Le chômage, encore

octobre 23, 2011

Loin de moi l’intention de radoter. Mais ce que je lis et entends à propos du chômage me fait forcément réagir.

Loin de moi aussi l’idée de raconter ma vie, mais je vais parler de ce que je connais: le budget familial d’une mère célibataire salariée:

– Maison (assurance comprise): 680

– Voiture (assurance comprise): 320

– Electricité/chauffage : 180 (oui, je sais, c’est énorme. Ca a augmenté depuis les nouveaux plafonds, châssis et installation électrique…)

– Téléphone/télé/internet: +/- 100

– Essence (juste pour le boulot): 200

Bon. J’arrête là. J’ai pas compté la bouffe, ni les frais scolaires, ni les fringues, les frais médicaux, l’extra-scolaire, le scolaire, les abonnements de train. La taxe de circulation, le revenu cadastral, les entretiens de bagnole. Les loisirs.

J’en suis donc à 1480 euros par mois, sans avoir mangé, m’être habillée, avoir permis à mon fils de faire pareil et payé tout tralala ci-dessus. Juste un logement (pas cher), une bagnole et de quoi me chauffer et m’éclairer.

1480, c’est plus que ce qu’un chômeur touche chaque mois. En admettant qu’un chômeur n’a pas besoin de se déplacer (sauf s’il veut un jour arrêter d’être chômeur), disons qu’il en est à 960 par mois. Sans avoir mangé, s’être habillé, avoir permis à ses enfants de faire pareil et payé tout le tralala ci-dessus.

Un chômeur chef de ménage, ça touche environ 1200 par mois. Un peu plus au début, un peu moins après quelques mois. Ce qui fait que sans avoir mangé, s’être habillé etc etc… il lui reste 240 euros.

Alors moi, je crois, dans l’état actuel des choses – et donc sans tenir compte d’une dégressivité – que:

– il est bien héroïque, celui qui se contente de ça pour vivre. Perso, je travaillerais au noir pour arrondir mes fins de mois. D’ailleurs même en tant que salariée, j’y songe.

– en voilà des gens qui auront du mal à payer des études à leurs enfants (même s’ils ont une bourse, tout le monde sait qu’une bourse ne paie pas tout et pas tout de suite);

– en voilà des gens qui consommeront de moins en moins s’ils ont de moins en moins de quoi consommer (et on sait que la consommation, ça fait vivre une société);

– …

Dans ce débat qui fait rage (alors que le sort des chômeurs est déjà décidé, ne nous leurrons pas, il l’est à mon avis depuis que nos médias se sont empressés de faire écho d’une enquête déjà évoquée ici: https://annelowenthal.wordpress.com/2011/10/19/on-na-pas-de-travail-pour-toi-mais-tu-seras-puni-quand-meme-vilain-chomeur/) et suite à certains propos tenus ci et là, je voudrais ajouter l’une ou l’autre chose.

A l’argument, pourtant imparable, selon lequel il n’y a pas de travail pour tous, certains m’ont parlé mobilité. Un chômeur serait un gars qui ne veut pas se déplacer pour aller travailler. Peut-être bien. Mais ceux qui connaissent le prix d’une bagnole, de son entretien et du carburant auront vite compris qu’avec le budget évoqué ci-dessus, il est impossible pour un chômeur de se déplacer en bagnole (même s’il a un permis, lui aussi hors de prix). Quant aux transports en commun, certes, ils existent. Mais pour qui comme moi les a empruntés depuis le Hainaut (encore une fois, je parle de ce que je connais), une chose est sûre: c’est super cher. C’est super pas ponctuel (j’ai connu des navetteurs licenciés pour retards répétés). C’est super bondé. C’est très souvent en grève. La SNCB va diminuer le nombre de trains. Les TECs vont augmenter leurs prix. La STIB idem. S’il trouve une crèche pour ses gamins (sur sa route vers la gare?), le nouveau travailleur aura beaucoup de chance. Et beaucoup moins d’argent.

D’autres m’ont parlé de ces fameux chômeurs longue durée. De ces gens qui n’avaient jamais travaillé. Ou qui chômaient depuis 20 ans. Ici aussi, peut-être bien. Mais combien sont-ils? Quelle est la proportion de ces « profiteurs » parmi les chômeurs de ce pays?

