La situation

Sur le site du Ministère des Affaires étrangères, on peut lire, concernant l’Afghanistan: « Tous les voyages de tourisme sont absolument déconseillés. (…) La menace d’actes terroristes ou criminels contre les étrangers est très importante. Des zones entières du pays, en ce compris les grandes agglomérations, font face à une insurrection armée contre les forces de sécurité afghanes et les forces OTAN/ISAF. Le conflit occasionne plus d’un millier de morts violentes chaque année. Le danger peut prendre la forme d’attentats à la bombe, d’attaques suicides, d’enlèvements, de confrontations armées, d’attaques le long des routes, qui visent les ONG, les organisations internationales, les entreprises privées et touchent de façon indiscriminée les personnes présentes alentours.  » (le « s » n’est pas de moi)

Le HCR estime que la vie des gens est en danger en Afghanistan et qu’il est impossible d’y fixer des zones de sécurité: « La situation en matière de sécurité en Afghanistan est toujours précaire et, dans beaucoup de régions, il demeure impossible d’obtenir un accès humanitaire. L’insécurité reste la principale cause de déplacement. »

– Le 26 septembre dernier, la policé procédait illégalement à l’expulsion d’un bâtiment occupé par plus de 400 Afghans.

– Le 4 octobre, on apprenait que l’Etat belge refusait de libérer une dizaine d’Afghans détenus en centre fermé malgré la suspension de l’arrêté d’expulsion par le Conseil du Contentieux des Etrangers*, qui estime que l’Office des Etrangers, service dont la secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Maggie De Block (Open Vld) est responsable, a fait preuve de négligence dans ses prises de décisions: les arrêts du Conseil du Contentieux des Etrangers indiquent que l’Office des Etrangers a pris ses décisions trop rapidement et n’a pas étudié la situation actuelle en Afghanistan. (Ils auraient été libérés depuis, et l’Office annonce son intention de faire appel).

Il y a quelques jours, un jeune Afghan père de famille, parlant parfaitement le néerlandais et salarié en Flandre, était renvoyé seul dans son pays d’origine. Il était arrivé ici quand il était mineur d’âge et a quitté l’Afghanistan à l’âge de 5 ans.

La loi, c’est la loi?

« La loi, c’est la loi », avancent certains.

Seulement, En Belgique, il n’existe pas de règles claires concernant les demandes d’asile. Les dossiers sont étudiés au cas par cas (on le voit plus haut).

Par contre, il existe ce qu’on appelle des lois souveraines. Parmi elles, la Convention européenne des Droits de l’Homme. Et la Belgique se dit fière d’y avoir adhéré.

Une simple recherche sur google permet de se faire une idée du gouffre qui sépare cette fierté affichée et la réalité: la Belgique est régulièrement condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme et se fout royalement de ces condamnations.

Relevons par exemple:

Octobre 2013

La ministre de la Justice Annemie Turtelboom décide d’extrader Nizar Trabelsi  vers les Etats-Unis, bafouant ainsi une décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), datant de décembre 2011 qui ordonnait en effet la suspension provisoire de l’extradition de Nizar Trabelsi outre-Atlantique.

http://www.lalibre.be/actu/international/extradition-de-trabelsi-la-belgique-se-fout-des-decisions-de-justice-et-de-l-argent-du-contribuable-524db0fd35703eef3a0dc90d

Juillet 2013

Le Comité européen des droits sociaux, l’organe quasi-judiciaire du Conseil de l’Europe, a condamné lundi l’État belge et les trois Régions pour le manque de places d’hébergement et de solutions d’accueil pour les personnes handicapées de grande dépendance.

http://www.dhnet.be/actu/sante/la-belgique-viole-les-droits-des-adultes-handicapes-51f5e7353570ebbf8e01914b

12 avril 2013

La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la Belgique à payer 5.000 euros à un demandeur d’asile afghan. Il était resté enfermé 4 mois en raison d’une procédure en cassation alors que son avocat avait obtenu sa libération après 4 jours.

http://www.lesoir.be/223982/article/actualite/belgique/2013-04-12/belgique-condamnee-payer-5000-euros-un-demandeur-d-asile

Mars 2013

Le 10 janvier 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu plusieurs arrêts par lesquels elle condamne la Belgique pour violation de certains articles de la Convention européenne des droits de l’homme au vu du sort réservé aux internés détenus dans les prisons belges.

http://www.justice-en-ligne.be/article539.html

Octobre 2012

La Belgique une fois de plus condamnée par la cour européenne des droits de l’homme. C’est la 9ème fois en 10 ans, mais c’est surtout la 5ème condamnation depuis l’année dernière en matière de droits des étrangers et d’asile. Souvent la Cour reproche à la Belgique un « traitement inhumain et dégradant ». Mais c’est la première fois que la cour européenne des droits de l’homme met directement en cause le travail effectué par nos instances d’asile, en Belgique.

