Et si on parlait des « vrais problèmes des gens »?

août 10, 2012

Après la population du quartier Anneessens, après la probable libération de Michelle Martin, voici venue… la circoncision. Après, on nous parlera de moutons égorgés, puis on reviendra probablement sur les fumeurs. Le chômeurs sont bien entendu partout et comme c’est l’été, on nous parle des gens du voyage, qu’on mélange à la copieuse soupe « Roms ».

Vivement encouragés par certains médias et une campagne électorale qui a décidé d’une fois de plus voler bas, nous voilà tous lancés dans des débats sans fin sur des problématiques qui, même si elles nous concernent, sont loin, très loin des véritables problèmes de notre société.

Des problèmes certes compliqués à comprendre (et à expliquer) mais qui en ce moment sont en train de ruiner des pays voisins et partant, de nous plonger dans l’incertitude. Le terrain est très favorable. Alors faute de s’attaquer à des enjeux tels que les transactions financières et autres grosses fortunes on s’en prend de manière systématique et cyclique à… son voisin.

Il est certes très facile d’attaquer le fumeur, la religion ou le quartier Anneessens. Parce que la fumée est en effet dérangeante, la religion est en effet porteuse de certains radicalismes et le sexisme est plus facilement identifiable dans certains quartiers.

Difficile dès lors de s’opposer à cette tendance générale qui consiste à nous monter en épingle des problèmes qui en occultent bien d’autres et nous divisent chaque jour davantage, pour le plus grand plaisir de certains médias et de certains candidats politiques. Refuser qu’on stigmatise une population, quelle qu’elle soit, vous attire illico bon nombre de commentaires fâchés, voire haineux. Refuser que la circoncision devienne un problème économique, que la libération de Martin soit odieuse, qu’on fasse des Musulmans les porte-drapeaux du harcèlement de la femme et les fumeurs ceux de la ruine de notre sécurité sociale, ça fait très vite de vous un suppôt du mal, même si vous prenez toutes les précautions oratoires possibles (d’ailleurs, je le fais encore une fois: la circoncision a certes un coût, fumer, c’est mauvais pour la santé, le harcèlement est insupportable et le radicalisme, c’est mal).

Moi qui suis (si, si!) quelqu’un de prédisposé au bonheur (merci papa, merci maman), d’un optimisme indécrottable (d’où ce blog, qui n’existerait pas si je ne croyais pas au changement) et très souvent de bonne humeur, je suis plus souvent estomaquée par la proportion que prennent certains sujets que par les sujets eux-mêmes. Fondamentalement, je me fous que des gens pratiquent la circoncision. Les fumeurs ne m’emmerdent pas plus que ceux qui me parlent après avoir mangé un pesto, si je suis de bonne humeur. Je suis contente d’avoir toute ma vie professionnelle cotisé pour les chômeurs, d’autant que d’ici quelques jours, je bénéficierai aussi de cette solidarité. Aucune religion ne m’a jamais donné d’urticaire, même si certains religieux bien.

Et je pense sincèrement que tout le monde est pareil. Que l’autre ne nous dérange pas parce qu’il est autre. Que fondamentalement, vous n’en avez rien à foutre que des gens fument, soient circoncis, aient la foi et la pratiquent, terminent leur peine dans un couvent.

Pourtant, dès qu’on a la possibilité de généraliser un comportement condamnable à l’ensemble d’une population, fortement aidés en cela par des médias et candidats politiques, on est un tas de gens à s’empresser de le faire. Quand une femme qui a eu un comportement atroce fait usage des outils du système, on nous invite à condamner la femme et pas les outils du système. Et ceux qui tentent d’infléchir la tendance sont aussitôt traités de défenseurs du comportement incriminé.

Alors rêvons un peu. Concentrons-nous sur notre bonheur personnel. S’il passe par celui d’autrui, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave, il aura au moins le mérite de ne pas nous monter les uns contre les autres. Et exigeons de nos décideurs et de nos médias qu’ils s’emparent plutôt des vrais problèmes des gens. Qu’ils nous expliquent pourquoi la Grèce crève de faim, pourquoi l’Espagne crève de faim. Pourquoi nous crèverons bientôt de faim. Que les uns dénoncent l’absence totale de solidarité de certains. Que les autres les y contraignent. Même si ces sujets-là sont autrement plus compliqués, autrement moins vendeurs donc.

L’ennemi n’est pas le Musulman, le Juif, les Clarisses, le fumeur, le chômeur. L’ennemi, c’est celui qui nous le fait croire.

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4 Réponses to “Et si on parlait des « vrais problèmes des gens »?”

  1. (Précision : Michelle Martin ne « termine » pas sa peine dans un couvent, elle est *libérée* sous conditions et entre au couvent en guise de réinsertion)

  2. Toto said

    (ou alors aussi souvent des fois l’ennemi c’est le conjoint (je parle pour mon cas (et celui de beaucoup d’autres femmes), une histoire de loup dans la bergerie et dans ces cas la, y’a pas grand soutien au contraire, de l’enfoncage parce que, on connait la chanson, « elle avait qu’a pas l’aimer, l’epouser, lui faire des gosses », au choix. on lui trouvera toujours quelque chose qui cloche a la bonne femme et le conjoint on le laissera peinard, parce que quand meme, hein, voyons, on cherche les poux des meufs c’est plus commode, plus habituel)))

    voili.

    et bisous 🙂

    (mais sinon c’est vrai que y’a de vrais problèmes genre de faim aussi dans l’monde et que c’est des priorités)
    (et les médias (la majorité) c’est de la daube, enfin perso je trouve)

  3. Chère Anne,

    Je te lis toujours avec beaucoup d’intérêt et je pense que tu comprendras combien je te rejoins dans tes réflexions grâce à ce lien : http://moriame.unblog.fr/lpcn/

    À travers le prisme de Namur, c’est bien de la Belgique, de l’Europe et du monde que je parle. Il s’agit en particulier de ces « invisibles » (à qui ne veut pas voir) qui ont tellement plus à nous dire que les Unes des médias traditionnels.

    J’espère que ce livre, à paraître jeudi prochain, retiendra ton attention.

    Bon week-end

  4. […] L’ennemi n’est pas le chômeur, l’étranger, le jeune délinquant, ni même Michelle Martin. L’ennemi, c’est celui qui nous le fait croire. Share this:FacebookTwitterJ'aime ceci:J'aimeSoyez le premier à aimer ceci. Publié par annelowenthal Classé dans: Uncategorized Laisser un Commentaire » […]

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