STIB : un débat. Maintenant.

mai 19, 2017

Depuis quelques années j’assiste (et participe) à la signalisation par des citoyens de contrôles « #STIB » ou « #STIB + police » sur les réseaux sociaux. Certains le font parce qu’ils militent pour la gratuité des transports en commun, d’autres parce qu’il veulent avertir les sans-papiers qu’ils sont en danger (d’être arrêtés, enfermés, expulsés), d’autres pour ces deux raisons (c’est mon cas, bien que je me contente généralement des alertes « STIB + police »).

Dès le départ, j’ai interpellé la STIB à ce sujet et les premières réponses, fort aimables d’ailleurs, consistèrent à m’expliquer que s’il arrivait qu’en effet contrôleurs STIB et police se retrouvent au même endroit au même moment, cela n’avait rien de concerté et c’était même parfois pur hasard. C’était faux bien entendu, il suffisait de voir les préparatifs de la chose pour savoir qu’elle était concertée. D’observer l’attitude des contrôleurs pour savoir qu’ils travaillaient AVEC la police, certains d’ailleurs avec beaucoup de zèle et de bonne humeur. Parfois trop de zèle (contrôles d’identité abusifs, par exemple), ce que la STIB m’affirmait alors condamner et m’invitait à dénoncer.

Quelques années plus tard, années durant lesquelles nous n’avons cessé de signaler, dénoncer, interroger la STIB et les responsables politiques, y compris et surtout sur le rôle d’une société de transports en commun, et durant lesquelles ces contrôles se sont intensifiés, la STIB a changé de discours : si certains contrôles étaient effectués avec escorte policière, c’était pour protéger les employés et rassurer les voyageurs. Et si certaines opérations d’envergure avaient lieu de manière concertée, c’était pour des missions exceptionnelles, par exemple (la dernière en date) rechercher des armes blanches et de la drogue. Il suffit de regarder cette vidéo pour comprendre que non seulement on ne parle que de plus d’une centaine de personnes en situation illégale et d’une trentaine de personnes sans titre de transport (rien sur les armes, rien sur la drogue), mais aussi que le but avoué est d’avoir une collaboration entre policiers et contrôleurs. (Notez aussi pour plus tard ce qu’il dit sur le « malheureux incident en 2012 »).

Le 4 mai dernier, Selma Benkhelifa, avocate pourtant habituée à défendre des sans-papiers, ne put retenir l’émotion ressentie le matin lorsque, à l’arrêt du tram, une dizaine de contrôleurs STIB accompagnés de policiers en uniforme contrôlèrent l’identité de mères de familles conduisant leurs enfants à l’école, terrorisant tout le monde, les autres passagers compris (on se souviendra que la STIB prétend pourtant vouloir les rassurer). Elle écrivit dans le vif un billet qui fut très partagé, y compris sur la page de la STIB, qui se défendit en avançant encore l’argument de la sécurité du personnel (un matin à un arrêt de tram bondé d’enfants…) et la volonté de rassurer les voyageurs (on sait ce qu’il en est). Et, là aussi, il fut question de l' »incident de 2012″ (on y vient).

Hier, il y a eu des contrôles « STIB + police » dans tout Bruxelles. On nous signalait de gros déploiements policiers. Ce matin, j’écrivais sur mon profil :

Capture

Plus tard dans la journée, je fus interpellée par Itsik Elbaz, bruxellois dûment équipé d’un abonnement STIB dont il use abondamment. Il était quant à lui allé directement sur la page de la STIB pour lui poser ces questions : « Bonjour la Stib, ça va? Vous allez bien depuis que vous travaillez main dans la main avec la police? Je demande parce que si je ne m’abuse, quand vous travailliez seuls, vous pouviez faire descendre un passager, le verbaliser etc. Mais maintenant avec la police, vous pouvez l’arrêter, le donner aux autorités, embêter les enfants sur le chemin de l’école, effrayer vos passagers qui se sentent aux douanes américaines vu le déploiement armé, transmettre des informations etc… Alors une question : ça fait quoi de mentir en nous disant que vous sécurisez le réseau alors que la police se sert de vous pour faire ses basses œuvres? Tranquille la conscience? Allez alors… Bonne nuit. »

S’ensuivit le dialogue suivant (auquel s’ajoutaient certaines interventions d’autres personnes, dont moi – mais je n’y ai plus accès, je m’en explique plus bas):

