Que celui qui n’a jamais pué…

janvier 30, 2013

Hier soir, je suis tombée sur Facebook sur un article de la RTBF relatant comment une famille pauvre, partie en visite avec ATD Quart-Monde, s’était fait exclure du Musée d’Orsay pour cause de mauvaise odeur.

Je ne m’attarderai pas sur cette info mais bien sur les réactions qu’elle suscite.

Sous le lien publié par la RTBF, bon nombre de commentaires dont une bonne part m’ont donné des nausées aussi sûrement qu’un parfum capiteux dans un vernissage surchauffé. Ca allait de « Ils auraient pu leur dire de se laver avant d’aller au musée » à « Je connais des pauvres qui ne sentent pas mauvais », en passant par « Ils auraient pu passer par un bain public en allant au musée » et autres « c’est facile et pas cher: une bassine, un savon et de l’eau ».

Et ces gens de conclure : « C’est avant tout une question d’éducation ».

L’éducation, ça me connaît. Je viens d’un bon milieu, comme on dit. Un milieu qui souvent (mais pas toujours) envoyait ses enfants à la douche et leur achetait du déo. En plus, j’ai la narine plutôt sensible, ce qui fait que je continue à me doucher chaque jour et à terminer l’opération par deux bons pschit de déodorant, parce que sans déo, à la fin de la journée, je sens des aisselles et ça, c’est un peu ma hantise.

Ma bonne éducation ne m’a pas apporté qu’une hygiène corporelle irréprochable. Elle m’a aussi appris des choses que je vais vous dévoiler ici, parce qu’il est temps de révéler à certains l’un des grands secrets de notre société et que dans leur grande bonté, mes parents m’ont aussi appris à dire les choses : la puanteur n’est pas l’apanage des pauvres.

Je connais un tas de riches qui puent. Je connais un tas de gens qui ont un salaire et qui puent. J’en ai croisé des centaines en allant moi-même travailler chaque jour en transports en commun et en fréquentant chaque jour de nombreux collègues et autres. Je connais des gens très éduqués qui, quand ils sourient, nous dévoilent un bon millimètre de tartre et quand ils parlent nuisent à la biosphère en assassinant quantité de mouches.

Je connais même des gens aisés qui ont des animaux domestiques qui parfument toute leur maison.

La puanteur, je dirais même que les riches en produisent bien plus que les pauvres. Parce que les pauvres, ça ne roule pas en bagnole, ça n’achète pas du parfum et ça ne boit pas du vin pour arroser un plat aïolé avant d’aller au cinéma ou au théâtre régaler tout le monde des relents de ce plantureux repas.

Pire! Je connais des riches qui pètent!

Alors moi qui suis une fille bien éduquée, j’ai décidé de saisir cette opportunité pour lancer une campagne de lutte contre la puanteur.

– Je propose que tous les ados qui sentent la transpi soient exclus de l’école le temps qu’ils reviennent propres. Et avec du déo, hein. Parce que sinon, un cours de gym, un match de foot et hop, c’est reparti!

– Je propose que tous les adultes qui osent se présenter au boulot le lendemain d’un repas aïolé soient remballés chez eux en congé sans solde.

– Je propose que toutes les femmes qui portent des parfums capiteux soient exterminées, parce que ça m’écoeure vraiment, vous n’avez pas idée.

– Je propose qu’on mette des scellés sur tous les lieux publics et autres musées dont les toilettes exhalent une odeur fétide.

– Je propose qu’on interdise les chiens, parce que leur odeur m’incommode et celle de leur merde incommode tout le monde.

– Je propose qu’on supprime la voiture et qu’on fasse rouler tous les bus au Cacharel pour homme (oui, j’aime bien).

