Où il est question de vie humaines (mais c’est pas flagrant)

février 3, 2012

Aujourd’hui, comme ça arrive chaque hiver en Belgique et comme l’avait hier annoncé la météo, il a neigé.

Aujourd’hui, à la RTBF, la radio nous a parlé de la neige à peu près 40 minutes par heure (je n’ai pas compté) depuis qu’il avait commencé à neiger. Une équipe de la RTBF a démarré en voiture pour nous dire, en direct, que le trafic était difficile parce qu’il neigeait. La RTBF a annoncé, sur toutes ses antennes, une émission spéciale d’une heure à la télé sur la neige qui tombait aujourd’hui.

L’émission « La semaine de l’info », qui réunit le vendredi des journalistes francophones et néerlandophones autour des événements qui ont marqué l’actualité de la semaine a annoncé dès l’abord (je n’ai plus les mots exacts en tête): « Les événements qui ont marqué cette semaine sont la neige et la grève de lundi ». Ensuite et directement (ouf), les invités ont parlé de Maggie De Block et de sa gestion du dossier « demandeurs d’asile » et plus généralement « sdf ».

On a encore une fois eu droit à des discussions autour des raisons qui ont poussé des gens chez nous. On a parlé des « vrais » demandeurs d’asile, des sdf, des demandes justifiées ou non… comme si c’était la question. Comme s’il était normal d’entendre des gens parler de « nos » sdf, comme si on acceptait le raisonnement selon lequel parce qu’il ne serait pas venu chez nous pour de « bonnes » (notez les guillemets) raisons, un sdf méritait son sort.

Voilà. C’est tout.

Pourtant, cette semaine, Maggie De Block nous a fait une brillante démonstration: dans l’urgence, et sans émission spéciale à la télévision, on loge des centaines de personnes.

Alors que toute l’année, le pouvoir étouffe les mouvements citoyens qui réclament des toits pour des sans-abris (parce que la rue, c’est dur été comme hiver et le froid, c’est froid en été aussi) sous des « C’est compliqué », « C’est pas notre compétence », « Les Flamands ne veulent pas », « Y a pas de répartition sur les communes », en quelques heures, cette semaine, poussée sans doute par son parti qui a tout à coup décidé qu’il fallait abriter les sdf (c’est son portefeuille, faut dire) et motivée, j’espère, par ceux qui sont montés au créneau (Zoé Genot en tête), Maggie de Block a réquisitionné, ouvert des casernes, appelé ici et là, demandé qu’on ouvre les gares et logé des centaines de SDF.

Il est donc possible de loger des SDF quand on veut loger des SDF. 

Ca, aucun média ne l’a souligné.

Cette semaine, on a pu constater qu’il n’est toujours pas possible de réquisitionner des bâtiments publics inoccupés, dont certains sont chauffés et éclairés pour rien depuis des années, aux frais du contribuable.

Aujourd’hui, j’ai croisé dans une entrée de gare glaciale des sdf planqués sous des couvertures, où ils avaient passé la nuit. D’autres assis là, avec leur bouteille de vodka, parce qu’on n’accepte pas l’alcool dans les abris. D’autres plus loin avec des chiens, parce que dans les abris, on accepte pas les chiens. Ils m’ont raconté que des gens avaient peur d’aller dans des abris. Que d’autres n’en supportaient ni le bruit, ni l’insécurité (je n’ai pas été vérifier, je répète leurs mots).

Aujourd’hui, la Fondation des Petits Samouraïs s’est vue confier par un hôpital bruxellois une mère et son enfant né il y a quelques jours et les a logés avec d’autres dans la même situation dans un hôtel bruxellois qui est désormais saturé et dont on ignore qui le paiera. C’était ça ou placer l’enfant dans une pouponnière et remettre la maman d’où elle venait, à la rue.

De ça, aucun média ne parle. Aucun média ne nous a fourni des numéros de téléphone d’urgence pour secourir des sdf (https://annelowenthal.wordpress.com/2012/02/01/liste-des-appels-pour-urgences-sociales-sdf-regulierement-mise-a-jour/). Aucune centrale nationale n’existe dans ce but. Aucun des politiques contactés n’a daigné nous expliquer pourquoi on ne réquisitionnait pas des bâtiments inoccupés.

Cette semaine, des citoyens se mobilisent. Récoltent des dons. Diffusent des infos utiles. Accueillent chez eux des sans-abri.

Ces mêmes citoyens qui ont roulé sous la neige ce soir en apprenant à la radio qu’il neigeait sur les routes et que c’était compliqué de rouler sur la neige (c’est compliqué d’y dormir aussi, mais la radio ne l’a pas dit).

Ces mêmes citoyens qui faisaient grève lundi. Pour rien, ont clamé pouvoir politique et médias (https://annelowenthal.wordpress.com/2012/01/31/b-delvaux-f-van-de-woestyne-les-autres-oh-que-oui-au-travail/).

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Une Réponse to “Où il est question de vie humaines (mais c’est pas flagrant)”

  1. Jean-Pascal said

    Je n’en ai pas décoléré de la soirée, c’était de la radio libre de mauvaise qualité, de celles qui n’ont aucun moyens, aucune idée de ce qu’est l’info, le journalisme.
    J’ai aussi relevé comment on voudrait faire passer la médiamétrie pour un baromètre de popularité, Elio en tête, Elio partout, comme si l’audience avait choisi ce dont on lui parle.
    En économie, on t’explique que la Baltic Dry Index (basé sur le prix de la tonne de denrée sèche transportée par bateau) en pleine chute depuis 2008 ne peut plus servir de référence à expliquer l’évolution économique parce que l’offre de transport est trop importante par rapport à la demande, et qu’i lest donc faussé… tiens tiens, les armateurs n’ont pas vu venir la crise et ont justement surévalué leurs investissements, une première qui tombe juste avec la crise? Mais qui va croire ça?
    De telles pratiques sentent très mauvais, ça sent la panique en coulisse, il faut garder le troupeau compact…

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