Belgrade à 4 mains (En grasses: mon frère Xavier)

juillet 22, 2013

Jeudi 25 juillet

Alors hier, il ne s’est rien passé de spécial. Wittgenstein aurait pu dire: “quand il n’y a rien à dire, il faut le taire”, mais je doute que ma soeur Anne soit capable d’une telle abnégation.

Mon frère aime douter, c’est un sport pas trop fatigant, faut dire. Vous noterez simplement que là, c’est lui qui entame le billet du jour.

Enfin, tout de même: hier matin (vers midi, dès potron-minet, à l’heure du réveil), j’ai accompagné Kosta et sa maman à l’école maternelle du premier. Dès la maternelle, au pays de l’émancipation, il existe des pédagogies alternatives. Bon, ça sentait la crèche comme dans toutes les crèches, mais on entendait les enfants chanter en choeur et sans fausse note, accompagnés à la guitare, tandis que nous devisions avec la fondatrice-directrice, trop heureuse de revoir un de ses anciens élèves (on va rarement, il est vrai, à la rencontre de nos anciens professeurs de maternelle, alors qu’en fait ils sont très curieux de savoir ce qu’on est devenus. (Tiens, ça me rappelle l’anniversaire de 90 ans de soeur Camille, auquel je m’étais rendu par hasard. Ainsi, cette personne incroyablement vieille pour moi, quand j’avais deux ans, était toujours aussi vieille quarante ans plus tard, et toujours en vie. La vieillesse, ça conserve. La bougre m’a reconnu immédiatement… Ou alors, forcément sénile, elle m’aura confondu avec ma soeur: “ah, toi, toi, tu étais un fameux drôle! Ahlàlà! Un malin! Un malin! Une vraie graine de voyou!”))

Kosta est devenu un pianiste virtuose, mais il se destine à la faculté de médecine (faut dire que, la vie bohème, il a dû en bouffer, le pauvre).

Dans la foulée, comme Ivana devait récupérer des résultats d’un examen ophtalmologique, et que l’éminent professeur-chirurgien à Moscou était là, on m’a offert un examen complet de la vue, du fond de l’oeil, etc. L’éminent chirurgien a formellement déconseillé l’opération dans mon cas, a vérifié la pression oculaire qui était bonne et m’a donc recommandé un examen sanguin, et je me suis payé des mégalunettes pour pouvoir dessiner (voir d’un seul coup à la fois loin et tout près, c’est une nécessité dans le dessin, mais c’est horriblement cher en Belgique). L’examen a été entièrement gratuit. Un reliquat du communisme. Donc ce matin, on est allé en bande prélever notre sang, Ivana, Jaki et moi et, dès demain, les professeurs de la faculté vont nous interdire le café, le sucre et l’alcool…

La prise des mesures pour le réglage des lunettes a été très agréable: la petite ophtalmo était typiquement du modèle serbe, ravissante, et il fallait la regarder dans les yeux tout le temps, et elle devait prendre des mesures dans tous les sens, la largeur de mon nez, l’écartement de mes pupilles, la hauteur de mes noreilles, que sais-je… et ça a fini en fou rire charmant.

Étant la plus jeune des adultes, je ne suis bien évidemment pas concernée par tout ça, je n’ai donc rien à ajouter.

Après force burek (vous en trouverez dans n’importe quelle épicerie turque de Bruxelles, et c’est une excellente alternative au samossa) on est partis en exploration avec Anne. Elle voulait photographier le pittoresque de la misère, pour changer. Moi je voulais en profiter pour faire quelques dessins. Las, le marché matinal, vers 16h, était déjà presque vide… Ces gens ne travaillent jamais… On a donc visité les terrasses.

C’est à dire qu’on a exploré la ville sous 40 degrés. Il a donc fallu s’abreuver. Et comme il y a beaucoup de terrasses ici (en fait, il y a des terrasses et c’est presque tout), on en a profité.

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En plus, ici, impossible d’abuser. Vous buvez, ça ressort par les pores. Ça a un côté pratique: il est IMPOSSIBLE d’être élégante, de rester coiffée (et comme je ne me coiffe déjà pas beaucoup, j’ai tout à coup une excuse) et fraîche.

(Le lecteur attentif ne manquera pas de constater une contradiction dans le paragraphe ajouté ci-dessus: comment font-elles, alors, pour être bombasses, Anne?) Le docteur te l’a dit: elles se font vomir! (ptêt, mais elles sont tout de même ravissantes, parfaitement maquillées et coiffées, même si elles boitent sur leurs longues jambes équipées de talons kilométriques.) C’est vrai. Et la souffrance se lit sur leur visage émacié à chaque ondulation savamment calculée et néanmoins maladroite. Mince alors… moi qui croyais qu’elles me souriaient… Tu confonds “grimacer” et “sourire”. D’où ce charme que tu te prêtes. (Ma soeur m’a tout appris…) Chien-boudin.

