L’abnégation, cette chose inexistante…

octobre 5, 2011

(Je songeais vaguement à écrire sur ce sujet. Les réactions lues sur les blogs de Marie http://www.networkedblogs.com/o0BSd et de So Fille http://www.sofille.be m’ont décidée)

Ego. Conscience. Reconnaissance. Honte. Conformisme. Anticonformisme. Sens du devoir. Education. Religion…

Autant de bonnes raisons de réagir/agir face à la misère, quelle qu’elle soit. Il n’y en a pas de mauvaise.

Oui, (ré)agir m’apporte beaucoup. Sur bien des plans. Qu’est-ce que ça peut bien foutre à ceux qui me le reprochent? Pourquoi ne font-ils pas pareil, s’ils veulent la même chose? Oui, je me sens utile. Oui, je me sens vivre. Oui, je me sens lue. Oui, je me sens mise en valeur.

L’abnégation totale, ça n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne l’ont jamais tentée.

Et oui, je m’en prends plein la poire. Et je vois que ceux qui font comme moi s’en prennent plein la poire, sont secoués. Se torturent. En font-ils trop? Pas assez? Est-ce mal, de ressentir quelque chose de positif parce qu’on fait quelque chose de positif? Est-ce mal de mettre des limites à son action? De se préserver du bon temps? De se payer un resto à 100 balles alors qu’on n’en a donné que 20? Est-ce mal de se sentir frustré par le regard déçu de ceux à qui on a apporté, mais pas assez?

Pourquoi, à chaque fois que quelqu’un s’indigne et (ré)agit, des gens s’empressent-ils de lui dire « Et vous, vous en accueillez chez vous? » « C’est facile, depuis votre divan, d’aller donner 3 saucisses »…

Pourquoi doit-on presque systématiquement essuyer des insultes du genre « Judéo-chrétien », « petit bourgeois », « bobo » « gauchiste » « bien-pensant »… pourquoi sont-ce des insultes?

Pourquoi cette agressivité envers des gens qui font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens ou plus que leurs moyens, ou moins que leurs moyens, pourquoi en vouloir à des gens de demander que l’Etat fasse son devoir? Pourquoi se moquer de cette militance à la plume, de ces publications sur FB? Pourquoi insulter celui qui, oui, ne fait souvent que donner ce dont il n’a pas besoin?

Pourquoi reprocher à des gens de réagir, d’agir, un peu ou beaucoup, à leur mesure ou à leur démesure, sans que ça ne porte préjudice à personne sauf à eux-mêmes éventuellement?

Pourquoi ne faites-vous pas quelque chose vous aussi, pour voir? Pourquoi préférez-vous haïr ceux qui (ré)agissent en plus de ceux pour qui ils le font? Qu’est-ce que ça vous apporte?

Pourquoi n’allez-vous pas donner 3 saucisses à un pauvre? Pour voir si vous ne vous sentez pas mieux qu’en vous gaussant de ceux qui le font alors que oui, c’est si facile?

Ou alors ne faites rien. C’est aussi votre droit le plus strict. Mais taisez-vous.

Publicités

11 Réponses to “L’abnégation, cette chose inexistante…”

  1. Agathe said

    Je suis d’accord, entièrement, mais quelque chose m’interpelle … Pourquoi séparer les causes entre celles qui en valent la peine et les autres ? Pourquoi dénigrer le combat des autres au prétexte qu’il serait moins important ? N’est-ce pas la même chose que ce que tu dénonces ici ? Ou alors faut m’expliquer la différence comme si j’avais 5 ans.

    Je sais, je cherche la petite bête, mais je n’ai pas pu résister …^^

    • annelowenthal said

      J’ai failli aborder ça 🙂 je ne savais pas trop comment l’intégrer, bon j’essaye ici: j’allais dire que même lutter pour la sauvegarde des pucerons en Alabama, c’était pas critiquable. Quand je réagis face à des gens qui le font, c’est quand ils le font ça à l’exclusion d’autres causes qu’ils dénigrent ouvertement ou négligent. Qu’ils montrent (ou disent, carrément) que le sort d’un puceron mérite leur signature et pas celui d’un homme, par exemple.

      • Agathe said

        J’ai parfois eu l’impression que tu dénigrais certains combats pour « glorifier » les tiens, en miroir. Ce n’est peut être qu’une impression, justement, ou une mauvaise interprétation. Et donc, je me disais que c’était du même ordre que ce que tu dénonces ici. Mais bon, je dois me tromper.

    • annelowenthal said

      Il y a clairement des combats que je trouve ridicules ou sans intérêt. Heureusement d’ailleurs :-))

      Ca se ressent probablement quand je m’exprime. Et c’est sûr que dans mon échelle de valeurs, ça me choque qu’une pétition sur les conditions de vie des chiens chez madame la comtesse ait plus de succès qu’une pétition pour qu’on mette des familles à l’abri.

      Ca me choque et je le dis. Et oui, parce que je pense que ma cause vaut mieux que la leur.

      Mais que les gens ont parfaitement le droit de lutter pour la sauvegarde des chiens de madame la comtesse.

      • Agathe said

        Et donc, c’est très tentant d’appuyer bien fort sur le côté ridicule de ces combats pour révéler l’importance des tiens, non ^^ ?

        (Purée, mais pour quoi elle n’arrête pas de critiquer celle-ci, elle milite pour rien de rien, c’est honteux !)

    • annelowenthal said

      Ben oui, c’est tentant. Et bon, c’est normal, puisque j’estime que « ma » cause est plus importante, d’en souligner l’urgence, relativement à d’autres…

      Maintenant, c’est évidemment subjectif! Et bon, je ne vais pas jouer les hypocrites avec toi, bien sûr que je me moque en mon for intérieur (mon for intérieur étant peuplé de cercles privés d’amis qui sont comme moi :D)

  2. Marievh said

    Anne, je t’aime.

    (Wé, j’ai tendance à l’emphase. Wé)

    Et je rejouterais que, même si les gens s’engagent à 300% de leurs moyens/capacités, ils ont les mêmes remarques, essuyent les mêmes sarcasmes.

    Monde bizarre dans lequel doivent se justifier ceux qui agissent ou dénoncent face à ceux qui, justement, ne font rien de tout cela…

    Ne rien faire c’est aussi ne pas risquer la critique. C’est la position la plus confortable, de fait…

  3. Chocard said

    Je crois que ce que les gens critiquent en général, ce n’est pas l’action, mais les paroles. La Charité (l’action, même petite) est une vertu pour tout le monde je crois. Parler de Charité n’en est par contre pas une.

    « pourquoi en vouloir à des gens de demander que l’Etat fasse son devoir? »
    Là, c’est autre chose. Ce n’est justement pas à mon sens du devoir de l’Etat de s’occuper des pauvres, mais à la société civile. Si on remet tout dans les mains de l’Etat, même l’amour et l’assistance qu’on doit à notre prochain, que nous reste-t-il de notre liberté?
    L’Etat doit protéger la société, et la société les personnes. C’est parce que l’Etat s’occupe avec l’impôt de soulager la pauvreté que les personnes considèrent avoir déjà donné et ne s’entre-aident plus. Donner la Charité à l’Etat est je crois particulièrement destructeur du lien social.

    • annelowenthal said

      Quand je parle du « devoir » de l’Etat, je parle bien du respect qu’il doit avoir de ses propres lois, ce qui pour les Roms (et les demandeurs d’asile en général) n’est pas le cas. Je ne parle pas de « faire preuve de bon coeur » 🙂

  4. Cela me rappelle une très ancienne discussion à l’hôpital où je travaillais et étais déléguée principale et autres mandats. Un autre délégué m’a dit : « si tu agis ainsi, c’est avant tout parce que cela te fait plaisir à toi. ». Je devinais la tentative de minimisation face à une forme d’engagement soutenu par nombre de travailleurs. Naturellement qu’il avait raison : celui-ci était volontaire, correspondait à un vécu intérieur de sensibilités, de réactions et de choix. Avec une évolution en cours de vie et d’expériences. La situation en Belgique et dans le monde est telle que les combats possibles sont multiples et peuvent revêtir des formes et intensités diverses. L’important est d’être en accord avec soi-même et d’être ouvert, à l’écoute … A chacun selon ses possibilités et ses sensibilités qui peuvent d’ailleurs se modifier au fil du temps. Et gardons en tête que, comme êtres humains, nous possédons une hiérarchie de besoins nous permettant de survivre physiquement et mentalement; ce qui explique aussi la nécessité d’un minimum (?) d’égocentrisme exprimé sous diverses formes. Oui, les formes et sujets d’engagement sont multiples et beaucoup convergent en bout de course. Je ne me vois pas me pencher sur le sort des chiens de madame la comtesse, mais bien sur les situations de détresse humaine comme celle des Roms, pas seulement ici, mais aussi en Hongrie et Roumanie tout comme sur la nécessité de lutter pour la préservation des abeilles dont la disparition signifierait la famine , etc …. J’accepte en même temps les limites de mes capacités physiques et en temps, donc des choix à faire ….

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :