Un pré carré pas très vert

mars 11, 2017

« Réinventons nos déchets » est le slogan de l’ ICDI, intercommunale carolo de collecte et de valorisation des déchets ménagers. Ses missions ? Prévenir, réemployer, trier, recycler, valoriser, éliminer nos déchets ménagers.
Le problème de ce genre d’entreprise, c’est qu’elle vit de ce qu’elle tente d’éliminer. C’est un peu comme le travail social, quoi : le jour où il n’y aura plus de gens dans le besoin, il y n’y aura plus besoin de gens pour les combler. On sait tous que ça n’arrivera jamais, tant pour les déchets que pour les gens dans le besoin, mais tout de même, certains, un peu trop conscients de la chose, gardent leurs déchets (ménagers ou de la société) dans leur pré carré aussi précieusement que notre pays, qui se passerait pourtant volontiers de certaines gabegies, protège ses intercommunales dysfonctionnelles.
Du coup, récemment, l’ICDI a décidé de lutter contre les gens qui s’emparent avant elle des papiers et cartons déposés sur les trottoirs carolos pour les emmener eux-mêmes au recyclage et remporter ainsi la mise (75.000 euros par an). Dans article du 8 mars sur RTL Info, le directeur de l’institution déclarait : « Le sherry-picking c’est effectivement le fait qu’on nous dépossède de déchets qui ont une valeur positive sur le marché, et donc forcément c’est un manque à gagner pour les structures qui gèrent ces déchets ».
Selon l’intercommunale, le sherry-picking est le fait de bande organisées qu’il faut combattre. Comment ? Eh bien c’est simple : en demandant aux citoyens « bienveillants » (sic) de fliquer leurs semblables. « Ce qu’on peut demander aux citoyens c’est de nous avertir lorsqu’ils constatent que des véhicules banalisés vont prélever les papiers cartons qui sont normalement destinés à l’intercommunale, nous avertir, essayer de prendre le maximum d’informations sur ces véhicules tels que le numéro de plaque pour que l’on puisse porter plainte et récupérer le dommage », déclare en effet le directeur.
Après vérification, il s’avère qu’en effet, ramasser les déchets d’autrui, c’est mal. « Il est interdit d’emporter les déchets présentés à l’enlèvement. Seul le service de ramassage désigné à cet effet par la Commune est habilité à collecter les déchets », nous dit ainsi le règlement général de police d’une des communes de la zone desservie par l’ICDI.
Soit, admettons. Mais tout de même, au-delà de l’illégalité du méfait, cette info pose des questions qui valent leur pesant d’épluchures de cacahuètes :
– L’ICDI affirme qu’on a affaire à des bandes organisées. Moi, je veux bien le croire, surtout qu’à 125 euros la tonne, il en faut, des papiers et des cartons pour arrondir ses fins de mois. Mais si l’ICDI est tellement sûre de son fait qu’elle peut l’affirmer dans les médias, je me demande pourquoi elle demande à ses employés et aux citoyens de combattre le phénomène au lieu de s’adresser directement aux forces de l’ordre pour lutter contre ces bandes, dont, rappelons-le, les petites mains sont bien souvent les premières victimes (on en revient à notre comparaison : c’est la même chose pour les réseaux de mendicité). Enfin, non, je mens. Je ne me le demande pas vraiment, puisque je sais qu’il est plus facile de s’en prendre à des petites mains qu’à des réseaux : si on s’en prend aux réseaux, on reste avec un tas de petites mains sur le dos et il faut s’en occuper.
– L’ICDI a pour mission première (du moins c’est la première de ses missions énumérées sur son site) la prévention des déchets : « inciter les citoyens à limiter leur production de déchets ménagers. Le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas ! »
C’est pourtant un manque à gagner de 75.000 euros qui motive l’intercommunale à nous demander de fliquer les méchants qui enlèvent nos papiers et cartons à sa place. Et là, on en revient à notre pré carré de tout à l’heure : l’entreprise publique chargée de nous inciter à limiter nos déchets et qui présentait pour 2015 dans son résultat de l’exercice clôturé au 31 décembre un coût net s’élevant à 27.630.389,59 € (argent public) n’est pas près de nous inciter à préserver l’environnement.
Certains me diront qu’il faut préserver l’emploi. À ceux-là, je répondrai que préserver l’emploi dans un système comme le nôtre n’est que le doux rêve des rares qui croient vraiment que sans changer de paradigme, notre société est encore en mesure de fournir un emploi à temps plein et suffisamment lucratif à tout le monde, et un bon moyen de chantage pour tous ceux qui font semblant de le croire pour titiller notre sens de la solidarité et (se) maintenir (dans) le paradigme actuel. Et que ceux qui se lèvent à l’aube pour ramasser illégalement des tonnes de déchets pour des ronds de carottes avariées ont aussi besoin de survivre dans ce monde de moins en moins respirable.
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2 Réponses to “Un pré carré pas très vert”

  1. Il fut un temps où les particuliers récoltaient un maximum de papiers (non glacés), cartons et emballages divers afin de les compresser et de les mettre sous forme de briquette grâce à une presse vendue dans les magasins de bricolages. Il suffisait de laisser tremper les papiers, cartons dans de l’eau jusqu’à gavage puis de les presser et de les laisser sécher. Cela brûlait aussi bien que des bûches vendues en sac de 5 kg, à prix prohibitif, dans les magasins.

  2. Paul Lowenthal said

    Anne,

    Radical mais (ou et ?) subtil : pas mal !

    Salut,

    Paul LÖWENTHAL
    Beau-Frêne 4
    B – 1315 Piétrebais (Belgique)
    (32)(0)10 84 50 17
    http://paul-lowenthal.com

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