Je hais les fancy-fairs

mai 8, 2012

Petite, on m’y déposait avec un peu d’argent de poche et on venait m’y reprendre à l’heure du spectacle. « On » avait bien compris que c’était insupportable mais « on » avait tout de même le bon sens de venir me voir sur scène.

Après, « on » rentrait en râlant sur ces parents qui vous engueulent parce que vous soupirez alors que le petit est sur scène et bavardent pendant tout le reste du spectacle, sur ces gens qui se lèvent la larme à l’oeil et l’objectif fixé sur leur progéniture, sans aucun souci de ceux qui sont derrière et ne voient rien.

J’avais pêché au canard, gagné des cadeaux-surprises, regardé en bavant mes amis qui avaient plus de sous que moi aller de stand en stand, j’avais été une star intersidérale sur la scène et je m’étais fait engueuler parce que je voulais rester « encore un peu, alleeeeez ».

Et je me jurais que moi, quand je serais grande, je serais une bonne mère, j’irais même aider, je tiendrais un stand et je verserais une larme pour mes 7 enfants heureux, épanouis et talentueux.

Je n’en ai qu’un. Et finalement, c’est pas plus mal.

Je hais les fancy-fairs. Je hais le chapiteau trop petit, le bar impossible à atteindre, la bière tiède, les gavages d’enfants, cette obligation de sourire tout le temps à des gens dont on a rien à foutre, comme si on était copains, cette impossibilité de se lever si on ne veut pas perdre sa place.

Je l’ai fait, hein. Et je me suis même dit qu’après tout, certains parents sont rudement sympas et que dans la même galère, on doit se serrer les coudes, au propre comme au figuré.

J’ai même versé une larme une fois.

Quand un papa a tapé sur la gueule de l’autre en plein spectacle des petits, parce que l’autre lui bouchait la vue.

J’en ai ramené plein de souvenirs. De belles photos de bras, de dos, de têtes. Des essuies de cuisine-calendriers de 1984 qui terminent invariablement dans les malles scoutes… ou dans la tombola de l’an prochain, un beau set de rasage et un bon pour une glace gratuite chez plopsaland. J’ai perdu le plateau sur lequel j’avais posé la tarte achet… confectionnée avec amour pour que je puisse en offrir une part à mon fils au prix modique de 2 euros.

Et si j’ai encore un jour des enfants, je crois bien que je militerai pour qu’on crée un fonds « Fancy-fair » pour les parents qui ne veulent plus infliger aux instites dévouées de leur progéniture un jour dans l’enfer des enfants qui braillent, des enfants qui courent partout sauf quand ils doivent le faire sur scène, des mamans qui veulent changer elles-mêmes leurs enfants, voire les accompagner sur scène, de la foire d’empoigne à la descente de scène pour vite vite récupérer son petit, des odeurs de friture du stand qu’il faut tenir et de la directrice surexcitée.

15 Réponses to “Je hais les fancy-fairs”

  1. Son said

    Encore une fois, vous nous livrez de pleines brouettes de critiques faciles et cyniques, mais concrètement, vous proposez quoi? (Désole, c’était trop tentant)

  2. Dans certains établissements, les spectacles des enfants sont répartis par classe, ce qui permet à tous les parents de voir leurs enfants sans se marcher dessus ou presque. Le spectacle est même proposé deux fois : la première pour que tout le monde voie, la deuxième pour permettre à ceux qui le veulent de faire des photos ou de filmer la performance. Après, on a pu boire des coups, en discutant, assis (certes en déplaçant quelques chaises), et même manger du gâteau. Mais c’est vrai qu’il faut faire l’effort de sourire à des gens qu’on ne connaît pas. Mais c’est pas plus difficile que de sourire tout court…

  3. Chez nous (mes enfants sont maintenant trop grands pour les fancy-fairs (enfin, fête du printemps), Dieu merci), L’école a fini par faire 6 ou 7 spectacles sur la journée (il y avait vraiment trop de gosses : 24 classes de primaires et 10 classes de maternelles). Mais la routine est toujours la même : pas assez de places assises dans la salles des fêtes, tout est bourré (y compris certains parents)… au début. Au fur et à mesure des classes qui passent, les parents concernés quittent la salle, sans égard pour ceux qui veulent rester. Avantage : ceux qui sont debout peuvent (enfin) s’asseoir.
    Pour le reste, même chose, entre bar inaccessible ou presque, stands à tous les coins et… l’Association des parents, qui avait son célèbre stand crèpes. Je virevoltais entre 3 poêles à crêpes, j’adorais ça, par contre. Le truc, donc : faire partie de l’AP, et donc laisser le conjoint se dépatouiller avec les moutards : on est fort occupés (sauf pendant le spectacle des moutards en question, lol)😉

  4. J’ai trouvé l’origine des fancy fair…

    « Les Flamandes dansent sans frémir
    Les Flamandes ça n’est pas frémissant
    Si elles dansent c’est parce qu’elles ont trente ans
    Et qu’à trente ans il est bon de montrer
    Que tout va bien que poussent les enfants
    Et le houblon et le blé dans le pré
    Elles font la fierté de leurs parents
    Et du bedeau et de Son Eminence
    L’Archiprêtre qui prêche au couvent
    Et c’est pour ça et c’est pour ça qu’elles dansent »

  5. Bernie said

    Et si aimer c’est tout cela, aussi con que cela (l’amour est très souvent con…il suffit de regarder des amoureux, un souvenir ou une actualité, chacun le sait), si la vie c’est aussi l’émotion et râler- sur -celui-qui- nous- empêche- de- voir-notre-petiot.

    Et la petite main qui sert très fort notre main, parce c’est sa façon de dire « Merci, je t’aime et je sais que tu m’aimes », même si, sur la mine renfrognée, quelques larmes amères ont seché.

    De la tendresse, bordel !…

    A moins, nous devrons pas lire les commentaires de quelques frontistes qui phagoyitaient ton blog…Peut-être n’ont-ils pas subi le trauma des « fancy fair ».

  6. rosaannoma said

    Avec 3 enfants, qui grandissent, on n’en a plus que pour 6 ans de fancyfair. yééé.

  7. J’ai adoré, Anne (ton texte, pas les fancy-fairs)…

  8. J’aime bien ton texte, Anne. Mais je suis subjective puisque je hais les fancy-fairs presqu’autant que les foires et les parcs d’attraction et les donneurs de leçon !

  9. adam said

    Merci pour ce texte… que je ferai lire à mon fils de 10 ans, pour lui expliquer que… enfin j’arrive à mettre des mots sur ce que je pensais et ressentais à propos de ces  » fêtes »

  10. Ariane said

    J’aime bien le texte; il m’a fait sourire… Mais j’aime aussi les fancy fair, et je trouve sympa d’aller donner un coup de main ; ça permet de voir les profs et l’équipe éducative sous un autre jour… Ok, c’est une petite école de village, mais si on sait qu’on y verra toujours les mêmes, on sait aussi que l’ambiance y sera relax. Surement bcp plus que ds les grands établissement bien côtés des villes…

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