Un homme est mort.

décembre 6, 2012

(Je précise que je ne reproche rien au SAMU social, puisque certains sont déjà en train de m’accuser du contraire)

Durant la nuit de mardi à mercredi, à Bruxelles, devant l’entrée du CPAS, un homme est mort.

C’était un Polonais en situation illégale chez nous. Il a refusé une prise en charge par le SAMU social et il est mort.

C’était un homme en situation illégale chez nous et donc un dossier de la compétence de Maggie De Block.

Yvan Mayeur, président du CPAS de Bruxelles, a rappelé ces trois éléments : cet homme, un Polonais en situation illégale chez nous, a refusé une prise en charge par le SAMU social et vient d’un de ces pays auxquels Maggie De Block doit rappeler qu’ils « doivent d’urgence prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs ressortissants« .

Donc un homme est mort parce qu’il est en situation illégale chez nous, qu’il a refusé une prise en charge par le SAMU social et que son pays d’origine doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de ses ressortissants.

Peut-être bien que s’il a refusé une prise en charge par le SAMU social, c’est justement parce qu’il sait que Maggie De Block, en ce moment, elle remballe tout ce qu’elle peut dans les pays d’origine, même des gens dont le dossier n’est pas clos, sans même appeler ces pays à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs ressortissants.

Peut-être bien que s’il a refusé une prise en charge par le SAMU social, c’est parce qu’il est malade dans sa tête. Ou parce qu’il voulait mourir de froid par terre dans la rue, devant la porte du CPAS. Ou pour un tas d’autres raisons qui lui appartiennent.

Et de toute façon, ça ne nous regarde tellement pas que le président du CPAS a tenu à le rappeler: « la charité des passants complique la tâche des CPAS« .

Alors en bon citoyens que nous sommes, nous allons arrêter d’être charitables. Après tout, nous qui appelons sans cesse nos pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités, on ne va pas les saboter en apportant une couverture aux hommes qui, en situation illégale dans notre pays, refusent une prise en charge par le SAMU social, ça serait intellectuellement malhonnête.

D’ailleurs, on va aussi arrêter de se demander pourquoi il y a tant de gens à la rue. On ne va pas non plus se demander comment un homme peut refuser par ce froid une prise en charge par le SAMU social. Après tout, nous dit le Président du CPAS, qui a fait de ses 19.000 bénéficiaires un argument de campagne avant les dernières élections, nous ne sommes que des passants charitables, et les passants charitables, ça complique la tâche de son institution.

Et demain, quand des familles Roms envahiront nos gares avant d’en être chassées, on n’ira pas leur donner des couvertures à eux non plus, parce que ça gênerait le travail des personnes compétentes, même si pour ces gens-là, plus personne ne sait qui sont les personnes compétentes (un certain Monsieur Pasmoi serait à leur tête).

Et puis, on va cesser de dire « un homme ». On va dire « un Polonais en situation illégale chez nous ». « un Rom », « un sans-papier », « un Serbe », « un Afghan »…

Laissons tout ça aux autorités compétentes. Après tout, c’est elles qui ont les clés de milliers de bâtiments vides. On ne va pas en plus aller ouvrir des portes avec un pied-de-biche, ça risquerait de compliquer la tâche des bourgmestres et autres présidents de CPAS et autres dirigeants d’institutions publiques et autres ministres qui chaque jour cherchent partout des bâtiments à ouvrir pour sauver la vie d’un ho… d’un Polonais en situation illégale chez nous, d’un Rom, d’un sans-papier, d’un Serbe, d’un Afghan…

Et pourtant, je vous jure, c’était un homme. Et il est mort.

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27 Réponses to “Un homme est mort.”

  1. Bravo Anne, 100 % d’ac. avec ton texte. On décrie Maggie DeBlock, à raison, mais elle fait partie d’un gouvernement dirigé par un socialiste, avec d’autres socialistes dont Laurette qui « s’est battue comme une lionne pour sauver l’index », faut leur demander à eux ces prétendus gens de gauche comment ils se sentent avec leur copine DeBlock dans leur équipage. Dobra notz !

  2. Gana said

    Magnifique billet qui pourrait, si il était largement diffusé, remettre les yeux en face des trous à certains « politiques » et « décideurs », qui oublient qu’ils sont aussi des « hommes »…

  3. Joe said

    Bravo, magnifique article d’une vérité et d’un humanisme véritable. Une larme a coulé. Vous etes tellement dans le vrai, le porte étendard des petites gens. Bravo anne, continuez ainsi. C’est fantastique. Ces pauvres étrangers que nous rejetons alors que nous vivons si confortablement! Ne pouvons-nous pas partager? Vous avez parfaitement raison sur Maggie de Block, c’est une fasciste, elle est contre les polonais et les étrangers en général. quelle raciste! Comment croire que l’accueil de ces étrangers est la volonté du grand patronat pour faire pression sur les salaires des nationaux? N’opposons pas les citoyens aux étrangers svp, Maggie démission!

  4. Meurrens said

    Oui.bravo Anne,enfin une tonne de courage

  5. Tellement juste et bien écrit !

  6. Une toute jeune amie, active dans le secteur, a mis en commentaire sous mon partage FB de ton article :

    « Moi, tout ça, ça me fait vraiment peur pour les Ména (enfants) qui seront encore cet hiver à la rue, malgré tout ce qu’on aura pu faire pendant un an… et eux, ils ne refusent rien… C’est juste qu’on ne leur propose rien. A la rue point barre. « Et le Samu social, c’est pour les adultes, alors désolé. » Non, je ne veux pas qu’un enfant meurt à la rue cet hiver. Non, ça je ne peux tout simplement pas tolérer. »

    Ca devrait être entendu aussi, ce qu’elle dit là !

  7. babeth said

    la mort d’un homme, quel qu’il soit, dans une situation légale ou non, est dramatique et intolérable

  8. Thierry De Coster said

    Je vois très bien qui sont ces hommes et femmes d’origine polonaise qui squattent par terre devant le CPAS de Bxl. Je passais par là tous les jours auparavant. Pour moi ils relèvent de la maladie mentale ou ont au moins besoin d’une solide cure de désintoxication, en tout cas d’une prise en charge. Mais ils restent des être humains. J’avais un jour interpellé Yvan Mayeur à ce sujet. Sa réponse m’avait édifié : « J’en ai marre de ces clochards, il ne faut surtout pas leur donner de l’argent ni quoique ce soit ». Maintenant que l’un d’entre eux est mort, que fait-on des autres, Monsieur Mayeur ?

  9. On peut tourner la question comme on veut, et donner tous les arguments qu’on veut : il est intolérable qu’un homme puisse mourir de froid à Bruxelles au début du XXIème siècle !

    Pour moi, la solution est simple : quiconque se trouve en situation de détresse manifeste sur la voie publique doit être secouru, même contre son gré. Le cas contraire relève de la non-assistance à personne en danger !

  10. Fleur said

    Excellent!

  11. babeth said

    tout à fait d’accord avec ceci : Pour moi, la solution est simple : quiconque se trouve en situation de détresse manifeste sur la voie publique doit être secouru, même contre son gré. Le cas contraire relève de la non-assistance à personne en danger !
    http://tinyurl.com/bqy78eq

  12. Pierre Leroy said

    Finalement il est mort cet homme ?

    Anne, avez-vous participé au cadeau pour Gérard ?

  13. gérardlerouge said

    « (Je précise que je ne reproche rien au SAMU social, puisque certains sont déjà en train de m’accuser du contraire) ». Quelle prétention alors que tout le monde s’en fout, ma chère Anne. Sinon vous feriez plus que 68 voix. Non?

  14. Adeline said

    Des hommes qui meurent dans la rue, il y en a tous les jours, mais on n’en parle pas. De temps en temps, il y en a un qui fait la une, et tout le monde s’agite.
    Pour répondre à George Pierre La déonthologie de tout travail social est de ne pas intervenir si la personne ne le souhaite pas. Elle est HUMAINE, elle garde donc son libre arbitre, on n’enfantilise pas les gens sous pretexte qu’ils sont pauvres.
    Je ne suis pas une partisanne de Mr Mayeur au contraire, mais la position qu’il défend est acceptable et la politique de Maggie ne me semble pas si dénuée de sens que cela. J’ai connu pas mal de personnes ayantleur 10eme demande d’asile (sous des noms différents) toutes refusées. Toujours à la rue. Sans revenu. Pour le travail social, c’est pas plus mal de couper le cercle vicieux.

    Là où on peut etre moins d’accord c’est qu’un étranger européen a moins de droit qu’un non européen : étant donné qu’il a droit à l’aide sociale dans son pays, il n’y a pas droit dans un autre pays européen. Mais ce n’est pas dénué de sens non plus… Le but est de ne pas avoir de tourisme social, étant donné qu’il n’y a plus de frontieres…

    • annelowenthal said

      Un étranger a droit à l’aide sociale dans son pays, s’il y a une aide sociale. C’est rarement le cas 😉

      • Adeline said

        un étranger européen c’est déjà moins rare. Les non européens dés qu’ils ont fait une demande de régularisation ils ont droit à l’aide sociale minimale., sous différentes formes. Évidemment il faut en faire la demande aussi…

    • « La déontologie de tout travail social est de ne pas intervenir si la personne ne le souhaite pas. » -> Je ne partage pas votre avis, car alors, que penser des mises en observation forcées de personnes qui représentent un danger pour elles-mêmes ? Devrait-on, suivant cette optique, laisser les suicidaires mettre fin à leurs jours au lieu des interner, comme on le fait souvent ?

      En ce qui concerne la libre circulation au sein de l’Union Européenne, je ne trouve pas normal qu’elle se limite aux seuls capitaux, services, personnes, et marchandises, mais que l’aide sociale ne suive pas, alors, par exemple, que les pensions peuvent être versées dans un autre Etat membre.

      Cela montre bien que cette Europe n’est que celle des marchands et non des êtres humains et que cette libre circulation n’a que des objectifs économiques !

      • Adeline said

        Lorsque deux « droits » sont en balance, il faut parfois trancher entre les deux. Que fait le médecin soumis au secret médical lorsqu’il reçoit un enfant visiblement battu? Il sous pese les deux.

        Un assistant social ne peut pas intervenir (faire quelque chose pour la personne : négocier un plan d’apurement, prendre rendez vous chez un médecin etc) si la personne ne le mandate pas pour cela. S’il le fait c’est une faute. Ce n’est pas une opinion c’est la réalité des faits. L’assistant social n’a par exemple pas le pouvoir de demander la mise sous administration de biens d’une personne si celle ci ne le veut pas. Il n’a pas reçu ce « pouvoir ». Certains peuvent trouver cela dommage mais c’est comme ça! Un juge pourrai par contre l’ordonner (pareil que pour les internements en fait…)

      • La loi prévoit pourtant que toute personne intéressée peut demander au juge de paix de placer sous administration provisoire une personne qui serait en état de devoir en bénéficier.

        Cela dit, je suis d’accord avec le fait que chaque profession a un secret professionnel et une déontologie. Par exemple, un avocat ne pourra jamais dénoncer son client, même s’il est au courant d’agissements graves de sa part.

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