STIB : « Bonjour Itsik, Au cours de ces dernières années, nos agents ont rencontré de plus en plus d’agressivité lors de leurs missions de contrôle, nécessaires afin de diminuer la fraude. Afin que nos agents puissent effectuer le travail en toute sécurité (ce qui ne nous semble pas être exagéré comme demande), nous demandons parfois la présence de la police. Nous répétons une nouvelle fois que la police n’est là qu’en appui et contrôle uniquement l’identité des personnes en infraction lors de ce contrôle. »

Itsik : « Vous mentez. De façon éhontée. La présence policière n’a rien à voir avec la sécurité de vos employés ou de vos usagers. Vous participez à des rafles. La sécurité de vos agents mise en péril par les gamins sur le chemin de l’école que vous avez fait descendre du tram par exemple? Je vous signale par ailleurs que vos contrôleurs, si vous le le savez pas, se déplacent par groupe de 5 à 8. Pour contrôler un billet, c’est beaucoup. Un peu de décence svp. Les policiers n’ont qu’à voyager sur le réseau. Et quid des militaires encore là? Je n’ai rien contre la police. J’en ai après vos accointances avec elle. »

STIB : « Itsik, Le rôle de la STIB est de transporter les usagers, en faisant en sorte que les règles de transport soient respectées. Ces règles sont identiques pour tout le monde. Il n’est donc pas question d’un quelconque ciblage. Ni envers les enfants (qui, par ailleurs, ont droit à un abonnement gratuit jusqu’à 12 ans), ni envers personne d’autre. Si les voyageurs sont en règle, le contrôle s’arrête là, sans contrôle d’identité de la police. Nos agents sont à tout niveau de plus en plus victimes de violence, devons-nous vous rappeler le décès tragique de notre collègue XXXXX dans l’exercice de ses fonctions pour preuve ? Les contrôleurs se déplacent en effet par groupe d’environ 5 personnes. A titre d’exemple, un tram comporte généralement plus de 100 personnes à contrôler, dans un minimum de temps, afin de ne pas retarder le véhicule dans son parcours. Il ne s’agit donc pas d’un seul billet. La police est donc présente pour assurer la sécurité ou pour relever l’identité de quelqu’un sans titre de transport et qui refuserait de s’identifier auprès d’un controleur STIB. Les militaires sont, eux, présents sur ordre du gouvernement, afin de sécuriser l’ensemble de la Belgique, il n’y a donc pas de lien direct avec la STIB. De plus, utiliser des termes se référant aux nazis pour parler de la STIB est lourd de sens et inacceptable. Bien que nous soyons ouverts à toute discussion constructive, nous vous demandons donc de bien vouloir modérer vos propos. D’avance merci »

(Je précise ici que j’ai volontairement remplacé le nom du collègue évoqué par la STIB. Voici pourquoi : le collègue en question était un superviseur de la STIB. Pas un contrôleur donc. Il était notamment, comme ce fut le cas le jour de son décès en avril 2012, chargé d’aller sur les lieux d’un accident, ici entre une voiture et un tram, et un ami du conducteur de la voiture, éméché, s’en était pris violemment à lui, lui assénant un coup de poing mortel

Voilà donc l' »incident » évoqué plus haut pour justifier qu’on sécurise les contrôleurs et rassure les voyageurs. Voilà donc le décès tragique qui prouve, selon la STIB, que les agents sont de plus en plus victimes de violence : un coup de poing mortel asséné en 2012 à un superviseur, sur la route, en surface, lors d’une altercation entre le passager d’une voiture et un superviseur, après un accident entre un tram et une voiture.

On est loin, très loin du passager qui n’aurait pas son titre de transport et s’en prendrait violemment à un contrôleur. On est loin, très loin dans le temps. Et si j’ai enlevé le nom de la personne décédée, c’est parce que je suis très choquée que la STIB instrumentalise de la sorte son décès en effet tragique.)

Itsik : Je vous réitère avec force ce que je dis. Ce sont des rafles. Ou des demi rafles si cela vous fait plaisir. Je n’ai à aucun moment parlé de nazisme, je vous prie dès lors de vous excuser immédiatement auprès de moi pour ces propos immondes que vous me prêtez. Vous n’avez plus aucune crédibilité ni décence. Je vous mets un lien sur l’origine de mon prénom peut-être? Vous savez ce qu’est le nazisme? « Termes s’en référant… » Si le quart de la moitié de ce que vous dites était vrai (et cela ne l’est pas), les contrôles policiers ne seraient pas si fréquents. De plus, il me semble impossible avec le strict minimum de logique que la police se retrouve quasi toujours présente lors de vos contrôles SI VOUS NE LES PRÉVENEZ PAS. Hors, vous avez longuement prétendu le contraire il y a quelques semaines. Menteurs. Du mensonge et aucune éthique. Ce dernier message ne leur est pas parvenu, ils m’ont bloqué avant : À qui voulez vous faire croire par ailleurs que la sécurité des agents est en jeu quand vous rassemblez un commando armé lors d’un contrôle plutôt que de diluer vos moyens sur tout le réseau? Vous vous moquez de qui là?

