Quand Sudpresse fait (et bafoue) la loi

mars 4, 2014

Dans son article qui fait la Une aujourd’hui, photo à l’appui, La Meuse, édition liégeoise de Sudpresse, explique que « alors que le couvent des soeurs clarisses a fermé ses portes, de nombreux commentaires hostiles à l’ex-femme de Dutroux naissent sur la toile. ».

Sans préciser, bien sûr, que si de nombreux commentaires sont encore déversés sur la toile à propos de l’intéressée, c’est parce que… Sudpresse abreuve un certain lectorat de nouvelles époustouflantes sur Michelle Martin, comme ce jour donc, avec ce titre super inintéressant:  « Michelle Martin en balade avec son ami le curé« . On y apprend que Michelle Martin était ce dimanche dans les bois avec un curé et qu’elle a cueilli des jonquilles.

On s’en fout au moins autant que du sort de Michelle Martin.

A ceci près, et ce n’est pas rien, que Michelle Martin est une libérée conditionnelle parmi des milliers d’autres.

Et que des milliers de prisonniers se sont pris récemment sur la gueule un durcissement des conditions de libération conditionnelle juste parce que des journaux comme Sudpresse excitaient leur lectorat sur la libération conditionnelle de Michelle Martin. Une réforme votée à la hâte, sur l’émotion, pour contenter un électorat potentiel.

Au détriment de tous les condamnés du royaume et contre l’avis d’à peu près tout le monde judiciaire et de plein d’autres gens.

Michelle Martin est, quoi qu’on en pense, une libérée conditionnelle comme les autres. Elle a fait l’objet d’une décision mûrement réfléchie, tous les risques ont été pesés et on a estimé qu’elle avait désormais le droit de vivre hors de sa prison, à des conditions très strictes, et de se réinsérer.

Un droit basé sur un principe fondamental: personne (ou presque) n’est définitivement perdu. Tout le monde (ou presque) a droit à une seconde chance.

Seulement voilà, en Belgique, on a Sudpresse. Et Sudpresse a décidé que Michelle Martin n’avait pas droit à une seconde chance, même si des gens compétents ont décidé que si au bout de très longs débats et évaluations et conformément à la loi. Et Sudpresse pourrit le semblant de vie de Michelle Martin en la traquant jusque dans les bois où elle se balade en compagnie d’un prêtre qui lui a offert ce que notre Etat n’a pas prévu pour les libérés de prison: de quoi se réinsérer.

Un prêtre qui le paie lourdement, puisque sa vie aussi, Sudpresse a décidé de la lui pourrir.

Sudpresse mériterait que Michelle Martin dépose plainte pour harcèlement. Mais elle ne le fera pas, bien sûr. Parce que Sudpresse serait bien trop content de l’aubaine. Et parce que cette femme, quoi qu’on en pense, essaye de mener discrètement le semblant de vie qui lui reste.

8 Réponses to “Quand Sudpresse fait (et bafoue) la loi”

  1. Steve said

    Je suis parfaitement d’accord.

    Le pardon est une chose libératrice pour soi-même. Je comprends que certaines choses ont été faîtes mais il faut tout de même donner raison à l’article. Michèle Martin n’est pas la seule qui ait fait du tord à des êtres humains dans cette société.

  2. Céline Goffin said

    Anne,

    Tu vois clair … parfaitement clair ! Encore et toujours aujourd’hui la « masse bêlante » se sent à même de juger autrui … Avec quel pouvoir, quelle compétence … et surtout de quel droit ?

    Céline

  3. stéphane said

    Je suis assez d’accord sur le fond.. Mais venant de quelqu’un qui a travaillé comme toi (pour Sud presse) et pas que un peu c’est quand même étonnant.. Aurais-tu fait de même quand tu y travaillais ? Dénoncer leur pratique que tout le monde connais depuis TRES longtemps ? (toi y compris même quand tu y bossais ?). En espérant une réponse, je te souhaite une bonne après-midi…

    • annelowenthal said

      Il y a 10 ans que j’ai quitté Sudpresse. J’étais dans une rédaction régionale qui a fermé (BW) et je faisais principalement de la chronique judiciaire et de l’info locale. Pas vraiment dans ce créneau-là, donc. J’ai souvent eu des débats houleux avec l’un ou l’autre « supérieur » parce que j’ai toujours refusé de couvrir certaines choses ou de les couvrir comme on me le demandait (par exemple en révélant les identités de prévenus ou des infos permettant de les identifier). On m’a dit quelques fois « on voit bien que tu n’es pas vraiment journaliste ».

