Une histoire de WC

août 17, 2017

Au parc Maximilien, il y a des migrants. Des gens qui sont arrivés en Belgique et qui, pour la plupart, n’ont pas de papiers parce qu’ils n’ont pas introduit de demande. On ne va pas s’appesantir sur leurs raisons, elles sont multiples et pas toujours bonnes, et en grande partie la conséquence d’une désinformation ou de l’absence totale d’informations.

Donc on a des gens qui se posent dans un parc communal (Ville de Bruxelles) dont un bourgmestre est responsable (Philippe Close) et qui sont dans une situation administrative qui entre dans les compétences d’un secrétaire d’État fédéral (Théo Francken), secrétaire d’État dont on sait déjà qu’il ne souhaite qu’une chose : renvoyer ces gens « au pays », de gré ou de force. Et donc de force.

En attendant, ces gens sont là, désoeuvrés, sans aucune ressource. Ni nourriture, ni abri, ni couchage, ni soins, ni hygiène. Ils n’ont rien. Et donc des citoyens et associations se mobilisent, récoltent des dons, sont sur le terrain, donnent, récoltent, donnent, récoltent.

Les pouvoirs publics, eux, régulièrement, envoient leurs policiers interdire de planter des tentes, menacer d’arrestation, chasser du parc, arrêter-relâcher-oupas, faire emporter les affaires données à la décharge, peu importe si des biens précieux (papiers, smartphones…) disparaissent au passage.

Les pouvoirs publics, eux, envoient quelqu’un fermer le wc public qui borde le parc. Les pouvoirs publics ne donnent pas d’explication. Finissent par dire que les lieux sont détériorés. N’envoient personne pour réparer.

Des citoyens réfléchissent. Que faire ? Forcer la porte ? C’est de la dégradation, ça mettrait les migrants en danger. Installer une toilette sèche ? C’est interdit, ça mettrait les migrants en danger. Gueuler dans les médias ? Ca va fâcher le communal qui va dire que c’est le fédéral qui va envoyer des policiers pour chasser et menacer tout le monde.

Les pouvoirs publics, eux, nous expliqueront doctement qu’il y a des excréments dans le parc et aux abords du parc et que les riverains se plaignent à juste titre de cette pollution.

Les pouvoirs publics se serviront de ça pour chasser les migrants. Qui reviendront, là où ailleurs, parce qu’aujourd’hui, en les chassant, les policiers leur ont dit que s’ils revenaient, ils seraient emprisonnés pour trois mois.

Samedi, un arrivage massif de sacs de couchage est prévu au parc. Tout est organisé, les pouvoirs publics le savent, personne ne s’en est d’ailleurs caché. Sauf qu’aujourd’hui, ils viennent d’évacuer le parc et de menacer les migrants de prison s’ils y reviennent.

Et donc les citoyens vont se demander quoi faire avec leurs sacs de couchage qui ne mette pas les migrants en danger. Et quoiqu’ils fassent, les migrants seront en danger, parce que les pouvoirs publics ont tout fait pour que tout soit interdit et/ou dangereux pour les migrants : dormir dehors dans un parc et y manger et y chier, y planter une tente, squatter un bâtiment, voler de la nourriture, distribuer de la nourriture, protester contre la police, reprocher au fédéral ce qui dépend du communal, reprocher au communal ce qui dépend du fédéral, manifester pour dire son désaccord, mettre la lumière sur ces gens et les exposer, ne pas parler de ces gens et ne rien avoir à leur donner.

En fait, la seule chose qui semble permise dans ce dossier, c’est de laisser des gens crever à la rue.

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Les affaires qui occupent l’actualité depuis quelques semaines en Belgique ont déchaîné les médias et les gens comme moi, puisque les gens comme moi sautent sur toutes les balles médiatiques (puisque je m’attache à en donner une lecture critique et à donner à ce dont elles parlent une lecture différente, qui vaut ce qu’elle vaut puisqu’elle est subjective, mais surtout, différente).

