Aux médias charognards

octobre 21, 2013

Un avion s’est écrasé. L’accident a fait 11 victimes.

Leurs familles n’ont pas encore récupéré leurs corps mais elles ont pu les voir sur vos Unes, vos pages intérieures, leurs écrans, vaguement cachés sous des bâches à côté de la carcasse encore fumante de l’avion.

Tandis que certains proches, tétanisés, n’ont pas encore réussi à verser leur première larme, ils peuvent lire des articles sur ce qu’ils toucheront en cas d’indemnisation.

Alors qu’un père ne se demande pas encore comment il se remettra de ça, on lui tend le micro pour qu’il y fonde en larmes.

J’avais vu une des victimes la veille. Et sachant ce qui s’est bousculé dans la mienne, je n’ose même pas imaginer ce qui s’est passé dans la tête des familles quand elles ont lu que quatre des victimes avaient sauté de l’avion en détresse.

Même dans vos forums (ceux que j’ai parcourus), pas un lecteur n’était là pour vous défendre.

Vous avez fait mal à tout le monde. En fait, même pour vos journalistes, on a mal.

On n’a pas besoin de vous pour savoir que c’est atroce. On se fout d’apprendre que Justine Henin avait volé dans le même avion. On n’a pas besoin de vous pour comprendre que les proches sont tristes.

Si c’est pour nous servir cette incroyable indécence qui n’épargne personne, on n’a pas besoin de vous.

Et si vraiment certains chez vous éprouvent du plaisir à jouer les charognards, qu’ils le fassent là où ça peut encore être utile, là où des gens meurent sous les bombes, là où des enfants sont gazés, là où des peuples crèvent de faim.

Et si vraiment vous n’êtes plus capables de faire du journalisme, parlez-nous plutôt de Dutroux et de sa play station.

S’il vous plaît. Au nom de vos lecteurs, auditeurs, spectateurs qui pour une fois ont refusé de sombrer avec vous, au nom de vos journalistes pétris de honte.

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20 Réponses to “Aux médias charognards”

  1. Etienne Keymolen said

    Depuis quelques années je trouve que les médias (dont les journaux en première ligne) ne visent plus que la médiocrité. Je ne parle plus de journalisme tant on est loin de ce métier en voie de disparition qui pourtant était un honorable. Et plus on est saturé de médias, et plus je recherche une information de qualité, qui devient hélas rare, très rare !

  2. Quelques années??? Il me semble n’avoir connu que cela. Vous souvenez-vous (j’étais enfant) il y a plus de 20 ans (peut-être 25 ans?), les journaux télévisés nous ont montré une petite fille qui s’éteignait quasi en direct. coincée sous des débris (tremblement de terre???, glissement de terrain???). Il était impossible de la sortir de là, et on nous montrait (heures après heures, c’est le souvenir que j’en ai en tout cas) les images à la télé. Déjà à l’époque… j’avais compris !

    • isa said

      Je me rappelle de cette horreur, et personne n a reagit a l epoque

    • C’est une image qui m’a aussi bouleversée mais il est évident que les médias font leur beurre en exploitant une des choses les plus médiocres de l’homme:le voyeurisme. De plus,chaque fois que je lis un article relatant un événement ou évoquant un sujet que je connais parfaitement,j’y relève des erreurs.Actuellement,on publie ,non pour informer mais pour vendre.

      • AGNES said

        Odette , je suis entièrement d’accord avec vous .
        Quelques fois j’ai honte pour eux et je ferme la télé ou la radio !!

  3. tibius said

    C’est tellement plus facile de parler de ce genre de sujet, que de vrai problème de société qui demande du travail en profondeur et analyse. Enfin bon, quand on voit les rares analyse, elles sont souvent totalement fausses. La presse malheureusement n’est au final, qu’un truc devenu inutile dans beaucoup de cas 😦