Et puis, le soir, on s’est rendus au fameux Mixer Home, dans le quartier du port, en passe de devenir total hipster branchouille grâce au travail d’Ivan, son directeur. Bon, pour l’heure, les expos de design des balkans ont, pour des raisons phynancières, cédé le pas à une présentation de la collection 2014 de All Star, mais le lieu est impressionnant.

Ivan (un autre que le voisin) a plein de qualités. Il est innovant, il parle français et il offre les consommations. J’aime beaucoup les Ivan.

Tous ce quartier de magasins et de hangars décrépis est devenu un lieu de sortie, d’expositions d’art con, de design, de mode. Ivan veut reconquérir le Danube, qui n’était qu’une voie d’accès utile pour le transit des marchandises, avant qu’on ne déplace naturellement les ports hors des centres urbains. Il veut maintenant en faire autant avec la gare ferroviaire: la déplacer en périphérie, ce qui permettrait de retrouver les rives du fleuve, aujourd’hui coupées de la ville par les voies et les convois.

Nous sommes allés voir une expo sur la Yougoslavie. Le pays d’avant, quoi. Ils ont récupéré plein d’objets, meubles, aliments etc de l’époque et ont reconstitué les décors d’alors. C’était chouette. On se serait cru dans un appart de Saint-Gillois aujourd’hui!

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C’était un peu le musée de la vie rurale, version sixties urbaines. On voit bien que la Yougoslavie de Tito n’était pas peu fière d’être résolument moderne, industrialisée, en plus d’être communiste et autogestionnaire. (Je me suis laissé dire que, la Serbie étant sécessionniste par rapport à Moscou et Pékin, non-alignée avec Nasser, ça arrangeait bien les ricains, cette division du bloc communiste, et qu’ils n’auraient pas ménagé leur soutien à la Yougo de Tito… Allez savoir. En tous cas, hormis le côté nostalgique et tout ce qu’il revêt de jolis attraits, la Yougo de Tito avait l’air riante et heureuse. Il parait aussi que l’autogestion a conduit à des problèmes de presbytie: les ouvriers et les cadres autogestionnaires auraient eu du mal à considérer le long terme et votaient la distribution des bénéfices plutôt que l’investissement… Mais il me semble que l’âme humaine est ainsi faite, universellement: “un tiens vaut mieux que deux, tu l’auras”, dit l’adage, et quelque soit notre niveau d’éducation, entre 100 balles aujourd’hui et 300 dans un mois, nous sommes nombreux à pécho les 100 balles et puis ciao.)

Publication du communisme titiste des années '70

Publication du communisme titiste des années ’70

Bref, hier, c’était une journée assez calme. Mais on se rattrapera, promis!

 

Mercredi 24 juillet, jeudi matin

Hier, après la visite de Lenka, nous avons poursuivi notre étude anthropologique à la plage, tandis que les enfants pédalaient. On ne pouvait certes pas se contenter de l’échantillonnage d’un seul jour. Il faut de la méthode, un minimum d’esprit scientifique, si l’on veut éviter la posture du touriste épris d’exotisme. Nous n’avons pas pu comparer les dosages et les vertus des mojitos du mercredi et du lundi: ils n’avaient pas de mojito au bar qu’on a choisi.

Mais il n’y avait pas de la musique ringarde boum boum. Par contre, on nous a interdit de fermer le parasol, pour une raison très précise: le patron ne veut pas, “C’est comme ça, c’est la Serbie”.

Le sex-on-the-beach était parfait. Point de Jelena non plus. Nous avons donc testé la Lav, qui est tout aussi rafraîchissante.

L’eau du “lac” ressemble à de la soupe chaude. Les filles sont toujours aussi jeunes et jolies, et toujours accompagnées de footballeurs bodybuldés.

L’eau du lac est certes un peu tiédasse. Mais elle fait beaucoup de bien quand les seuls francophones de Serbie à part vous s’installent sous le parasol d’à côté avec leur petit Dylan, qu’ils éduquent à coups de “Si tu continues avec ces cailloux, je te frappe!”

A la plage, j’ai continué mes observations scientifiques du genre serbo-humain. La mode chez les filles à la plage, outre le bikini porté en string, est le mini-short en jeans négligemment ouvert sur le nombril (en fait, elles ne savent pas le fermer, du coup, elles ont fait une mode du short ouvert, ces grosses malignes).

L’un de nos ados adorés est d’ici. C’est le fils d’Ivana et Yaki, beau gamin de 16 ans qui attire les jolies filles comme des mouches. Et qui les tient par l’épaule en nous disant, en français, “celle-ci est sympa, mais elles sont toutes un peu connes”. Sa maman attend avec impatience le moment où l’une d’elle se souviendra qu’elle a eu des cours de français à l’école…

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Le soir, nous avons rejoint quelques amis à qui nous devions remettre des exemplaires de Metakatz (un livre, un chef-d’oeuvre, auquel des Serbes ont contribué, qui paraîtra en octobre dans toutes les bonnes librairies (éd. La 5e Couche, 5c, 24 euros.) Nous avons ainsi revu Jole et Prota, de Skart, ainsi qu’un architecte de Lisbonne, grand lecteur de bande dessinée, qui a tout de suite compris de quoi il retournait en feuilletant le livre). Il y avait encore un chirurgien orthopédiste à qui j’ai voulu montrer mes genoux (il a, paraît-il, une manière toute particulière de les ausculter, en marmonnant à toute vitesse, en latin, ses cours de médecine, et a un diagnostic imparable.) et qui m’a dit, sans rien ausculter: tes genoux sont parfaits, va plutôt montrer ton coeur à mon ex-femme (la prof de cardiologie que nous avons rencontrée lundi). Ce matin j’ai rencontré presque par hasard un éminent professeur d’ophtalmologie qui, après auscultation, m’a refait le même diagnostic: “je te fais une prescription pour des nouvelles lunettes, mais va voir plutôt la cardiologue”… Du coup, demain, je me tape une prise de sang dont je montrerai les résultats à la cardiologue, et j’espère qu’on me laissera continuer de mener ma vie saine de bâton de chaise (les bâtons de chaise ont des vies très saines).

J’espère aussi, parce que si en plus il doit mener une vie saine, il va être réellement insupportable.

En rentrant, nous avons trouvé les enfants chez le voisin qui les avait recueillis parce qu’ils étaient rentrés plus tôt que prévu et qu’ils n’avaient pas la clé. C’est ainsi que nous avons fait la rencontre d’Ivan et de sa femme. Il a tenu à nous faire goûter son paprika farci (délicieux!) et de la slivovic, du raki, du cognac, etc. J’ai naturellement mis rapidement un terme à cette débauche et suis rentré d’un pas décidé. Là, j’ai trouvé les enfants très éveillés et euphoriques. Le statut rédigé par Anne à pas d’heures suffira à rendre compte de l’esprit de la nuit:Comme les enfants avaient oublié la clé, ils ont fait la connaissance d’Ivan, le voisin de palier, qui leur a servi à boire et à manger, puis qui nous a servi à boire et à manger et là, on lui sert à boire et à manger et ça risque d’être un peu long, parce qu’il vient d’aller pieds nus nous acheter à manger et à fumer, ce qui fait qu’on va sans doute lui offrir à boire pour le remercier, chose qu’il tiendra à saluer en nous invitant pour un verre chez lui, avant de nous raccompagner chez nous, où il restera sûrement de quoi se préparer un petit frichti qu’on devra arroser.

Heureusement, le magasin est ouvert toute la nuit.

Là, il raconte un truc super important et comme c’est super important, il le fait en serbo-croate, parce que ça lui tient à coeur et ça ne sort pas aussi bien en anglais. Ça risque de lui donner soif, mais je suis en train de vider la bouteille pour passer le temps, le contempler et tenter d’oublier qu’il a oublié sa femme de l’autre côté du palier, donc on devra peut-être aller en rechercher une. On prendra peut-être un truc à grignoter au passage.” que je commentai comme suit: « je confirme ce récit. personnellement et sagement, je me suis couché dès que nous avons migré de l’appartement d’Ivan au nôtre. (en fait, je voulais les laisser tous chez Ivan, mais je n’avais pas fait trois pas vers ma chambre qu’ils étaient tous dans notre appartement, Ivan aussi, entonnant un chant soviétique façon mystère des voix bulgares). J’ai tenté de raisonner les enfants, encore debout à mon arrivée, tous d’une étrange bonne humeur exaltée, et j’ai compris que la générosité d’Ivan n’avait pas de limite d’âge… dieu sait ce que les enfants ont bu… (nous, c’était piva, slivovica, whisky, spritzer, slivovica, whisky, cognac…) bref, je n’ai pas la moindre idée de l’heure à laquelle ils sont allés se coucher, j’ai entendu longtemps des chants, des pleurs, des rires, des pleurs encore, des cris, des serments, des larmes… ahlàlà, ces slaves… et vlà que, tout à coup, anne trouve les serbes très à son goût… et je me suis endormi dans un bouge dostoïvskien enfumé, avec concours de vodka et les tarpans galopant dans la toundra.« 

Il exagère. On a bu de l’eau de vie de coing. Et on a mangé des bananes au chocolat. Et on a beaucoup fumé. Et puis on a dormi. C’est vrai qu’Ivan avait la voix tremblante en racontant des trucs en serbo-croate à Yaki, mais c’est parce que j’étais à côté de lui.

