Tout est donc permis

février 28, 2012

Ainsi donc, l’autre soir, une entreprise Allemande a dépêché dans sa succursale belge une milice privée, encagoulée et armée afin d’en mettre le personnel dehors et d’emporter du matériel.

Bien entendu, le personnel, dont certains membres ont été molestés, a réagi et finalement, la milice s’est retrouvée dans le bâtiment et le personnel dehors avec une police pour le moins désemparée.

L’affaire s’est terminée par un « raccompagnement » des miliciens. En gros, ils ont été priés de quitter les lieux, et voilà.

Le soir-même et le lendemain, sur Facebook et Twitter, des internautes se sont empressés de minimiser (voire justifier) la chose à coups d’argument spécieux du style « Mais eux, ils avaient séquestré la direction ». « Les syndicats, ce sont des milices aussi ». « Les syndicats, ils séquestrent pour rien ».

Comme si vous savez, on avait tout à coup le droit de commettre un truc illégal parce que d’autres commettent d’autres trucs illégaux. Comme si on pouvait approuver les uns au prétexte que les autres avaient fait des choses condamnables par ailleurs.

Comme si c’était ça, maintenant, la morale économique. Un genre de guerre. Une surenchère des actions d’éclat. Un crescendo que l’on doit accepter.

Outre que je me demande si considérer que « C’est lui qui a commencé » est une méthode d’éducation qui aurait fait ses preuves ou une argumentation valable, et en admettant même qu’elle le soit, je tiens tout de même à rappeler que c’est eux qui ont commencé.

Ces patrons qui refusent le dialogue social. Et qui se retrouvent enfermés par un personnel excédé ou lui envoient des milices privées.

Milices qui ne sont même pas inquiétées, juste raccompagnées. Parce que, ai-je entendu dans le poste ce matin, « La situation était inédite, la police ne savait pas comment réagir ».

Alors bon, moi qui suis vraiment plus choquée par un patron qui envoie une milice armée et violente pour arranger ses bidons que par ses employés qui le séquestrent pendant 3 heures dans le vain espoir d’un dialogue social, je n’ai même plus envie d’expliquer pourquoi.

Je vais aller m’acheter une cagoule et une batte de base-ball pour offrir de l’inédit à mes autorités. Au moins, ça me coûtera moins qu’une nuit au cachot et 250 balles d’amende*.

*http://261111raveparty.wordpress.com/temoignages/

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9 Réponses to “Tout est donc permis”

  1. François-Marie said

    Mais ce qu’il faut condamner, c’est tout ce qui « n’est pas bien » : les patrons qui refusent le dialogue social, les syndicats qui séquestrent les patrons, les milices privées envoyées par les patrons, la police qui se conduit n’importe comment face à des gens qui se préparent à faire un peu de bruit… Le problème, c’est que tout le monde veut imposer sa vue en perdant le sens du dialogue et du compromis.

    • annelowenthal said

      Bien d’accord. A ceci près, comme je l’ai écrit dans un blog précédent, que pour un dialogue, il faut être deux 🙂

  2. Antoine B. said

    A la différence près que les actions des patrons enclenchent des violences sociales (perte d’emploi, etc.) dont ils n’ont aucune répercussion, d’où un certain historique de séquestrations syndicales et d’autres échauffourées du même genre. C’est l’un des moyens – légitime ou non – de rendre les patrons partie prenante de cette violence dont ils semblent souvent se laver les mains.

  3. gregoire mireille said

    Répondre à la violence par de la violence , n’a jamais conclu à un pacte de paix. Les gens d’aujourd’hui ont peur de dialoguer ou alors c’est la colère qui gronde , ils parlent tous en même temps et plus personne ne comprends quoi que ce soit. La sérénité entre deux idées n’est plus de mise , chacun croit qu’il a raison et en ne baissant pas pavillon, s’enlise dans une théorie des plus scabreuses. Les valeurs des uns peuvent valoir celles des autres mais pour cela , il faut que chacun soit d’accord d’écouter l’autre et d’accepter d’autres idées. Cela est déjà difficile entre deux personnes , donc forcément entre plusieurs intervenants, c’est presque impossible. On voit le résultat. Où va-t-on?????????

  4. AndreL said

    La première des violences, c’est de considérer le personnel comme un kleenex. On l’utilise, puis poubelle. Je suis pour la révolte des kleenex.

  5. JPG said

    Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. – Une entreprise engage une milice privée, qui vu l’ accoutrement de ses membres ne fait aucun doute sur leur origine idéologique. Ça en dit long sur l’état d’esprit et les fréquentations douteuses de ses dirigeants. N’en déplaise à ceux qui minimisent la chose et aussi à ceux qui l’approuvent, c’est exactement le même scénario que dans l’Allemagne des années 30 avec la montée du nazisme. Faites attention madame Merkel, si une milice allemande du même acabit intervenait en Israël, le monde entier serait scandalisé. Et la prochaine fois, c’est l’armée belge qu’il faudrait envoyer pour mater les nervis fascistes.

  6. Un Homme said

    Tiens, concernant la « séquestration », j’aimerais beaucoup qu’on utilise aussi ce terme quand on « demande » aux employés de faire des heures sup’ non rémunérées…

    Je me dis que ça relativiserait rapidement le qui « séquestre » qui en général. 😉

  7. Chocard said

    Devenez indépendants, ça fera les pieds à vos patrons.

  8. […] inquiétant pour quelqu’un qui, comme moi, se souvient de la manière dont vous avez géré l’affaire de Meister, celle, dont vous avez héritée, de la rave party, ou encore les événements de ce dimanche à […]

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