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_contentieux-des-etrangers-la-belgique-une-nouvelle-fois-condamnee?id=7858373

Décembre 2011

Le 13 décembre 2011, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné pour la troisième fois la Belgique pour avoir infligé un traitement inhumain et dégradant à des enfants migrants en les détenant en centre fermé.

http://www.liguedh.be/espace-presse/116-communiques-de-presse-2011/1321-condamnation-de-la-belgique-pour-traitement-inhumain-a-des-enfants-migrants–tris-repetitae

Janvier 2011

Le 21 janvier 2011, la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg a condamné la Belgique pour traitement inhumain et dégradant à l’égard d’un demandeur d’asile.

http://www.cire.be/thematiques/asile-et-protection/707-la-belgique-condamnee-pour-son-application-du-reglement-de-dublin

Outre ces règles de droit qui sont constamment bafouées, il y a la question « simplement » humanitaire. Des gens sont ici depuis des années. Leurs enfants sont nés ici, scolarisés ici. Au-delà d’une certaine durée, en admettant qu’il y ait de « bonnes » et de « mauvaises » raisons de s’exiler (ce que je ne fais pas), des gens ne devraient à mon sens plus être tributaires de la moindre décision. Et pas qu’à mon sens.

La loi, c’est la loi, mais pas pour tout le monde

On l’a vu : la loi, c’est la loi, mais pas pour ceux qui la font, puisque notre pays la bafoue régulièrement sans accorder la moindre importance à des condamnations d’instances souveraines auxquelles il a pourtant adhéré (avec fierté).

Outre ce comportement intolérable, notre Etat laisse à l’arbitraire des décisions gravissimes qui ont une influence directe sur la vie d’êtres humains.

En cette occurrence, une seule conclusion possible:

Soit on décide que l’Afghanistan est un pays sûr, on rappelle nos soldats et on supprime la mise en garde du Ministère des Affaires étrangères, soit on accueille chez nous des gens en danger.

Il y a une troisième option: on quitte les instances internationales et on se départit de leurs lois souveraines.

Ou alors, on se souvient que faire de la politique, c’est se mettre au service de la société. On décide que oui, la loi, c’est la loi. Pour tout le monde. On objective tout ce qui doit l’être, on réforme tout ce qui doit l’être.

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Dessin de Bernard Fasol

Lire aussi:

Union européenne: Critères de rejet des demandes d’asile infondées

Procédure d’asile: CGRA

Procédure d’asile: SPF Intérieur, Office des Etrangers

*Le Conseil du Contentieux des Etrangers est une juridiction administrative, seule compétente pour connaître des recours introduits à l’encontre de décisions individuelles prises en application des lois sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers. A l’exclusion de toute autre instance, il est compétent pour connaître des recours introduits contre les décisions du Commissaire général aux Réfugiés et aux Apatrides qui reconnaissent, refusent ou retirent la qualité de réfugié à un demandeur d’asile. (Convention de Genève – 28 juillet 1951)

Comme toute guerre, celle qui frappe l’Ukraine contraint des gens à fuir pour sauver leur peau. Normalement, si j’en crois l’Histoire, les traités, les déclarations universelles et les textes de loi, cette phrase aurait dû être plus longue : Comme toute guerre, celle d’Ukraine contraint des gens à fuir et des pays à les accueillir pour sauver leur peau.

Seulement, si la grande Histoire nous a donné des leçons que les dirigeants du monde promettent au moins une ou deux fois l’an de retenir, la petite histoire de notre pays nous montre à suffisance que notre politique d’asile n’a pas vocation à autre chose que brasser des voix de l’extrême droite. La Belgique a déjà été condamnée maintes fois dans ce cadre, y compris le 21 janvier dernier à une astreinte de 5.000 euros par jour ouvrable où « au moins une personne souhaitant présenter une demande de protection internationale, se sera vu empêcher d’exercer ce droit ». Saturation de réseau d’accueil (un réseau composé notamment de structures créées de toutes pièces par des citoyen.ne.s, financées en grande partie par des dons privés et qui ne tourneraient pas sans un bénévolat conséquent) et refus d’enregistrer la majeure partie des demandes d’asile au Petit-Château (centre d’accueil pour candidats réfugiés) étaient cette fois au menu de ce énième recours.

Et puis il y a eu la guerre en Ukraine. Et tout à coup, notre pays comme bien d’autres en Europe s’est souvenu de ses obligations (obligations qu’ils s’est imposé à lui-même, rappelons-le). Notre secrétaire d’État à l’asile, Sammy Mahdi s’est mis à tenir des discours très envolés sur notre devoir d’accueillir sans les compter (je cite) les Ukrainiens et les Ukrainiennes qui se présenteraient à nos frontières. On l’a entendu affirmer avec force dans les hémicycles du pouvoir qu’on devait se mobiliser, qu’on pouvait le faire, et qu’en se mobilisant, on pourrait créer de nombreux logements.

