Enfoncer les gens dans la misère pour les en sortir?

janvier 21, 2013

A Verviers l’autre jour, le président MR du CPAS Freddy Breuwer a fait parler de lui : il propose de sanctionner les allochtones qui n’apprendraient pas le français du bénéfice du revenu d’intégration sociale auquel ils ont droit. Pour ce faire, il demande aux associations qui proposent des cours de français de dénoncer les gens qui, inscrits, ne s’y présentent pas, sous peine de se voir refuser des subventions (certaines ont déjà refusé).

L’idée de sanctionner financièrement les problèmes d’intégration n’est pas neuve. Le MR s’est très vite inspiré (comme dans de nombreux cas) d’une suggestion de l’UMP et l’a importée chez nous. C’est ainsi qu’on a vu certains de ses membres proposer de mettre à l’amende les parents de jeunes ayant commis des incivilités.

Et si elle fait bondir certains, surtout quand elle vient de Flandre (souvenons nous du parcours d’intégration), elle fait visiblement son petit bout de chemin, puisque de plus en plus de gens, les mêmes qui l’ont condamnée par ailleurs, l’approuvent et la partagent sur les réseaux sociaux.

Mesurer l’intégration à l’usage de la langue est pour le moins vicieux. Parce que c’est certes un facteur d’intégration, mais ça n’est pas le seul. Sanctionner son non-usage par la suppression de tout moyen de subsistance (car après le revenu d’intégration sociale, il n’y a plus rien) est carrément crapuleux. Car outre le fait que ça enfonce des gens dans une misère où des allocations déjà insuffisantes les plongent, ça sous-entend que l’usage de la langue est une condition suffisante à l’intégration.

Alors qu’on sait que non. Alors qu’on sait que la discrimination à l’embauche est une réalité (d’ailleurs, la Ministre De Coninck a lancé dans le même temps l’idée d’un CV anonyme). Alors qu’on sait qu’il n’y a pas d’emplois pour tous les demandeurs d’emploi.

On ne niera pas que, sauf pour certaines personnes qui évoluent dans certains quartiers Bruxellois, l’usage de l’une de nos langues nationales est un outil d’intégration.

Mais une fois de plus, on retourne le problème. Le fait que certains allochtones n’apprennent pas la langue locale est avant tout un symptôme. Ce qu’il faut faire, c’est comprendre pourquoi certains ne l’apprennent pas. Mais ça, évidemment, c’est très compliqué. Parce qu’il faut aller vers ces gens avec autre chose qu’une matraque. Il faut leur parler et surtout, il faut entendre. Entendre les raisons d’un repli sur soi, entendre les raisons d’un certain fatalisme, entendre l’analphabétisme, entendre qu’on sait bien que même en parlant la langue, on n’a presqu’aucune chance, entendre qu’un cours de langue n’est pas tout. Entendre, aussi, qu’il n’y a pas assez de places dans les cours de langues à destination des allochtones.

Et il faut sortir les gens de la misère, qui n’est pas que matérielle, mais qui l’est aussi. Pas les y enfoncer. On peut contraindre les gens à suivre des cours dans des associations qui, s’ils n’y vont pas, sont également en charge de la délation. Mais qu’on ne s’étonne pas qu’alors, les conditions d’un bon enseignement ne soient pas réunies.

En gros, il faut donner envie. Et pour donner envie, il faut montrer que ce n’est pas vain. Pour montrer que ce n’est pas vain, il faut faire en sorte que ça ne le soit pas.

Pour que l’enseignement porte ses fruits, il faut lui donner sens. C’est le b.a.- ba de la pédagogie.

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29 Réponses to “Enfoncer les gens dans la misère pour les en sortir?”

  1. Petite faute de frappe : du bénéfice ne doit pas prendre de pluriel.

  2. Jacques Iboudsen said

    Foutre Diable ! Quelle pédagogue vous faites, Anne.

  3. Bernard Halleux said

    En première analyse, en Belgique, il y a des droits sans devoirs…
    Les mêmes personnes qui revendiquent le droit « absolu », négligent l’émancipation : suivre une formation linguistique est un outil d’inégration, de libération ..(notamment avec l’enfermement des femmes).Vivre en société c’est d’abord communiquer donc parler…Ne pas parler (dans la langue du pays), ne pas faire un effort d’apprentissage linguistique (moi, aussi je fus un étranger (en Espagne), et ma femme espagnole (en Belgique), nous avons été des étrangers : chacun nous avons fait l’affort d’apprendre la langue du pays de l' »autre »….sans compensation économique…De plus, on peut constater que le « parcours d’intégration » (au delà de la caricature) doit s’imposer : l’Europe et la Belgique sont des terres d’imigration, d’assimilation donc de contraste…Exiger un minimum n’est pas exclure…Le Canada et l’Amérique ont un parcours clair à ce niveau…Pour y entrer, il faut faire ce parcours
    (nb : faire des asbl des organes de dénonciation n’est qu’une simplification : mais ils sont payés par l’argent public….)
    NB Anne tu n’es pas obligée à me répondre par une simple disqualification, dont je suis inmunisé !