  4. Je n’approuve pas la couverture médiatique offerte à ces événements qui, en fin de compte, reste de l’ordre de la sphère privée. Mais je m’insurge contre l’attaque un peu facile faite aux médias. Les médias sont devenus, voici de nombreuses années, des produits commerciaux au même titre qu’un pot de yaourt et les journalistes qui n’y font pas leur vrai travail sont contraints de rédiger des articles aux saveurs qui plairont au plus grand nombre. L’Homme est un voyeur dans l’âme (il suffit de vivre un embouteillage provoqué par un accident survenu en sens inverse pour comprendre à quel point il adore le sang des autres) et la presse (écrite et audiovisuelle) répond à cette attente car son unique but est de vendre du papier et de l’audience afin que les annonceurs continuent à financer chaînes, quotidiens et magazines. Arrêtez donc de croire que les journalistes prennent plaisir à ne communiquer que sur ces événements tragiques, certes, mais totalement dénués d’analyse et d’impact sur nos vies futures. Je travaillais dans une rédaction le 11 septembre 2001. Lorsque les tours se sont effondrées, la question n’a pas été de savoir qui était à l’origine de ce drame, quels étaient les risques pour nos démocraties fragiles, mais bien de savoir si l’on oserait publier ou non cette photo de l’une ou l’autre victime. Et comme le public était demandeur, la photo a été publiée sans autre forme d’analyse critique. Dans le même temps, comme nous produisions un numéro spécial tout autant dénué d’intérêt puisque fait de photos toutes plus spectaculaires les unes que les autres, le service commercial du journal a dû faire une nocturne car les annonceurs se ‘battaient’ pour être de la partie.
    Sans doute sommes-nous une poignée à ne pas apprécier ce journalisme de caniveau, mais c’est à la majorité que veulent s’adresser les annonceurs avant et après les journaux télévisés, dans les pages précédant ou suivant ces articles sans le moindre intérêt.
    Le ‘coupable’ (pour autant qu’il faille un coupable) n’est pas tant le journaliste qui essaye tant bien que mal de ne pas voir son support mourir (cfr Courrier international et autres) que le lecteur qui en demande toujours plus, toujours plus loin. Pour sûr, su un quotidien n’avait pas fait sa ‘Une’ de ce drame, il aurait vu ses ventes chuter et faire sans doute autant de victimes que l’accident lui-même…

    • annelowenthal said

      Je n’ai pas attaqué « les médias ». Mais « des médias ». Et je ne dis nulle part que « les journalistes » prennent plaisir. Je dis que si certains prennent plaisir etc.

      Si vous voulez écrire des articles, faites-le, mais ne déformez pas mes propos, merci 😉

      • Je crains malheureusement que tous les médias soient logés à la même enseigne: publier ce qui est vendable et le plus vite possible pour ne pas se faire griller la politesse par autrui. Quant aux journalistes, juste pour vivre de leur plume, ils sont contraints à bien des compromissions. Je l’ai vécu et j’ai trop d’ami(e)s aujourd’hui confrontés au problème.
        Cela dit, mon but n’était pas de déformer vos propos, mais d’exprimer mon avis.

  5. Lionel said

    Ne mettez pas les journalistes seuls en cause, Anne : il ne font plus que ce qu’on leur permet de faire pour « rentabiliser l’investissement des actionnaires ».

    Or, l’indignation facile continue de faire vendre. L’audience monte en même temps que le prix des pubs qui rendent telle ou telle émission plus « compétitive ». Ou plutôt « plus vite rentable ». Car les investisseurs ne chechent même plus la rentabilité, mais le retour sur investissement le plus rapide possible.

    Derrière ça, c’est bien la logique économique qui agit, qui broie les (saines) revendications syndicales, et mets les journalistes en compétition sans limite et en situation de survie économique permanente. Vous avez vu le prix payé à un journaliste pour un article ? Bien souvent (pas toujours), il n’y a plus de place que pour le « copier-coller » d’infos non/mal vérifiées pour s’en sortir. La plupart des médias (pas tous) vivent de ce qui est désormais un mythe : le journalisme d’investigation. Il n’a plus sa place depuis qu’on paie les journalistes au lance-pierre.

    Et si le journaliste n’accepte pas ces conditions-là, d’autres prendront la place. Survie oblige. Je devrais dire « passion » oblige. Parce que les journalistes sont souvent des passionnés…. au début. La passion, ça s’exploite facile. Le temps qu’ils se réveillent, ils seront remplaçables. Ou aigris, démotivés, révoltes. Ce qui ne changera rien, il en sont conscients.

    La réalité, c’est que cette logique économique ne devrait pas avoir sa place dans les piliers d’une démocratie. C’est le même effet pervers dans le secteurs des soins de santé… et finalement à peu près partout où le service d’intérêt collectif ne rapporte pas. En monnaie sonnante et trébuchantes s’entend.

    Saviez-vous qu’en Angleterre, les hôpitaux sont autorisés à mettre fin aux dialises des personnes de plus de 75 ans ? Le motif : trop cher. C’est le début de l’étape suivante : la mise à mort légale pour motif économique ?

    Je ne suis pas un anti-capitaliste primaire. Je crois en la citoyenneté, donc à l’importance (entre autre) d’être informé. Les médias se livrent une guerre économique sans pitié. Les victimes en sont la citoyenneté, la démocratie… et le vrai journalisme.

    Et c’est à peu près pareil dans tous les métiers d’intérêt collectif qui exigent un sens du service à la population et une grande motivation : enseignement, justice,…

    Autant de secteurs qui reculent et où le taux de « burn out » et de suicides montent en flèche. Encore un indicateur de la mauvaise santé des démocraties face au besoin de croissance « à n’importe qu’il prix ».