Quelques passages (repris par LN24, source qu’on peut difficilement qualifier de bobogauchiste) :

« On ne lâche pas les Ukrainiens, ils sont les bienvenus chez nous ! Et sachant que la problématique va continuer à augmenter, on va va devoir continuer à être solidaires« 

« Environ 1.000 personnes s’enregistrent chaque jour à Bruxelles et les chiffres vont augmenter. Les capacités d’accueil vont donc aussi devoir augmenter. Chaque commune, chaque province et chaque région va devoir faire le nécessaire« 

« Nous avons un enjeu énorme: créer des logements pour tout le monde. Ils ne pourront pas le faire tous seuls, on devoir le faire tous ensemble, au niveau du fédéral et au niveau des régions. On va travailler coude à coude pour faire en sorte de créer des logements collectifs de grande capacité pour faire en sorte que chaque personne puisse être accueillie dans les meilleures circonstances« 

« Nous avons déjà convenu avec les régions que d’ici la fin du mois, des dizaines de milliers de places seront créées et c’est le volontarisme dont nous avons besoin dans cette crise« 

Qu’est-il arrivé à Sammy Mahdi ? Lui qui a si consciencieusement repris le flambeau de Théo Francken et en a avec un tel talent attisé la flamme ? Lui, l’idiot utile d’une politique raciste qui ne travaille que pour la reconduction de ceux et celles qui la mènent et pensent que c’est comme ça qu’ils.elles seront réélu.e.s ? Lui, l’enfant de réfugié de guerre qui n’a pas de mémoire ?

On pourrait s’arrêter là. Danser la gigue tou.te.s ensemble, du moins ceux et celles qui comme moi pensent qu’une vie est une vie et que quand elle est en danger, il faut la protéger, face à l’avenir radieux qu’on nous fait ainsi miroiter, mais ce serait faire fi de tout le reste.

Soyons de bonne volonté et oublions même nos souvenirs. Nos souvenirs de milliers de gens tellement maltraités que des citoyen.ne.s leur ont construit un énorme village solidaire dans un parc bruxellois. Puis ceux, plus récents, de milliers de gens tellement maltraités que des citoyen.ne.s ont voulu remettre ça et à qui on a interdit de donner une tente à des gens à la rue. Nos souvenirs de visites domiciliaires et de poursuites judiciaires de citoyen.ne.s à qui l’État reprochait d’avoir hébergé et aidé des gens laissés à terre (littéralement). Nos souvenirs de coups, de confiscations de biens, d’enfermements, assénés à des gens à terre par une police instrumentalisée par une politique raciste. Nos souvenirs de contrôles dans les trains, les trams, les bus et les métros.

Oublions tout ça et observons ce qui se passe : aujourd’hui, les citoyen.ne.s de ce pays sont autorisé.e.s, et même félicité.e.s pour ça, et même plébiscité.e.s pour ça, à porter secours. Par les pouvoirs fédéraux et locaux qui les appellent à l’aide pour héberger, verser des sous, donner des vivres. Nos transports en commun sont désormais gratuits pour les Ukrainien.ne.s. Nos pouvoirs politiques ont la main sur le coeur, l’âme dans la bouche et le portefeuille ouvert. On peut le faire, on doit le faire, a dit Sammy Mahdi (ce en quoi il a parfaitement raison).

Seulement voilà : cette nouvelle tendance, très porteuse électoralement, ne concerne que les Ukrainien.ne.s. Et encore, pas tou.te.s. Les hommes seuls restent bien souvent sur le carreau. Les ‘immigrés d’Ukraine’, ceux et celles qui ne sont pas ‘ukrainien.ne.s de souche’ restent sur le carreau. Et pour le dire crûment, les noirs sont écartés aux frontières et ceux qui parviennent à passer sont abandonnés aux portes de nos administrations, portes devant lesquelles se trouvent aussi des centaines d’Ukrainien.ne.s ‘recevables’ qui attendent désespérément leur tour dehors dans un chaos total, sans sanitaires, sans logement, sans rien. Quant aux candidat.e.s-hébergeur.euse.s, ils.elles sont nombreux.ses à s’être manifesté.e.s et à se demander si tout ça n’était pas qu’un effet d’annonce.

Quant aux autres, ceux que notre État maltraite depuis des années, venus eux aussi de pays où leur vie était en danger et dont la vie est en danger chez nous parce que ‘nous n’avons pas les moyens’ de les accueillir, et tous ceux et celles qui, pas exilé.e.s, vivent à la rue, voilà qu’ils.elles se prennent sur le coin de la gueule, en plus de toutes les autres, une violence symbolique inouïe. Tous ces discours, toutes ces mesures, toutes ces mobilisations ne les concernent pas. Et quand l’État se soucie de leur sort, c’est pour l’aggraver encore : aujourd’hui, dénonce Selma Benkhelifa, notre pays considère qu’il n’y a plus de raison d’assurer la protection des Afghan.e.s, dont le pays est pourtant aux mains des Talibans, secoué par des affrontements, plongé dans l’une des pires famines au monde.

On nous rétorque souvent que les exilé.e.s ukrainien.ne.s ‘ne font que passer’. On nous rétorque aussi des choses immondes sur leur éducation, leur culture, leurs compétences, le fait qu’ils.elles nous ressemblent et que c’est plus facile.

Je ne m’abaisserai pas à répondre, on sait tou.te.s que cette rhétorique est puante. Si je le relève, c’est parce qu’il faut le relever. Relever que tout ça participe d’une tendance (électoraliste) à nous diviser et même, désormais, à diviser les secteurs de première ligne, ceux qui ne font pas de différence, les citoyen.ne.s solidaires, qui ne font pas de différence et même tous ces gens qu’il faut, qu’on doit, qu’on peut (c’est Sammy Mahdi qui l’a dit) secourir.

