Quoi ma gueule?

septembre 17, 2012

« J’aime bien les campagnes électorales, il y a toujours plein d’activités et on voit plein de politiques!« , m’a dit cette semaine une dame, qui a tout compris.

Certaines mauvaises langues vont jusqu’à dire que la présence « sur le terrain » de nos candidats en campagne est inversement proportionnelle à leur activité dans l’exercice de leur mandat précédent. Mais je ne suis pas mauvaise langue, alors je vais me contenter de ce qui se passe hic et nunc.

Enfin, quand je dis « me contenter », c’est un tout petit peu optimiste. Parce qu’en fait, c’est affligeant, tant sur le fond que sur la forme.

Le fond, c’est le programme, le projet politique. De ça, il n’est question nulle part ou presque. Alors même que tous vous invitent à voter pour eux, certains n’ont même pas encore proposé de programme. Et parmi ceux qui l’ont mis à notre disposition, très peu en parlent. Quand dans nos médias il est question de politique, c’est très rarement, voire jamais, de politique communale qu’il s’agit. Alors certes tout est lié et les communes sont largement tributaires des autres niveaux de pouvoir, mais il est tout de même fondamental d’expliquer aux citoyens les enjeux d’une élection qui les concerne directement.

La forme, c’est le marketing. Les affiches, les clips, les dépliants, les tracts, la présence sur le terrain. 

Et là, on touche le fond.

Soyons de bon compte, ça n’a jamais volé très haut. Au point que le législateur a réglementé tout ça et que certaines communes vont encore plus loin en décidant, par exemple que le démarchage électoral sera interdit dans tel ou tel événement (ou que les « petites listes » ne pourront pas s’afficher…).

Donc désormais, il y a des choses qu’on ne peut plus faire, comme s’afficher n’importe où ou dépenser sans compter.

Mais le candidat politique, celui-là même qui annonce vouloir lutter contre les incivilités, est un petit futé. Alors il biaise. On ne compte plus les remorques couvertes d’affiches « oubliées » n’importe où ni les voitures customisées pour l’occasion et garées partout où il se passe quelque chose. Des gens se plaignent de recevoir des tracts dans des boîtes-aux-lettres pourtant estampillées « no pub ». D’autres font leurs courses au marché et trouvent dans le fond de leur sachet de légumes des tracts tombés là par hasard. Nos mains sont moites à force d’être serrées.

Et tandis que certains se poursuivent en justice pour harcèlement, d’autres s’attaquent aux vitrines devenues publicitaires. Certaines rues sont devenues à elles toutes seules des panneaux électoraux, des commerçants affichant tout ce qu’on leur demande d’afficher (ils voteront donc pour tous les partis se présentant dans leur commune?). Les bâtiments abandonnés fleurissent aussi, comme si tout à coup, on se souvenait de leur existence. Et sur Facebook, on assiste médusé à une surenchère de vidéos plus débiles les unes que les autres et de photos de photos de campagne affichées ici et là.

Ici, certains me diront qu’il faut bien que l’électeur voie pour qui il va voter et en tout cas qu’il sache qui se présente aux élections. C’est d’autant plus vrai qu’il est difficile de le savoir par ailleurs. D’ailleurs, même moi j’ai mis une affiche à ma fenêtre. Mais une affiche sans visage, une affiche de parti. Avec un slogan et des points de programme.

Car non, il ne faut pas que l’électeur voie pour qui il va voter. Il faut que l’électeur voie pour quoi il va voter. Mais ça, apparemment, c’est secondaire pour bien des candidats qui sont persuadés que leur succès électoral sera proportionnel au nombre de fois où ils ont montré leur tête. Qui pensent que l’électeur est assez biesse pour se laisser berner. Que pour convaincre l’électeur, il faut se photoshoper et afficher son visage de cire partout où c’est possible sans que le législateur ait à y redire. Qui pensent que l’électeur est un con.

Et du haut de mes quelques semaines d’expérience de la chose, je lutte parfois contre le sentiment qu’ils ont raison. Parce qu’on ne ressert la même soupe que si elle a eu du succès… Sauf si on se fout d’empoisonner son monde, bien sûr.

Ah oui: votez pour moi!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :