Le coup de pied au cul de l’égalité des chances

octobre 19, 2013

Hier, Thierry Willemarck, CEO de Touring et nouveau « patron des patrons » bruxellois, a fait une sortie remarquée dans la presse à propos de l’absentéisme scolaire. Ca parlait de « maghrébins de troisième génération, donc belges », de « culture différente quand même », de « coups de pied au cul » qui manquent à « leur environnement » et de « grand temps que les pères prennent les choses en main », motivés par « un pouvoir coercitif, par exemple une suspension des allocations familiales ».

Là-dessus, tout le monde a réagi, y compris presque tous les partis, plus ou moins virulemment selon la tendance.

Outre la bêtise crasse du propos, que ce soit sur l’analyse (l’absentéisme scolaire s’explique par la culture et l’environnement maghrébins) ou sur ce qu’il sous-entend (les Maghrébins, ces gens qui ont besoin d’un coup de pied au cul/l’éducation, c’est un truc d’hommes à poigne…), ou encore sur la solution envisagée (suspendre les allocations familiales pour motiver les parents à sévir), cette nouvelle saillie nous révèle, y compris dans certaines réaction qu’elle provoque, que notre enseignement n’est pas près de progresser:

– si on considère encore que l’obligation scolaire suffit à faire de notre enseignement quelque chose d’attractif pour les jeunes, sans même songer à ces professeurs qui doivent donner cours à des jeunes qui ne seraient devant eux que par obligation;

– si on pense toujours que l’école ne peut remplir son devoir que par le truchement des parents, alors que justement elle devrait être le lieu par excellence de l’égalité des chances;

– si on continue à faire semblant de croire que tous les enfants ont accès à une scolarité de qualité et que la leur imposer fera de notre société un monde meilleur;

– si on continue à faire semblant que nos écoles se portent bien et dispensent à nos jeunes un enseignement de qualité dans un environnement de qualité, avec des moyens en quantité;

– si on s’acharne, campagne aidant, à tirer tout le monde vers le bas en tenant des discours faciles.

Et ce dernier point est à mon avis le plus grave. Dire à des enfants en décrochage scolaire que c’est la faute de leurs parents, dire à leurs parents qu’ils sont responsables de leur misère (y compris sociale), dire à tout le monde qu’il y a des populations infichues d’éduquer leurs enfants et dans le même temps tenir des discours sur… l’éducation de nos enfants, c’est dramatique. On nage dans l’injonction paradoxale. On est d’une hypocrisie crasse. Et on sait pertinemment que ça marche du tonnerre, parce qu’on sait pertinemment que ce qui manque cruellement à notre société, c’est l’éducation.

L’éducation de tous. Y compris celle de gens qui osent désormais tout dire, puisqu’il est désormais acquis que ce qui compte avant tout, c’est de faire parler de soi, quitte à stigmatiser des populations et tirer tout le monde vers le bas.

Mais bien sûr, il est difficile de lutter pour un enseignement de qualité qui donne les mêmes chances à tous quand dans le même temps, on se fait élire à coups incessants sur les méchants assistés sans leur montrer jamais la moindre intention sérieuse de les tirer de là…

Alors oui, l’absentéisme scolaire est probablement plus important dans certaines populations*: celles des laissés-pour-compte sauf quand il s’agit de gagner les voix des autres. Et si dans ces populations certains manquent du coup de certains savoir acquis à l’école, ils ont par contre mieux que tous les autres compris une chose essentielle: ils sont laissés pour compte et l’école, en tout cas celle qu’on leur propose (impose!), n’y changera rien.

*Lire à ce sujet ce billet De Zakia Khattabi et Alain Marion

2 Réponses to “Le coup de pied au cul de l’égalité des chances”

  1. Steve said

    Le système libéral fonctionne avec des gagnants et des perdants, tout est bien dans le meilleur des mondes libéral. Si chacun dispose des mêmes chances pour faire sa place dans la société, les gagnants perdront leur privilège. Tant que le dogme libéral dirigera nos sociétés, l’égalité restera un attrape-mouche. Si botter-du-cul il y a, c’est celui des patrons qu’il faut égratigner sans vergogne. Que je regrette le temps où les activistes communistes, dans les années 70, visitaient les usines pour informer les travailleurs de leurs droits et leur insuffler le sens et le courage de la révolte.

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