On sait tou.te.s tous les gens qui étaient à la rue avant la guerre en Ukraine seront à la rue après la guerre en Ukraine, puisqu’aujourd’hui, ils ont disparu même des discours. On sait tou.te.s que demain, on n’aura plus les moyens, il ne faudra pas, on ne devra pas, on ne pourra pas.

On sait tou.te.s que la politique (électoraliste) d’asile actuellement menée par la Belgique en ce qui concerne les exilé.e.s ukrainien.ne.s, même si elle devrait être mieux menée, est la bonne chose à faire. Ce qu’on n’aura pas le droit d’oublier, c’est que la Belgique aura pu la mener. En des temps où pourtant, elle dépense des millions d’euros à d’autres choses aussi, parce que cette guerre a un prix qu’on paiera longtemps.

Refusons de nous diviser. Refusons de choisir. Exigeons que notre État mène UNE politique d’asile pour tou.te.s. Cette politique.

Cette politique :

ONEM: Rappelons-leur la loi

juillet 23, 2015

En Belgique, le mandat de perquisition est un acte du juge d’instruction permettant à la police de fouiller le domicile d’une personne pour rechercher les éléments de preuve d’une infraction.

Le principe qui régit cette condition est celui de l’inviolabilité du domicile et le respect de la vie privée.

La Constitution Belge, en son Article 15, précise en effet que « Le domicile est inviolable; aucune visite domiciliaire ne peut avoir lieu que dans les cas prévus par la loi et dans la forme qu’elle prescrit« .

Votre domicile ne peut donc être perquisitionné que si un mandat de perquisition a été signé par le juge, et si la perquisition se déroule entre 5 heures et 21 heures, sauf exceptions. Et il ne peut l’être que par le juge d’instruction ou par la personne que ce dernier désigne.

Apparemment, selon nos dirigeants, nous ne sommes plus tous égaux devant leurs propres lois. En effet, ils s’apprêtent à autoriser l’ONEM à envoyer des contrôleurs au domicile des chômeurs qui seront soupçonnés de fraude et cela sans rendez-vous, entre 5h et 21h.

Des gens donc qui ne sont pas habilités aux yeux de la loi à perquisitionner chez nous seront dorénavant autorisés à perquisitionner chez nous sans mandat de perquisition.

Oh bien sûr, on peut refuser et exiger un mandat, mais la chose ne sera pas précisée aux perquisitionnés (on n’est pas dans un feuilleton US, ici, on ne dit pas ses droits au justiciable, il est censé les connaître). Et puis, qui ira refuser l’entrée de son domicile à un contrôleur de l’ONEM, sachant que, comme nous l’assènent ceux qui en ont ainsi décidé, « Si on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre »?

Eh bien beaucoup de gens j’espère. Parce qu’au-delà du fait que ceux qui nous dirigent se croient au-dessus des lois alors qu’ils n’ont que la tolérance zéro à la bouche, au-delà du fait qu’ils s’en prennent systématiquement aux plus faibles, au-delà de l’hypocrisie d’un système dont les candidats dirigeants se disent tous contre le statut de cohabitant, dont les dirigeants annoncent tous des créations d’emploi qu’on attend toujours, dont les dirigeants essayent de nous faire croire que les chômeurs sont la ruine du pays, dont les dirigeants refusent d’aller chercher l’argent là où il est, dont les dirigeants harcèlent les plus faibles et protègent les plus forts en brandissant une fuite des capitaux qui n’a jamais été prouvée… au-delà de tout ça, il y a le respect.

Le respect de notre vie privée. Le respect de notre dignité. Le respect de nos lois. ON NE PEUT PAS ENTRER CHEZ QUELQU’UN QUI NE NOUS Y A PAS INVITE SI ON N’EST PAS UN JUGE D’INSTRUCTION OU MANDATE PAR UN JUGE D’INSTRUCTION. L’ETAT BELGE N’EST PAS AU-DESSUS DE SES PROPRES LOIS!

Il ne peut pas, parce qu’il nous soupçonne de désobéir à la loi, désobéir à la loi pour le prouver!

Même si on a quelque chose à se reprocher (ce qui n’est jamais le cas tant que ce n’est pas prouvé).

En attendant, chômeurs ou pas, cessons de tout accepter et affichons ceci à nos portes et fenêtres:

controles

La Justice n’a pas que ça à foutre? Qu’elle le fasse savoir.

Ce n’est pas de la désobéissance civile. C’est un juste rappel de la loi.

Et que ceux qui auront réclamé un mandat à un contrôleur le fassent savoir. Puisque la confiance n’est plus de mise, veillons à ce qu’ils ne soient pas emmerdés juste parce qu’ils ont eu le culot de faire respecter un de leurs droits fondamentaux.

Si vous voulez dormir, vous pouvez aussi mettre ceci à votre porte avant 5h du matin :
mandat

La violence, c’est mal.

octobre 23, 2014

On ne peut pas casser des vitres, c’est vrai, c’est violent.

On peut laisser des gens à la rue pour qu’ils signent des départs volontaires au pays.

