Chère Jacqueline

janvier 12, 2012

Chère Jacqueline.

Ca faisait longtemps, dis donc! Note, je ne vais pas m’en plaindre, tu sais combien je déteste tes affirmations à l’emporte-pièce, tes chiffres tronqués, ton talent de surfeuse sur les vagues les plus polluées de notre planète. A un moment, avec Denis Ducarme, vous avez dit de telles énormités que tout à coup, on ne vous a plus entendus et j’ai supposé (car je suis optimiste) que vous vous étiez fait taper sur les doigts même au sein de votre parti de plus en plus nauséabond. Mais bon, La Libre a eu besoin d’un avis bien tranché sur les déclarations de ta copine Maggie, alors voilà, elle est venue te trouver, et ça a donné ça: http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/712518/y-a-t-il-trop-de-demandeurs-d-asile-en-belgique.html .

Je t’ai déjà parlé des mesures que tu y évoques, alors je vais m’abstenir. Par contre, j’ai constaté qu’encore une fois, tu trouves dans l' »afflux » (note les guillemets) de demandeurs d’asile un tas de réponses chez nous. Appel d’air, image de club med… encore une fois des hypothèses, encore une fois un raisonnement qui, quand bien même il serait étayé de preuves, omet le principal: les raisons qui poussent un homme, une femme, une famille, à fuir un pays.

Alors moi, pour t’aider, j’ai pris un petit quart d’heure, juste là, maintenant, et j’ai été voir sur google quelle était la situation dans quelques pays. Bon, en un quart d’heure d’investigation, même si c’est énorme de nos jours, tu te doutes que je n’ai pas croisé beaucoup de sources. Mais un quart d’heure d’investigation, ça suffit amplement à se dire que peut-être bien que si les gens abandonnent tout pour notre pays, ce n’est probablement pas sans raison (et ici, tu notes que j’ai pris un tas de précautions oratoires). Et si j’osais, je pousserais même le raisonnement en te suggérant que peut-être bien que s’il y a des raisons de fuir un pays, on y est peut-être bien pour quelque chose (et on peut peut-être faire quelque chose).

En gros, voilà, tu n’as qu’à lire, vérifier, croiser. Réfléchir un peu, quoi.

Afghanistan (10,6% de « nos » demandeurs d’asile): Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis y déclenchent une guerre contre les talibans, soupçonnés d’avoir soutenu Ben Laden. En 2003, 37 pays de l’OTAN s’engagent dans cette lutte. Outre les combats armés, les attentats sont légion, y compris contre des ONG présentes sur place (sur les 6 premiers mois de 2006, la guérilla fait 3000 morts).  L’armée belge est présente dans ce pays (elle envisage son retrait en 2014). La Belgique estime elle-même qu’elle ne peut renvoyer en Afghanistan des Afghans venus se réfugier chez elle, étant donné la situation dans ce pays, où par ailleurs les talibans oppressent toujours les populations.

Guinée (8,8%): De façon générale, les partis politiques en Guinée sont constitués sur une base ethnique et l’opposition politique est en quelque sorte « muselée ». Les manifestations ou rassemblements de nature politique sont strictement interdits. Dans les zones touchées par la guerre, des jeunes, parfois de moins de 15 ans, sont enrôlés de force au sein des forces armées. L’armée guinéenne est multiethnique, mais la plupart des officiers sont de l’ethnie ou de la famille du président (famille au sens élargie). Les violences faites aux femmes sont culturellement tolérées et se font généralement dans la plus grande discrétion. Les mutilations génitales, notamment l’excision, sont très répandues, surtout dans les zones rurales. Dans les villes, on pratique toujours l’excision, mais elle se fait maintenant dans les hôpitaux. Le pays vit une situation de guerre à cause du contexte régional (c.-à-d. de sa proximité avec la Sierra Leone et le Libéria) et les répercussions de la guerre sur le pays sont lourdes. En effet, la guerre a entraîné l’arrivée de milliers de réfugiés sur le territoire national et la destruction des infrastructures économiques et sociales. Certaines villes des régions limitrophes sont complètement détruites. (Source: http://www.unhcr.org/refworld/country,,IRBC,,GIN,,3df4beee10,0.html).