    • Jacques Iboudsen said

      Exactement M Halleux.

      J’irais vivre en Norvège, en Afrique du Sud, en Australie, au Maroc ou en Irlande, non seulement j’apprendrais la langue de mon pays d’accueil mais encore les coutumes pour m’intégrer au mieux.

      La compensation peut venir par des chèques-langues, ce que nous avons en Belgique. C’est gratuit pour les demandeurs d’emploi par exemple. S’intégrer par les loisirs et la fréquentation des autochtones est une autre possibilité.

      Pour en revenir au brillant exposé d’Anne, il ne s’agit que de Verviers (Verviétois, ne le prenez pas mal), que d’une proposition du président MR du CPAS (adhérents MR qui me lisez, no offense ! Personnel du CPAS, rien de personnel). Malgré le ton employé par la taulière de ce blog et les arguments appuyés à coups de balises , notre démocratie n’est pas en danger. Vous pouvez continuer à vaquer à vos occupations. Demain, la faim dans le monde. Après-demain, le mariage gay.

  4. Il est évident que la volonté de s’intégrer doit primer sur toute autre et que l’on ne peut tolérer de personnes présentes sur notre territoire, désireuses d’y rester durablement et de faire partie de notre communauté nationale qu’elles n’adhèrent pas à nos valeurs, à notre culture, à notre civilisation, à notre vision du monde.

    Pour cela, la connaissance de notre langue est primordiale.

    • annelowenthal said

      Je n’adhère pas à toutes nos valeurs et je ne pense pas qu’on puisse parler de société civilisée.

      • Tu n’as pas tout à fait tort, je dois bien le reconnaître ! 😉 Cela dit, admets avec moi que tu partages quand même plus de valeurs avec moi qu’avec un islamiste ? (ou alors, tu me fais peur !) 🙂

      • annelowenthal said

        Que viennent faire les islamistes dans ce sujet?

      • Les islamistes sont un exemple d’individus qui n’adhèrent pas à nos valeurs et qui donc, pour moi, n’ont pas leur place chez nous.

        Je ne dis pas, bien entendu, que tous les gens qui refusent de s’intégrer sont des islamistes, mais ces derniers en sont un exemple flagrant.

        Même si, toi et moi, avons des opinions différentes, une vision du monde, même, opposée, nous appartenons néanmoins à une communauté de pensée qui nous rapproche plus que d’individus comme eux qui nient ce que notre civilisation européenne apporte en termes de démocratie et de défense des droits humains (même si je pense qu’elle a encore, elle aussi, beaucoup de progrès à faire).

      • annelowenthal said

        Je te remercie de ne pas détourner le débat. On ne parle pas des islamistes. On parle des allochtones. Je refuse qu’on détourne mes propos pour faire peur aux gens.

      • D’accord, je me range à ton argument, Anne (après tout, tu es seul maître à bord après Dieu sur ton blog).

  5. Bernard Halleux said

    Je compète :
    Parler une langue n’est pas adhérer à des valeurs : c’est une démarche volontaire, obligatoire,fonctionnellement,pour vivre dans la communauté dans laquelle on vit ou qui nous accueille… Mais la connaissance d’une langue permet aussi de découvrir, rencontrer des gens, communiquer :c’est le premier pas de la fraternité, de la convivialité et de l' »alteralité »…C’est le premier pas vers l’autre..Ne pas parler, c’est s’enfermer (peut-être enfermer par son mec/mac, ses parents, ses frères, la culture…) : savoir est toujours dangereux et le savoir c’est d’abord lire,dialoguer…et penser
    Et, les Asbl d’aphébatisation en sont la preuve…mais elles ne doivent pas être en auxilaires de justice…mais elles doivent reconnaitre leur fonction : en elles-mêmes, par elles-mêmes, elles n’ont pas d’autre légitimité, que leur fonction…Qu’elles les accomplissent, avec leurs subsides

  6. hs4020 said

    En gros, je suppose que s’ils n’apprennent pas le français, c’est la faute à la société qui fait rien pour eux.
    En gros hein, mais je pense que c’est l’idée du billet.

    • annelowenthal said

      Alors relisez. En gros, il y a des raisons et il serait bon de les chercher.
      Et revenez non-anonymement, parce qu’ici, les messages anonymes sont effacés 🙂

  7. Allex Dupneu said

    On accueille ces immigrants, on leur donne des sous, on les sort de la misère ou de la persécution… alors je pense qu’on peut leur demander un petit pas vers nous, vous ne pensez pas ?