Toutes ces affaires sont très graves. Au-delà du pognon gaspillé/détourné/démesuré, il s’agit chaque fois de gens qui ont demandé à nous représenter, qui ont voulu nous diriger, qui DOIVENT se montrer exemplaires, qui passent leur temps à nous dire ce qui est bon pour nous et à culpabiliser ceux qui, volontairement ou – surtout -involontairement sont hors des marges de plus en plus serrées qu’ils posent « pour » nous et qui, depuis des années, des années et des années, ont installé – et se sont installés dans – un système qui fait tout le contraire.

Hier, voilà que le CDH, aux mêmes affaires depuis autant d’années, déboule, se dit dégoûté par son sempiternel partenaire PS, demande à son autre sempiternel partenaire MR, à Ecolo et à DéFi de constituer avec lui de nouvelles majorités (notons au passage que si le MR est clairement et évidemment enthousiaste – même s’il tente assez lamentablement d’avoir l’air mesuré – DéFi dit presque oui et Ecolo déclare que changer les têtes sans changer les pratiques n’est pas la solution et qu’il faut assainir les structures).

Chant du cygne, CETA, prochaines élections, on sait tous, les médias savent et le CDH sait qu’on sait, que ce n’est pas pour les raisons invoquées : ce n’est pas par dégoût du PS, dont la mainmise douteuse sur le secteur social bruxellois ne date pas d’hier et n’a pas été découverte hier et qui n’est certainement pas pire que le MR et son Kazakhgate. Ce n’est pas pour « les gens ». Ce n’est pas non plus pour « les sdf » (tout ce petit monde se fout des sdf depuis à peu près toujours). Ce n’est pas pour plus d’éthique en politique (si, pour ne prendre que cet exemple, le cumul des mandats causait le moindre scrupule à ces gens, il n’existerait plus depuis très longtemps). Ce n’est pas pour que les dossiers avancent (au contraire, là, bien des dossiers vont être retardés, bloqués, et bien des asbl et institutions vont se retrouver dans une fichue merde. Ca commence déjà).

Le CDH sait qu’il ment. Les médias savent que le CDH ment. Nous savons que le CDH ment. Tout comme nous savons tous que le PS ment et que le MR ment. Ils savent qu’on sait qu’ils mentent. Et pourtant, ils mentent. Et on les invite à venir mentir dans les médias. Et ils font la Une des médias avec leurs mensonges. Et nous, on commente leurs mensonges en disant que ce sont des mensonges. Et on se perd en conjectures sur les vraies raisons, alors qu’on connaît tous les vraies raisons : continuer à exister, de préférence au pouvoir.

Ce matin, j’ai eu une idée qui ne sera jamais suivie : cessons de nous nourrir de ce cirque qui ne sert que ces gens. Cessons de leur offrir des tribunes. Voyons un peu comment se démerde un parti/une personne au (assoiffée de) pouvoir quand elle ne peut plus l’exercer (le conquérir) à coups de slogans et de mensonges dans les médias (y compris sociaux). Et profitons de ce moment de grâce pour occuper le silence avec des initiatives/alternatives citoyennes qui, chaque jour, font le job. À petite échelle, à grande échelle, discrètement le plus souvent, sans moyens autres qu’humains la plupart du temps, avec plus ou moins d’efficacité mais en tout cas en exerçant un rôle fondamental : celui de nous montrer que les choses ne sont pas immuables, que les faire autrement est possible et qu’on a tous un certain pouvoir, même sur un système de plus en plus sévère avec ceux qui n’y adhèrent pas (que ce soit ou non leur choix).

Alors voilà, c’est peut-être un peu con vu de chez vous, mais j’ai toujours tenu à être aussi cohérente que possible et donc je vais continuer, jusque jeudi (c’est plus ou moins à ce moment-là que j’estime la fin du buzz CDH), à vous balancer des initiatives/alternatives citoyennes sur mon profil facebook. Je vous invite à faire de même, chez vous ou chez moi, si vous préférez. Ensuite, je compilerai le tout ici, pour que vous puissiez continuer à les encourager.

