Faire le jeu

mai 8, 2017

Aujourd’hui, lendemain des élections françaises, on m’a dit à 3 reprises que j’avais fait le jeu de Marine Le Pen. Non pas parce que je l’avais soutenue (je ne l’ai pas fait). Non pas parce que j’avais soutenu ceux qui allaient voter pour elle (je ne l’ai pas fait). Pas même parce que j’ai soutenu ceux qui allaient s’abstenir (je ne l’ai pas fait). Juste parce que j’ai dit que je comprenais ceux qui, parmi les électeurs déçus de Jean-Luc Mélenchon, allaient s’abstenir en leur âme et conscience et après mûre réflexion (en précisant chaque fois bien que moi, dans leur situation, je n’aurais pas fait le même choix. En soulignant presque chaque fois que le résultat ne serait certain qu’à la fin des dépouillements et qu’annoncer Macron gagnant était très imprudent).

Aujourd’hui, à trois reprises, hier, à un nombre incommensurable de reprises.

Depuis des années, je combats l’extrême-droite. Je dénonce des mesures qui vont dans son sens et lui déroulent le tapis rouge. Je proteste, je manifeste, je partage, je mobilise, je suis sur certains terrains, je prends congé pour parler à des jeunes, je soutiens les partis quand ils font eux aussi le job (et pas aveuglément), ça me coûte du temps, du pognon, ça m’a valu un licenciement, des réticences d’un employeur, des violences policières, des menaces sur ma vie et celle de mon fils, des insultes sur les réseaux et dans certains médias.

Je suis le petit animal politique, celui qui fait sourire, celui qu’on évite aussi (« Si la Löwenthal vient, c’est sans moi »), celui qui surprend (« Ah ça va, t’es pas si terrible que ça »). Celui à qui on a déjà donné tous les qualificatifs de circonstance dans les « débats » (notez les guillemets ) politiques : islamo-bobo-maçonnico-sionico-communisto-gauchiste. Celui de qui on a dit qu’il rêvait de se taper « du réfugié », c’est normal, vu son physique. À qui on a souhaité de se faire violer par des islamistes. Et même celui dont un parti d’extrême-droite a mis, dans un article, l’existence en doute.

Je suis celle qui était là pour, à sa (toute) petite mesure, aider des Roms, soutenir des Afghans, secourir des Syriens, construire avec des sans-abris (oui, oui, des NosSDF aussi, rassurez-vous), manifester avec les chômeurs, avec les travailleurs pauvres, avec les antifa, alerter, protester, désobéir, expliquer, (re)contruire. Je suis celle-là, je suis loin d’être la seule (même si on est vraiment très peu) et je le suis bien moins que d’autres.

Bien, bien moins que beaucoup d’autres dont certains ont, ce week-end, « fait le jeu de l’extrême-droite » (sic) en refusant d’aller voter pour ce qu’ils combattent avec tant de courage et toute mon admiration pour que ce que représente celle dont « ils ont fait le jeu » (sic) n’arrive jamais au pouvoir (ou le quitte enfin).

Je ne suis pas eux et, je l’ai dit, je n’aurais pas fait le même choix électoral qu’eux. Mais je refuse qu’on les insulte encore. Pas uniquement parce qu’ils ne le méritent pas. Aussi parce que ce faisant, là oui, c’est le jeu de l’extrême-droite qu’on continue à faire.

Celui de l’extrême-droite et celui de ceux qui continueront, encore, à lui dérouler le tapis rouge si on continue à faire exactement ce qu’ils attendent de nous : confondre « radical » et « extrémiste » (dans le sens le plus inacceptable possible du terme), refuser que des voix contraires s’élèvent dans les hémicycles, montrer du doigt ceux qui ont décidé de ne pas voter pour un candidat quand ils sont de la gauche radicale, tandis qu’on épargne tous les autres, ceux qui dans tous les camps se sont abstenus aussi (et ils sont bien plus nombreux), ceux qui ont voté pour Le Pen (et qui viennent pour beaucoup de ces camps-là aussi). Et tandis qu’on ignore ceux qui sont dans la désespérance et/ou à qui on n’essaye même plus de donner les armes suffisantes pour comprendre qu’ils ont du pouvoir et qu’il est important de le prendre.

https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/240417/face-au-front-national-reponse-aux-pompiers-pyromanes-qui-ont-vote-macron?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

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Une Réponse to “Faire le jeu”

  1. Paul Lowenthal said

    Anne,

    Choisir, c’est renoncer : l’opposant n’est pas un allié, et il est déjà bien difficile d’en faire un interlocuteur !
    Choisis entre ces deux dictons : « C’est todi l’ptit qu’on sproche » ou bien « On ne prête qu’aux riches ». À moins que riche ne soit pas le contraire de p’tit ?…

    En tout cas, tu es visiblement très fâchée – au point d’avoir rédigé un paragraphe assez incompréhensible !

    Salut,

    Paul LÖWENTHAL
    Beau-Frêne 4
    B Р1315 Pi̩trebais (Belgique)
    (32)(0)10 84 50 17
    http://paul-lowenthal.com

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