Je suis une indignée…

juin 17, 2011

C’est comme ça, c’est ma nature. Je ne sais pas ne pas bondir face à l’injustice (entendons-nous bien: quand je parle d’injustice, je parle de ce que JE considère injuste).

C’est comme ça depuis toujours.

Toute petite,  je voulais faire « de la politique ». Ca a commencé par « Je serai présidente du monde ». Et en fait, ça n’a pas tellement changé, si ce n’est que je garde ma mégalomanie pour moi, je sais que ça ne fait pas bon genre.

Toujours est-il que ces deux traits de ma personnalité ne m’ont jamais quittée, à ceci près que la politique a changé.

Certains ne manqueront pas de m’objecter que c’est moi qui ai grandi et acquis une vision un peu plus réaliste des choses, mais je pense qu’il y a plus que ça.

Quand j’étais jeune, je voyais la politique comme quelque chose qui, consciente qu’elle ne l’atteindra jamais, vise néanmoins un objectif: l’idéal. Un idéal fait de valeurs qu’on va résumer, disons comme ceci: le bien-être de la société. Bien-être qu’on va préciser, disons comme ceci: bonheur. Un bonheur que l’on atteint via des chemins pavés de principes moraux.

Après un passage par l’extrême gauche, j’ai commencé à me dire qu’Ecolo me plaisait bien. Qu’ils étaient purs, pas pétris d’ambitions personnelles, braqués sur l’objectif précité. Vous savez,  à cette époque pas encore tout à fait révolue mais presque, où on taxait le parti de naïveté. Où on disait qu’il manquait de pragmatisme.

D’ailleurs moi aussi, je le pensais. Et j’ai observé avec satisfaction que ce parti s’enrichissait de membres « scientifiques ». Des économistes compétents, par exemple.

C’était à l’époque où je pensais que oui, il fallait faire « avec le système ».

Maintenant, je pense qu’il faut connaître le système. Parce qu’il faut connaître son ennemi pour le combattre.

Hier encore, un épisode et quelques dialogues qui ont suivi ma réaction m’ont montré combien il est urgent de revenir sur le chemin vers l’impossible idéal.

Des Afghans, hommes, femmes et enfants (je le précise parce que les enfants, ça fait mieux pleurer dans les chaumières – moi aussi je peux être pragmatique -) qui se sont vus déboutés de leurs demandes d’asile ou de protection temporaire et qui, faute de pouvoir être rapatriés dans leur pays (parce qu’il est en guerre), ont été tolérés dans un squat, un bâtiment de la Régie, ai-je entendu, en ont été expulsés hier.

Vers où? Personne ne l’a dit (parce que si on communique bien sur les expulsions de demandeurs d’asiles déboutés et en grève de la faim, le reste est moins intéressant stratégiquement parlant, pense-je). Sans doute parce que c’est vers nulle part (sauf quelques uns envoyés au 127bis, m’a dit un vent favorable).

Révoltée par le sort que notre pays, qui a – il faut le rappeler – adhéré à la Convention internationale des droits de l’Homme, loi souveraine s’il en est –  réserve à ces gens (depuis des années), j’ai encore « fait aller ma gueule » sur FB, sur Twitter… et on m’a répondu: « C’est comme ça, c’est la loi ». « On ne peut pas accueillir tout le monde, il faut être réaliste ».

Alors outre le fait que, je l’ai déjà dit, notre pays a beaucoup, beaucoup de moyens et que tout est une question de choix… politiques (et donc financiers, puisque nos dirigeants politiques sont dirigés par nos dirigeants d’entreprises), il faut que je le dise:

Oui, c’est la loi. Non, ce n’est pas comme ça.

Parce qu’une loi, ça se change. On le voit bien, quand il s’agit de montrer moins de solidarité. Le dernier texte (discriminatoire!) voté à la Chambre (voir plus bas) prouve même qu’on est capables de voter des choses en dépit de leur illégalité.

Et je dirais même plus: un système, ça se change. Mieux: un système, ça s’élimine. La Tunisie nous l’a montré. On l’a tous applaudie, comme les autres qui l’ont suivie. On applaudit tous les Espagnols et les Grecs descendus dans la rue dénoncer cette parodie de démocratie.

Et chez nous? Ben, chez nous, on me dit qu’il faut être pragmatique. Que la loi, c’est la loi. Qu’on doit trouver un gouvernement et des accords communautaires dont fondamentalement (si si, creusez!), personne n’a rien à foutre.

Et on sourit, condescendants, face à ces indignés, très peu nombreux certes, pleins de mauvaises réponses, certes, mais tellement dans le vrai quand ils nous disent que non, ce système n’est pas tolérable. Et que oui, la politique, c’est le bien de tous.

D’ailleurs c’est vers eux que se sont tournés une partie des Afghans.