Kosovo (8%): Le Kosovo a déclaré son indépendance le 17 février 2008, de manière unilatérale. L’indépendance n’a cependant pas permis d’apaiser les tensions intercommunautaires qui restent très vives dans le pays. Les minorités serbes et roms sont toujours victimes de discriminations et de violence de la part des nationalistes albanais, malgré la nouvelle Constitution qui garantit l’égalité de tous les citoyens. De même, des Albanais font également l’objet de menaces s’ils sont soupçonnés de proximité avec les Serbes. Enfin, le Kosovo reste un Etat où les discriminations à l’encontre des femmes, des enfants, des homosexuels, des personnes souffrant d’un handicap, sont fortes et peuvent nécessiter, dans certains cas, une protection internationale. (Source: http://www.forumrefugies.org/fr/Europe-et-International/Dossiers-pays/Kosovo). Le chômage et la corruption restent massifs, la classe politique est structurellement liée au crime organisé.

Serbie (7,5%): La Serbie accueille l’une des plus importantes populations déplacées en Europe, avec des personnes déplacées depuis le Kosovo (déplacés internes) ainsi que des individus qui sont encore enregistrés comme réfugiés, principalement originaires de Croatie. D’après les chiffres du Gouvernement, près de 210 000 déplacés internes originaires du Kosovo et 65 000 réfugiés enregistrés se trouvent en Serbie. (Source: http://www.unhcr.fr/pages/4aae621d787.html)

Problématique Rom: Venus de Slovaquie ou de Tchéquie et donc tous ressortissants européens, les Roms arrivés à Bruxelles étaient, à l’instar de ceux restés au pays, victimes de persécutions diverses. Un rapport du Conseil de l’Europe (2010) relate notamment: qu’en Tchéquie, les violences racistes à l’égard des Roms sont monnaie courante: attaques des logements aux cocktails molotov, placement fréquent des enfants dans l’enseignement spécial (la cour des Droits de l’homme a d’ailleurs condamné cette pratique)… / qu’en Slovaquie, des violences racistes sont également perpétrées. La police s’est elle-même rendue coupable de sévices sur des enfants de 11 à 16 ans: obligation de se déshabiller, de se gifler ou de s’embrasser mutuellement, le tout filmé par des policiers. Dans ce pays aussi, les enfants sont envoyés dans l’enseignement spécial.

Par ailleurs, le 7 septembre dernier, on pouvait lire dans Le Soir: De tous les peuples de l’Europe, les Roms sont les plus pauvres, les plus malades (10 ans d’espérance de vie en moins que la moyenne), les moins éduqués (42 % terminent leur cursus scolaire en primaire). Ils sont les plus haïs, les plus repoussés, les victimes récurrentes d’un épouvantable racisme qui continue à les pousser sur les routes, chassés de leurs pays d’origine, la Roumanie, la Slovaquie ou la Tchéquie, gangrenés par les exactions tolérées de groupements d’extrême droite. L’Europe a demandé à ses Etats membres de déposer avant le 11 décembre prochain des « plans d’intégration des Roms ». La présidence belge de l’Union européenne s’était engagée à prendre ce drame humain, qui transcende les frontières, à bras-le-corps.

Chiffres: http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1246476/2011/04/05/Les-demandeurs-d-asile-de-plus-en-plus-nombreux.dhtml

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3 Réponses to “Chère Jacqueline”

  1. Philippe Walraff said

    Pour info, chère Jacqueline, les Roms représentent par ailleurs 9 % de la population hongroise. S’il ne sont pas considérés officiellement comme une ethnie de seconde zone, il y subissent encore de nombreuses discriminations. Ainsi, « depuis le 1er septembre, le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán oblige un millier de bénéficiaires d’allocations chômage, en majorité des Roms, à travailler sur des chantiers publics. A terme, ce dispositif est censé toucher 300 000 personnes. Sandor Szöke, à la tête du « Mouvement des droits civiques hongrois », s’est rendu sur le site de Gyönggyöspata: il décrit des conditions de travail indignes, l’absurdité de ces chantiers et l’absence de réaction de la population. » Si le coeur t’en dit (mais en as-tu un ?), fais-moi ce plaisir : envoie vite ces infos à une certaine Maggie De Block. Tu veux bien, dis ?

  2. Ou alors, tu peux aussi jeter aux données de la banque mondiale (qui n’est pas l’organisme le plus « gauchisant » du monde) et voir qu’on vit 25 ans de moins en Afghanistan qu’en Belgique, et que c’est plutôt une bonne raison pour avoir envie d’y venir – http://www.google.com/publicdata/explore?ds=d5bncppjof8f9_#!ctype=l&strail=false&bcs=d&nselm=h&met_y=sp_dyn_le00_in&scale_y=lin&ind_y=false&rdim=country&idim=country:AFG:BEL:GIN:SRB&ifdim=country&tdim=true&hl=fr&dl=fr&ind=false

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