Ce matin, c’est farniente, une activité à laquelle tout le monde ici (dans cet appartement) semble rompu. Les enfants jouent à “pays-ville”, nous on tape ce blog. Bref, nous sommes en autogestion. L’autogestion, c’est LE truc émancipatoire du maréchal Tito: tout le monde gère l’entreprise, façon coopérative, tout le monde prend part aux décisions concernant les rémunérations, les investissements, l’organisation… un système que certains réinventent parfois, quand les patrons se barrent pendant la crise (l’hôtel Bauen, à Buenos-Aires, par exemple.) Pour poursuivre dans l’émancipation, on va bientôt planter les enfants et on ira se balader chez les roms du marché, puis on rejoindra les hipster de Mikser (un festival, un lieu, un quartier, façon Recyclart à Bruxelles, mais en nettement plus branchouille. Un croisement improbable de Recyclart et d’un concept store du Châtelain.)

En fait, le farniente dans un appart avec 5 enfants, c’est insupportable. Ils gueulent, ils ont faim, ils veulent faire les geeks, comme si on allait sur Internet en vacances. Mais bon, dehors, il y  a 39 degrés à l’ombre. Et comme dit sagement mon frère (il faut donc que je le souligne parce que c’est rare): nous, on s’en va et tant pis pour eux.

À propos d’autogestion, une confirmation: la pauvreté rend écolo. On récupère tout, même l’eau qui s’écoule des systèmes d’aération. Tout est consommable ou revendable au kilo. Les Roms fouillent les poubelles et revendent leurs trouvailles au marché. On ira voir ça aujourd’hui pendant que les enfants traîneront devant leurs écrans, ces biesses.

Anne semble découvrir la poudre. Il y a quelques années, avec Séverine, une clown franco-belge, on avait voulu fonder le PP (parti des pauvres) en soulignant leurs vertus durables: ça ne pollue pas, ça ne consomme pas beaucoup, ça emprunte les transports en commun, ça ne roule pas en ferrari ou en hummer, ça se renipe chez les fripiers… (même si ça ne consomme pas bio, max haevelaer ou éthique). La pauvreté, c’est la même chose partout. J’en causais ce matin avec un gardien du jardin botanique, fermé depuis un an pour rénovation (et ils n’en sont nulle part): ici, les ¾ du salaire se barrent dans le payement du loyer et, pour le reste, on vit à crédit. Comme quoi, la pauvreté, si c’est pittoresque, ce n’est pas forcément exotique.

Ivana me disait hier: “Du temps du socialisme, on disait que tout allait s’écrouler avec le socialisme, les gens jouissent et consomment, on se demande qui travaille. Aujourd’hui, avec le capitalisme, c’est pareil. Il y a donc un espoir que tout s’écroule”.

Hier soir, j’ai appris une nouvelle manière d’entrer en contact avec l’autochtone. La langue fait souvent obstacle, hélas. Il y a une formule, que je n’ai pas encore eu le temps de vraiment tester (ce sera pour ce soir): “mogu datibudem sponzor?” qui pourrait se traduire par “pourrais-je vous sponsoriser?” Le sponsoring est LA découverte post-communiste de ce pays nouvellement entré (avec zèle) dans l’économie du marché libre. Les filles, enfin: les bombasses, se font sponsoriser par les nouveaux gros pouvoirs d’achat. On voit partout, le soir, des filles splendides aux jambes interminables qui accompagnent des nabots façon sarko, mais bodybuldé, en SUV BMW.

L’économie de marché, ça évolue vite. Il paraît qu’à peine baptisées, les “filles sponsorisées” ont déjà changé de nom: on les appelle désormais les starlettes.

Les enfants sont assez libres. Ils sortent, les plus petits nous rejoignent avant les plus grands et jouent au billard en attendant qu’on rentre. Ici, le billard dans les cafés, c’est gratuit. Vive Belgrade!

Lenka Zelenovic

Mercredi matin, Lenka nous a rendu visite.

Lenka vit avec sa fille de 26 ans et sa maman octogénaire.

Ces trois femmes se partagent trois pièces. La cohabitation est assez explosive. La plupart du temps, Lenka reste dans la cuisine, sa fille, atteinte du syndrome de Williams, dans sa petite chambre et la maman dans le séjour.

Elle a vécu au Kosovo, puis en Slovénie et est revenue au pays quand elle n’a plus été la bienvenue là-bas. Une réfugiée chez elle, en quelque sorte.