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17 Réponses to “Je suis une indignée…”

  1. http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/666812/les-possibles-sont-la.html

    Et Mesdames et messieurs nos Responsables, Messieurs et Mesdames nos Entrepreneurs,

    Il est donc venu le temps. Le temps d’écouter. Il vient. Il est là. Le temps. De l’écoute. De la béance. Qui oeuvre. La béance. Qui ouvre.

    Il était temps. Le temps retrouvé. Il est temps.

    Il est temps d’en finir avec le Jugement d’un microbe.

    Il est temps d’en finir avec l’Ordre policier ayant (un jour, étant égal à tous les jours) institué le fait social, naturalisé dans la lassitude du Gros Animal Populaire, dans l’érection du Pastorat, dans l’infantilisation généralisée, dans la misère symbolique appelée malheureusement « culture », dans le lissage de nos existences complexes, dans l’atrophie de nos cris et de nos rires.

    En finir. Pour recommencer. Sans cesse. Reprendre le contrat social moisissant dans cet introuvable coffre mou. Revitaliser. Recharger ce beau mot de « démocratie » par d’intelligentes et patientes palabres, par des gestes habiles et précis, instituer à nouveaux frais ce qui fait lien et déliaison entre « nous », cohabitants de territoires et d’une Terre…

    Et vous en appelez au Pouvoir de l’Ordre ? A la Conjuration par la Matraque ? A la Gouvernance par le Chaos ? Un peu de dignité que diable !

    « Nous » sommes très calmes, et déterminés. Vous « nous » voudriez caricatures de « rebelles », d’ « insurgés », de « révolutionnaires » fatigués.

    Sereins. Simplement sensibles aux battements du monde, à la terre qui tonne, aux catastrophes en cours, à la Gouvernance de l’Economie, à l’Unimonde trop humain, à la bêtise qui nous habite tous, au milieu empoisonné dans lequel nous subsistons.

    Le politique se fait ainsi toxicologie collective. Laquelle émanera, doucement, d’un peuple inaudible. Là où d’autres ont l’usage de la parole qui autorise à Gouverner, à se gaver d’un Règne, à étaler leur vulgaire Gloire

    .

    Rendre audible une parole qui pour vous n’est que bruit, ou silence.

    Les corps glorieux arrivent. Et ils sont déjà là. Ils sont ceux qui refusent, localement, pour une grande affirmation, cette vaste et triste blague nommée Représentation. Une machine qui tourne à vide dans des habits désincarnés. Insupportable, cette dernière empêche, ici et maintenant, qu’émerge de nouveaux champs d’expériences et d’être-avec, de coopération en fait. La mégamachine suicidaire comme conjuration frénétique d’autres rapports entre humains et non-humains.

    « Nous » en appelons à créer un nous, pluriel, des agora là où vous vivez (Il y en a déjà une tous les jours à Flagey, 18h), qui seraient comme des ébranlements dans l’ordre policier des divisions, lequel ne peut se résoudre dans l’universalisme utopique d’un sujet politique signant la fin des différences.

    Amour et dissension

    Au désir de vous rencontrer

    Une campeuse réveillée ce matin, ici, par des chiens privatisés

  2. Marie said

    « On ne peut pas accueillir tout le monde, il faut être réaliste »

    J’ai jamais compris cette phrase.
    Il doit me manquer des neurones.
    Ou de l’égoïsme.

    Ou alors je sais pas être réaliste… 🙂

  3. GinTonHic said

    Ah! Je croirais m’entendre avec mon « sens profond de l’indignation » devant des Hommes de plus en plus scolarisés qui n’arrivent qu’à créer le chaos autour d’eux.

  4. C. said

    Anne,

    heureusement qu’il y a encore des indignés… et je vous encourage car je crains que dans les années à venir, il n’en faille de + en +…
    Mais le Belge moyen, est-ce qu’il ne s’en fout pas tant qu’il peut continuer à consommer…? Des fois je désespère de l’humanité! Mais bon, les « bonnes nouvelles » ne font pas la une et pourtant, il y a tellement de gens qui luttent au quotidien pour en aider d’autres… et il n’y en aura jamais assez, et on n’en parlera jamais assez.
    Indignés, continuez !
    Mère Térésa a dit qqchose comme « je sais que ce n’est qu’une goutte dans l’océan, mais si on ne faisait rien, il manquerait une goutte à l’océan »

    Courage à tous ceux qui se battent au quotidien contre l’indifférence !

  5. jiji said

    Cher Anne si vous sentez indigné il vous reste la possibilité d’accueillir ces pauvres malheureux chez vous.