Soyons sérieux. C’est une infime minorité (Gregor Chapelle me dit: Voici les chiffres pour Bruxelles. En Septembre, Sur 108 629 chercheurs d’emploi, Actiris en comptait 13, oui 13, entre 55 et 60 ans comptabilisant plus de 35 ans de chômage). Et ces gens-là, ce n’est pas en leur supprimant des allocations de chômage (et donc en les remballant vers nos CPAS) qu’on arrangera leur cas. Ces gens-là, et de gauche comme de droite on s’est accordé à me le confirmer, ils doivent être pris en charge en profondeur. Ils doivent être accompagnés, stimulés, encouragés. Leurs enfants doivent entendre (et intégrer!) que le chômage n’est pas une fatalité. Ils doivent avoir la possibilité d’y croire (mais il n’y a plus d’écoles poubelles, n’est-ce pas…).

Et une chose fait l’unanimité dans nos partis politiques: la prise en charge des sans-emploi laisse franchement à désirer. Je ne parle même pas de cet arbitraire auxquels sont soumis les gens (qui ont affaire à… des gens, avec leur motivation, leur humeur et leurs préjugés), je parle de ces formations parfois ahurissantes auxquelles on les contraint (un ami s’est vu imposer une formation de tailleur de pierre « parce que vous êtes graphiste », des techniciens ont déjà maintes fois évoqué l’anachronisme de nombreuses formations…). Je parle de cette obligation ridicule de ramener des preuves selon lesquelles on est allé postuler à tel ou tel endroit…

On ne peut pas à la fois reconnaître la pénurie d’emploi et admettre qu’une réforme est nécessaire dans nos organismes chargés de prendre nos sans-emplois sous leur aile ET punir les premières victimes d’un système qui refuse d’aller chercher l’argent là où il est. Un système qui accepte presque sans broncher qu’on licencie à tour de bras dans des entreprises parfois bénéficiaires (et souvent bénéficiaires de nos aides publiques).  Un système qui refuse de créer des emplois et d’injecter des moyens dans des domaines où pourtant, il est urgent d’apprendre à des jeunes qu’un autre avenir est possible pour eux. 

Alors bien sûr, il y a des employeurs qui me diront « personne ne vient postuler chez moi ». Il y a des employés qui me diront « j’ai trouvé du boulot ». Mais il y a des gens aussi, comme moi, qui pensent que dans la vie, tout le monde n’est pas armé pareil. Et que sans un peu de stimulation, sans des salaires décents et sans une situation de plein-emploi, on sait d’avance qui restera sur la touche.

Arrêtons de faire semblant de croire que les gens sont égaux devant le système. Arrêtons de faire comme si ce que certains d’entre nous ont pu faire, tout le monde peut le faire. Arrêtons d’applaudir ceux qui ménagent leur conscience en culpabilisant sans cesse des gens qui aimeraient probablement qu’on croie en eux, pour changer.

Un film à voir absolument. De 1999. Des enfants dont l’auteur se demande comment on a pu lui faire croire qu’ils ont les mêmes chances que les autres selon leur courage ou leur mérite. Des chômeurs (au mieux) d’aujourd’hui, plus que probablement… http://www.wat.tv/video/enfants-borinage-lettre-henry-bpgo_2g3z5_.html

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26 Réponses to “Le chômage, encore”

  1. WNR said

    Je n’aurai pas trouver aussi belle conclusion quand à ce débat épineux où les « bas salaires » et autres « chômeurs » ont eu fort à faire avec nos chers amis travailleurs, qui ont sans doute oublier qu’ils furent chômeurs à une certaine époque ou si ce n’est pas le cas, qui ne se rendent pas compte de la situation de précarité dans laquelle ils pourraient être plongés.
    Je dédie ce débat à tout celles et ceux qui ont eu un jour à être confronté à une telle situation de catastrophe financière personnelle: Sabena, VW Forest, Carrefour, Renault Vilvorde, Jacob Suchar à Jupille, AB Inbev Jupille, et enfin les derniers de la liste et non des moindres: Arcelor Mittal… J’en oublie certes pas mal, mais ajouter à cela la faillite des indépendants dont le chiffre augmente chaque année, les étudiants tout droit sorti de leurs études qui n’auront pas de job ou qui, s’ils travaillent et perdent leur emploi n’auront pas droit au chômage parce qu’ils n’auront pas fait leur 9 mois de stage d’attente, on peut franchement se demander ce que l’avenir nous réserve…
    En conclusion, que l’on soit étudiants, chômeurs, travailleurs ou patrons, au final on est toutes et tous dans la même merde….

