Un hommage?

juillet 31, 2012

On pouvait s’y attendre, la décision de libération de Michelle Martin a fait grand bruit aujourd’hui. Et tandis que bon nombre s’en offusquent, c’est leur droit, les partis politiques y ont chacun été de leur communiqué.

Les uns réclamant une révision des règles de la libération conditionnelle anticipée, ou de son moment, les autres refusant que Michelle Martin soit libérée au nom de conditions non-remplies (ce qui à mon sens est erroné)… chacun se drapant bien entendu, puisque comme il se doit, dans le voile de plus en plus ténu, voire déjà troué, de la séparation des pouvoirs.

S’il y a quelque chose d’inquiétant dans cette nouvelle affaire « à la belge », ce n’est pas Michelle Martin. Même si on a le droit de déplorer sa libération, je ne pense pas qu’elle constitue un danger pour notre société. Non, ce qui est inquiétant, c’est qu’on empêche la justice d’oeuvrer dans la sérénité. C’est que les médias s’emparent d’une affaire en sachant très bien qu’elle fera grand bruit, qu’elle soulèvera des gens qui, sans rien savoir de ce qu’est une personne devenue, réclameront son maintien en détention. C’est que des politiques se fendent systématiquement de considérations sur la décision prise. Qu’ils annoncent des révisions de la loi (leur loi) parce qu’une application rigoureuse de celle-ci ne leur convient pas (ou ne convient pas à leur électorat).

On m’objectera qu’ayant réagi après, les politiques ont laissé la justice oeuvrer. Mais que pensera le prochain qui aura à prendre une décision délicate, sachant que le politique l’attend au tournant pour crier avec le peuple surexcité et annoncer des révisions d’une loi qu’il aura appliquée rigoureusement en dépit de la pression populaire?

Quant à cette loi elle-même, qui veut qu’en Belgique, on considère que chacun a le droit de changer, de s’amender et de se réinsérer, va-t-on la durcir parce que pour une personne, l’appliquer a provoqué de nombreuses indignations? Va-t-on sacrifier les vies d’un tas de gens qui se sont amendés au nom de fillettes que malheureusement rien ne fera revenir?

Va-t-on, dans l’état actuel de nos prisons, faire un énorme pas en arrière? Au nom de quoi? De la sécurité? De la vengeance? De quoi?

Tout cela est triste. D’autant plus triste que chaque jour, chez nous, des gens luttent avec trop peu de moyens pour sauver des enfants. Que ce soit dans les services d’aide à la jeunesse, dans nos tribunaux, dans nos services de prévention ou dans nos rues. Tous les jours, des enfants sont exposés aux pires dangers. Chaque jour des gens crient au secours. Dans le vide, ou presque. Chaque jour, des gens frappent vainement aux portes de nos politiciens. Des enfants naissent à la rue. Des enfants mendient aux carrefours. Des enfants sont violés dans des squats. Des enfants sont malades. Déscolarisés. Frigorifiés. Affamés. Dans l’indifférence quasi générale.

On aura beau hurler, Julie, Melissa, Ann et Eefje ne reviendront jamais. On n’a pas pu les sauver. Se saisir de l’indignation ambiante pour secourir ceux qui peuvent encore l’être serait un bel hommage à leur mémoire.

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19 Réponses to “Un hommage?”

  1. Ceci est un peu vicié : hors le cas particulier de Michèle Martin, il est malsain de contredire une décision de justice par une autre décision de justice. Or la libération conditionnelle anticipée est aller à l’encontre d’une décision précédente, supposée juste et équilibrée, prise en leur âme et conscience par les jurés, SANS que la ou les causes de celle-ci aient changé.
    Ce système est fondamentalement mauvais.
    Il serait bien plus sain de prévoir une peine moindre et de la faire respecter la décision des juges ou des jurés.
    Je ne pense pas que la loi doit être modifiée à cause de Michèle Martin, mais je pense qu’elle doit être modifiée parce qu’elle n’est pas sainement conçue.

    • annelowenthal said

      J’aime la philosophie de ce système, justement. Tu iras en prison X années. Mais tu peux y faire du chemin. Et si c’est le cas, tu sortiras plus tôt.