Depuis quelques années j’assiste (et participe) à la signalisation par des citoyens de contrôles « #STIB » ou « #STIB + police » sur les réseaux sociaux. Certains le font parce qu’ils militent pour la gratuité des transports en commun, d’autres parce qu’il veulent avertir les sans-papiers qu’ils sont en danger (d’être arrêtés, enfermés, expulsés), d’autres pour ces deux raisons (c’est mon cas, bien que je me contente généralement des alertes « STIB + police »).

Dès le départ, j’ai interpellé la STIB à ce sujet et les premières réponses, fort aimables d’ailleurs, consistèrent à m’expliquer que s’il arrivait qu’en effet contrôleurs STIB et police se retrouvent au même endroit au même moment, cela n’avait rien de concerté et c’était même parfois pur hasard. C’était faux bien entendu, il suffisait de voir les préparatifs de la chose pour savoir qu’elle était concertée. D’observer l’attitude des contrôleurs pour savoir qu’ils travaillaient AVEC la police, certains d’ailleurs avec beaucoup de zèle et de bonne humeur. Parfois trop de zèle (contrôles d’identité abusifs, par exemple), ce que la STIB m’affirmait alors condamner et m’invitait à dénoncer.

Quelques années plus tard, années durant lesquelles nous n’avons cessé de signaler, dénoncer, interroger la STIB et les responsables politiques, y compris et surtout sur le rôle d’une société de transports en commun, et durant lesquelles ces contrôles se sont intensifiés, la STIB a changé de discours : si certains contrôles étaient effectués avec escorte policière, c’était pour protéger les employés et rassurer les voyageurs. Et si certaines opérations d’envergure avaient lieu de manière concertée, c’était pour des missions exceptionnelles, par exemple (la dernière en date) rechercher des armes blanches et de la drogue. Il suffit de regarder cette vidéo pour comprendre que non seulement on ne parle que de plus d’une centaine de personnes en situation illégale et d’une trentaine de personnes sans titre de transport (rien sur les armes, rien sur la drogue), mais aussi que le but avoué est d’avoir une collaboration entre policiers et contrôleurs. (Notez aussi pour plus tard ce qu’il dit sur le « malheureux incident en 2012 »).

Le 4 mai dernier, Selma Benkhelifa, avocate pourtant habituée à défendre des sans-papiers, ne put retenir l’émotion ressentie le matin lorsque, à l’arrêt du tram, une dizaine de contrôleurs STIB accompagnés de policiers en uniforme contrôlèrent l’identité de mères de familles conduisant leurs enfants à l’école, terrorisant tout le monde, les autres passagers compris (on se souviendra que la STIB prétend pourtant vouloir les rassurer). Elle écrivit dans le vif un billet qui fut très partagé, y compris sur la page de la STIB, qui se défendit en avançant encore l’argument de la sécurité du personnel (un matin à un arrêt de tram bondé d’enfants…) et la volonté de rassurer les voyageurs (on sait ce qu’il en est). Et, là aussi, il fut question de l' »incident de 2012″ (on y vient).

Hier, il y a eu des contrôles « STIB + police » dans tout Bruxelles. On nous signalait de gros déploiements policiers. Ce matin, j’écrivais sur mon profil :

Capture

Plus tard dans la journée, je fus interpellée par Itsik Elbaz, bruxellois dûment équipé d’un abonnement STIB dont il use abondamment. Il était quant à lui allé directement sur la page de la STIB pour lui poser ces questions : « Bonjour la Stib, ça va? Vous allez bien depuis que vous travaillez main dans la main avec la police? Je demande parce que si je ne m’abuse, quand vous travailliez seuls, vous pouviez faire descendre un passager, le verbaliser etc. Mais maintenant avec la police, vous pouvez l’arrêter, le donner aux autorités, embêter les enfants sur le chemin de l’école, effrayer vos passagers qui se sentent aux douanes américaines vu le déploiement armé, transmettre des informations etc… Alors une question : ça fait quoi de mentir en nous disant que vous sécurisez le réseau alors que la police se sert de vous pour faire ses basses œuvres? Tranquille la conscience? Allez alors… Bonne nuit. »

