Travailler pour la collectivité, pas contre elle.

avril 27, 2013

On s’en doutait, on savait même d’où ça viendrait: voilà que le MR nous ressort l’idée de forcer les chômeurs à rendre des services à la collectivité.

Je rends déjà des services à la collectivité. Comme bien des chômeurs, j’aide mes amis, je leur épargne un fric monstre en les dépannant pour leurs enfants, en étant présente pour des fournisseurs, en visitant leur grand-mère, en faisant les courses de leurs voisins, en étant là en cas de coup dur, etc etc. J’aide aussi des gens qui ne font apparemment pas partie de la collectivité aux yeux de certains, puisqu’ils sont à la rue.(1) Bref, je fais déjà ce que certains (les mêmes « certains ») envisagent de m’obliger à faire.

Vous me direz, c’est pas le cas de tous les chômeurs et vous aurez bien raison. Je vous répondrai alors que travailler pour un salaire, c’est pas le cas de tous les salariés, dont certains sont par exemple plus présents sur Internet pour défendre la mesure précitée que devant leurs dossiers à boucler. Et je ne vous parle même pas de tous ces boulots inutiles et de tous ces boulots qui nuisent… à la collectivité!

Pour me motiver

Et voilà qu’aujourd’hui, l’idée se répand à nouveau. Après tout, chômer est un privilège. Y a des gens qui travaillent pour me permettre de toucher un « salaire » (sic) sans rien faire. Il faut me motiver, m’aider à maintenir le rythme, me donner envie!

Et donc pour me motiver, on veut me faire faire des travaux ingrats dont certains m’attireraient bien s’ils me permettaient de boucler mes fins de mois.

Et donc pour me motiver, on me fait croire que je touche bien assez pour mener une vie pépère devant ma télé. (2) Pire, on le fait croire à tout le monde et pour bien des gens, ça marche!

Et donc pour me motiver, on me fait croire que mon chômage n’est pas une indemnité, qu’on est en situation de plein emploi (3) et qu’il est normal de me payer 6,5 euros de l’heure (parce que j’ai la chance d’être chômeuse isolée, sinon ça serait 2,6!) pour rendre service à la collectivité au lieu de traîner pépère devant ma télé.

Et en plus, pour achever de convaincre le plus grand nombre, on nous assène qu’on n’a pas les moyens de créer ces emplois qui rendraient rudement service à la société. Ce qu’on oublie un tout petit peu, c’est qu’un chômeur, il a perdu son emploi, pas son cerveau. Et que s’il a c’est vrai un peu de temps pour lui, il le consacre aussi à réfléchir. Et un chômeur qui réfléchit, c’est souvent à sa situation. Et donc un chômeur, souvent, il sait pourquoi il n’a pas d’emploi. Et où est l’argent qui manque pour en créer. Ce qu’il n’a toujours pas compris, c’est pourquoi certains s’obstinent à le laisser faire des petits sans qu’il ne contribue à ses allocations, comme doivent le faire tous les salariés de Belgique.

Mauvaise idée pour tout le monde

Je suis chômeuse. Et si j’exerce un emploi un jour, c’est pour baisser les statistiques du chômage, pas pour les augmenter. Je m’explique:

– Admettons que je rende des services à la collectivité. Enfin non, ça, je fais déjà. Admettons qu’on m’y oblige. Je ferai donc des choses qui sont tellement utiles à la collectivité que la collectivité estime qu’elle peut m’obliger à les faire. Des choses qui sont d’ailleurs déjà exercées par certains salariés, mais bien trop peu de salariés. Donc, je ferai pour quelqu’un (la collectivité) un boulot qu’elle n’aura pas à créer.

– Que la collectivité n’ait pas de boulot à créer, c’est un peu un rêve. Ca voudrait dire que la collectivité a fait son travail pour la collectivité. Et que la collectivité ne ment pas quand elle me dit qu’elle veut baisser le nombre de chômeurs, ce qui est d’ailleurs aussi son travail.

– Mieux, je ferai pour quelqu’un (la collectivité) un boulot que la collectivité ne mettra pas un mois à envisager comme une nouvelle aubaine d’employer des gens à bas prix. Je serai une vache de concurrence pour le mec qui fait le même boulot mais pour un salaire. De là à ce que ce mec soit licencié et puis forcé à refaire la même chose en touchant des allocations de chômage, il n’y a qu’un pas dont nous ne doutons pas que certains (toujours les mêmes « certains ») s’empresseront de le franchir.