  2. Moi j’aimerais que nos chers politiques nous expliquent enfin CLAIREMENT comment ils vont créer tout les emplois nécessaires pour atteindre un « illusoir » plein-emploi….C’est tellement facile de dire « il faut créer de l’emploi »……Reste à le faire et surtout à nous démontrer par A+B que c’est REELLEMENT possible, ce dont je doute.

  3. griz said

    (ah tiens, une formation de tailleur de pierres, c’est pas banal, quand même. c’est presque tentant…)

    CQFD : le système reconduit ses élites et éconduit les autres. pas tous, heureusement, mais dans l’ensemble, c’est comme ça.
    les codes de la réussite se partagent mal voire pas du tout.

    dans ce système-là, tel qu’il est mal foutu, qu’est-ce qu’on peut faire de ce système-là, à part accabler les politiques, (qui ne sont pas forcément les responsables de tout), ni les patrons, (qui sont, aussi, faut voir dans le détail, ceux qui apportent encore du boulot ?)

    peut-être, et (merci de le faire), on peut prendre les problèmes, un problème l’un après l’autre : et voir, pour un problème, en parler, dans le détail, donner les détails de tout ça : comme tu le fais avec le décompte d’un budget…

    informer…

  4. murielle said

    Très bon article! Ras le bol aussi de ces politiques qui font opposer les travailleurs aux chomeurs en montant les uns contre les autres. Un travailleur est souvent un chomeur en sursis.
    Enfin les plus profiteurs sont souvent au sommet du système.

  5. Gambie said

    Arrêtons la méritocratie qui nous fait croire que ben forcément si on rate c’est de notre faute.

    • Tcherry said

      Complètement d’accord! La méritocratie fait partie des modèles de pensée qui justifient l’ordre actuel des choses! Et cet ordre est aberrant! Pourquoi celui qui a de l’or dans les mains mais qui ne s’adapte pas au système scolaire tel que nous le connaissons reste sur la touche? J’ai la chance de faire partie de « l’élite intellectuelle » mais mon père se donne à fond pour un salaire de m** ! ça doit changer!!!

    • murielle said

      Tout à fait. Travailler dur n’est pas synonyme de réussite. « Je mérite un gros salaire parce que je travaille dur » m’agace au plus haut point. Plein de gens bossent dur – ouvriers – infirmières . et autres professions devalorisés – et cela ne se reflète pas dans le salaire.
      Il y a tellement une part de chance dans la réussite! Je suis en total désaccord avec flywoo. Parler de mérite aux gens qui se cassent déjà le dos pour survivre est d’un violence inhumaine et d’un cynisme sans fond. Cela pousse juste au desespoir.

  6. flywoo said

    Personnellement, j’encouragerais á penser que la réussite est totalement mérite de chacun…
    Les nombreux exemples qui ont nourris le rêve américain sont une source d’optimisme et il en faut… pour un monde meilleur!
    Rien ne se donne sans effort, ni sans casse ce qu’il faut c’est jamais laissé tomber!

    • annelowenthal said

      Chacun doit fournir un effort, certes. Mais chacun n’est pas à même de le faire. Nous n’avons pas tous eu la même éducation, les mêmes regards, la même confiance.

    • Tcherry said

      Le rêve américain.. Il suffit de quelques calculs de probabilités pour se rendre compte que ce sont là de (très) rares exceptions tu sais.. Y a un problème, inutile de le nier ou de se rassurer en mentionnant de telles raritudes.. Même si le calcul de Anne est à reconsidérer (notamment, la déduction des frais de déplacement, mais là encore il faut faire partie de « l’élite » pour déchiffrer les textes, ou pouvoir se payer un comptable), y a un problème quand on sait ce que prend l’actionnaire qui n’a que quelques zéros de plus que nous sur un compte en banque, comparé à nous qui sommes la petite main pour lui faire gagner ses sous sans sueur.. Il faut bouger, et ça bouge, et je m’en réjouis! Et s’il faut quelque sang verser j’en serai!

      • annelowenthal said

        Oui, bon, la déduction, la déduction… déjà quand j’étais « fausse indépendante » dans la presse on me disait « fais des frais! »… en attendant, le fric, faut le débourser chaque mois. Et dans mes frais, j’ai oublié les impôts, étalés après des pugilats au bureau des contributions.

