Quand Ecolo ne dit mot, il consent

juillet 4, 2014

Un jour, j’ai écrit un billet intitulé « Quand le MR ne dit mot, il consent ». 

Pour ceux qui n’iraient pas le lire, j’y disais en substance que quand, au sein d’un parti politique, quelqu’un tient des propos racistes et que personne ne bronche malgré de nombreuses demandes dans ce sens, quand en plus la chose se répète, on est en droit de se dire que c’est tout le parti qui laisse faire et cautionne.

Aujourd’hui, je titre « Quand Ecolo ne dit mot, il consent ».

Le sujet est différent, personne chez Ecolo n’a jamais à ma connaissance tenu le moindre propos raciste. Ici, il s’agit de mesures anti-mendicité.

En juillet 2012, la commune d’Etterbeek votait un nouveau règlement: dorénavant, sur les axes commerciaux de la commune, les mendiants ne pourraient plus mendier à plus de 4 par rue. Parmi les élus qui avaient voté cette chose aussi stupide qu’impraticable, les élus Ecolo.

Cette semaine, c’est la commune de Namur qui a voté l’interdiction de la mendicité en son centre. Ici aussi, avec le soutien d’Ecolo, du moins d’un de ses représentants et non des moindres: l’échevin Gavroy.

Les autres membres du parti élus à Namur se sont majoritairement abstenus, quelques uns ont voté contre. Parmi eux, le président du CPAS, Philippe Defeyt, qui s’en explique longuement sur son mur Facebook. Et qui, soulignons-le, est le seul à s’exprimer publiquement sur la chose.

Il y déclare notamment, en réponse à un article de L’Avenir: « Il n’y a donc pas, comme le pense un journal local, un malaise à ECOLO. Ce texte, porté et partagé par le groupe local d’ECOLO, a été réfléchi et élaboré collectivement. Par contre, notre petit doigt nous dit que d’autres sont eux mal à l’aise… sans l’exprimer nécessairement. »

Quant au vote de l’échevin Gavroy, voici comment il l’explique: « Arnaud Gavroy a voté pour par solidarité collégiale tout en ayant été très clair au sein du collège.Mais difficile pour le membre d’un exécutif de voter contre ou de s’abstenir.La collégialité a ses bons et moins bons côtés. »

Et sur mon mur à moi, comme je l’interpellais (lui et l’ensemble de son parti), il a dit ceci: « J’ai déjà dit plusieurs fois 2 choses : 1. L’abstention se justifie par le fait que nous étions d’accord de soutenir l’application de l’article 3 de ce règlement dans la mesure où cet article porte sur des dispositions existantes (par ex, code de la route, interdiction de mendier à un carrefour) mais pas sur le reste. 2. Je n’aime pas beaucoup ce principe de collégialité du collège mais, avec conviction, je trouverais idiot de compromettre tout ce que les mandataires Ecolo font de bon à Namur – et pas par « intérêt » personnel ou « esprit de lucre » en matière sociale, de mobilité ou d’aménagement du territoire pour un vote pour plaire à ceux pour qui préfèrent disserter que d’agir. Qui parmi ceux qui critiquent ici ECOLO a mené, d’une manière ou d’une autre, une action concrète pour lutter contre la misère ? Je suis prêt à inviter toutes ces personnes pour essayer de leur montrer et d’expliquer ce que nous mettons en place à Namur. Le monde n’est pas noir ou blanc, ceci ou cela. La réalité est complexe. Et à force de tirer sur ceux qui essayent de changer les choses on décourage et on stigmatise. »

Je ne m’attarderai pas sur la fin de son argumentaire, qui n’en vaut franchement pas la peine. Je ne m’attarderai pas non plus sur la question de l’abstention, que je déplore à titre personnel.

Je retiendrai par contre qu’une fois de plus, des élus ont décidé que garder un mandat était plus important que défendre ses valeurs. Et je suis vraiment très surprise que cette fois, ce soient des élus Ecolo.

Philippe Defeyt nous explique que c’est pour pouvoir continuer à les défendre par ailleurs, mais cet argument n’est pas digne d’Ecolo. Car je sais que ce règlement est contre les valeurs d’Ecolo. Je sais que la vie d’un seul être humain vaut plus, aux yeux d’Ecolo, qu’un siège au collège communal.

Seulement personne chez Ecolo ne le dit ouvertement. Ecolo ne réagit nulle part. Autour de ça (je devrais dire autour de ça aussi) règne un silence glacial. Et donc je suis aujourd’hui obligée d’appliquer à Ecolo le raisonnement que j’ai tenu jadis sur le MR: quand on ne dit mot, on consent, en dépit ici des valeurs qu’on défend, parfois avec beaucoup de courage.

Et ça me fait mal, mais je suis certaine que ça me fait bien moins mal qu’à bon nombre de membres de ce parti. Vivement qu’il se réveille.

(Et à ceux qui se demanderaient pourquoi je ne m’en prends qu’à Ecolo, je précise que de la part des autres partis, plus rien ne m’étonne)

3 Réponses to “Quand Ecolo ne dit mot, il consent”

  1. Voilà bien pourquoi je suis anarchiste.

  2. Renaud said

    De nos jours, il n’y a plus de grand politiciens. J’ai toujours voulu voir émerger un Enrique Peñalosa, mais on n’a jamais eu que des trucs mous qui s’accrochent au pouvoir, comme le cdh. C’est triste à dire, mais je n’attend rien du monde politique sauf faire moins pire que les précédents, ce qui est en général un échec.

  3. raannemari said

    Plus facile de combattre les pauvres que de lutter pour éradiquer la pauvreté. Ils sont tombés bien bas.

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