S’ensuivit le dialogue suivant (auquel s’ajoutaient certaines interventions d’autres personnes, dont moi – mais je n’y ai plus accès, je m’en explique plus bas):

STIB : « Bonjour Itsik, Au cours de ces dernières années, nos agents ont rencontré de plus en plus d’agressivité lors de leurs missions de contrôle, nécessaires afin de diminuer la fraude. Afin que nos agents puissent effectuer le travail en toute sécurité (ce qui ne nous semble pas être exagéré comme demande), nous demandons parfois la présence de la police. Nous répétons une nouvelle fois que la police n’est là qu’en appui et contrôle uniquement l’identité des personnes en infraction lors de ce contrôle. »

Itsik : « Vous mentez. De façon éhontée. La présence policière n’a rien à voir avec la sécurité de vos employés ou de vos usagers. Vous participez à des rafles. La sécurité de vos agents mise en péril par les gamins sur le chemin de l’école que vous avez fait descendre du tram par exemple? Je vous signale par ailleurs que vos contrôleurs, si vous le le savez pas, se déplacent par groupe de 5 à 8. Pour contrôler un billet, c’est beaucoup. Un peu de décence svp. Les policiers n’ont qu’à voyager sur le réseau. Et quid des militaires encore là? Je n’ai rien contre la police. J’en ai après vos accointances avec elle. »

STIB : « Itsik, Le rôle de la STIB est de transporter les usagers, en faisant en sorte que les règles de transport soient respectées. Ces règles sont identiques pour tout le monde. Il n’est donc pas question d’un quelconque ciblage. Ni envers les enfants (qui, par ailleurs, ont droit à un abonnement gratuit jusqu’à 12 ans), ni envers personne d’autre. Si les voyageurs sont en règle, le contrôle s’arrête là, sans contrôle d’identité de la police. Nos agents sont à tout niveau de plus en plus victimes de violence, devons-nous vous rappeler le décès tragique de notre collègue XXXXX dans l’exercice de ses fonctions pour preuve ? Les contrôleurs se déplacent en effet par groupe d’environ 5 personnes. A titre d’exemple, un tram comporte généralement plus de 100 personnes à contrôler, dans un minimum de temps, afin de ne pas retarder le véhicule dans son parcours. Il ne s’agit donc pas d’un seul billet. La police est donc présente pour assurer la sécurité ou pour relever l’identité de quelqu’un sans titre de transport et qui refuserait de s’identifier auprès d’un controleur STIB. Les militaires sont, eux, présents sur ordre du gouvernement, afin de sécuriser l’ensemble de la Belgique, il n’y a donc pas de lien direct avec la STIB. De plus, utiliser des termes se référant aux nazis pour parler de la STIB est lourd de sens et inacceptable. Bien que nous soyons ouverts à toute discussion constructive, nous vous demandons donc de bien vouloir modérer vos propos. D’avance merci »

(Je précise ici que j’ai volontairement remplacé le nom du collègue évoqué par la STIB. Voici pourquoi : le collègue en question était un superviseur de la STIB. Pas un contrôleur donc. Il était notamment, comme ce fut le cas le jour de son décès en avril 2012, chargé d’aller sur les lieux d’un accident, ici entre une voiture et un tram, et un ami du conducteur de la voiture, éméché, s’en était pris violemment à lui, lui assénant un coup de poing mortel

Voilà donc l' »incident » évoqué plus haut pour justifier qu’on sécurise les contrôleurs et rassure les voyageurs. Voilà donc le décès tragique qui prouve, selon la STIB, que les agents sont de plus en plus victimes de violence : un coup de poing mortel asséné en 2012 à un superviseur, sur la route, en surface, lors d’une altercation entre le passager d’une voiture et un superviseur, après un accident entre un tram et une voiture.