On peut renvoyer des gens dans des pays où on fait la guerre, alors qu’on a signé des conventions internationales qui nous obligent à les accueillir.

On peut prétendre qu’on peut vivre seul avec des enfants et 1000 euros par mois.

On peut droguer un demandeur d’asile débouté pour qu’il soit calme dans l’avion.

On peut obliger les gens à travailler deux ans de plus tandis qu’on oblige des milliers d’autres à chercher un emploi qui n’existe pas.

On peut faire travailler les gens 38 heures par semaine et les payer 1200 euros par mois.

On peut empêcher les gens de travailler en refusant d’ouvrir des places dans les crèches.

On peut obliger des travailleurs à signer un contrat par jour.

On peut refuser un statut et donc une couverture sociale aux gardiennes encadrées.

On peut entasser les enfants à 30 par classes délabrées. On peut mettre des profs devant ces enfants et attendre d’eux qu’ils leur enseignent quelque chose.

On peut arrêter arbitrairement des manifestants pacifistes.

On peut mettre ces gens à poil dans les commissariats.

On peut les tabasser.

On peut les enfermer des heures dans des cachots glacials sans leur avoir dit pourquoi.

On peut mettre à l’asile et à la migration un gars raciste qui fricote avec des néo-nazis.

On peut mettre à l’Intérieur un raciste qui bouffe de l’étranger dès qu’il peut.

Mais casser des vitres, c’est vraiment super violent. On ne peut pas.

Ainsi donc, alors même qu’on ne connaît pas encore les motivations du geste (le suspect arrêté se taisant depuis son arrestation), « les Musulmans » devraient d’après certains « prendre des distances » (sic), « désapprouver » (re-sic), « se désolidariser » (rere-sic) de l’horreur commise l’autre jour au Musée Juif de Bruxelles (pour rappel, 3 morts, une personne dans un état grave) par un individu isolé.

« Prendre des distances », « désapprouver », « se désolidariser », est-ce à dire qu’ils sont proches, approuvent, sont solidaires?

De quoi? D’une boucherie perpétrée sans qu’on ne sache encore pourquoi? D’un type intégriste qui s’accuse des faits?

Je suis agnostique. Mais je suis baptisée, j’ai été élevée dans la religion catholique et je célèbre les fêtes catholiques importantes avec ma famille, y compris en allant à l’office. Je ne me sens pas proche pour autant de ce qu’on a découvert hier dans un couvent irlandais, je n’étais pas solidaire de Bush quand il prétendait faire la guerre au nom de Dieu et je n’ai jamais approuvé ni l’inquisition, ni le rejet de l’homosexualité ou de l’avortement par l’Eglise catholique.

Mieux encore: on ne m’a jamais demandé de prendre position par rapport à tout ça.

J’ai vraiment de la chance de n’être « que » catholique, parce qu’on ne m’a jamais plongée dans des injonctions paradoxales du style « Sortez du communautarisme / prenez des distances par rapport à ce catholicisme-là » (sinon quoi?).

Ce qui s’est passé le 24 mai à Bruxelles est horrible. Je ne connais personne qui ne trouve pas ça horrible. Oh, je pense que certains doivent s’en réjouir (les malades, ça existe), mais personne ni dans mes amis, ni dans mes contacts (et les deux comptent énormément de Musulmans) ne se sent proche de ces faits, de ce qu’on dit qui les motive, de cet « islam-là ».

Je ne suis pas allée manifester mon soutien aux victimes et mon indignation dans l’un des hommages organisés ici et là. Personne ne me l’a reproché. Personne ne m’a même jamais demandé si j’y étais allée. Pourtant, personne ne doute que je soutiens et m’indigne.

Des amis musulmans y sont allés et quand même ils se prennent dans la gueule des appels à la mobilisation. Il paraît qu’ils doivent marquer le coup. Se mettre tous ensemble et crier que c’est mal, pour qu' »on » arrête de penser que « les Musulmans = des intégristes ». Comme si ceux qui pensent que « Les Musulmans = des intégristes » avaient envie d’admettre que c’est faux. Comme s’ils ne le savaient pas déjà.

Si on veut mettre fin aux amalgames et lutter contre les radicalisation, on doit commencer par ne pas les entretenir. En appelant « les Musulmans » – et eux seuls – à se distancier de ce qui s’est passé, ou du moins en les appelant à le faire « plus fort » que tous les autres, on dit qu’ils en sont plus proches.

Dieu ou Allah n’ont jamais commandé les horreurs commises en leur nom. A part les intégristes, ou du moins les fragiles qu’ils manipulent, tout le monde est d’accord sur ce point (même les athées).

C’est contre les fragilités qu’on doit lutter si on veut vraiment mettre fin aux radicalisations. Ce n’est pas en « communautarisant » encore une fois une problématique pour ensuite déplorer le communautarisme qu’on le fera.

Et dans les circonstances actuelles, tandis que certains font des voix en tapant « de l’étranger » et « du musulman » pour le plus grand plaisir de médias en mal de clics, c’est aussi – et peut-être surtout – dans nos propres discours qu’un grand ménage s’impose.

Dans son article qui fait la Une aujourd’hui, photo à l’appui, La Meuse, édition liégeoise de Sudpresse, explique que « alors que le couvent des soeurs clarisses a fermé ses portes, de nombreux commentaires hostiles à l’ex-femme de Dutroux naissent sur la toile. ».

Sans préciser, bien sûr, que si de nombreux commentaires sont encore déversés sur la toile à propos de l’intéressée, c’est parce que… Sudpresse abreuve un certain lectorat de nouvelles époustouflantes sur Michelle Martin, comme ce jour donc, avec ce titre super inintéressant:  « Michelle Martin en balade avec son ami le curé« . On y apprend que Michelle Martin était ce dimanche dans les bois avec un curé et qu’elle a cueilli des jonquilles.

On s’en fout au moins autant que du sort de Michelle Martin.

A ceci près, et ce n’est pas rien, que Michelle Martin est une libérée conditionnelle parmi des milliers d’autres.

Et que des milliers de prisonniers se sont pris récemment sur la gueule un durcissement des conditions de libération conditionnelle juste parce que des journaux comme Sudpresse excitaient leur lectorat sur la libération conditionnelle de Michelle Martin. Une réforme votée à la hâte, sur l’émotion, pour contenter un électorat potentiel.

Au détriment de tous les condamnés du royaume et contre l’avis d’à peu près tout le monde judiciaire et de plein d’autres gens.

Michelle Martin est, quoi qu’on en pense, une libérée conditionnelle comme les autres. Elle a fait l’objet d’une décision mûrement réfléchie, tous les risques ont été pesés et on a estimé qu’elle avait désormais le droit de vivre hors de sa prison, à des conditions très strictes, et de se réinsérer.

Un droit basé sur un principe fondamental: personne (ou presque) n’est définitivement perdu. Tout le monde (ou presque) a droit à une seconde chance.

Seulement voilà, en Belgique, on a Sudpresse. Et Sudpresse a décidé que Michelle Martin n’avait pas droit à une seconde chance, même si des gens compétents ont décidé que si au bout de très longs débats et évaluations et conformément à la loi. Et Sudpresse pourrit le semblant de vie de Michelle Martin en la traquant jusque dans les bois où elle se balade en compagnie d’un prêtre qui lui a offert ce que notre Etat n’a pas prévu pour les libérés de prison: de quoi se réinsérer.

Un prêtre qui le paie lourdement, puisque sa vie aussi, Sudpresse a décidé de la lui pourrir.

Sudpresse mériterait que Michelle Martin dépose plainte pour harcèlement. Mais elle ne le fera pas, bien sûr. Parce que Sudpresse serait bien trop content de l’aubaine. Et parce que cette femme, quoi qu’on en pense, essaye de mener discrètement le semblant de vie qui lui reste.

Le PS nous annonce aujourd’hui sa nouvelle idée en matière d’emploi: un contrat de travail d’un an garanti pour tous les jeunes. Une mesure qui pourrait toucher 4000 jeunes Wallons et 1000 jeunes Bruxellois.

« Pour la première fois, se réjouit Paul Magnette, un jeune qui sort de l’école aura la certitude, à l’horizon de 18 mois, d’avoir un contrat d’emploi à part entière, d’un an« 

– A ce jour, le Forem dénombre 24.771 jeunes en stage d’insertion en Wallonie et Actiris en compte 6.301 à Bruxelles.

– A Bruxelles, quelque 12.000 jeunes sortant des études s’inscrivent chaque année chez Actiris. La moitié d’entre eux trouvent un emploi dans les 6 mois. L’autre moitié a besoin d’un accompagnement plus ciblé », a expliqué Grégor Chapelle, le directeur général d’Actiris, le 8 octobre dernier dans Trends.

– En 2011, près de 36 000 personnes entre 18 ans et 24 ans se sont inscrites ou réinscrites comme demandeurs d’emploi. Parmi celles-ci, 33 562 personnes se sont inscrites pour la première fois au Forem. (Source)

Donc quand Magnette nous dit « un jeune », on suppose, sur base des données en gras ci-dessus, qu’il veut dire « 1 jeune sur 6 à Bruxelles et 1 jeune sur 8 en Wallonie »?

Un emploi à 1400 euros brut, soit 1200 net.

Dans le public ou le privé, ce qui veut dire, mesdames et messieurs, que vos impôts seront désormais pour partie (de 60 millions d’euros annuels) destinés à permettre à des entreprises privées de sous-payer des jeunes dans des contrats à durée déterminée d’un an. Soit des contrats qui n’offrent aucune perspective d’avenir.

Quant aux emplois ainsi financés, on ne connaît ni leur nature, ni les conditions pour les obtenir, à part qu’ils seront destinés à des jeunes qui ont derrière eux 18 mois de chômage.

D’ici à ce que cette nouvelle idée soit appliquée (si elle l’est), 50.000 jeunes seront renvoyés vers les CPAS. Chose que le PS essaye probablement de nous faire oublier… Ah oui, parce que ce qu’il vous promet s’il arrive au gouvernement, c’est en oubliant de vous rappeler qu’il y est déjà, au gouvernement.