– Mieux encore: en me forçant à travailler pour la collectivité, on me rangera dans une toute nouvelle catégorie de travailleurs: les travailleurs qui travaillent au tarif mensuel de 1000 euros par mois (400 s’ils sont cohabitants). Une bien bonne nouvelle pour tous les salariés, qui verront là un nouveau moyen de pression sur leurs salaires. « Ca ne te convient pas? Ne te plains pas trop fort, y a encore pire! » « Tu exiges un salaire décent? Mais il est décent, regarde, y a des gens qui ont 6,5 euros de l’heure, voire 2,6! » (4)

Bref, je refuse de collaborer à un système qui nuirait à ma collectivité.

Et comme le disait judicieusement un de mes amis ce matin:  « Je connais une super façon de faire travailler les chômeurs, c’est de leur proposer du travail »

(1) et (2) : Rappelons que pour pouvoir travailler bénévolement, un chômeur doit y être dûment autorisé moyennant certaines strictes conditions, son temps étant trop précieux : il doit le consacrer à chercher un emploi

(3): Rappelons qu’en Belgique, il y a actuellement entre 20 et 30 demandeurs d’emploi pour 1 proposition d’emploi

(4) : Rappelons que si les allocations de chômages sont descendues, c’est pour que, n’ayant pas assez pour vivre, les chômeurs soient motivés à chercher un emploi

5 Réponses to “Travailler pour la collectivité, pas contre elle.”

  1. GinTonHic said

    « Je connais une super façon de faire travailler les chômeurs, c’est de leur proposer du travail »

    À cette extraordinaire phrase, j’ajouterais : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué!

    C’est la roue qui tourne : on supprime les emplois, mais on veut que les chômeurs travaillent. D’un côté, on cherche à créer de nouveaux emplois; de l’autre côté, on coupe. On ne s’en sortira jamais.

    Les propriétaires d’entreprises et les actionnaires en veulent plus dans leurs poches. La façon la plus facile de réduire leurs dépenses est de supprimer des emplois. Que ces coupures aient un impact socio-économique sur la région, la province, le pays, est le moindre de leurs soucis. Que les impôts augmentent pour pallier au fait que les chômeurs contribuent beaucoup moins au financement de services tels : assurance-emploi, régimes de rente, système de santé, etc., ils s’en balancent; c’est la classe moyenne qui finit par payer tout. Qu’il n’y ait plus d’argent dans les fonds de pension de gens qui ont trimé dur toute leur vie, ça aussi ils s’en balancent. Ils n’en ont pas besoin, leur entreprise les fait vivre plus qu’adéquatement.

    Ce n’est pas seulement en Belgique que cette situation se vit. C’est partout.

    Je ne sais pas s’il est possible de freiner cette roue? Je voudrais dire oui mais j’ai de gros doutes.

  2. C’est comme le trou beant de la secu…on s evertu a le combler a coup de mesures visant a ponctionner de l ‘argent partout ou l’on peut en prendre,y compris en déshabillant pierre paul jacques pour habiller jule…au final tout le monde s est retrouvé a poil et le trou de la secu continu de s elargire…

  3. greg said

    Entièrement d’accord avec toi, et ton concept d’aide à la collectivité. Je pense pareil, et je l’ai écrit dans un billet: http://www.antredugreg.be/mais-je-suis-faineant-coup-de-gueule-dun-chomeur/

    Il y a aussi une chose que je ne comprends pas, parce qu’avec l’évolution technologique, on est en train de passer une superbe opportunité. La robotisation est partout, et remplace de plus en plus de jobs, jusqu’aux place dans un conseil d’administration. Pourquoi ne pas profiter de cette opportunité pour repenser le concept même de l’emploi? Réfléchir à un revenu de base? Parce que même si on mettra des chômeurs au travail en leur faisant balayer rue ou autre, les machines capables de le faire arrivent, et couteront au final moins cher que de filer une maigre compensation à un chômeur.

    Marre de cette stigmatisation du chômeur. Marre de voir ces politiques qui ne voient pas plus loin que leur bout de leur nez, et n’anticipent rien. On est plus au siècle dernier, faut évoluer les Messieurs Rétrogrades qui se disent réformateurs.

  4. Mélusine said

    Sans compter que « obliger » des gens à travailler pour rien et plutôt contre leur gré signifiera automatiquement qu’il faudra contrôler tout cela – donc engager des contrôleurs.
    Et peut-être aussi des gens pour contrôler que les sociétés qui demandent ces bénévoles n’ont pas les moyens d’engager?
    Bref, c’est une mesure d’une stupidité et d’un populisme incroyable (qui ne sera pas applicable en plus, d’après ce que j’ai entendu hier – une histoire de sous que les régions n’ont pas pour contrôler, justement)

    Et pendant ce temps, quand tu es sans-emploi et que tu veux travailler comme bénévole, c’est la croix et la bannière (comme tu le dis dans tes notes…)

  5. Vincent Van Impe said

    Faut en finir avec l’emploi, c’est vraiment une merde …

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