On est loin, très loin du passager qui n’aurait pas son titre de transport et s’en prendrait violemment à un contrôleur. On est loin, très loin dans le temps. Et si j’ai enlevé le nom de la personne décédée, c’est parce que je suis très choquée que la STIB instrumentalise de la sorte son décès en effet tragique.)

Itsik : Je vous réitère avec force ce que je dis. Ce sont des rafles. Ou des demi rafles si cela vous fait plaisir. Je n’ai à aucun moment parlé de nazisme, je vous prie dès lors de vous excuser immédiatement auprès de moi pour ces propos immondes que vous me prêtez. Vous n’avez plus aucune crédibilité ni décence. Je vous mets un lien sur l’origine de mon prénom peut-être? Vous savez ce qu’est le nazisme? « Termes s’en référant… » Si le quart de la moitié de ce que vous dites était vrai (et cela ne l’est pas), les contrôles policiers ne seraient pas si fréquents. De plus, il me semble impossible avec le strict minimum de logique que la police se retrouve quasi toujours présente lors de vos contrôles SI VOUS NE LES PRÉVENEZ PAS. Hors, vous avez longuement prétendu le contraire il y a quelques semaines. Menteurs. Du mensonge et aucune éthique. Ce dernier message ne leur est pas parvenu, ils m’ont bloqué avant : À qui voulez vous faire croire par ailleurs que la sécurité des agents est en jeu quand vous rassemblez un commando armé lors d’un contrôle plutôt que de diluer vos moyens sur tout le réseau? Vous vous moquez de qui là?

En effet, Itsik a été bloqué. Plus moyen de répondre. Certaines personnes, interpellées par ce fait, ont questionné la STIB et se sont toutes vues répondre (je vous laisse juges. Je n’ai personnellement relevé aucun spamming ni aucune insulte dans le chef d’Itsik) :

STIB – Officiel « Bonjour,

Ce n’est pas le message initial de ce monsieur qui a induit notre réaction, mais le spamming, envoi constant des mêmes messages, et les propos insultants qui nous ont contraints à supprimer l’un ou l’autre post.

Notez que nous avons reçu nombre de réactions au sujet du billet d’opinion paru dans la presse il y a peu et y avons répondu de manière transparente. Il ne faudra pas remonter loin dans les publications sur notre page pour voir que d’autres personnes nous ont interpellés à ce sujet et que leurs posts sont toujours là. Nous ne censurons pas, mais veillons au respect de certaines règles de base sur notre page Facebook, à savoir la communication dans le respect d’autrui.

Bien à vous,  »

Quant à moi, j’ai dit à la STIB que si certains approuvaient ces contrôles-arrestation et d’autres les condamnaient, tous savaient très bien que la STIB mentait. J’ai souligné le fait qu’elle n’avait pour seul argument que l’instrumentalisation du décès d’un collègue, il y a de cela 5 ans, dans des circonstances qui n’ont rien à voir avec celles dont il est question. Et j’ai également été bloquée.

Je précise, pour être le plus complète possible, que la chose a déjà été évoquée dans nos hémicycles politiques par quelques trop rares élus (à ma connaissance Zoé Genot et Céline Delforge) et que la même insupportable réponse leur fut donnée, faite de protection des contrôleurs et de sentiment de sécurité des voyageurs.

Je précise également que je suis une navetteuse qui ne prend le métro que de temps en temps. Il n’empêche qu’il me paraît urgent et indispensable qu’on nous rappelle le rôle et les missions de la STIB. Qu’on assume le fait qu’au minimum elle permet que ses infrastructures et son personnel soient utilisés à des fins policières (et qu’au pire elle y contribue, ce que l’épisode du jour permet de penser). Pour qu’enfin, un débat puisse se tenir. C’est la moindre des choses qu’on doive au citoyen, qui finance et la STIB, et la police.