Ici, au-dessus des cuisinières, les gens disposent traditionnellement une broderie pour protéger le mur. Elle représente invariablement une femme au fourneau et fait son éloge en des termes que l’on peut traduire comme suit et que chacun appréciera: “Femme, concentre-toi sur ta cuisine”.

Lenka n’aime pas ça. Alors quand elle s’est mise à broder elle aussi, elle a parlé d’autres choses. De sa condition. De choses intimes ou politiques. De choses intimes et politiques, puisqu’ici, ce qui vous torture avant tout, c’est la dèche.

Skart, une association d’artistes, a découvert Lenka en cherchant des brodeuses pour un projet de nos amis Ivana et Yaki. Depuis, Lenka brode et brode encore. Avec des rimes, chose dont elle ne se serait jamais sentie capable avant qu’on ne l’y pousse. Chaque jour. Elle a obtenu un statut d’artiste, ce qui lui permettra de toucher une petite pension plus tard et lui permet de s’occuper un tout petit peu mieux de sa fille, qui a une autonomie d’un enfant de 5 ou 6 ans et de sa mère, qui ne sort plus de l’appartement (“Je sortirai d’ici dans un cercueil”).

Quand je me réveille, j'ai un stress et à la fin de la journée j'en ai 1000 ("2000 maintenant", me précise Lenka)

Quand je me réveille, j’ai un stress et à la fin de la journée j’en ai 1000 (« 2000 maintenant », me précise Lenka)

Lenka sera en Belgique en septembre prochain, si elle trouve quelqu’un pour s’occuper des siens. Le 19, elle fera une performance broderie à l’expo art&marge, Champ Brodé.

Pour découvrir certaines de ses oeuvres, cliquez ici, puis sur « initiatives et performances » – embroideries.

J'ai pris de mauvais remèdes, juste assez pour bousiller mon corps

J’ai pris de mauvais remèdes, juste assez pour bousiller mon corps

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Bientôt, vous et moi serons les fesses à l’air (Allusion à la pauvreté qui gagne du terrain)

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Je regardais facilement dans les yeux de la mort, puis une décharge électrique m’a secouée. (Histoire vraie)

Interlude pictural

La poste

La poste

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L'ancien président de Yougoslavie. Il habite dans l'immeuble de Yaki, ce qui fait que la porte est blindée. Mais c'est tout. On a enlevé le gardien.

L’ancien président de Yougoslavie. Il habite dans l’immeuble de Yaki, ce qui fait que la porte est blindée. Mais c’est tout. On a enlevé le gardien.

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Vestige du socialisme. Les enfants courent librement. La ville est assez sûre.

Vestige du socialisme. Les enfants courent librement. La ville est assez sûre.

Il y a des produits Delhaize un peu partout. Et même un Delhaize! (Et les mêmes verbalisateurs que chez nous)

Il y a des produits Delhaize un peu partout. Et même un Delhaize! (Et les mêmes verbalisateurs que chez nous)

Le relieur. Le seul restant. Octogénaire.

Le relieur. Le seul restant. Octogénaire.

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Roms.

Roms.

Mardi 23 juillet

Le matin, je travaille. Je fais des trucs que je dois faire, quoi. Et chaque matin, j’ai droit au discours de mon frère “Oui mais Anne, t’es en vacances, faut arrêter avec ça”. Bon, moi, je lui rappelle que c’est lui qui paie tout et ça passe, il se tait 3 minutes.

Les vacances avec des geeks continuellement rivés sur leur écran, comme moi en ce moment, les yeux collés à leur smartphone, pour se géolocaliser ou ne pas louper un sms professionnel, moi, ça me gave. mais bon. d’abord je ne paye pas tout: ma banque avance et on me remboursera tout cet argent que je n’ai pas.

Aujourd’hui, on a marché sous 35°. Beaucoup, quand même. On est allés dans des quartiers où on ne serait jamais allés si ont était venus ici seuls. Ivana et Jaki sont nés et ont grandi ici. On déambule, on écoute, on enregistre, on rencontre des gens, chez eux. L’oncle machin, l’amie machine, l’artiste untel. Tous adorables et accueillants, dans leurs petits appartements, leur petit squat, leur petite terrasse.

L’oncle machin c’est le papa d’Irina, qui est assez facile à battre au ping-pong mais qui, pour ses quatorze ans, parle extraordinairement bien l’anglais, qu’elle a appris en regardant les séries sous-titrées. Il y a de plus en plus d’anglophones à Belgrade, et ils apprennent tous en regardant les séries sous-titrées. Le doublage est un crime.  L’artiste untel, c’est Jole, grande éminence du collectif Skart, avec Prota. Skart avait notamment représenté la Serbie à la biennale d’architecture à venise, où leurs balançoires assymétriques et leurs machines à promener les plantes vertes avaient fait sensation. Ils organisent aussi un festival de poésie, ils sont aussi éditeur, notamment de Badiou et Rancière, avec Ivana. On a aussi rendu visite à la dernière fiancée de son papa, Ljilja, qui a une splendide terrasse sur laquelle on a pris le traditionnel spritzer (rien à voir avec le machin branchouille à l’apérol et au prosecco: simplement du vin blanc et du soda.)

