Belgique: ce qui a changé avec les Afghans

janvier 15, 2014

En Afghanistan, la situation sécuritaire s’aggrave. En Belgique, le nombre de demandeurs d’asile afghans expulsés augmente.

La logique? Electorale et seulement électorale. Pour contrer la NVA, on a trouvé au moins aussi bien que la NVA: Maggie De Block.

Une secrétaire d’Etat qui a récemment déclaré qu’elle ne répondrait plus aux journalistes. On la comprend, quand on sait que hier, alors qu’elle justifie depuis des mois les expulsions d’Afghans en Afghanistan par le fait qu’ils viennent de zones sécurisées du pays et qu’ils peuvent y retourner sans crainte, Surat Nawabza, originaire d’une zone non sécurisée, était renvoyé au pays… dans une autre zone que celle dont il est originaire (pour info, l’Afghanistan fait 652 225 km². C’est un peu comme si on vous renvoyait à Porto sans la moindre ressource).

Dans ce dossier, on n’est plus à une contradiction près. Entre le ministère des affaires étrangères qui déconseille tout voyage en Afghanistan en précisant que la guerre y fait des victimes partout et Maggie De Block qui nous dit qu’il y a des zones sûres en Afghanistan et qui y renvoie un jeune homme à la mort, on a, plus fondamentalement, un pays qui se proclame des Droits de l’Homme et de ceux de l’enfant et laisse 150 personnes, y compris des familles avec des femmes enceintes et des nouveaux-nés, à la rue depuis des mois, livrés à la seule générosité citoyenne (sans compter bien sûr, des centaines d’autres personnes d’origines diverses).

Ce que demandent les Afghans en lutte, c’est un moratoire sur leurs expulsions. Ils demandent qu’une enquête sérieuse soit menée dans leur pays afin d’y évaluer la situation sécuritaire. Ils demandent à ne pas être renvoyés à la mort, à la merci des talibans, des bombes et des affrontements armés. Ils demandent à rester ici le temps qu’on s’assure qu’ils ne mourront pas là-bas.

On leur répond que chaque cas doit être évalué individuellement. Comme si pour l’un, il y avait la guerre en Afghanistan et pour l’autre non. Comme si les uns pouvaient survivre à une bombe perdue (ou à un accident de l’armée US…) et les autres non.

Comme si la guerre était une chose banale qui ne mérite pas de mesure d’exception.

C’est pourtant la seule guerre que notre pays mène en ce moment. Au nom de la vie de ses habitants, en plus.

Autre hypocrisie que celle-là, qui consiste à nous dire qu’on vient en aide à des populations auxquelles on refuse des choses vitales comme un logement ou de la nourriture. A nous dire qu’on lutte contre des talibans alors qu’on laisse des talibans se déployer partout ailleurs dans le monde. A nous dire qu’il faut lutter contre les talibans alors qu’on laisse ici s’épancher sans leur répondre les pires haineux sur « l’invasion musulmane » annoncée par quelques centaines d’Afghans qui ont précisément fui les talibans (et dont certains ne sont pas musulmans!).

Pendant ce temps, les partis au pouvoir nous livrent en Belgique un spectacle affligeant: entre le silence des uns et les mensonges des autres, on a un premier ministre socialiste qui applaudit cette politique dans les médias. Un MR, un PS, un CDH (et leurs collègues flamands au gouvernement) qui répondent mollement que chaque cas doit être évalué individuellement. Même un Philippe Moureaux, pourtant pas avare de déclarations tonitruantes, nous répond, pitoyable, qu’il faut laisser du temps à Maggie De Block. Du temps durant lequel, redisons-le, des gens sont livrés à la seule générosité citoyenne.

On a des politiciens qui nous répètent qu’il faut réintroduire les dossiers individuels. Que les instances décisionnelles sont indépendantes. Que les dossiers sont évalués avec objectivité.

Pourtant, objectivement, RIEN n’a changé depuis les derniers refus de ces instances, ni la situation en Afghanistan (si ce n’est en pire et si ce n’est que la situation sécuritaire en Afghanistan fluctue sans cesse), ni celle des Afghans arrivés chez nous. On leur dit d’introduire à nouveau leur dossier et que cette fois, ça pourrait bien aboutir? Sur quelle base objective?

Comment le CGRA peut-il proclamer la mine outragée qu’il est indépendant et accepter de reconsidérer des dossiers redéposés à l’invitation de la secrétaire d’Etat et du premier ministre sans qu’aucun élément nouveau n’y ait été apporté? Et si il est réellement indépendant, quel est l’intérêt pour la secrétaire et le premier ministre d’inviter les Afghans à représenter leur dossier, si ce n’est faire traîner (encore un peu) le dossier dans son ensemble?

Eh bien il n’y a aucune base objective. Ce qui a changé, c’est qu’on est face à des gens qui ont décidé de se réunir pour mener un combat tous ensemble. C’est que ces gens nous donnent chaque jour une leçon de courage et de démocratie. C’est que grâce à ces gens, les citoyens belges peuvent assister médusés à une politique qui ne sert que ceux qui la mènent dans un seul objectif: être réélus. C’est que grâce à ces gens, de plus en plus de citoyens entrent en lutte et même les médias se réveillent.

Ce qui a changé, c’est que désormais, à part quelques haineux aveuglés par la trouille, le peuple belge découvre tous les jours le cirque lamentable et lâche de gens qui ne pensent qu’à une chose: les prochaines élections.

Dessin de Bernard Fasol

Dessin de Bernard Fasol

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