      Maintenant je dois corriger quelque chose: cette pratique n’existait pas. Pas à ce point. Et je pense même qu’à l’époque, si quelqu’un avait osé ce genre de « sujet » (note les guillemet), ça aurait gueulé un peu partout dans les rédactions.

  4. stéphane said

    Merci de ta réponse qui me semble sincère en tout cas. J’espère que dans le futur sud presse changera son fusil d’épaule mais j’en doute… amicalement.

  5. Pierre Yernaux said

    Je viens de terminer mon abonnement et ne le renouvellerai pas. J’en avais pris la décision depuis plus de six mois. Un titre de Suspresse: « Horrible drame ». Dans un autre journal: « Trois blessés dans un accident ». Voyez la différence…

  6. Jean Jauraissu said

    J’ai mal à ma presse.

  7. SciencetConscience said

    Je reprends « Et que des milliers de prisonniers se sont pris récemment sur la gueule un durcissement des conditions de libération conditionnelle juste parce que des journaux comme Sudpresse excitaient leur lectorat sur la libération conditionnelle de Michelle Martin.

    Une réforme votée à la hâte, sur l’émotion, pour contenter un électorat potentiel. »

    Comment s’appellent des politiciens qui votent des Lois sur base, non de la Raison, mais d’émotions et de masses populaires excitées par des feuilles de chou (très bas de gamme)?
    Des démagogues populistes…

    Pour rappel, « ochlocratie »
    wiki…. »L’ochlocratie (en grec ancien ὀχλοκρατία / okhlokratía, en latin : ochlocratia) est une forme de gouvernement dans lequel la foule (okhlos) a le pouvoir d’imposer sa volonté.
    Si le terme « ochlocratie » est tombé en désuétude, la réalité qu’il recouvre a toujours été débattue dans les ouvrages de philosophie politique. On peut se référer à la définition qu’en donne Le Robert :
    « Ochlocratie : 1568. Emprunté au grec okhlocratia, de okhlos, « foule » et –cratia, « pouvoir ». Inusité. Gouvernement par la foule, la multitude, la populace ».

    « Ochlocratie n’est pas un synonyme de démocratie au sens de gouvernement par le peuple. Implicitement, si le terme foule et non peuple est employé, et évidemment dans un sens péjoratif, c’est pour suggérer la foule en tant que masse manipulable ou passionnelle, les phénomènes de foule, justement, souvent provoqués par la démagogie ou le populisme.

    Ceci en l’opposant à des formes de gouvernement politique supposées plus rationnelles ou du moins raisonnables, qu’elles soient démocratiques ou non, et pour cela considérées plus souhaitables par principe. »

    « Ce gouvernement par la foule a pour connotation péjorative le règne de la vulgarité, de la médiocrité.

    En 1584, l’écrivain anglais John Stockwood décrit l’ochlocratie comme un État dans lequel les personnes grossières décident de toute chose d’après leur propre intérêt.

    Pour les Grecs, l’okhlos, c’est ce qui est inférieur au demos. L’ochlocratie se caractérise par une décomposition de la loi et des mœurs.

    C’est lorsque la démocratie dégénère en chaos politique, lutte quotidienne entre les individus et règne de la force.

    Elle relève d’une configuration historique que l’on pourrait appeler le « prépolitique », par opposition au « politique » qui se caractérise soit par l’existence de l’État et de la loi soit par l’existence d’une conscience collective et d’une auto-organisation de la Cité (la polis) sans État, favorisant la responsabilisation, la coopération et la cohabitation des Hommes. »

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