      • Tcherry said

        effectivement Anne, faut avancer l’argent la première année…

      • annelowenthal said

        Vivement la première année alors :-))

      • Tcherry said

        ouais.. quoi qu’il en soit, ces mies qu’on nous restitue sans intérêt (alors qu’on les a avancé comme tu le fais remarquer) ne sont que détails dans la problématique. Merci pour ce blog! 🙂

  7. katty said

    Ce n’est malheureusement que trop vrai ! Je fais actuellement 3h de route pour me rendre à une formation gratuite, qui me coûte au passage 200e par mois (sur 400e de chômage), car non accessible par les transports en communs mais déplacements payés comme si nous les utilisions pour nous y rendre ! Et comme de toutes façons les arrivées tardives sont sanctionnées, autant ne pas se fiers à ceux ci ! Enfin, et tout cela dans l’espoir de retrouver du travail rapidement pour soulager un peu mon mari qui travail plus que de raison et de de pouvoir enfin finir les fins de mois sans être constamment dans le rouge et de pouvoir peut être nous offrir de temps à autre, de courtes vacances avec nos enfants, un ciné ou l’entrée d’un parc d’attractions, je ne parle même pas d’un resto ! Certes il y a des exceptions, mais il y a aussi des tas de chômeurs qui galèrent chaque jour pour trouver du travail et qui voient les portes se fermer régulièrement à leur nez, mais ceux ci sont mis dans le même sac.

  8. Jean said

    Oui, difficile pour un chômeur chef de ménage de faire tourner celui-ci. Oui, il faut accompagner ceux qui sont « tombés du bateau de l’économie » plutôt que de les stigmatiser. Mais Non, on ne résoudra pas le chômage des jeunes en continuant le système clientéliste de l’assistanat actuel.

    A terme, le chômage doit redevenir ce qu’il était sensé être : un revenu temporaire pour ceux qui sont « entre deux » boulots. Partant de ce principe, le « chômage des jeunes » est une ineptie : Pourquoi devrait-on avoir droit au chômage en sortant de l’école ? Çà, c’est ce qui fabrique des chômeurs de carrière. Si on les conservait dans un système d’allocations familiales, jusqu’à 40 ans s’il le faut, on empêcherait de facto l’oisiveté de plus d’un. Et çà imposerait de trouver du travail avant de « voler de ses propres ailes ». Certainement plus rentable que d’infantiliser les chômeurs en les emm**dant avec des arrivées tardives et autres tracasseries administratives qui coûtent plus qu’elles ne sont utiles.Pour les cas spéciaux, les CPAS sont à mon sens plus indiqués. Bien sûr, çà signifie aussi un transfert de budget vers les communes, qui, en général, sont plus à même de gérer çà.

    Dans ces conditions, on pourrait libérer des budgets pour relever les allocations des « vrais chômeurs » et améliorer qualitativement les mesures d’accompagnement.

  9. Cash said

    je suis stupéfait devant tant de naiveté… c’est sidérant.

  10. […] Je ne vais pas ici redire qu’une allocation de chômage, c’est insuffisant pour vivre. Et que pour trouver un emploi, il ne suffit pas de le vouloir. Et que vouloir un emploi, ce n’est pas un truc inné.  Je l’ai déjà fait. […]

  11. […] – ne m’offre pas la possibilité de trouver un travail qui me permette de toucher suffisamment pour vivre […]

  12. Simon said

    68 vois merci, Anne…….

  13. de Lannoy said

    Euh, change d’opérateur internet et surtout de bagnol, parce que 500 euros d’ assurance +essence par mois, c’est une ferrari? Je ne suis pas chomeuse, mais des sommes pareilles, je ne sais pas donner.

    • annelowenthal said

      Une voiture neuve + une omnium, qui puisse supporter les navettes quotidiennes faute de transports en commun dignes de ce nom, c’est le prix 🙂 J’ai aussi roulé avec des bagnoles à 500 balles, mais ce sont des frais permanents et ça ne dure qu’un petit temps!

  14. Delaplace Angelo said

    Pensons aux travailleurs a faibles revenus. ls sont de plus en plus

  15. […] ça viendra chez nous, parce que chez nous aussi, on est en train de tirer sur les ambulances : les chômeurs, qui n’ont déjà pas assez pour vivre, vont voir leurs allocations […]

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