Prévenir, c’est guérir.

mai 5, 2011

Hier,  Rudy Demotte, a déclaré aux enseignants en grève aujourd’hui que des moyens, il n’y en avait pas.

Je rassure tout de suite ceux qui m’ont déjà lue: je ne compte pas une fois de plus dérouler ici la liste des moyens dont on dispose, ni celle de ceux dont on devrait disposer mais qu’on ne va pas chercher. Ni même celle des choix politiques qui démontrent que nos décideurs sont parfois pour le moins contradictoires avec leurs intentions déclarées.

Je n’aborderai qu’une seule de ces intentions: la prévention.

La prévention, pour faire court, c’est agir avant pour ne pas avoir à le faire après. C’est faire en sorte que les gens soient armés pour se construire une vie, qu’ils soient épanouis pour laisser vivre autrui. C’est leur offrir des solutions durables.

La prévention, pour faire plus court encore et le formuler comme je le sens, c’est faire des gens heureux.

Et donc, c’est leur offrir un enseignement de qualité. C’est donner une chance à tous. C’est faire en sorte que ceux qui ont fauté ne le fassent plus. C’est accueillir la détresse de ceux qui sont en danger. C’est sur toutes les lèvres, tout le temps, même si plus encore en période pré-électorale (mais en Belgique, on est en période pré-électorale depuis les élections, il y a presqu’un an).

Et si la prévention est sur toutes les lèvres, c’est parce qu’elle est bien entendu la seule manière de mettre fin aux véritables problèmes des gens, expression sur toutes les lèvres aussi, même si plus encore en période post-électorale (mais en Belgique, on est en période post-électorale depuis les élections, il y a presqu’un an).

Et surtout, si la prévention est sur toutes les lèvres, c’est parce que si elle était une réalité, des moyens, on en aurait. Et pas un peu.

Outre les problèmes de notre enseignement, qui en a vraiment, vraiment beaucoup, j’ai ces derniers jours eu vent de deux situations très révélatrices du cas que nos politiciens font de cette prévention qu’ils chérissent tant (ceux qui en veulent d’autres peuvent toujours parcourir ce blog, ou les médias):

– Un ami m’a raconté comment il a vainement tenté d’aider un futur ex-détenu à organiser sa sortie de prison (puisqu’en prison, on ne l’a pas fait). Le monsieur avait besoin d’une carte d’identité. Mais pour en faire la demande, il lui fallait 20 euros. Mais pour avoir 20 euros (une aide du cpas, quoi), il lui fallait… une carte d’identité.

– Une jeune femme tabassée par son mec se rend aux urgences, déclare qu’elle a été tabassée par son mec et… rien. Un centre d’aide spécialisé dans l’accueil des femmes battues lui propose un rendez-vous dans… une quinzaine de jours.

C’est sûr. Des moyens, on n’est pas près d’en avoir. Si nos enfants sont scolarisés dans des classes bondées, qui dans des écoles de gagnants, qui dans des écoles de perdants. Si nos jeunes enseignants désertent l’enseignement faute de contrats un peu sûrs, sur des durées un peu longues. Si nos chômeurs sont punis faute d’avoir compris des documents leur imposant de prouver qu’ils ont cherché un emploi dans des régions où il n’y en a pas. Si nos travailleurs sociaux sont sous-payés pour ne pas pouvoir faire convenablement le boulot pour lequel on ne leur donne pas les outils nécessaires, les collègues nécessaires, les infrastructures nécessaires. Si nos semblables en danger et ceux qui les menacent ne sont pas pris en charge correctement. Si quand il aura été trop tard, les bourreaux sont entassés avec d’autres dans des prisons où ils ne verront pas un psy (ou si peu), un assistant social (ou si peu), un prof. Si les victimes ne sont pas suivies correctement. Si on laisse les gens crever de faim en leur octroyant des aides ridicules. Si on contraint des sans-papiers à contraindre l’Etat à leur payer des astreintes, faute de leur offrir ce à quoi ils ont droit.

Des moyens, monsieur Demotte, il y en a. Par exemple, prévenir, c’est guérir. Et bon, si vous ne savez pas comment faire, je peux dérouler ici la liste des autres dont on dispose, celle de ceux dont on devrait disposer mais qu’on ne va pas chercher. Et même celle des choix politiques qui démontrent que nos décideurs sont parfois pour le moins contradictoires avec leurs intentions déclarées… Mais je risque de lasser.

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Une Réponse to “Prévenir, c’est guérir.”

  1. griz said

    des moyens ? des envies ? et un peu beaucoup (plus du tout ?) de motivation…
    moi aussi, je risque de lasser, si je raconte l’histoire d’un petit garçon de trois ans infirme moteur cérébral (déjà ça fait peur, mais en fait, ça dépend comment on regarde), dont l’inscription à l’école est d’abord acceptée par téléphone et réunion et tout, depuis un an, et, au moment d’entrer, paf, on lui ferme la porte : y a pas assez de moyens.
    (le petit garçon marche, il parle, comprend, et manipule sans problème, mais il porte des attelles, il faut un peu l’aider pour se déplacer, quoi, lui donner la main, peut-être… c’est non.)

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