La machine à promener des plantes vertes

La machine à promener des plantes vertes

Les enfants suivent, veulent manger tout le temps, ont tout le temps soif. On passe par un dépôt de vêtements. On a peur de se perdre tellement c’est grand, on s’attend partout. On dit aux vendeurs qu’on revient plus tard, on ne repasse pas.

Repasser, c’est nul. Je ne prends que de l’infroissable.

On a pris le bus. Ce qui est chouette, c’est que Ivana est elle aussi pour les transports en commun gratuits, ce qui fait qu’on ne paie pas. On va voir Yaki, qui travaille sur un toit. Vue imprenable sur la ville et au-delà.

Je n’arrive pas à dire merci. Je ne me souviens jamais. Un truc comme “hvala” (le “h” se prononçant un peu comme le “g” en néerlandais, mais moins prononcé).

Il y a des terrasses partout. Et de la musique ringarde partout. “Ils sont en retard d’une guerre, pourtant ils en ont eu plus que nous”, j’ai dit. Et mon frère en rit encore. Faut dire que je suis extrêmement drôle.

(Je profite de cette parenthèse pour vous signaler que mon frère est légèrement éméché et qu’il va donc envahir tout mon billet du jour).

(pas du tout. j’ai chaperonné ma soeur qui voulait boire des coups sur les rives du Danube à pas d’heure, et j’en ai profité pour goûter les spécialités locales et en inventer d’autres: le spritzer, le gin tonic (le goût peut varier d’une contrée à l’autre) et le carajillo serbe: slivovic et espresso bien sucré. Comme, en se garant, on a crevé un pneu, on a découvert que José-Luiz en avait fait autant et qu’il n’y avait pas de roue de secours, alors je pouvais boire un peu.)

Ici, les gens qui travaillent touchent en moyenne 250 euros par mois. Ce qui fait environ 27.000 dinars. Ce qui n’est vraiment pas beaucoup, même si pas mal de choses sont vraiment moins chères que chez nous. C’est la débrouille. Quand les containers ne sont pas enterrés, on voit des gens fouiller dedans. Certains ramassent des cartons qu’ils revendent au kilo (des gens laissent des cartons près des containers enterrés). On a vu une vieille dame assise sur le pas de sa porte apostropher les passants pour leur proposer de pauvres géraniums en pots.

J’ai parfois l’impression que ma soeur redécouvre le grand autre. Aujourd’hui elle m’a dit, enthousiaste, comme on passait dans un quartier populaire comme il s’en trouve dans toutes les grandes villes: “oh regarde, c’est joli, on dirait les faubourg d’Asunción, toutes ces enseignes peintes, ces maisons basses, ces fils électriques entrelacés, ces terrasses bricolées!” (Il ment. Je n’ai pas dit ça. Il aurait bien voulu, pour ne pas avoir à le penser lui-même).

Ce soir, on est allés boire un verre sur un port. Mon frère a roulé sur un truc bidule qui se relève pour bloquer l’emplacement de parking. J’ai dit “tu vas crever un pneu”. Il a crevé un pneu. J’ai dit “Je t’avais dit que tu allais crever un pneu”. J’ai pas insisté vu le regard lancé. La roue de secours est foutue. Bref, on a bu et on est rentrés en taxi. On a rudement bien fait de crever un pneu, parce qu’il y avait un contrôle de police sur la route du retour.

En somme Anne est très fière d’avoir démontré, s’il le fallait, le caractère performatif du langage (et bien sûr, elle en conclut qu’elle est visionnaire), mais comme ça nous a permis d’éviter un contrôle de police avec un peu d’alcool dans le sang et pas de roue de secours, je ne lui en veux pas trop. Je suis un cool frère.

Belgrade n’est pas vraiment belle. C’est un mélange étrange d’ancien rutilant, d’ancien en ruine, d’ancien bombardé et de nouveau du siècle dernier décrépi. Il y a des églises orthodoxes, plein. De plus en plus, nous dit Ivana. Il y a du beau, du moche, les deux se côtoient sans vergogne, ce qui en fait rend tout un peu moche. Mais ce qui met les belles choses en valeur, aussi. Depuis les terrasses, on voit d’autres terrasses. Il y en a de très belles. Ca sent fort le nouveau riche. Ivana nous explique qu’après la guerre, tous les noms des rues ont été changés. Les noms communistes sont devenus capitalistes. Sans cérémonie. Ce qui fait que bien des gens disent qu’ils habitent, par exemple, le Boulevard de la Révolution, alors qu’en fait ils habitent le boulevard du Roi Machin, mais on ne les a pas mis au courant. C’est un peu confus, quoi. Comme la ville.

