La jolie petite robe, ce qu’il y a dedans et le regard des autres

juillet 28, 2012

(Je prends dès l’abord une précaution oratoire: je ne suis pas en train de défendre des abrutis qui molestent ou agressent des femmes qui leur plaisent, que ce soit dans un parlement ou en rue, alors merci de m’épargner une énième accusation du genre.)

Le débat entamé hier (voir infra) est passionnant. Même si à mes yeux mal amené et même si honteusement récupéré par des médias et des politiques qui savent très bien que, tel qu’amené, il excite l’électeur, certains semblent enfin découvrir tout à coup certaines causes féministes.

Et il a au moins le mérite de faire parler du sujet « sexisme » en général. Car la problématique est évidemment générale, même si elle s’exprime différemment selon les milieux, de manière bien plus insidieuse dans ce que j’appellerai les milieux « éduqués » (avec des guillemets tout de même).

Lors de nombreuses discussions et dans l’article précédent, j’ai plusieurs fois exprimé que les hommes et les femmes sont aussi des êtres sexués, avec des désirs, des envies, des besoins. Qu’un regard concupiscent est quelque chose de normal à mes yeux. Que trouver quelqu’un sexy quand il l’est (et je peux vous assurer, je suis bien placée pour le savoir, que la notion est éminemment élastique, ce qui est heureux) est normal. Que quelqu’un qui éprouve une attirance l’exprime, même inconsciemment, c’est normal. Que rejeter ça, outre que c’est impossible, est triste à mes yeux (et je me demande même comment des relations amoureuses pourraient se nouer sans).

(Ici, je répète ma précaution oratoire: je ne suis pas en train de défendre des abrutis qui molestent ou agressent des femmes qui leur plaisent, que ce soit dans un parlement ou en rue, alors merci de m’épargner une énième accusation du genre.)

Hier, je prenais l’exemple d’une femme qui porte une jolie robe, se sent jolie dedans et se promène en rue. Je disais qu’il était normal qu’on la trouve jolie. Certains m’ont alors opposé l’argument selon lequel quand on se fait beau/belle, c’est pour soi, pas pour le regard des autres.

Et ça, je n’arrive pas à le croire. Que ça soit pour le regard de certains autres et pas tous les autres, oui. Mais « se faire beau pour soi », c’est une notion que je n’arrive pas à intégrer.

Parce que c’est le regard des autres, y compris sur notre physique, qui nous construit, non? On a tous, je pense, fait l’expérience de moments où on se sentait beaux et de moments où on ne se sentait pas beaux, en portant pourtant les mêmes choses. On sait tous, je pense, que quand on se sent beau, on l’est. Ca se voit dans le regard des autres. On sait tous que si on se sent beau, c’est parce qu’on est en mesure de le faire. Que si on est en mesure de se sentir beau, c’est parce qu’on a porté sur nous de bons regards. Et ça commence tout petit.

Quand je me promène en rue dans une jolie robe et que je me sens jolie dans ma jolie robe, ça me met de bonne humeur. Mais si je croise quelqu’un qui me dit qu’elle me boudine, à moins d’avoir une assurance à toute épreuve (et ça aussi, c’est un acquis), je doute que je continuerai ma route aussi sûre de moi que je l’ai entamée.

Je ne connais personne qui, sur FB, laisse traîner des photos de lui sur lesquelles il ne se plaît pas. Je ne connais personne qui aille dans une fête sans avoir pris soin de choisir ce qu’il y portera. Je connais des gens qui s’enlaidissent volontairement, des gens qui choisiront délibérément des tenues inappropriées à la circonstance, je connais des gens qui prendront soin de s’en foutre. J’en connais qui râlent à l’idée de devoir « se déguiser ».  Mais ça aussi, c’est une posture face au regard des autres.