    Et puis surtout, en obligeant ces gens à apprendre une de nos langues nationales, on les aide ! C’est ça que vous devez comprendre, Anne…

    • annelowenthal said

      C’est la manière qui me dérange. Vous pensez que ces gens viennent chez nous avec pour objectif « ne pas s’intégrer »? Vous ne pensez pas que s’ils n’apprennent pas l’une de nos langues, c’est le signe de quelque chose que l’on doit comprendre et traiter?

  8. Bernard Halleux said

    @ AL : il faut parler avec les gens de terrain (accueil aux urgences, policiers de quartier,,institutrices maternelles ou primaires, assistants sociaux des CPAS) pour avoir une vision concrète et complémentaire de la problématique …Sortons de la vision manichéenne …le « gros du contingent » de l’immigration actuelle est constitué par des « réfugiés économiques »…même très pauvres en Belgique, leur « vie » est, ici, beaucoup moins inconfortable (tout en restant inconfortable) que dans leur pays d’origine…ne serait-ce qu’avoir un système de santé pour eux et leurs enfants (inégalable dans leur pays d’origine)…
    Les immigrés italiens, espagnols, grecs, flamands (en Wallonie) au siècle passé n’avaient aucun droit « financier », médical, ou autre : ils ont fait l’effort, sans contrepartie, pour s’intégrer : connaitre la langue, s’adapter, sans renoncer à leurs valeurs fondamentales !
    Le reste n’est que verbiage d’intellectuels où l’indignation verbale, « la foi sans les actes est une foi morte », disaient-on…
    nb : merci de nous donner des nouvelles de Flux Douch…à part des dates de débats…

  9. Bernard Halleux said

    Si nos moyens temporels, financiers, économiques étaient illimités, il n’est même pas sûr que cela soit suffisant…Même, dans l’éducation de nos enfants, nous avons fait des choix, aussi différents, que nous sommes diférents : il faut assumer, être responsables …Nous ne serons jamais parfaits…Il faut assumer ces insuffisances …
    Autrement dit, si tu accompagnes à chaque seconde, ton enfant/l’immigré/etc : jamais il ne sera autonome… »Faire un homme,… combien c’est long v/ H AUFREY »).
    Tu as une visoin Rousseauiste de la société….C’est ton droit (sur le plan intellectuel), mais inopérant quand on est confronté à la réalité…
    Quand tu as le temps informe-nous (les suiveurs de ton blog sur « Flux…. »)
    J’ose signé « amicalement »
    Bernard Halleux

    • annelowenthal said

      Il y a un site doucheflux. Les actualités y sont. Et s’il n’y en a pas, c’est qu’il n’y en a pas 😉

      • Bernard Halleux said

        Je l’avais fait…mais, je suis tellement maladroit, que je ne suis jamais sûr de comprendre…Maintenant, je sais

        Lol (je ne sais pas manipuler (dans tous les sens du mot) la communication Internet

  10. Son said

    A tous ceux qui parlent au nom de « nos valeurs », je rappelle que les Droits de l’Homme en font partie, et que c’est donc un peu contradictoire tourner leurs défenseurs en dérision.

    Ce que je trouve étrange c’est que personne ne se plaint jamais du manque d’intégration des fonctionnaires européens ou des expats US. C’est pourtant à cause d’eux qu’à Bruxelles, on a plus de chances de communiquer en anglais qu’en néerlandais. Mais ça n’a sans doute rien à voir avec le fait qu’un américain plein de fric, ça fait plus propre qu’un réfugié de bougnoulie…

    • Allex Dupneu said

      Si vous me demandez si je préfère des expats (qui payent leurs impôts en Belgique) et qui dépensent leur salaire en Belgique à des immigrés illettrés qui vont au mieux finir au CPAS et au pire dans les colonnes de la DH…

      Alors, la réponse est un grand OUI !

      • annelowenthal said

        Je vous conseille de retourner à vos lecture favorites, Allex. La DH, c’est aussi votre place. C’est le dernier commentaire du genre que vous laissez sur mon blog.

    • Jacques Iboudsen said

      Pif Paf Pouf ! Son vainqueur par KO. J’avais pensé mettre cet argument dans mon commentaire mais bla bla stigmatiser bla bla pour ou contre l’Europe bla bla eurocrate utilise ta cravate etc etc

      Des fonctionnaires européens ou des expats US qui ne s’intègrent pas à leur ville/pays d’accueil, il en grouille plein entre Trône et la Place du Luxembourg, et ça déborde jusqu’à Schuman, oui. Et effectivement, ça « fait plus propre » que des réfugiés : ils sont beaux, ils sentent bon, parlent une langue que nous comprenons et quoi encore au sujet du prix du logement à Bruxelles ?

      Allex Dupneu a perdu son chemin et va économiser pour s’acheter la virginité d’une jeune femme de 24 ans.

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