Sur ce point, les immeubles bombardés en moins, Belgrade ressemblerait bien à Bruxelles. Depuis le toit de l’immeuble de Jaki, on peut voir toutes les campagnes alentour. Il y a du moche et du beau mélangé partout, donc il y a du beau partout. C’est comme les filles serbes. Il y en a de belles partout. Et à leurs côtés, les mecs sont de vrais faire-valoir. Aujourd’hui, on a un peu flâné. Mais demain, on vous donnera du lourd: on retourne à la plage.

Lundi 22 juillet

Quand j’étais petite, on me prenait souvent en photo. Faut dire que je fréquentais pas mal les endroits touristiques et l’aéroport de Zaventem, parce qu’outre de la famille Argentine en visite, j’allais beaucoup y accompagner/rechercher mon papa.

Je dois figurer dans plein d’albums japonais, parce qu’ils adoraient immortaliser la mignonne petite chose que j’étais.

J’ai donc eu mon heure de gloire, moi aussi, ce qui fait que j’ai survécu stoïquement à cette seconde journée à Belgrade, sur une plage bondée de jolies filles hyper bronzées qui s’y baladent en bikinis hyper trop petits, les fesses hyper rondes à l’air, le sein fier à peine couvert, aux bras de mecs qui ont tous des airs de joueurs de foot et des looks de joueurs de foot le dimanche à l’heure des croissants. Heureusement, il y a les mamans. Elles, on voit bien qu’elles ont déjà chopé leur joueur de foot. Elles portent de vrais maillots qui couvrent tout.

La première chose qui frappe, quand on arrive à Belgrade, ce sont les résultats des frappes, chirurgicales avec dégâts collatéraux: de grands immeubles totalement éventrés et les vieilles maisons voisines entièrement préservées (comme quoi on ne nous avait menti qu’à moitié: les frappes ont bien été chirurgicales et les dégâts collatéraux étaient de véritables cibles.)

Sur la plage, le mojito est excellent, la Jelna (la bière locale) est bon marché et on ne sait pas où donner de la tête (même si la plupart de ces très jolies filles ont nettement moins de dix-huit ans. Après, mal accompagnées, ça se gâte assez vite hélas).

On m’avait prévenue que les filles ici étaient jolies. On ne m’avait pas menti. Pourtant, elles mangent tout le temps. Et pas du maigre. Elles sont tout le temps en train de manger. Une glace, une espèce de pitta pleine de goulash, des trucs farcis. Tout le temps. Hier soir, une cardiologue m’a dit “elles se font vomir”…

On m’avait prévenu que les filles ici étaient jolies, mais pas qu’elles étaient la plupart du temps nanties d’un type patibulaire gonflé aux hormones qui ne parle pas un traitre mot d’anglais (ce qui ne rend pas les négociations aisées quand le monsieur devient tout rouge pour un regard ou un sourire échangés avec sa belle).

Soit. C’était le premier vrai jour à Belgrade. Deux jours de route, ça méritait bien un jour de rien. Et c’était bon.

Je ne suis pas venue à Belgrade pour voir des Roms. Mais je me suis dit que puisque j’allais à Belgrade, j’irais voir des Roms. Pour montrer aux gens de Belgique d’où ils viennent. Je n’ai pas eu besoin d’aller voir des Roms, parce qu’ils sont partout. Beaucoup d’enfants tout petits qui demandent des sous, vendent des roses, mendient des clopes.

Tout à l’heure, à un carrefour, un Rom a été assez avisé de nettoyer le pare-brise d’une voiture qui avait fait, d’une traite, par temps de canicule, Bruxelles-Belgrade, en traversant l’Allemagne, l’Autriche, la Slovénie et la Croatie. Ma soeur trouvait cela pénible, se voir ainsi forcée de payer un boulot qu’elle n’avait pas sollicité. J’ai pour ma part regretté que la séquence du feu ne fut pas plus longue: je lui aurait fait gratter de son ongle sale les sauterelles écrasées. Enfin, on y voyait mieux, déjà.

Je pensais qu’ici, les gens détestaient les Roms. Encore plus que chez nous, je veux dire. Mais le premier que j’ai vu, un petit garçon qui vendait des roses, la patronne du café où on sirotait l’apéro l’a serré dans ses bras. Ceux qui demandent des clopes en reçoivent. Ceux qui demandent des sous en reçoivent aussi.