      • Raph said

        Pour répondre à Dominique, je pense qu’il est plus « éducatif » de donner aux détenus un but à atteindre… De savoir que leurs efforts, leurs prises de conscience voire même leurs regrets et l’envie de se racheter aux yeux de la société pourraient permettre une réinsertion plus rapide est une bonne chose. La motivation n’en sera que meilleure.

        De plus, si comme le système le prévoit, la prison sert à isoler mais aussi à « éduquer », réinsérer, aider la prise conscience (on est d’accord, j’embellis un peu)…etc, les laisser moisir dans cet établissement ne reflète plus ces principes. La prison devient alors une cage sans intérêt.

        Si la Loi prévoit la compressibilité des peines, il serait sans doute plus facile que les jurés en tiennent compte dans la sentence plutôt que de changer ce principe qui, comme cela a déjà été souligné, sanctionnerait beaucoup d’autres. Dans le cas de Michelle Martin, le jury a pris sans décision conscient de l’existence d’une remise en liberté anticipée.

  2. MARISSIAUX said

    J’aime beaucoup ce que vous avez écrit.
    Je suis touchée d’autant que je travaille dans un service de prévention (centre PMS) et je trouve effectivement que nous manquons de moyens pour aider dignement les enfants, les écouter, les accompagner quelque soit leur âge. Mais ça je ne suis pas certaine que les politiques l’ont bien entendu.
    Par ailleurs, je reste dubitative au sujet des peines d’emprisonnement. Même si je sais qu’elle sert (uniquement) à protéger la société. Je ne suis pas convaincue que ça fasse baisser le taux de criminalité et de récidive surtout. Je suis assez convaincue que certaines personnes telles que les psychopathes sont incapables d’évoluer, de changer, de réinsérer. Mais les autres, j’estime qu’ils ont le droit à autre chose,s’ils ont cheminé.

  3. Simon said

    Vous n’avez pas l’air enphase avec le parti dont vous défendrez les couleurs aux communales 2012 à La Louvière. ‎ »Pour le porte-parole du PTB, les regrets de Michèle Martin ne pourront jamais être sincères tant qu’elle n’apporte pas une version un tant soit peu vraisemblable sur l’affaire Dutroux. »

    • annelowenthal said

      Je ne suis pas en phase avec ça, non. En effet 😉 mais bon, je savais que je ne serais pas en phase avec tout, hein.

  4. Simon said

    Vous parlez de cohérence…

    • annelowenthal said

      C’est très cohérent. Je suis libre, je l’ai toujours été. Si j’adhérais à toutes les idées du PTB, je serais membre du PTB. Ce n’est pas le cas. Je les soutiens aux communales parce que je pense qu’ils y font du bon boulot. Je les soutiens pour les raisons expliquées plus loin dans ce blog. Et je ne soutiendrai jamais un parti dont les membres sont obligés d’acquiescer à tout ce qui s’y dit ou de se taire.

      • Sardaukar said

        Je suis soulagé en cette fin de journée de lire un propos tel que le vôtre. Comme tout un chacun, je garde un esprit vengeur qui souhaite qu’une personne comme Michèle Martin soit punie à vie mais je crois justement que c’est déjà le cas en ce qui la concerne. La prison quelques années supplémentaires n’y fera rien de plus. Rien ne la sauvera plus et je doute également de sa dangerosité actuelle. Si ce n’est pour elle-même et je ne m’en formaliserai pas.
        Comme intervenant dans le domaine de la santé mentale, je ne peux que rejoindre votre commentaire et celui d’un rédacteur précédent concernant notre impuissance et l’insuffisance des ressources/infrastructures à disponibilité pour les enfants mais aussi pour les personnes en détresse psychiques.

  5. Simon said

    Bref, quand on vote pour vous, on vote pour un parti avec lequel vous n’êtes pas d’accord à 100%. Ce qui ne change rien puisque vous ne déterminez pas la ligne de ce parti. J’habite La Louvière et au vu de vos explications, je ne voterai pas pour vous.

    • annelowenthal said

      D’accord 😉
      Je suis contente de voir qu’il existe des gens qui sont d’accord en tous points avec les gens qu’ils soutiennent. Ca tient du miracle, mais je vous crois, hein 😀

  6. olivier said

    Merci Anne pour ton propos qui, à l’inverse de tout ce que l’on peut lire et entendre à ce sujet, est résolument tourné vers l’avenir !

