Elections belges: panique à bord

avril 24, 2014

En Belgique, la campagne électorale pour les prochaines élections fédérales, régionales et européennes prend des allures de panique.

Les partis « traditionnels » ont clairement la pétoche face aux rares sondages et autres tests qui interrogent les citoyens sur leurs intentions de vote en leur présentant tous les partis en présence (même ceux qu’on appelle « les petits » alors que parmi eux certains flirtent avec les scores du CDH, appelé « grand »).

Nous voilà donc bercés par des discours enflammés sur le drame que constituerait la montée des « petits » pour notre pays, à commencer par des blocages lors d’éventuelles négociations à « plus que d’habitude » face à une NVA de plus en plus puissante.

Et voilà une fois de plus l’électeur pris en otage par les candidats des partis traditionnels et de nombreux médias mainstream, coupable idéal de ce qui pourrait se passer s’il ne vote pas pour un grand parti, coupable de la montée de la NVA même quand il n’a pas (et même ne peut pas) voté pour elle, coupable de la montée du MR s’il est à gauche et qu’il vote PTB… (Pour ce qui est du PP et du Belang, personne ne trouve apparemment rien à redire, preuve s’il en fallait que tout ça n’a pas grand chose à voir avec le souci qu’un candidat devrait se faire pour la population.)

Si les « petits » partis gagnent du terrain sur les « grands », c’est pourtant chez ces « petits » et ces « grands » partis qu’il faut chercher des explications. Chez eux et chez eux seuls.

Si l’électeur décide de ne plus plébisciter un « grand » parti, c’est parce que l’électeur est déçu de lui. Et si les slogans de campagne ne le convainquent pas, c’est parce qu’il n’a plus confiance.

Si l’électeur décide de plébisciter un « petit » parti, c’est que l’électeur pense qu’il faut changer. Alors il encourage un programme qui lui plait et lui inspire confiance, ou juste parce que ce n’est pas celui de ceux qui l’ont perdue.

Quant au bordel annoncé en cas de succès des « petits », souvenons-nous du cirque auquel on a eu droit entre le 10 juin 2007, élections fédérales et le 6 décembre 2011, date de la prestation du gouvernement qu’on va renouveler en juin (et notons au passage qu’il ne lui a pas fallu beaucoup de temps, à ce gouvernement, pour perdre la confiance de nombreux électeurs).

Et si la NVA gagne du terrain, souvenons-nous que ce parti a été créé en 2001 seulement. Et qu’il ne lui a vraiment pas fallu longtemps pour devenir si gros. Juste un tapis rouge déroulé pour lui par le monde politique et les médias, tellement pressés de pouvoir nous le présenter comme le diable en personne qu’on a même eu droit au récit détaillé du régime de son président, kilo après kilo.

Et à Maggie De Block, fière barricade contre ledit diable et tout aussi odieuse que lui (c’est d’ailleurs pour ça qu’elle est tellement applaudie par le gouvernement d’Elio Di Rupo).

Alors quand on vous dira encore que voter pour les petits partis, c’est très dangereux, souvenez-vous qu’un vote utile, ce n’est pas un vote en votre âme et conscience. Souvenez-vous qu’un vote utile, c’est prendre les mêmes et recommencer. Souvenez-vous que voter utile, c’est céder au chantage, comme si vous admettiez que vous êtes responsables de ce que ce pays est devenu et pourrait devenir.

Vous n’êtes responsable que d’une chose: ce que vous mettrez dans l’urne. Quant à ce qui en sera fait, c’est une autre histoire. Mais ça, vous le savez déjà.

13 Réponses to “Elections belges: panique à bord”

  1. Philippe Spriesterbach said

    Un tout grand merci pour ce petit bout de phrase, essentiel : « Un vote utile, ce n’est pas un vote en votre âme et conscience ». Nous voterons donc en âme et conscience !

  2. nico said

    Très bonne proposition de ne pas voter utile, mais en âme et conscience.
    Sans vouloir de l’auto-promo, cela rejoint ce que j’écris dans mon dernier article qui donne quelques conseils pour voter « intelligent » et pas « utile » : http://artimuses.be/2014/04/petit-guide-electoral-a-lattention-des-bien-pensants/

    Peut-être est-ce complémentaire…

    • annelowenthal said

      Ah perso, je suis plutôt favorable au vote de liste (je plébiscite un programme, pas une personne). Sauf bien sûr si aucun programme ne me convient🙂

      • nico said

        J’aurais pu agréer si je n’étais pas convaicu, aujourd’hui, que le programme d’un parti ne signifie plus rien… quand on voit le PS faire des propositions libérales, le MR l’inverse et le cdh qui fait 400 (!!!) propositions concrètes pour la campagne juste pour être sûr qu’au moins une proposition plaise à chacun…

        Quel sens donner aux programmes électoraux et, par extension, aux partis qui n’auront quand même pas les cartes en main (à cause des négociations, des budgets, …) pour réaliser leurs propositions théoriques ?

  3. pascal said

    mmmh…on peut voter utile en son ame et conscience🙂 …

    • annelowenthal said

      Evidemment… mais viser l' »utilité » pour l’utilité, c’est se dispenser d’y penser

      • Jean Jauraissu said

        C’est le vote « fight club » comme disent certaines connaissances : donner sa voix à un parti extrémiste. Bof… A voir…

  4. Jean Jauraissu said

    Il faut voter PTB, c’est ça ? Je me tâte encore.

  5. tout dépend, au fond, de ce qu’on entend par « utile »…
    Si c’est effectivement pour recommencer le carrousel avec les sempiternels mêmes, je trouve que ça ne sert à rien d’aller voter !

  6. raannemari said

    Ce qui m’énerve fortement c’est de lire un peu partout que ceux qui votent pour les « petits » (ça aussi ça m’énerve🙂 partis font un vote de rejet ou de colère !! Ben non, ce sera un vote d’adhésion (même si on peut ne pas être d’accord avec tout) et d’espoir, n’en déplaise aux « politologues » qui savent mieux que tout le monde.
    Quand à Emilie Hoyos : « Le PTB est un bon thermomètre. Dans les sondages, le PTB mesure la fièvre d’une partie de la population mais on ne vote pas pour le thermomètre ! »,(Le Soir magazine), la surprise risque d’être de taille pour elle, elle risque de se le prendre quelque part le « thermomètre ».
    Ne laissons pas la peur nous détourner de notre choix et votons par conviction.

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