Maggie De Block est aussi en charge des « nos pauvres »

janvier 16, 2014

Outre l’absurdité du raisonnement, l’argument selon lequel notre pays « ferait bien de s’occuper de nos pauvres » avant d’accueillir « les Afghans » et plus généralement « les réfugiés » a quelque chose d’assez surréaliste.

Car il se fait que la personne que ceux qui l’avancent applaudissent pour sa politique d’asile est également en charge de la lutte contre la pauvreté. C’est donc aussi à Maggie De Block qu’ils s’en prennent quand ils versent des larmes sur « nos pauvres » tellement négligés par nos autorités.

Ceci dit, ils l’ignorent sans doute, puisque Maggie De Block apparaît très peu dans les médias sur cette compétence. Et quand elle est évoquée, on a rarement droit à sa photo en illustration alors qu’on nous la propose systématiquement sur la question de l’asile.

Cependant on y a eu droit. Notamment quand la secrétaire d’Etat a communiqué à qui mieux mieux sur les millions d’euros (90 millions puis 35 millions!) qu’elle a épargnés sur son budget et restitués au gouvernement il y a quelques mois grâce à une politique d’asile moins coûteuse.

Personnellement, je serais de ceux qui pensent que c’est-bien-beau-d’accueillir-des-réfugiés-mais-il-faudrait-peut-être-d’abord-s’occuper-de-nos-pauvres, je me poserais quelques questions sur la dame qui épargne sur les demandeurs d’asiles et rend des millions d’euros au gouvernement, vraiment beaucoup de millions, sans même suggérer qu’il y a dans nos rues plein de « nos pauvres » dont il faudrait s’occuper et que cet argent serait bien utile pour pourvoir donner autre chose qu’une jolie trousse de toilette à des SDF qui n’ont même pas accès à des sanitaires tous les jours.

Et je me demanderais aussi pourquoi la dame est tellement efficace d’un côté (au point que je l’applaudis partout sur les forums) et tellement inefficace de l’autre (au point que je gueule partout sur les forums que c’est dégueulasse de ne pas s’occuper de nos pauvres)

On me dira que c’est quand même plus compliqué que ça, mais ce qu’elle a épargné sur l’asile, elle l’a épargné sur les CPAS notamment, auxquels on n’envoie plus les demandeurs d’asile. Et les CPAS, ils sont justement là pour s’occuper des « nos pauvres ». Et puis ce n’est pas pour rien que les deux portefeuilles sont confiés à une seule et même personne… enfin il me semble…

7 Réponses to “Maggie De Block est aussi en charge des « nos pauvres »”

  1. David Urban said

    Chère Anne,
    Ayant suivi attentivement le chat sur la RTBF de ce midi, j’ai pu remarquer que la question sur « nos pauvres » et « les pauvres venus d’ailleurs » restait souvent posée. Il est vrai que cette hiérarchisation entre pauvre légitime et pauvre illégitime interpelle. Toutefois : comment expliquer – sans fustiger l’Homme lambda qui applaudit la misère d’autrui et qui se tait sur son propre malheur ?
    Au fond, quelle est la différence entre un « de wet is de wet » et un « casse-toi canaque, y en a déjà trop ici » ? Il me semble que la distinction réside essentiellement dans sa forme : ce que le bourgeois éduqué parvient à exprimer en prose au Moniteur belge, l’écrivain prolétaire met en paroles vengeresses sur un mur FB. Cependant, les deux interprètent la réalité de la même façon avant de devenir complices (j’avoue que ma dichotomie proposée ne tient pas compte des cas intermédiaires : Alain Destexhe étant bien sûr un bourgeois très mal éduqué, …).
    Je pars de l’hypothèse que notre société à tendance à blâmer la victime. Depuis plusieurs décennies déjà, les remèdes proposés par le politique aux maux sociaux font appel à la responsabilité individuelle. Celle-ci n’a pas fait halte devant l’interprétation de la pauvreté en général. Dans une telle société, la pauvreté est présentée comme un échec personnel qui rappelle la responsabilité de chacun. Face à celle-ci, on ne peut pas être victime, on est acteur de son bonheur. Celui qui ne réussit pas n’a simplement pas encore trouvé la solution. Au Rotary, on n’aide pas un pauvre, on aide quelqu’un qui se trouve « involontairement » dans une situation difficile. Sur Vivacité, on n’aide pas des familles pauvres, on aide les enfants de zéro à trois ans, car les « mioches » n’en peuvent rien. Ils sont irresponsables de leur malheur – tant qu’ils ne vont pas encore à l’école. Pendant le chat de ce midi, il était suggéré aux réfugiés afghans de se battre chez eux. Ce faisant, ils vaincront eux-mêmes leurs oppresseurs. Lorsqu’il est louable d’agir, on évite de dire qu’on assiste des gens. Les centres publics d’aide sociale se sont transformés en centres publics d’action sociale. Encourager oui, mais exiger aussi. Car l’individu est un stratège calculateur, doté d’une rationalité capable d’évaluer entre les bienfaits de son alloc’ et l’horreur de se lever le matin pour aller bosser. Mais le plus honteux, c’est donner ou recevoir la solidarité gratuite. Dans une société où la solidarité est un bien méritoire, elle ne peut être bradée en tant que don. Voilà une théorie.
    Tu te doutes que j’aimerais bien interroger la secrétaire d’État sur les mérites de son emploi. Doit-elle sa position sociale actuelle à sa réussite individuelle ou est-elle due à la misère et à l’exclusion sociale inhérente à sa fonction (voire à sa profession) ? On me taxerait vraisemblablement d’absurdité si j’affirmais que plus on diminue la misère, moins son travail est utile, étant donné que l’inverse est aussi vrai… Mais revenons sur la complicité entre Maggie et la soupe populaire, aussi vieux que l’existence de l’État-nation. Le jeu de cohésion sociale entre autochtones permet d’exclure les allochtones – sans que je me mette les miens sur le dos. Et cette distinction est simple, compréhensible, bien structurée. Elle est marquée sur la carte d’identité de tout le monde. En agissant contre les autres, je protège les miens. L’action de Mme de Block paraît donc cohérente et elle s’effectue avec méthode : Il n’est pas question d’aider des gens venus d’ailleurs si on ne parvient pas à protéger les siens. Ces « siens », qui, en outre, sont aussi responsables de leur propre sort et qui ne peuvent pas fuir facilement leur É(é)tat en détresse. Finalement, il n’y a pas mieux que tenir sa propre population sous pression : Marginalise-là et encourage-là à s’élever contre chaque va-nu-pieds susceptible de ronger les systèmes sociaux. Plus t’es pauvre, plus t’es mon concurrent direct.
    Notre travail quotidien s’avère donc difficile : démasquer par la solidarité cette tartufferie subtile de la division des populations et la règne sur eux. Cela fait beaucoup en même temps, j’avoue. Mais courage Anne, « la sociologie est un sport de combat »😉 !