    Je nourris le vain espoir qu’il puisse éclairer ceux qui crient au scandale (ou plutôt à la vengeance) ainsi que ces pleutres femmes et hommes politiques qui surfent sur cette vaguelette à des fins purement électoralistes.

    • olivier said

      J’ajouterai que, si le propre d’une loi est de pouvoir être modifiée, on n’a jamais fait une bonne loi à partir d’un seul cas particulier et dans l’excitation générale.

  7. Simon said

    Sur des points aussi sensibles que les droits de la personne humaine, madame Löwenthal, vous pouviez choisir un autre parti, que le PTB, non? Le MG de monsieur Wesphael ne vous tente pas?

  8. Simon said

    Vous ne trouvez pas que sur les Droits Humains, il faut être des plus exigeants. Vous en relativisez donc l) importance. Choquant venant de vous…

  9. Droite toute said

    Le système fonctionnerait peut-être mieux si les détenus devaient suivre une sorte de parcours. une étape ou la prison sert de punition le temps que le condamné comprenne son erreur et souhaite s’amender. Et la deuxième étape où la prison sert à réinsérer via formation professionnelle, bénévolat,… le tout géré par le système carcéral. Au final, le détenu est remis en liberté petit à petit, et il existerait une prison de punition et une autre de réinsertion. Un détenu qui souhaite réellement s’amender passerait donc plus vite en prison de réinsertion, tout en continuant à tenir compte de la durée de sa peine. Concernant Martin, la « justice » calcule bizarrement, Martin n’a fait que la moitié de sa peine (16 ans au lieu de 30)… et non les deux tiers minimum pour accéder à une libération conditionnelle… mais voilà pour la loi, une perpetuité c’est 30ans et les deux-tiers de cette peine, c’est 15ans. où est la logique? D’autre part, Martin n’a jamais expliqué comment ce sont déroulé les derniers jours de Julie et Mélissa. Elle garde le silence. Il est pour moi difficile de comprendre que quelqu’un qui refuse de dire la vérité ait réellement envie de s’amender et ait vraiment compris ses erreurs… Dans tous les cas, la loi actuelle est obsolète et devrait être revue.

  10. Saviez-vous que NATION doutait de votre existence ? 😉

    —————————–
    Mouvement NATION
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    Communiqué du 01 août 2012

    Dans son édition de ce mercredi, le groupe « Sud presse » (qui regroupe les quotidiens La Meuse, La Nouvelle Gazette, La Province, La Capitale et Nord Eclair) s’est fendu bien évidemment de plusieurs articles concernant la libération probable de Michèle Martin.

    Un de ceux-ci évoquait les appels à la mobilisation citoyenne, en vue de manifester ce week-end devant le monastère où l’épouse de Dutroux va dorénavant habiter. Mais cet article n’a pas donné le point de vue des citoyens; il a uniquement dénoncé le « risque de voir des extrémistes participer au rassemblement »…

    Et bien entendu de citer NATION et de le classer en tant que « fans du salut hitlérien » !!!

    Et quels sont les éléments journalistiques qui permettent d’affirmer ceci ?

    Un tweet d’une illustre inconnue, Mme Lowenthal, dont on n’est même pas sur qu’elle existe vraiment et dont on ignore la qualité qui lui permet d’affirmer une telle chose…

    Telle est donc la déontologie et la méthode de travail journalistique qui permet à la rédaction de « Sud presse » de qualifier un mouvement politique, qui se présente aux élections, de « fans du salut hitlérien » !!!

    On savait les journalistes fainéants et de mauvaise foi ! Mais là, toutes les limites sont dépassées !

    A moins ? A moins qu’une fois de plus, une certaine presse n’essaie de lancer un contre-feu pour essayer de protéger ses amis politiques.

    En effet, le choix de la date de cette décision (la semaine entre le retour des « juilletistes » et le départ des « aoutiens ») n’aura manifestement pas suffit à empêcher une vive réaction populaire.

    Et il ne faudrait donc pas s’étonner que certains veuillent démobiliser les gens en agitant l’épouventail bien connu du « fassisme » (avec 2 s, ça fait plus peur…).

    En ce qui concerne les militants de NATION, ce ne sont pas les insultes de ce genre qui vont les empêcher, s’ils le désirent, de participer aux mobilisations citoyennes. Sans volonté de récupération mais aussi bien décidés à ne laisser aucun « inquisiteur » de la pensée unique décider s’ils peuvent y participer ou non !

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