– Je propose qu’on offre aux pauvres les moyens de ne pas puer : de l’eau gratuite, du savon, du déo, un coiffeur par semaine, une visite annuelle chez le dentiste, 12 brosses à dents par an et du dentifrice, des salons-lavoir et de la poudre à lessiver, des douches publiques, des vêtements de rechange, des draps propres, des lits pour les mettre dessus et des toits pour les mettre dessous. (Un peu comme ce projet, en mal de bâtiment: http://www.doucheflux.be/fr/index.php)

Enfin, je propose à tous ceux que la vision de miséreux incommode au point de les chasser de leur paysage de péter un coup, ça soulage. Mais dehors. En vous remerciant.

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34 Réponses to “Que celui qui n’a jamais pué…”

  1. hs4020 said

    Pourquoi donc personne ne parle-t-il de celui qui dans cette histoire est le plus à blâmer, je veux dire le bénévole d’ATD accompagnateur et guide de cette famille au Musée d’Orsay ?
    Car à moins qu’il ne souffre d’anosmie, il ne pouvait ignorer les effluves émises par cette famille, effluves assez puissantes que pour incommoder, non pas un ni même deux mais bien de nombreux visiteurs de cet antre de la culture du XIXe siècle.

    C’est donc en toute connaissance de cause que ce bénévole a décidé d’humilier cette famille de pauvres en l’amenant dans un lieu public où elle ne pourrait manquer être la cible des récriminations de tous.

    • Peut-être bien que ce bénévole emmenait juste des gens au musée? Peut-être qu’il ne les juge pas sur leur odeur? Peut-être qu’il sait pourquoi ils puent? Peut-être qu’il ne se dit pas que des gens seront assez stupides pour éjecter des pauvres d’un musée sous prétexte qu’ils puent? Peut-être qu’en vous lisant, ils sera aussi abasourdi que moi?

      • sylvie said

        un seul mot: bravo! 🙂

      • hs4020 said

        J’en arrive à supposer que s’ils ne cessaient de s’interpeller bruyamment, de s’invectiver ou d’invectiver les visiteurs, d’avoir n’importe quel comportement considéré comme inconvenant dans un musée cela n’aurait eu aucune importance parce qu’ils sont pauvres et que les pauvres c’est une sorte de vache sacrée intouchable qui ne doit surtout pas s’accommoder des codes petits bourgeois qui ont cours dans ces lieux d’étalage de la culture bourgeoise

      • hs, je n’ai qu’une chose répondre: il y a sur mon blog un article qui explique pourquoi les courageux anonymes ne sont pas les bienvenus sur mon blog.

        Merci de ne plus y venir donc, si c’est avec un tel courage pour dire de telles énormités.

      • David lems said

        On peut se poser une autre question, est-ce parce que ces gens « puaient » qu’ils ont été éjecté ou parce qu’ils étaient « pauvres » ? L’article semble se tourner vers la première option. Dans ce cas, je ne vois pas où est le problème, ce n’est pas vraiment discriminatoire en soi, puisque comme Anne le dit, la puanteur n’est pas un monopole de la pauvreté.

      • annelowenthal said

        Sauf qu’on n’a jamais vu un riche éjecté pour cause de puanteur…

      • Bernard Halleux said

        Pour les « gens » « emmenés au musée : si on leur avait demandé leur avis : un douche ou une visite du musée ?…

      • annelowenthal said

        Il faut vraiment avoir quelque chose de tordu pour imaginer une question pareille…

      • David lems said

        « Sauf qu’on n’a jamais vu un riche éjecté pour cause de puanteur… »
        Vous voulez dire qu’ils ont été éjectés parce qu’ils étaient pauvres donc ?

      • Disons que ça, on n’est pas en mesure de l’affirmer. Ce qui est sûr, c’est que s’ils avaient été riches, ils auraient continué leur visite.

      • David lems said

        Donc un pauvre puant ne peut pas continuer la visite mais un riche puant bien ? Donc, ce n’est pas la puanteur qui fait la différence mais bien la richesse…

      • Jacques Iboudsen said

        Un seul mot : rires !

