ans) et l’intégration économique (468 jours de travail ou 6 trimestres cotisés comme indépendant).Et évidemment la connaissance d’1 des 3 langues nationales »

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Bart De Wever

 faire payer 250 euros aux étrangers qui s’inscrivent à Anvers

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Tout a commencé dimanche, quand Bernard Clerfayt, bourgmestre de Schaerbeek, a pris un arrêté interdisant toute distribution de nourriture dans et autour de la Gare du Nord à Bruxelles.

Raison invoquée: l’une des distributions aurait été parasitée par quelques individus islamistes venus y faire de la propagande et deux jeunes qui auraient fréquenté ladite distribution seraient partis en Syrie.

Le prétexte

La première question qu’on se pose est celle du prétexte invoqué par le bourgmestre Clerfayt: des individus auraient été faire de la propagande lors d’une distribution et deux jeunes ayant fréquenté ladite distribution seraient partis en Syrie.

En admettant que cette propagande ait eu lieu (et d’après les témoignages que j’ai eus ce lundi, elle a eu lieu), elle n’est visiblement pas illégale, puisque le responsable de cette propagande court toujours, et pas très vite. Idem pour ce qui est du départ de jeunes en Syrie: personne ne nous a encore avancé le moindre argument légal en faveur de l’interdiction pour des jeunes de partir en Syrie (il n’est même pas interdit aux mineurs de plus de 12 ans de prendre l’avion sans autorisation parentale).

Ne parlons même pas du lien fait par le bourgmestre entre une distribution de repas à la Gare du Nord et le départ de ces deux jeunes en Syrie, nous n’allons pas sombrer avec lui dans le ridicule. Le "propagandiste" n’a pas besoin de distributions de nourriture à la Gare du Nord pour oeuvrer, d’ailleurs il oeuvre toujours, avec de surcroît désormais une opportunité de dire aux gens qu’on l’empêche de les aider à survivre.

De là à conclure que l’arrêté communal est un nouveau programme de lessive inventé pour nettoyer la gare de ses pauvres, il y a un pas que je franchis. Je veux bien faire marche-arrière, mais qu’on m’oppose des arguments valables à ce qui précède.

Le prosélytisme

Face aux réactions suscitées par l’arrêté communal, notamment dans les médias et notamment notre décision d’y désobéir, Monsieur Clerfayt a admis qu’il était trop dur et l’a retravaillé. Désormais donc, "Il est interdit à quiconque de se livrer à la distribution de repas caritatifs lorsqu’ils s’accompagnent de discours, propos ou revendications à caractère philosophique, religieux ou politique, dans des installations du Centre de Communication Nord et dans un rayon de 500 mètres autour de ce dernier sur le territoire de la commune de Schaerbeek, et ce pour une durée de trois mois à partir de la publication du présent arrêté".

La chose ferait sourire si elle n’était pas dans cette circonstance une énième décision sans aucune base légale. Pire, elle bafoue la démocratie, elle est basée sur le postulat que les bénéficiaires de la nourriture distribuée et les distributeurs de ladite nourriture sont dénués de tout esprit critique et que si l’un ou l’autre l’est en effet (ce qui reste à prouver), interdire de tenter de l’influencer Gare du Nord et alentour le protégera de toute influence au-delà de cette zone.

Qui plus est, mais c’est peut-être pousser un peu trop la réflexion dans la cacophonie ambiante, cette décision fait fi de toute analyse sur ce qui pousse des jeunes à prêter le flanc au prosélytisme, sur leur identité (leur absence d’identité?), sur ce qu’on appelle "les terrains favorables".

Quant aux SDF de la gare et alentour, je me permets de douter de leur envie d’aller au massacre dans un pays en guerre alors que bien souvent ils sont chez nous pour avoir échappé… au massacre. Ceci dit, toutes les considérations qui précèdent sont bien entendu valables pour eux.

Interdire la générosité

C’est peut-être le pire. En tout cas c’est le pire à mes yeux. Au prétexte de mettre fin au prosélytisme pratiqué par un individu bien connu et quelques uns de ses comparses, on met fin à toute distribution de nourriture dans une gare et alentour. Ou du moins, on a eu l’intention de le faire.

Dans un pays qui ne compte plus ses SDF (s’il les a un jour comptés) et qui en a terminé avec son plan hivernal, renvoyant notamment de nombreuses familles avec enfants à la rue.

Désormais donc, l’interdiction est levée (aux conditions précitées). Il paraît que la commune envisage de conditionner les distributions à une autorisation communale.

Ceux qui distribuent de la nourriture aux SDF pour venir en aide aux SDF se réjouissent de pouvoir continuer.

Mais si cette condition est désormais imposée, elle serait à désespérer d’un pouvoir qui interdirait désormais, on ne sait toujours pas sur quelle base légale, à quiconque n’en aurait pas l’autorisation, de pallier les carences de ce même pouvoir. Et pourtant ici, enfin, on a une base légale. Une loi souveraine, même, celle de la dignité humaine, inscrite dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

L’unique base légale de tout ce bordel, en fait (et elle est bafouée).

Que faire?

Si des gens font du prosélytisme "sur le dos des pauvres" et si on décide que certains prosélytismes sont plus inacceptables que d’autres alors on prend ses responsabilités. Notamment en faisant en sorte que des citoyens n’aient pas à pallier les carences d’un Etat qui, non content de produire de plus en plus de pauvres, les abandonne dans nos gares.

Ou alors, on s’abstient de faire de la politique sur le dos des pauvres. Et des Musulmans. Et même des prosélytes. On se fait tout petit et on tente de composer avec sa conscience.

Et pour la gouverne de Monsieur Clerfayt et de ses pairs, j’aimerais conclure en précisant une chose qui achève de nous plonger en absurdie: aller distribuer de la nourriture aux SDF dans une gare et alentour est un acte qui appartient à la conscience de chacun. Certains le font pour des raisons philosophiques ou religieuses et tous posent là un acte éminemment politique, n’en déplaise à ceux dont c’est la charge, qui ont demandé à en être chargés, qui sont grassement payés pour la porter et qui ont peut-être du mal à assumer leurs incuries.

Il est à espérer que chacun continuera, car on est en train de jouer avec la vie d’être humains. Et ce n’est pas gagné, car certaines associations se sentent désormais stigmatisées car essentiellement composées de Musulmans, dont la générosité est, eh oui, l’un des fondements de leur religion.

Pour entendre un reportage (FR-NL-EN) réalisé sur l’action, cliquez ici.

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