Ici comme chez nous, les Roms sont détestés. Mais ici, les gens sont encore plus dans la merde que chez nous (si, si.) et ici comme chez nous on trouve éventuellement un plus faible que soi à qui s’attaquer, parce qu’il est imprudent d’attaquer un plus fort que soi. Un Serbe récemment débarqué à Bruxelles qui croiserait ma soeur ou ses copines s’indignerait sans doute des préjugés qui ont court sur l’animosité union-européenne envers les Roms, parce qu’on voit bien que les Belges sont super gentils et prévenants envers eux, ils leur apportent des couvertures et de la nourriture, ils forcent les portes des maisons abandonnées pour y loger leurs familles… Ici, à Belgrade, nous résidons chez des amis artistes, et ils nous avaient donné rendez-vous hier dans un bar très sympathique où je m’étais déjà rendu avec un ami Rom, et la serveuse du bar, même pas elle a de super longues jambes, la taille hyper fine, d’énormes boops, les cheveux décolorés et un faux t-shirt d&g. On dirait une fille normale.

En fait, ici, c’est comme chez nous. Les gens sont sympas, ou pas.

On est très sollicités. Aux carrefours, en terrasse, quand on gare sa voiture, partout. Un monsieur qui a dégoté un gilet genre “securitas” nous tend son badge et nous indique un tarif. Un autre fait de grands gestes complètement inutiles pour aider complètement inutilement des gens à se garer. Un type lave notre pare-brise. Une petite de 5 ans maxi, plus directe, passe de table en table et demande des sous.

J’ai tout de même expliqué aux enfants que le monsieur avec son badge sécuritas faisait un vrai travail, comme les SDF de la place Sainte-Catherine, et qu’on allait le payer. De toute façon, ma soeur était terrorisée à l’idée de laisser son lourd PC, même planqué sous des couvertures, dans une ville infestée de Roms.

C’est vrai, j’étais terrorisée. Parce qu’on m’a déjà piqué un PC bien planqué dans ma bagnole. A Uccle. Et que maintenant, je n’ai plus un gentil patron pour me le remplacer.

Je n’ai pas pris de photos. Je n’ose pas. Je ne le fais en Belgique que quand ça me devient tellement insupportable que j’explique aux gens que ça attendrira sur Internet, que ça sera efficace pour obtenir de l’aide. Mais il faudra bien que je m’y mette, si je veux montrer. Quand j’irai visiter des camps, leurs maisons.

Avant, m’a dit notre hôte, certains squattaient dans les fondations du bâtiment en marbre en face de “chez nous”. Les voisins râlaient et appelaient la police tout le temps. Puis il y a eu d’énormes appartements pour riches.

(Les voisins appelaient aussi la police pour se plaindre des nuisances sonores: régulièrement, des milices d’extrême droite faisaient des blagues aux squatteurs roms avec des cocktails molotov.)

J’ai des nouvelles de Belgique. De ceux du parc Maximilien. On ne lache pas l’affaire.

Ce soir, je ne sais pas encore où on mange. Mais après, on va boire des verres sur une terrasse au bord du Danube.

Ici, tout s’entend. On entend les voisins parler, se disputer, rigoler. Mais nous on parle français alors on s’en fout.

<photo id= »1″ />Belgrade jambes

7 Réponses to “Belgrade à 4 mains (En grasses: mon frère Xavier)”

  1. Didier Van Mittal said

    Anne chez les cocos :p

  2. Agathe said

    Ton frère a les mains grasses ?

  3. JBR said

    Anne tu n’as rien compris au Tractatus logico-philosophicus…vu que tu ne l’as pas lu ! alors effectivement puisque tu n’as rien à dire ferme-là et ne parles pas des auteurs dont tu es incapable de piger le sens…Wittgenstein n’a pas dit“quand il n’y a rien à dire, il faut le taire” mais « ce dont on ne peut parler il faut le taire » JBR

    • annelowenthal said

      C’est bien de me donner des leçons de lecture, mais alors il faut être exemplaire. C’est dans le titre, pourtant. Je laisse donc mon frère vous répondre😉

  4. le frère said

    oh ben hé on fait une boutade sur wittgenstein et on se fait rabrouer, ici? on peut pas rire avec ludwig?

    • annelowenthal said

      Non mais tu comprends, certains ici se délectent à la moindre erreur. J’ai un tas d’admirateurs qui m’en veulent très fort d’être si fascinés par ma personne. Alors pour une fois que l’un d’eux se trompe d’interlocuteur parce qu’il n’a même pas lu et ferait mieux de la fermer, moi, je suis contente!

  5. JBR said

    Tel que ton frangin l’a exprimé, ça veut dire qu’il faur cacher qu’il ne faut pas  dire(il faut le taire) qu’on a rien à dire…tel est bien ton cas, merci ! JBR

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