Le bout du tunnel – Pourquoi il ne fallait pas faire ça

juin 12, 2018

RENDEZ-VOUS SUR PLACE LE SAMEDI 23 À 13h POUR LE RASSEMBLEMENT

Le 8 juin dernier à l’aube, des gens qui survivaient dans le couloir sous le pont de chemin de fer de la rue des Vétérinaires en ont été expulsés manu militari, sans leurs affaires et sans solution de « relogement ». Des grilles ont ensuite été solidement posées aux deux entrées du tunnel par Infrabel.

Ces gens se sont retrouvés devant les portes de DoucheFLUX. Nul ne sait aujourd’hui où ils passent leurs nuits, leur temps.

Il est évident que vivre dans ce couloir n’était pas une bonne chose. Il est évident aussi que le climat violent des lieux n’était pas une bonne chose. Personne, je pense, du moins personne de sain d’esprit ne trouvera acceptable que des gens vivent dans des conditions pareilles. Personne n’aime la violence, la drogue, la crasse.

Était-ce une raison pour évacuer les lieux ? Non.

La seule bonne raison d’évacuer les lieux, la seule raison valable, la seule raison intelligente de vider ce tunnel eut été qu’on propose à ces gens de vivre dans un endroit décent, un endroit à eux.

Impossible, ils n’en veulent pas, disent en choeur le bourmestre Charles Picqué et ceux qui à son instar ont une vision étriquée de la chose.

Ce dont ils ne veulent pas, c’est des solutions qu’on leur propose – et bien des sans-abris ont déjà témoigné des difficultés rencontrées dans des abris de nuit, quand ils ont le droit d’y aller. Ce dont ils ne veulent pas, c’est qu’on leur dise ce qu’ils ont à faire. Ce dont ils ne veulent pas, c’est qu’on décide pour eux de ce dont ils ont besoin. Ce dont ils ne veulent pas, c’est qu’on les approche, parfois, parce que certains souffrent de troubles mentaux. Ce dont ils ne veulent pas, ça arrive aussi, c’est qu’on les prive des paradis artificiels que procurent l’alcool et la drogue (qui ne sont pas arrivés dans ce tunnel tout seuls, ni cultivés là, notons-le). À certains, on ne propose rien, parce qu’ils n’ont pas de papiers.

Ils sont là, quelques uns veulent juste qu’on leur foute la paix, même s’ils déconnent. Évidemment que ça ne marche pas comme ça.

Bien sûr que la situation est compliquée. Elle est même hyper compliquée. Elle est même désespérante dans bien des cas. Les nombreuses personnes, quidams, associations, services sociaux de la commune qui se démènent dans ce tunnel et ailleurs depuis des mois ne me contrediront pas. Le travail est colossal, il est hyper dur, il est rarement gratifiant, il est de très, très longue haleine, il est parfois rendu dangereux par l’insécurité qui peut régner sur place. Et aussi par l’incurie de bien des dirigeants. Et par des dispositifs, règlementaires ou mobiliers, anti-SDF.

Fallait-il pour autant évacuer les lieux et mettre ces grilles ? Non.

Ce que les autorités communales ont fait là, c’est déplacer le problème. Ce qu’elles ont fait, c’est bousiller le travail de fond, de fourmi, de longue haleine qui était à l’oeuvre dans ce tunnel depuis des mois.

Au lieu de soutenir les travailleurs sociaux, communaux et autres, au lieu de leur adjoindre, pourquoi pas ? des policiers de proximité quand c’était nécessaire, au lieu de renforcer les équipes et autres moyens, elles ont mis deux grilles qui ont bousillé des mois de travail.

Elles ont jeté dehors des gens qui y étaient déjà mais sous un pont, au moins. Elles ont fait disparaître des radars des gens qu’elles estiment assez dangereux, disent-elle, pour motiver leur décision. Elles les ont privés de ceux qui, petit à petit, les faisaient avancer. Elles ont aggravé leur situation et donc, pour ceux qui étaient dangereux, leur dangerosité.

Au lieu de dénoncer ce tunnel comme une conséquence de l’incurie politique, au lieu de le brandir pour dénoncer le refus de nos pouvoirs, à tous les niveaux, de lutter ENSEMBLE, vraiment et en profondeur contre la pauvreté – ce que pourtant l’ensemble du secteur et des centaines de citoyens appellent de leurs voeux – ceux qui ont décidé de le condamner en on fait un symbole, celui d’une politique aujourd’hui menée partout ou presque dans notre pays : l’invisibilisation des pauvres. La nécropolitique dans toute sa splendeur.

Le sans-abrisme n’est pas une fatalité. On peut y mettre fin. On le peut si on le décide. On le peut si on le veut vraiment. On le peut si on y travaille tous ensemble, tous niveaux de pouvoir confondus, tous experts du terrain, dont les premiers concernés, compris. On l’a déjà prouvé. À grande échelle dans certains pays, à petite échelle expérimentale chez nous. Ca marche.

Chasser des gens d’un abri et mettre des dispositifs pour qu’ils n’y reviennent pas, ça ne sert à RIEN, ça n’est bon pour PERSONNE.

L’autre option est compliquée. Mais la complexité des choses n’est pas un argument, a fortiori pour quelqu’un qui entend diriger une commune, une région, un État, un pays. Au contraire, c’est même pour ça qu’on le mandate. Parce que c’est compliqué. Et ça le sera beaucoup moins si tous font preuve d’une once de volonté, d’un zeste de courage et d’un brin de bon sens politiques. Juste ce qu’il faut pour travailler ensemble parce qu’on a décidé ensemble qu’on ne peut pas, en 2018, accepter que des gens vivent à la rue.

Pour lire et signer la lettre ouverte, cliquez ici

 

tunnel 2

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