Je ne connais personne qui sache vivre sans le regard complaisant des autres. Vivre sans le regard des autres, ça s’appelle la solitude. Et c’est ce que ressentent, par exemple, des gamins trop gros dans une cour d’école. Ou des ados « mal » habillés aux yeux de leurs camarades.

Alors oui, on peut regretter que ce regard soit superficiel. On peut rêver d’un monde où seule la beauté intérieure compte. Mais ça n’existe pas. Ca n’a, je crois, jamais existé. On peut aussi sourire en constatant que ces messieurs tombent dans tous les pièges marketing dans lesquels dans le passé (et parfois encore aujourd’hui), ils nous avaient jetées. On peut se réjouir de ce que, même si c’est plus rare, certains trouvent plus jolis des gens « hors standards »

Oui, il faut lutter contre le sexisme. Il faut lutter contre le rejet des gens qui s’écartent des standards. Il faut insister sur le côté superficiel de la chose (bien que certains s’habillent comme on lance un message). Mais dire qu’on peut faire fi du regard des autres et partant, du désir ou non qu’on leur inspire, on ne peut pas. Et, ça n’engage que moi, ça serait fort triste.

 

Publicités

9 Réponses to “La jolie petite robe, ce qu’il y a dedans et le regard des autres”

  1. Bien entendu que le regard des autres compte. Bien entendu que les hommes et les femmes s’habillent pour plaire à l’autre sexe et que les marques de désir venant d’hommes ou de femmes, selon les préférences, font plaisir et du bien.

    Le tout est, comme je le dis depuis le début, dans la manière de formuler ce désir. C’est la différence entre « T’es bonne, ma cochonne, j’ai envie de te la mettre » et « Votre sourire éclaire plus ma journée que le soleil au zénith ». 🙂

  2. Gagcha said

    pas seulement la manière… à mon sens, on peut tout dire (sisi ! à chacun son registre ! Après, y a des trucs et des tournures qui fonctionnent mieux que d’autres mais ça…) mais on n’a pas le droit d’insister si on a reçu un « non merci » en retour, verbal ou non.

  3. Charles Jeanjean Duysens said

    Très bon article, mais je sens comme un besoin de se justifier. Vous aurait-on tant blâmer pour votre critique précédente sur ce reportage dégueulasse ? C’est évident que l’apparence est une arme sociale. J’en use et abuse (c’est cool d’avoir une barbe fournie, on peut faire ce qu’on veut, c’est cool d’être babacool post moderniste [lisez bobo alternatif], on se fringue selon son envie, plouc, playboy, rigolo,…). PS : Entre « t’es bonne… » et « votre sourire illumine… » il n’y a qu’un pas que l’honnêteté a vite franchi.

  4. demol said

    Houraaa! Bravo à Anne et ses jolies petites robes!

  5. de bonnes discussions constructives et objectives, ça fait du bien.

  6. Bonjour,

    Je suis assez d’accord avec vous sur l’idée qu’on se construit dans le regard des autres, y compris sur notre physique (et là on rejoint les normes sexistes de la société : médias, famille, école, …). Mais si on a besoin de ce regard, ce n’est pas tout le temps d’un regard sexué et séducteur. Il est aussi important dans des circonstances où on ne veut pas séduire (au sens « drague ») mais où on a besoin d’avoir confiance en soi (au boulot, face à des personnes qu’on estime ou qu’on sait très critiques, …).

    Là où le regard de l’autre devient gênant et sexiste, c’est quand il y a manifestation d’un désir dans des circonstances inappropriées sous prétexte qu’il est normal pour un homme de désirer « publiquement » (ou de s’offusquer publiquement parce que la femme n’est pas à son goût), et normal pour une femme de recevoir ces manifestations et de les gérer ensuite.

    Autant il est sain que les gens éprouvent du désir pour d’autres, autant ça met très mal à l’aise lorsqu’il l’expriment sans se préoccuper de la personne en face, et dans ce cas, ça devient un rapport de pouvoir (pas seulement dans la rue, pas seulement de manière directe, loin s’en faut).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :