Transmission du(des) nom(s) de famille: et?

février 26, 2014

(Texte adapté le 20/03/14, après amendement hier en commission: lettres barrées et italique. Bon, vu ces adaptations, ça n’a carrément plus aucun intérêt du tout)

D’ici peu en Belgique, une nouvelle loi va être votée: dorénavant, les enfants porteront au choix (des parents) le nom de leur père, celui de leur mère, celui des deux dans un sens ou l’autre ou, si aucune décision n’est prise, celui du père suivi de celui de la mère.

Défendue par les féministes, la mesure en elle-même me laisse de marbre, parce que je ne vois pas ce qu’elle va changer d’un point de vue de l’égalité: même si désormais, c’est vrai, le nom du père ne s’imposera plus de facto, il n’y a ici aucune égalité possible puisque quoiqu’il arrive, un nom primera sur l’autre.

Je n’arrive pas à comprendre ce qui motive cette loi. On me l’a déjà expliqué, mais je ne suis pas convaincue, très loin de là.

J’ai l’impression qu’on nage dans quelque chose d’irrationnel de l’ordre de « la perpétuation du nom » (pas bien méchant) ou (et là, c’est plus grave) la confusion entre « amour » et « propriété ». C’est en tout cas mon sentiment à lire certains propos ici et là.

Ce débat d’adultes concerne des enfants, à qui (et pour cause) on ne demande rien, qui (et pour cause) n’ont rien demandé et qui (évidemment) s’en foutent, du moins au moment de la décision.

Ca ne changera (presque) rien pour eux. Par contre, ça ne changera rien non plus pour les femmes qui n’ont dans leur couple pas voix au chapitre, ça ne changera rien à l’amour qu’on porte à nos enfants, ça changera probablement un peu pour ceux qui n’ont pas de papa et qui n’auront « qu’un nom », ça ne changera rien au fait qu’en cas de divorce, bien des pères sont encore déconsidérés, etc. Et je me demande comment un enfant répondra à des questions telles que « pourquoi j’ai ce nom et pas l’autre? » quand il sera en âge de le faire…

Je crois que si les gens sont raisonnables et refusent d’entrer dans de vains conflits de loyauté à un nom qui ne les rendra pas immortels, ils opteront pour la dernière solution, celle prévue dans les cas où on n’a pas décidé. Et donc leurs rejetons porteront le nom de leur père d’abord, celui de leur mère ensuite. Et pas celui de leur mère l’inverse (et quand bien même). Et à la génération suivante, un des noms disparaîtra.

Donc vraiment, je ne vois pas l’intérêt. Maintenant, je ne demande qu’à le voir et je vous invite à me l’expliquer ci-dessous.

N.B.: Derrière cette question se pose aussi celle de la reconnaissance du père. Agathe l’évoque dans son article à lire ici. Et Dominique en parle ici.

11 Réponses to “Transmission du(des) nom(s) de famille: et?”

  1. Guy Leroy said

    Moi je suis contre, pas par machisme mais parce qu’un enfant sort du ventre de sa mère, donc leur lien de parenté est évident et indiscutable, pour le père, ça l’est beaucoup moins et donc transmettre son nom à son enfant est une manière d’établir un lien de parenté concret. Même si les tests ADN permettent d’établir ce lien à l’heure actuel, son utilisation reste exceptionnel.

    • annelowenthal said

      Mais ça restera possible. Ce n’est pas parce que nos enfants ne portent pas nos noms qu’on ne figure nulle part en tant que leurs mères🙂

  2. heuuuu… J’aimerais aussi qu’on m’explique !

  3. Pour moi, si, le nom a une grande importance.Tout autant que les mots. Comme l’explique l’ethno-psychiatre Tobie Nathan qui a dû changer 3 fois son nom officiel au cours de sa vie et ne porte toujours pas, aujourd’hui, sur sa carte d’identité, son vrai nom (voir dans le premier chapitre de son « Ethno-roman »).
    Quant à mon expérience personnelle, je ne porte pas le nom de ma mère, ma mère de la sienne, etc… Alors que mes aïeules, ayant un vrai caractère de cochon😉, ont toutes divorcé et se sont retrouvées seules à élever leurs enfants…ce que je ne promeus pas du tout, hein!🙂, mais, néanmoins, j’ai trouvé cela bizarre étant enfant…et, particulièrement injuste les années passant. Devoir porter le nom d’un père démissionnaire…ben, ce n’était pas cool…ni pour moi…ni pour ma mère. Et, cela a des conséquences réelles…lors des enlèvements d’enfants par exemple. Voilà pourquoi, aujourd’hui, la loi nous oblige à demander une autorisation de l’ex-conjoint pour partir en vacances. Je me demande, d’ailleurs, si, lorsque des parents n’ont jamais officialisé leur union mais ne se sont pas séparés, la mère doit demander une autorisation de son conjoint à la commune s’ils ont décidés qu’elle partirait seule avec leurs gosses en vacance à l’étranger…je suppose que oui…et dans la situation inverse… ?

    • Ramon Primo said

      … seul le lien mère-enfant est observé par la société à l’accouchement. Le lien père-enfant relève de la reconnaissance, donc passe « bêtement » par le nom. Ca ne semblera secondaire qu’à ceux (en l’occurrence « celles ») qui bénéficient d’un accès évident à la parenté, mais quand la reconnaissance passe par là, ça revêt pour les gens concernés une importance que le souci d’égalité ne doit pas négliger.

      • vak said

        La reconnaissance ne passe pas par le nom, mon « conjoint » a reconnu notre fille mais on a décidé qu’elle porterait mon nom ( seulement le mien, la loi n’étant pas encore en vigueur) pour des raisons d’entente et de proximité très différente avec nos familles respectives. En outre, et on a mis un siècle à pouvoir à nouveau reporter notre nom dans ma famille après avoir pris un nom d’emprunt pour échapper à des massacres. Il faut toujours une autorisation pour voyager sans l’autre parent.

  4. olivier said

    J’en ai marre d’entendre que le lien à la mère est établi vu que les gosses sortent de leur ventre. Quoi, on se trimbale toujours avec un cordon ombilical invisible qui atteste que cet enfant sort de ce ventre? C’est débile! J’ai 2 enfants de 2 pères différents. Aucun des deux n’a le même nom et quand je me balade avec eux rien n’atteste que ce sont bel et bien mes enfants. Perso, ça ne me dérange pas qu’il porte le nom de leur père mais j’aimerai bien qu’il porte le mien aussi. Et je peux vous assurer qu’ils ne donneront pas leur accord pour cela vu qu’on est d’accord sur rien et que c’est pour cela que nous ne sommes plus ensemble. Donc, vu qu’en cas de désaccord, c’est le nom de père qui s’impose et bien je peux juste fermer ma gueule, comme d’hab.
    Je ne vois donc pas en quoi cette loi est la moindre prémisse de la moindre égalité homme femme. Elle institue juste une fois de plus la domination masculine.

    • annelowenthal said

      Le lien n’est pas établi, mais le doute n’est pas permis, quand ils sortent de ton ventre🙂

      • Annelore said

        Peut-être que le doute devrait être permis… Que la filiation soit un acte de reconnaissance pour les hommes comme pour les femmes. Là, on aurait une vraie avancée ou en tout cas, une remise en cause de la filiation qui balance entre biologie et société. Et du coup, on pourrait penser autrement la gestation pour autrui, l’adoption, la filiation comme engagement ?
        Mais c’est tout un débat…

  5. Annelore said

    Alors, chez nous, il n’y a pas de père mais deux mamans. Jusqu’ici, nous étions obligées de choisir l’un de nos deux noms à transmettre à notre fille. Celui de sa mère biologique (moi) et qu’elle porte depuis sa naissance (vu que la loi jusqu’à présent n’autorise pas la mère non biologique à reconnaître son enfant et l’oblige à passer par une procédure d’adoption) ou celui de mon épouse, ce qui ressemblerait plus à la situation d’enfants portant le nom de leur père. Autant choisir entre son pied gauche ou son pied droit…
    A présent, la loi nous autorise, comme nous le souhaitions depuis le début, à transmettre à notre fille nos deux noms accolés. Et nous en sommes ravies. C’est peut-être symbolique mais ça renforce tout de même la reconnaissance de notre famille. Et notre petite fille de trois ans est fière comme tout de pouvoir dire qu’elle s’appelle comme ses deux mamans.
    Par ailleurs, je tombe des nues en lisant des commentaires sur la filiation établie automatiquement vis à vis de la mère qui accouche. A vous lire, un privilège féminin qu’il faudrait compenser en accordant le nom de famile au papa faute d’utiliser le test ADN.
    La reconnaissance d’un enfant est un processus social et le recours à la biologisation (notamment via le test ADN) est plutôt source de problème qu’une avancée. Pensez à bon nombre d’hommes forcés de reconnaître des enfants qu’ils n’ont même pas eu conscience de concevoir (le test ADN positif ou le refus de s’y soumettre entrainant automatiquement l’établissement d’un lien de filiation, et donc d’obligations financières et morales vis à vis d’un enfant que ces hommes ne considèrent pas comme le leur : super pour le gosse ! A part le porte-monnaie de la mère, qui y gagne ?). A l’inverse des hommes qui auraient posé ce geste de reconnaissance vis à vis de l’enfant de leur compagne qu’ils auraient ensuite élevé et aimé (ou des hommes stériles ayant eu recours au don de gamètes) pourraient se voir tout-à-coup niés dans leur paternité si la mère, suite à un conflit ou autre, réclamait un test de paternité fondé sur la biologie. Ensuite, les familles homoparentales ou adoptives (souvent de beaux projets fondé sur l’amour et sa reconnaissance sociale) n’auraient plus aucune légitimité.
    La filiation est sociale et tant mieux si elle s’exprime par le nom.

    • annelowenthal said

      Je n’avais pas pensé à ce cas de figure et en effet, concernant les couples homosexuels, c’est une réelle avancée🙂

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