En effet, Itsik a été bloqué. Plus moyen de répondre. Certaines personnes, interpellées par ce fait, ont questionné la STIB et se sont toutes vues répondre (je vous laisse juges. Je n’ai personnellement relevé aucun spamming ni aucune insulte dans le chef d’Itsik) :

STIB – Officiel « Bonjour,

Ce n’est pas le message initial de ce monsieur qui a induit notre réaction, mais le spamming, envoi constant des mêmes messages, et les propos insultants qui nous ont contraints à supprimer l’un ou l’autre post.

Notez que nous avons reçu nombre de réactions au sujet du billet d’opinion paru dans la presse il y a peu et y avons répondu de manière transparente. Il ne faudra pas remonter loin dans les publications sur notre page pour voir que d’autres personnes nous ont interpellés à ce sujet et que leurs posts sont toujours là. Nous ne censurons pas, mais veillons au respect de certaines règles de base sur notre page Facebook, à savoir la communication dans le respect d’autrui.

Bien à vous,  »

Quant à moi, j’ai dit à la STIB que si certains approuvaient ces contrôles-arrestation et d’autres les condamnaient, tous savaient très bien que la STIB mentait. J’ai souligné le fait qu’elle n’avait pour seul argument que l’instrumentalisation du décès d’un collègue, il y a de cela 5 ans, dans des circonstances qui n’ont rien à voir avec celles dont il est question. Et j’ai également été bloquée.

Je précise, pour être le plus complète possible, que la chose a déjà été évoquée dans nos hémicycles politiques par quelques trop rares élus (à ma connaissance Zoé Genot et Céline Delforge) et que la même insupportable réponse leur fut donnée, faite de protection des contrôleurs et de sentiment de sécurité des voyageurs.

Je précise également que je suis une navetteuse qui ne prend le métro que de temps en temps. Il n’empêche qu’il me paraît urgent et indispensable qu’on nous rappelle le rôle et les missions de la STIB. Qu’on assume le fait qu’au minimum elle permet que ses infrastructures et son personnel soient utilisés à des fins policières (et qu’au pire elle y contribue, ce que l’épisode du jour permet de penser). Pour qu’enfin, un débat puisse se tenir. C’est la moindre des choses qu’on doive au citoyen, qui finance et la STIB, et la police.

Et j’ajouterais, à titre personnel, pour que ce débat soit également idéologique. Parce que je ne pense pas que qui que ce soit soit plus en sécurité parce qu’on arrête des sans-papiers, et ces derniers moins que tout les autres. Ni même, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit (à des fins clairement électoralistes), que qui que ce soit se sente en sécurité en assistant à cette débauche d’uniformes et d’hypocrisie.

Enfin, je signale que le temps que j’écrive ce papier, des contrôles étaient signalés à Simonis, Stockel, Botanique,Rogier, Madou. Et avant ça, aujourd’hui, à Louise, Delacroix, Mérode, au Midi, à Trinité, à Hermann Debroux, comte de Flandre, au Céria.
Hier : Trinité, Elisabeth, Mongomery, Rogier, Heysel, Neerstalle, St Pierre, Flagey, Midi, Ribaucourt, Stéphanie, Saint Antoine, Pétillon, Stalle, Gare de l’Ouest, Simonis, Thomas, Globe, Botanique, Porte de Namur, Stade, Jacques Brel… presque tous « + police » (et tous avec l’argent public). Que les stations et rames sont encore ornées de militaires qui sont aussi là pour nous rassurer…

Mais pour conclure avec une note optimiste, je précise qu’il y a évidemment à la STIB et dans la police des agents qui condamnent eux aussi cette politique.

ber

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Une Réponse to “STIB : un débat. Maintenant.”

  1. Mélusine said

    … sauf qu’on ne trouve trace de cette « lettre ouverte » que sur facebook, Anne… tu as d’autres info?

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