Et pourquoi ne pas le leur offrir à eux, tiens, ces emplois? On remet des jeunes découragés au travail, on s’évite les coûts de leurs RIS et ils rapportent à l’Etat en cotisant. Bon, le coût est un peu plus élevé, mais l’avenir de nos jeunes (et donc le nôtre) vaut bien une banque…

Quant à la réplique de Benoît Lutgen (CDH), qui consiste à mettre des jeunes au travai d’intérêt général (sic!) « pour qu’ils ne perdent pas leurs droits », j’ai déjà dit ce que j’en pensais ici.

Aujourd’hui, Rudy Demotte a déclaré sur Twizz et répété sur son facebook: « dans le domaine du conditionnement de bâtiments à des fins énergétiques, il y a beaucoup d’argent à faire pour les ENTREPRENEURS, il y a du travail pour ceux qui en cherchent ! »

La phrase m’a fait bondir et réagir en ces termes : « Oui mais, Rudy Demotte, s’il y avait vraiment du travail pour les plus de 30 chômeurs par offre d’emploi, doit-on obliger un chômeur à travailler dans un secteur qui ne l’intéresse pas, où il ne sera donc pas heureux ni compétent? Et pour quel salaire? Pour un membre de parti marxiste, vous devenez vachement bleu, non?« 

Parmi mes contradicteurs, certains m’ont objecté que oui, il faut accepter de travailler, quitte à ce que ça soit dans un boulot de merde, par solidarité.

Et c’est vrai que venant de moi, chômeuse (*) et tout le temps en train d’appeler les gens à plus de solidarité, refuser de travailler (n’importe où et à n’importe quel prix, je précise) et donc de cotiser, ça a quelque chose d’étonnant. Et pourtant je refuse. Je refuse de travailler sans être payée convenablement, je refuse de faire quelque chose que je n’aime pas faire (de toute façon, je le ferais mal), je refuse qu’on m’y oblige, même si du coup, je dépendrai volontairement de gens qui eux, n’ont pas (encore) refusé.

Et si je le refuse, c’est parce que je ne veux plus collaborer à un système qui me culpabilise en me disant que je ne suis pas solidaire alors que c’est ce système lui-même qui fait tout pour augmenter le nombre de ses chômeurs et le nombre de ses pauvres (y compris salariés). (Certains le subissent de plein fouet en ce moment précis, en découvrant que leurs déjà trop maigres allocations seront encore revues à la baisse.)

Je refuse de participer en m’abîmant dans des tâches que je n’aime pas pour « faire ma part » dans un système qui ne fait pas la sienne et qui me ment chaque jour en me disant qu’il n’a pas les moyens de me fournir un boulot décent et de faire en sorte que les laissés-pour-compte qu’elle produit soient assez armés pour trouver un boulot, même indécent.

Je comprends que certains veuillent travailler, à n’importe quel prix. Je comprends que certains y soient contraints. Mais tant que je ne le suis pas, je préfère 1000 fois râler, pester, aller à la rencontre de ces laissés-pour-compte pour qui on ne daigne même pas lâcher un centime de plus depuis des années et faire avec eux mon petit possible. Je me sens 1000 fois plus utile comme ça. Je fais parfois le boulot d’une assistante sociale, parfois celui d’une journaliste, toujours celui d’une militante. Je SUIS 1000 fois plus utile comme ça. D’autant plus que je suis heureuse. Disponible pour mon fils. Disponible pour mon activité complémentaire (oui oui, je noircis les cases). Disponible pour ceux pour qui on a oublié de créer un cadre de vie décent, un enseignement de qualité, un avenir radieux, un emploi et de la force. A qui on a oublié de donner l’envie de contribuer à une société, parce qu’elle serait juste. Disponible pour contribuer à un monde plus solidaire. (Maintenant, si on veut me payer pour ça un salaire qui me permette de nouer les deux bouts, je suis preneuse, bien sûr!)

Disponible pour gueuler sur ma société, sur ces dirigeants qui me mentent en me disant qu’ « Il y a du travail pour ceux qui en cherchent« , qui refusent de revoir leurs priorités et d’aller chercher l’argent là où il est en abondance. D’autant plus en abondance que là, personne ne reproche à quiconque de ne pas être solidaire.

Je suis solidaire. Je ne suis pas complice.

(*) Il me semble important de préciser ici que j’ai toujours travaillé :

– Comme ouvrière chez Quick

– Comme animatrice extrascolaires, avec des gens envoyés par l’ALE locale et pas du tout motivés

– Comme journaliste fausse indépendante le jour, le soir et le WE pour un fixe lamentable

– Comme assistante sociale ET journaliste, puisqu’un salaire d’assistante sociale ne me permettait pas de vivre

– Comme attachée de communication. Boulot bien payé mais dans un secteur à 1000 lieues de mes valeurs

– Comme indépendante complémentaire

En Belgique, on manque d’emplois. Et ce n’est pas moi qui le dis (ici pour la Wallonie), même si je l’ai déjà dit.

Mais bon, c’est pas grave, Monica De Coninck, ministre… socialiste (oui, encore) de l’emploi, a décidé qu’il fallait diminuer les allocations de chômage pour, je cite la Libre, « inciter les chômeurs à trouver plus rapidement un emploi« .

