Parce que si ça se trouve, des gaufres, ils en mangent tous!

septembre 15, 2011

Certains diront que quand je ne radote pas, j’écris des évidences… mais ce que j’ai lu aujourd’hui a achevé de me convaincre que la sacro-sainte transparence et son amant le devoir d’informer sont en train de tuer ce beau métier de journaliste que j’ai pourtant longtemps regretté (et que je regrette parfois encore, ça se sent, je crois).

Du moins la transparence et le devoir d’informer tels qu’on nous les vante (vend) aujourd’hui dans bien trop d’articles.

« Si nous publions cette vidéo, c’est dans un souci d’information ». « Si nous révélons cet élément, c’est parce que nous avons le devoir de vous informer »…

Ces phrases nous ont justifié ces derniers temps:

– des photos d’un DSK menotté même si présumé innocent,

– la vidéo d’une bourgmestre en train de froucheler dans un lieu public,

– quelques révélations sur les négociations gouvernementales belges,

-…

– et aujourd’hui la publication de l’adresse d’un couvent qui se propose d’accueillir Michèle Martin si elle obtient une libération conditionnelle.

Avec pour conséquences:

– le viol d’une règle qui veut que chez nous, on ne peut pas publier des photos d’un homme présumé innocent menotté et partant, le non-respect de sa présomption d’innocence,

– l’humiliation d’une femme, d’un homme et de leurs proches,

– le capotage de négociations.

– Pour Martin, je ne sais pas encore, mais son avocat l’a dit et répété: si elle a essuyé un premier refus, c’est à cause de cette médiatisation. Et ça, les journalistes le savent pertinemment. Quand la DH a publié ces infos dans le détail sur la nouvelle demande de libération en demandant sur FB « Etes-vous pour ou contre? », elle savait qu’elle empêchait la justice de faire son travail sereinement. Un lecteur m’a d’ailleurs expliqué que dans un premier temps, elle avait même écrit quelque chose comme « Espérons que ça n’aboutisse pas ».

J’ai toujours pensé que le journaliste devait rester conscient de son influence et même qu’il avait un certain devoir d’éducation. Et qu’éduquer, c’était aussi garder à l’esprit que ce qui intéresse les gens ne les regarde pas forcément. J’ai toujours cru que le journaliste avait une déontologie. Qu’il était même garant d’une certaine éthique. 

Et que quand il écrit quelque chose, il « fait l’information ». Comme il la fait quand il décide d’offrir une tribune à BDW, y compris aujourd’hui en lui demandant son avis sur des négociations auxquelles il a refusé de participer, ou de la refuser au Belang. Comme il la fait quand il décide que BHV est un grave problème prioritaire. Comme il la fait aussi, soyons de bon compte, quand il médiatise le sort de Roms abandonnés à la rue par les pouvoirs publics.

Je n’ai jamais cru en l’objectivité du journaliste. J’ai d’ailleurs toujours pensé qu’un journaliste qui se proclamait non-partisan était une chose étrange et décérébrée. Quand on est confronté à l’actualité et qu’on s’y intéresse, on a forcément un avis. J’ai par contre longtemps pensé qu’il fallait tendre vers un maximum d’objectivité, même si le choix d’un sujet et son angle d’approche révélaient à eux seuls une opinion. Aujourd’hui, je ne le pense plus, je rêve d’une presse d’opinion. Mon blog est celui d’une personne de gauche, qui ne s’en cache pas et même qui le revendique. Mais au moins, quand on le lit, on peut le faire avec la distance critique nécessaire.

Je sais que ce métier n’est pas facile. Qu’on n’a pas le temps ni les moyens de le faire convenablement. Qu’on subit des pressions. Que les places sont très chères. Je sais aussi que malgré tout, certains le font bien. Et je ne veux certainement pas donner de leçons. Ce métier, je l’ai connu à une époque où je pouvais refuser de donner le nom ou l’adresse d’un prévenu, de traquer un mec au sortir de sa peine… après en avoir débattu avec mon chef sans que celui-ci me dise « c’est ça ou la porte » (jusqu’au jour où ça a été la porte).

Simplement, je me demande. Quel sens il a encore, ce métier. Quel respect certains de mes anciens collègues ont encore de leur métier. D’eux.

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2 Réponses to “Parce que si ça se trouve, des gaufres, ils en mangent tous!”

  1. Salut Anne,
    C’est un magnifique repositionnement de la question. J’aime beaucoup l’idée selon laquelle « ce qui intéresse les gens n’est pas nécessairement ce qui les regarde »… Il faudrait oser dire « aux gens » : »ben ouais , on vous cache tout on vous dit rien , parce que vous en feriez quoi » , mais au lieu de cela , j’ai l’impression qu’on a trop souvent un « j’vais l’dire sinon quelqu’un d’autre le fera ».

  2. dulcinorix said

    Joliment dit. Je suis assez d’accord.

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