    Je comprends votre indignation, Anne. Je la partage. Mais svp, ne tapons pas sur la tête du lampiste.

    Beaucoup de journalistes ne peuvent même plus s’offrir le luxe de faire leur métier dignement. Mais il est faux de croire qu’ils ont les moyens de changer cet état de fait : ils ont essayé les grèves, les négociations (à reculons) et les avertissement dans l’indiference quasi générale. Rien ne bouge plus dans le bon sens, c’est malsain, ils le savent et ne parviennent pas à remettre en place le système sain dont ils sont en droit de rêver pour s’épanouir dans leur métier. Et ils sont les premiers à en souffrir.

    • annelowenthal said

      Je mets des médias en cause, en fait 🙂 les journalistes sont eux aussi victimes des médias qui les emploient, sous pression tout le temps et dans des statuts souvent précaires d’indépendants qu’on peut virer du jour au lendemain. Ils pourraient dire stop. Mais pour ça, ils devraient être ensemble à le faire.

      • Lionel said

        On est d’accord. Sauf, peut-être sur un point : je pense que comme bien d’autres, ils ont essayé de dire stop. Et de rester bien groupés. Mais il y a toujours de jeunes loups, des éléments plus fragiles ou plus dépendants sur le plan économique. Ou tout simplement moins solidaires. Conclusion : victoire systématique de la volonté malsaine de l’actionnariat.

        L’économie actuelle (et la société civile) me fait de plus en plus penser à Martin Niemöler, Anne :
        « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes,
        je n’ai rien dit,
        je n’étais pas communiste.

        Lorsqu’ils ont emprisonné les socialistes,
        je n’ai rien dit,
        je n’étais pas socialiste.

        Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes,
        je n’ai rien dit,
        je n’étais pas syndicaliste.

        Lorsqu’ils sont venus me chercher
        il ne restait plus personne
        pour protester. »

        On pourrait remplacer ça par :
        Lorsqu’ils ont fermé l’usine de Gand,
        Je n’ai rien dit,
        Je ne travaille pas à Gand.

        Etc, etc, etc….. 😦

      • Steve said

        Comme quoi, faut apprendre à gueuler . . .

  6. Baeyens Frédéric said

    Le monde politique, n’en parlons pas. La justice ? Van Cau junior vient d’être blanchi en appel, comme bien d’autres avant lui et bien d’autres suivront. La presse ? Chaque journaliste intègre, indépendant et consciencieux se confronte très rapidement aux pressions et quitte la profession ou rentre dans le rang. Oui, la démocratie est malade.

  7. PAGNON said

    Finalement on a la presse que l’on mérite… Si ces papiers ont leur place près des ch… alors pourquoi continuent ils à se vendre ? C’est qu’un nombre non négligeable les achètent et aiment cela! Je suis entièrement d’accord avec les propos de Anne Lowenthal, il ne faut pas beaucoup de décence et de respect pour écrire de tels articles.

  8. Steve said

    Merci, Anne, pour ce billet d’humeur qui a le mérite de faire écho aux âmes indignées de ce pays.

  9. Lionel said

    Allez : un petit mot d’espoir.

    Je vous invite tous à vous réconcilier avec une presse de qulité, financièrement indépendante (pas de pub !), au format décalé et qui travaille sur le fond autant que sur la forme.

    On les avait prédits condamnés à l’avance, c’est un succès qui ne cesse de se renouveler depuis quatre ans.

    La revue trimestrielle XXI : http://www.revue21.fr

    Vous connaissez, Anne ? 🙂

  10. Damien said

    Entièrement d’accord avec cette réflexion sur les médias..

    Il y a quelques mois, j’ai envoyé un mail à la RTBF en expliquant que j’étais interpellé sur le fait qu’aux heures de grandes écoutes, ils diffusent les scènes de carnage qui se déroulent en Syrie ou encore l’exécution d’une femme par son mari car jugée infidèle.

    J’ai eu pour seule réponse que la présentatrice n’avait pas commis d’erreur puisqu’elle avait signalé que les images diffusées étaient choquantes… Je devine que la personne qui m’a répondu n’avait pas compris le sens de ma démarche.

    Le comble c’est qu’en cherchant sur leur site où envoyé mes protestations, je suis tombé sur un lien permettant de se plaindre si on estime que la présentatrice ne porte pas une tenue adéquate ou emploi un langage inapproprié…

    Voilà plusieurs mois que ma compagne et moi-même ne regardons plus un journal télévisé.

  11. Judi Kleisll said

    Il n’y a pas de « vrai » journalisme.
    Bel Ami, de Maupassant, est un autre ouvrage qui montre que le journalisme est l’un des rouages d’un système politique. Ce système et ses réseaux d’intérêt ont-ils réellement changé depuis ? Depuis quand d’ailleurs ?
    Il y a le sacro-saint journalisme et…
    …des individus qui s’expriment.

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