Le tunnel de Saint-Gilles et autres dispositifs anti-SDF – FAQ

juin 21, 2018

Voici quelques réponses à des affirmations de Charles Picqué et d’autres personnes concernant l’évacuation et la fermeture du tunnel de la gare du Midi à Saint-Gilles. Pour le détail, cliquez ici.

Ces gens étaient dangereux

VRAI et FAUX. Il y a eu des incidents. Il y a toujours des incidents à la rue. La vie à la rue est une violence. Une violence d’État, d’abord, qui a permis ça, une violence quotidienne ensuite : manquer de tout, être exposé aux éléments, aux violences d’autrui (un SDF sur deux a été tabassé au cours des 6 derniers mois).

La rue, c’est difficile. On peut en mourir (et pas qu’en hiver !) et on subit en permanence les effets de la nécropolitique actuellement en vigueur chez nous (et qui atteint des sommets avec les dispositifs anti-sdf) : on rend la vie des pauvres impossible, on la rend invivable, on les prive de toute puissance d’agir, on les gomme du paysage.

Oui, certains sans-abris boivent, certains consomment des drogues, certains sont violents. Oui, il y avait de ceux-là dans le tunnel de la gare. Il n’y avait pas que ça, mais il y a eu des incidents. Certains parlent d’agressions. On n’en sait rien, mais c’est possible et personne ne cherche à le nier. Vivre à la rue ne met pas de bonne humeur. Avoir faim et ne pas avoir d’argent ne laisse pas beaucoup de choix. Souffrir de troubles psychiatriques et ne pas bénéficier de soins n’aide pas à se contenir.

Comprendre cette violence ne veut pas dire qu’on doit l’accepter. Évidemment pas. Mais en chassant des gens qu’on estime dangereux d’un endroit pour qu’ils disparaissent dans la nature (et des radars) ne règle rien de ce point de vue, au contraire.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que suite à notre lettre ouverte, la commune de Saint-Gilles a décidé d’ouvrir des logements (précaires) à destination de sans-abris, y compris ceux du tunnel qui réapparaîtront. Il y avait donc autre chose à faire que de les chasser au prétexte qu’ils sont dangereux. Une solution de bon sens, que nous encourageons, et qui est bien plus efficace pour tout le monde que la chasse aux pauvres.

Ils se battaient entre eux

VRAI, ça arrivait. Il aurait fallu prendre cette violence en charge, soutenir ceux qui tentaient de le faire et venir en aide à ces personnes pour qu’elles ne soient plus en situation de céder à la bagarre.

C’étaient des migrants

VRAI et FAUX. Il y avait des Polonais, des Marocains, des Belges, des Pakistanais, des Soudanais… Des hommes, des femmes. Avec ou sans papiers. Avec ou sans intention de partir vers l’Angleterre ou ailleurs.

Les personnes qui habitaient le tunnel n’étaient pas toujours les mêmes, cet endroit est et pourrait rester un refuge de première nécessité, propice à ce que les services sociaux prennent contact avec les nécessiteux et les suivent pour qu’ils retrouvent un logement digne.

C’était sale

Bien sûr que c’était sale. Quand on vit à la rue, on est sale. Quand on vit dans un tunnel, on n’a pas d’aspirateur, d’eau courante… Pourtant, malgré l’absence d’infrastructures (poubelles, cabines hygiéniques…), ils essayaient de garder l’environnement propre, en balayant quotidiennement. Alors oui, c’était sale. Y compris de la crasse et des déjections des autres (même un SDF n’aime pas dormir dans la puanteur).

Quand on vit dans la rue et qu’on subit de plein fouet la violence de l’État, prendre soin de soi n’est pas forcément évident.

C’était insécurisant

OUI et NON. Et pour tout le monde. Bien sûr que passer dans un tunnel mal éclairé peuplé de gens pas propres et pas toujours aimables, parfois violents, peut faire peur. Bien sûr que vivre à la rue, dans un tunnel peuplé de gens pas propres et pas toujours aimables peut faire peur.

Cependant, de nombreuses personnes nous ont également affirmé préférer passer dans le tunnel peuplé que dans le tunnel vide. Et clairement, pour les sans-abris, vivre dans un abri relatif et en groupe est plus rassurant.

Les riverains se plaignaient

OUI et NON. Certains se plaignaient, d’autres non. Certains qui se plaignaient estiment que la manière dont la chose a été gérée est inacceptable, aussi.

En outre, Nombre d’entre eux venaient quotidiennement en aide aux habitants du tunnel, en leur apportant des produits de premières nécessités, des restes, du pain, des vêtements ou des couvertures.

Enfin, contenter des riverains en chassant des indésirables qui iront s’installer ailleurs, c’est… mécontenter d’autres riverains, ceux de cet ailleurs.

C’était désagréable

VRAI. La misère est très désagréable. La misère, c’est toujours très laid, ça nous dit toujours des choses très vilaines, ça rend triste.

Ceci dit, ce n’est pas parce qu’on ne voit plus la misère qu’elle n’existe plus. Au contraire, en chassant ces gens du tunnel, on a aggravé leur situation. Ils savaient où ils étaient et des gens venaient les voir. Certains bénéficiaient d’aides du CPAS et un travail difficile et de longue haleine avait été entrepris avec eux.

La vision de ce tunnel vide est également très désagréable. Savoir qu’on a caché des gens pour ne plus avoir à les voir, qu’on préfère que les gens meurent à l’abri des regards, plutôt qu’ils ne vivent en notre présence, ce n’est pas acceptable. C’est ce que nous appelons la nécropolitique et c’est ce dont nous accusons le Bourgmestre de Saint-Gilles et ses complices.

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2 Réponses to “Le tunnel de Saint-Gilles et autres dispositifs anti-SDF – FAQ”

  1. Mélusine said

    Merci Anne! (juste, pour chipoter, j’ai du mal avec le mot « nécessiteux » que je trouve vraiment moche…)

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