    • annelowenthal said

      Ohlà là… a ça j’ai déjà répondu un bon millier de fois… et franchement, c’est tellement idiot…

      Si vraiment ma réponse vous intéresse (ce qui m’étonnerait), vous n’avez qu’à la chercher 🙂

  6. jiji said

    Elle m’intéresse mais je n’ai pas le temps ni l’envie de me mettre à parcourir tous vos écrit pour la trouver. Ce qui m’intrigue c’est que pour quelqu’un de soit disant ouvert vous vous permettez assez souvent de rabaisser les autres ou en les diminuant intellectuellement. Il y a quelque chose qui m’échappe.

  7. annelowenthal said

    Bon ben si vous savez que je rabaisse souvent les gens, c’est que vous me lisez. Vous avez dû croiser la réponse quelque part 🙂

    Mais voici une toute petite partie de réponse, parce que je suis gentille dans le fond: je paye des impôts. Des taxes. Des accises. J’aimerais qu’ils soient utilisés pour la solidarité (leur fonction, quoi). Et ne vous inquiétez pas pour le reste, qui tient de ma vie privée. Je fais largement ma part, dans la mesure de ce qui me reste (peu).

  8. annelowenthal said

    Ceci dit, je ne sais pas d’où vous tenez ce « soi-disant ouvert », parce que ça, je ne l’ai revendiqué nulle part 🙂

  9. jiji said

    Ils sont déjà utilisés pour la solidarité, Vos impôts servent à payer les soins de santés de tous les belges, à payer les allocations de chômage des personnes ayant perdus leurs emplois et de ceux qui ne veulent pas en trouver, oui oui il y en a.
    Ils servent également à payer des aides au immigrés venus en belgique, ne venez pas niés qu’ils ne reçoivent rien.. Ils servent à payer les maigres pensions de nos plus anciens. Pour moi cela s’appelle de la solidarité. Mais le soucis c’est que ce que l’on vous ponctionne ne suffit plus pour aider tout le monde. Alors dans ces cas la il faut faire un choix. On ne peut pas aider tout le monde, importer toute la misère du monde dans notre pays ou il fait quand même bon vivre par rapport au reste du monde, ne résoudra en rien le problème. On importera le problème ici. Le problème doit être résolu à la source pour que ces gens n’aitent plus envie de venir chez nous.

    Alors vous aller me dire, oui mais on peut trouver de l’argent dans les grosses sociétés en belgique. Je ne peux être que d’accord. A un détail près, ce qu’avant d’aider tous ces pauvres immigrés il faudrait aider les gens qui bossent ici pour 1100 euro net. Car vivre avec 1100 euro net c’est quasi mission impossible, Et moi si il y a bien quelque chose qui ‘m’indigne c’est ca. Comment peut on encore tolérer que des gens soit si peut payer quand on connait le coût de la vie actuelle.Surtout quand on sait que c’est un parti de gauche qui est au pouvoir depuis au moins une bonne 15 années en wallonie. Je ne comprends pas et cela me révolte. Et pourtant très cher madame je ne fais pas partie des gens gagnant cela. Je ne suis pas riche, j’ai tout juste de quoi subvenir à mes charges et à mes besoins journaliers mais je narrive pas a imaginer comment je ferai si je gagnais cela, et pourtant beaucoup de concitoyen d’avoir faire avec.

  10. annelowenthal said

    Allez vérifier qui siège en Wallonie. Et revoyez la liste des ministres de l’économie, régionaux et fédéraux.

    Pour le reste, je ne vois pas pourquoi il faudrait faire une chose OU l’autre. On a bien assez de moyens. Et pour avoir travaillé dans le social, je peux vous dire que non, ils ne sont pas bien utilisés. Les choix politiques sont déterminants. J’ai écrit à ce sujet, il n’y a pas longtemps.

  11. jiji said

    Je vous répondrai un peu plus tard car je dois m’en aller. Passez une bonne soirée

  12. A PROPOS DES AFGHANS : Je leur ai rendu visite hier dans les anciens batiments d’AB3 MIS LEUR DISPOSITION PAR LA COMMUNE D’IXL et ils m’ont dit « qu’on leur avait dit : the police can not kick you out of here » ils sont nombreux de 50 à 60 personnes, sont très respectueux, polis et reconnaissants de tout ce que l’on peut leur apporter (à propos : ils ont vraiment besoin de … chaussettes ! cela leur manque vraiment). Merci à tous ceux qui, entre deux discours philosophiques ou politiques, relèvent leurs manches et vont sur le terrain aider concrètement (leur geste si petit soit-il) ces gens qui, finalement, n’ont pas demandé de quitter leur pays mais s’y sont vus contraints.

  13. Cash said

    A tous ceux qui se disent indigné, je conseille le petit livre « J’y crois pas » d’Orimont Bolacre . C’est une réponse à Stephane Hessel et son livre « Indignez vous ». De quoi prendre un peu plus de hauteur…

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