Je ne vais pas ici redire qu’une allocation de chômage, c’est insuffisant pour vivre. Et que pour trouver un emploi, il ne suffit pas de le vouloir. Et que vouloir un emploi, ce n’est pas un truc inné.  Je l’ai déjà fait.

Je n’ai même pas envie de parler de ce taux de cohabitant, apparemment le premier touché par la mesure. Nos candidats se chargeront de dire que ce statut est absurde. Ils le font avant chaque élection.

Je me contenterai de dire à Madame De Coninck qu’il n’est pas possible de trouver un emploi plus rapidement si on ne crée pas de l’emploi plus rapidement.

C’est quand même assez élémentaire, comme raisonnement. Un gamin de deux ans sait que quand le gâteau est fini, il n’y a plus de gâteau.

Et un gamin de deux ans sait aussi que si maman le voulait, elle irait chercher au magasin de quoi refaire du gâteau (sauf si elle est chômeuse et qu’on est le 10 du mois). Et un jour, elle lui apprendra à faire du gâteau. Avec patience, amour et confiance.

Et même, un gamin de deux ans, il sait que s’il râle bien fort, il parviendra peut-être à convaincre maman (on attend quoi, franchement?).

Hier, on nous annonce que pour lutter contre la mendicité, il faut mettre les mendiants au cachot. Aujourd’hui, on nous dit que pour trouver un emploi inexistant, il suffit de le vouloir.

Même un gamin de deux ans, on n’ose pas se foutre de lui comme ça.

On mesure la mauvaise gestion d’un Etat au nombre de policiers auxquels il a recours.

Un Etat mal géré, c’est un Etat qui fait des mécontents. Et des mécontents, ça manifeste du mécontentement.

Et quand l’Etat a sciemment fait des mécontents, il a également fourbi ses armes. Des armes du même niveau que sa politique.

Et donc voilà notre Belgique empêtrée dans des discours lénifiants (« On n’a pas le choix »), infichue de se trouver un gouvernement qui corresponde au vote de l’électeur, infichue de loger des sdf qu’elle force à dormir devant ses bâtiments vides, inoccupés mais chauffés, infichue d’aller chercher l’argent là où il se trouve, infichue de faire preuve du moindre courage politique quand il s’agit de protéger son peuple de la misère (et qui l’y enfonce même), infichue d’opérer une vraie réforme de l’enseignement, de faire de ses prisons autre chose que des usines à délinquants, de condamner certains pays oppresseurs tandis qu’elle en bombarde d’autres, pour des raisons qu’elle est infichue de donner…

Voilà notre « démocratie » (notez les guillemets). Une démocratie qui n’a plus depuis des mois de démocrate que le nom.

Non contente de ne pas prendre des mesures qui aillent dans le sens de l’équité, non contente de ne pas respecter des lois souveraines, celles des Droits de l’Homme, auxquelles elle se vante d’avoir adhéré, non contente de ne pas avoir le courage de dire « non » au nom de ce qu’elle se prétend, voilà que notre « démocratie » nous envoie ses flics.

Citoyens, citoyennes, si aujourd’hui vous décidez, au nom de la démocratie, d’aller interpeller les « démocrates » qui vous dirigent, vous finirez au cachot. Quasi systématiquement.

Hier les Indignés, aujourd’hui tout le monde. Il y a quelques jours, des gens partis demander à Maggie De Block un peu d’humanité pour des sans-papiers grévistes de la faim. Aujourd’hui, des gens partis au cabinet de Didier Reynders demander des explications sur la participation des autorités belges au sabotage de la mission de solidarité « Bienvenue en Palestine ».

Chaque fois, des violences ont été perpétrées. Par des policiers. Aujourd’hui, ils ont lâché les chiens. Embarqué tout le monde, y compris des enfants. Des enfants!! Envoyé un homme à l’hôpital.

J’en ai moi-même il y a quelques mois fait l’expérience (https://annelowenthal.wordpress.com/2011/11/28/26-11-2011-bruxelles-rave-party-chronologie-des-evenements-seulement-ceux-auxquels-jai-assiste/). Assisté médusée à cette violence que je ne connaissais qu’à travers les récits de la dictature Argentine, pays de ma maman. Subi un déploiement démesuré de forces de l’ordre. Appelé celles-ci à cesser de nous brutaliser. Passé une nuit glaciale au cachot en attendant vainement que mes droits soient respectés, tandis que certains de mes « camarades » se faisaient passer à tabac. Ensuite, nous avons tous été mis à l’amende (procédures en cours).

Il y a même des gens qui ont subi ce sort avant même d’avoir manifesté quoi que ce soit. Parce que dès que l’on vous soupçonne de fomenter un « trouble », on vous surveille. On vous liste. On vous écoute. (Un exemple ici: https://annelowenthal.wordpress.com/2011/07/22/en-belgique-on-vous-arrete-parce-quon-vous-soupconne-de-vouloir-partager-des-idees/)

La voilà, notre « démocratie ». Les voilà, ceux qui nous gouvernent. Pas un pour condamner les autres. Tous lamentables, terrés dans leurs ministères, planqués derrière des discours qu’ils n’osent même plus nous tenir en face. Affligeants.