    • Oui, mais si on le dit, on nous dira que c’est un procès d’intention… 🙂

  2. marc d said

    Même les fabricants de brosse à dents n’en recommandent pas plus d’une tous les trois mois… 😉

  3. Excellent Anne, et vraiment drôle !

  4. Beniguillou said

    Très bien écrit.
    Tellement vrai. Car c’est évident que c’était plus leur pauvreté qui gênait les gens. L’odeur n’est qu’un prétexte. Aurais je été aussi stupide que ces bien sentant, j’ose espérer que non

  5. Arlette said

    Chaude, l’eau !

  6. A reblogué ceci sur maximeguilmot and commented:
    y’a du vrai!

  7. Dim said

    « Le pire c’est que la famille a trouvé ça normal.Ces gens sont tellement habitué à être exclus de tout que finalement ils ne s’insurgent même plus. »

  8. Stéphane Vanden Eede said

    Anne, n’était ton quasi-PTBisme, tu es désormais en odeur de sainteté !

  9. C’est assez dingue cette histoire. L’article en question est un AFP d’ailleurs largement repris ailleurs. Mais les commentaire sont partout du même acabit, idem sur mon mur FB… Comme-ci cette question de la « senteur » transcendait toutes les autres, comme si le crime de mauvaise-odeur était devenu, dans ce monde un peu délirant, à ce point insoutenable qu’il autorisait les citoyens-juges à ne plus admettre aucune circonstance atténuante. Un monde où le Fébrèze tient lieu d’encensoir, où l’Axe Apollo doit être brandi comme un trophée… « Pauvre, d’accord, mais pas puant, hein !? Enfin quoi, un peu de dignité… ». Bref, un monde aseptisé où seule la richesse suscite l’intérêt et le respect puisque c’est bien connu, l’argent, lui, n’a pas d’odeur…

  10. Jacques Iboudsen said

    L’article est amusant (ça c’est pour la forme). Le fond, par contre, rien… Manque d’inspiration ?

    Demain, Anne écrira peut-être un post sur les commentaires du site de la Dernière Heure et fera à nouveau montre de son droit de l’homisme qui ressemble à un TOC ou un fonds de commerce, c’est selon.

  11. barbara said

    Une chose est sure : les odeurs corporelles sont malvenues dans notre société. (Suffit de voir l’immensité du rayon déo.)
    C’est comme ça.
    Alors pourquoi s’étonner que, lorsqu’elles sont « anormales » (au vu de notre norme rabaissée à son minimum), on s’en émotionne?

    Même si c’est délicat, et qu’on touche au difficile problème de l’accès à la culture, ne faut-il pas tout de même sensibiliser les « malodorants », de quelqu’ origine qu’ils soient, au fait que lorsqu’on accède à un lieu un peu « sacré » -et je pense que c’est un qualificatif que tout amateur d’Art aimerait qu’on attribue au musées- il faut adopter des comportements adéquats tel le silence par exemple… et pourquoi pas la propreté?

    Oui , c’est délicat .
    Et peut-être trouverez-vous que je m’éloigne du sujet en abordant l’histoire sous l’angle du « sacré »…

    Par ailleurs, on pulvérise des parfums immondes (pourtant savamment étudiés) dans les galeries commerciales.

    Z’avez été récemment au « city2 » ? Il y plane une infernale odeur de gaufre cuite, sensée encourager notre frénésie d’achat.
    La seule chose que ça m’évoque , c’est l’idée de la pollution que représente toutes ces petites particules synthétiques dispersées dans l’atmosphère … s’insinuant dans mes poumons et agressant mes follicules d’une manière que je soupçonne …nuisible!

    Oui, notre rapport à l’odeur est complexe… et très intéressante.
    Si vous avez un bouquin à me conseiller qui traite de ce sujet, je suis preneuse!

    Je vous embrasse.

    et merci à Anne de donner toujours place ici à un débat intérresant 🙂

  12. Nicolas Esprime said

    « Dans les minutes qui suivent, mes voisins quittent leur place pour aller s’asseoir plus loin… »
    http://www.barthelemytoguo.com/2oeuvres/3performances/transit.html

  13. barbara said

    intérressant tout ça!

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