  2. Bertrand MAINDIAUX said

    Chère Anne,

    Opposer les exclus entre eux, « ceux bien de chez nous » et « ceux venus d’ailleurs » est leur faire un procès que les uns et les autres ne méritent pas. Aussi, vouloir faire croire que délaisser les uns serait profitable aux autres est un leurre souvent agité.

    Il est grand temps d’arrêter de vouloir faire du chiffre lorsque, comme dans ce cas, il s’agit de vies humaines. Le simple respect des conventions signées et ratifiées est la réponse au problème présentement posé: ces Afghans sont des réfugiés, notre devoir est de les protéger. Un temps viendra, et nous le souhaitons tous, et certainement eux plus que nous, où ce pays sera pacifié. Ce n’est pas le cas actuellement, il est donc urgent d’attendre. Ne les renvoyons pas vers un destin plus tragique encore. Ils ont déjà dû fuir, souvent tout laisser, tout perdre, et il n’y a pas pire déchirement que de devoir faire cela.

    En outre, et de manière générale, il n’est pas tolérable de devoir porter son origine, sa couleur de peau, sa religion, son genre…comme une faute.

    Si la sociologie est un sport de combat, malheureusement dans nos contrées, par les temps qui courent, la solidarité est devenue un sport de l’extrême.

    Bertrand Maindiaux.

    • annelowenthal said

      C’est précisément ce que je dénonce, cette opposition qu’on fait entre « nos pauvres » et « les autres »🙂

  3. Philippe Lebacq said

    David Urban, retourne dans ton pays

  4. Philippe Lebacq said

    Sinon plus sérieusement, si je trouve l’argument « nos pauvres », juste débiles, c’est plus difficile de voir le travail réalisé par Mme De Block contre la pauvreté (tu vas me dire aucun) vu que la compétence est morcelée. En fait le fédéral n’a pas grand chose à dire si je me souviens bien (mais bon je suis pas spécialiste du droit constitutionnel)

  5. Jean Jauraissu said

    Bien vu.
    Cette éternelle rengaine entre « les pauvres d’ici » et ceux de « là-bas » trouve, comme tant d’autres sujets, trouve avec les réseaux sociaux une caisse de résonance terrible. Ce que certains pensent être de la liberté d’expression je suppose…

  6. Jean Jauraissu said

    « Car l’individu est un stratège calculateur, doté d’une rationalité capable d’évaluer entre les bienfaits de son alloc’ et l’horreur de se lever le matin pour aller bosser. »

    > C’est très révélateur d’une société où le travail rémunéré est généralement perçu – à juste titre – comme une tâche subie, un univers où les leviers de la peur sont faciles à actionner pour obtenir une plus grande productivité des employés (le spectre du chômage, le prêt sur 30 ans à rembourser etc).

    Le revenu de base me semblait une idée séduisante, capable de redéfinir ce rapport au travail. Mais l’initiative n’a pas rencontré le succès nécessaire (nombre de signatures) pour être présentée devant les eurocrates de Bruxelles.

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