Viva for Life : pourquoi il faudra donner (encore)

décembre 15, 2019

Si vous cherchez Viva for Life sur le net, vous tombez sur une page du site de la RTBF avec en banner ce slogan : « La pauvreté c’est inacceptable. Chez les enfants, c’est insupportable ». Dès l’abord donc, il y a de quoi discuter. La pauvreté, c’est en effet inacceptable, a fortiori quand elle côtoie au quotidien la débauche de pognon d’une société capitaliste. Mais la pauvreté n’est pas plus insupportable quand elle touche des enfants que quand elle touche des parents. Elle l’est même probablement moins pour des enfants, qui ne la subissent jamais que parce que leurs parents sont pauvres et qui ont, eux, encore des gens sur qui compter, une certaine insouciance (même si abîmée), pas de courriers à ouvrir, pas de loyers à payer, pas d’huissiers à recevoir, pas de discours politiques odieux et de contrôles en tous genres à subir, pas cette trouille permanente de lendemains incertains pour soi et… pour ses enfants. Mais soit, il faut bien récolter de l’argent et on le sait, les gens donnent généralement plus facilement pour des enfants que pour des adultes.

Pour en savoir plus sur le concept de l’opération, il faut chercher un peu. J’ai trouvé dans le « à propos » de la page facebook de l’opération, non mise à jour  :

VFL

Nous voilà donc face à des gens riches qui vont jouer aux pauvres sur une place publique, sous les caméras, dans un cube en verre, en faisant semblant de jeuner pour… à vrai dire je n’ai jamais compris pourquoi. D’autant que depuis que l’opération existe, les gens à la rue se sont multipliés et le manque de tout, la malnutrition et les autres dégâts de la pauvreté s’étalent chaque jour aux pieds de tout qui se balade en rue dans une ville de Belgique en 2019. Y compris des enfants, surtout pendant les vacances, puisque pour les gens pauvres qui n’ont d’autres ressources que ce que des passants versent dans leur gobelet (sans soupe), il n’y a pas de stages, de baby-sitter, de garderies ou de playstation.  Pas de télé non plus et c’est heureux – ou dommage ? – parce que ces gens-là savent mieux que personne l’ahurissante indécence de cette exposition de gens volontaires, propres sur eux, nourris aux vitamines dans un cube tout chaud, avec commodités, WC, suivi médical, stars en tous genres et politiciens endimanchés, qu’ils vont quitter après quelques jours pour passer les fêtes en famille dans les logements confortables.

Pendant quelques jours donc, ces animateurs vont avoir de la visite. Et comme ils vont recevoir sous l’oeil des caméras et des badauds, le monde politique se pressera à leur porte avec de jolis chèques pleins de zéros et de jolis discours larmoyants sur les enfants pauvres. Revenons à l' »à propos » de la page facebook de l’opération, qui nous parle aussi de son objectif :
VFL 2

Un objectif louable, cela va de soi. Il faut en effet sensibiliser et mobiliser sur la pauvreté (infantile, soit). Mais une opération caritative qui reçoit en grande pompe les premiers responsables de cette pauvreté et leurs chèques payés avec nos deniers alors qu’ils sont mandatés avec nos deniers pour la combattre, c’est le contraire de sensibiliser. C’est désinformer. C’est faire croire à tout le monde que ces gens n’ont rien à se reprocher et mieux (pour eux), c’est faire croire à tout le monde qu’ils sont généreux. On ne peut pas lutter contre la pauvreté et applaudir ceux qui ont le pouvoir de la combattre et ne le font pas et, pire encore, la créent.

Quant au coût de l’opération elle-même (financée… par nous), il est un mystère. Combien pour ce cube, ceux qui vivent dedans, ceux qui s’y pressent ? Combien pour les moyens techniques colossaux nécessaires ? Combien pour l’hébergement des équipes qui gèrent le tout ? Combien pour la mobilisation de la ville qui l’accueille ? Nul ne le sait et cette opacité prête le flanc à toutes les suppositions, qui vont évidemment bon train.

C’est CAP48 qui gère l’argent récolté et on sait que CAP48 est capable de récolter de l’argent sans sombrer dans l’indécence. Elle le fait chaque année pour les associations qui viennent en aide aux personnes handicapées. Elle pourrait même le faire en refusant les chèques (notre argent!) des politiques qui se pressent dans ces grandes messes qui ne sont jamais que les révélateurs d’une situation qu’il faut combattre. Elle pourrait même le faire en dénonçant des politiques qui refusent de reloger, de rénover, de donner à chacun.e les moyens de sa subsistance, de répartir les richesses, de permettre aux adultes de prendre soin de leurs enfants.

Soyons très clairs : Viva for Life ne combat pas la pauvreté. D’ailleurs, la pauvreté, y compris infantile, n’a cessé d’augmenter depuis que l’opération existe. Elle permet à des associations qui tentent d’en limiter les dégâts de continuer à travailler et ce, grâce aux dons de particuliers, directement ou via les chèques précités.

Et ces associations sont réellement utiles, du moins si on ne veut pas qu’en attendant une société plus juste, des gens (ou devrais-je dire plus de gens encore) meurent de cette pauvreté qu’on peut pourtant combattre. Et ces associations savent tout ça, mais elles se prêteront au jeu, même s’il est sale, parce que sans lui, elles ne peuvent pas continuer.

Une fois de plus donc, il faudra donner. Pour ces associations. (Ou mieux, comme le précise Irène Kaufer, directement à ces associations). Mais on ne peut pas mener des opération caritatives sans rappeler, inlassablement, qu’elles ne devraient pas avoir à exister. Et on ne peut pas mener des opérations caritatives n’importe comment.

Un autre avis ici

 

 

Une Réponse to “Viva for Life : pourquoi il faudra donner (encore)”

  1. raannemari said

    Enfin, enfin, enfin, une critique de cette indécente opération de charité publique.
    Ce voyeurisme dégoûtant qui ne remet surtout pas en cause les raisons de cette pauvreté galopante : le néolibéralisme avec sa destruction de tous les acquis des luttes sociales pour le plus grand profit des sangsues du Bel 20 et de toute leur clique.

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