Et j’ajouterais, à titre personnel, pour que ce débat soit également idéologique. Parce que je ne pense pas que qui que ce soit soit plus en sécurité parce qu’on arrête des sans-papiers, et ces derniers moins que tout les autres. Ni même, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit (à des fins clairement électoralistes), que qui que ce soit se sente en sécurité en assistant à cette débauche d’uniformes et d’hypocrisie.

Enfin, je signale que le temps que j’écrive ce papier, des contrôles étaient signalés à Simonis, Stockel, Botanique,Rogier, Madou. Et avant ça, aujourd’hui, à Louise, Delacroix, Mérode, au Midi, à Trinité, à Hermann Debroux, comte de Flandre, au Céria.
Hier : Trinité, Elisabeth, Mongomery, Rogier, Heysel, Neerstalle, St Pierre, Flagey, Midi, Ribaucourt, Stéphanie, Saint Antoine, Pétillon, Stalle, Gare de l’Ouest, Simonis, Thomas, Globe, Botanique, Porte de Namur, Stade, Jacques Brel… presque tous « + police » (et tous avec l’argent public). Que les stations et rames sont encore ornées de militaires qui sont aussi là pour nous rassurer…

Mais pour conclure avec une note optimiste, je précise qu’il y a évidemment à la STIB et dans la police des agents qui condamnent eux aussi cette politique.

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Monsieur le papa

mai 16, 2017

Cher monsieur le papa,

L’autre jour, il paraît que c’est vous qui avez alerté les médias (ou un média) sur les réseaux pour leur (lui) dire votre colère parce qu’une école allait priver la maman de votre (vos) enfant(s) de cadeau(x) pour sa fête.

Bien entendu, je m’étonne un peu qu’on inscrive son (ses) enfant(s) dans une école aussi progressiste que celle de Singelijn et qu’on alerte la presse parce que ladite école renonce, après réflexion et avec l’accord des élèves, à une tradition scolaire pour des raisons progressistes, à l’instar d’ailleurs de bien d’autres écoles qui ont tout comme elle opté pour des alternatives bien plus adaptées à la réalité : de nombreux enfants privés d’un ou de leur deux parents, qui ont deux papas ou deux mamans, et de plus nombreux enfants encore qui grandissent dans des familles monoparentales ou recomposées. Et à l’instar d’autres écoles qui ont tout simplement renoncé à ces bricolages de fin d’année.

Mais vos raisons vous appartiennent.

Je suis un peu attristée aussi de votre empressement à alerter les médias pour leur dire que la maman de votre (vos) enfant(s) serait privée de cadeau, au lieu de consacrer ce temps à trouver avec lui (eux) de quoi remplacer le traditionnel bricolage afin qu’elle ne le soit pas.

Mais là aussi, ce sont vos oignons. Et puis il est vrai que l’école a communiqué un petit peu tard sur la chose, ce qu’elle a d’ailleurs reconnu. Tout le monde n’a sans doute pas tous les jours quelques minutes à consacrer à ses enfants pour imaginer et mettre en oeuvre ce qui ferait plaisir à leur maman.

En plus, tout ça n’est pas votre faute. Vous, vous vous êtes mis en colère et on sait que dans la colère, on fait des choses qui nous dépassent un peu. Et ce que vous avez fait n’était vraiment pas grave : écrire une lettre à la presse sur un sujet aussi peu intéressant ne devrait avoir pour seul effet que le défoulement de celui.celle qui l’écrit.

Seulement, monsieur le papa, vous l’ignoriez peut-être, la presse allait à coup sûr s’emparer de ce qu’il faut bien aujourd’hui appeler une affaire : la fête des mères approche, tout journaliste qui se respecte prie secrètement depuis des jours pour ne pas se taper le fameux marronnier sur les colliers-de-nouilles-aujourd’hui-dépassés-par-des-bricolages-bien-plus-créatifs-que-c’est-chouette et sur les dernières tendances en termes de cadeaux « bien-être » à offrir à nos corps de mères qui-ont-bien-mérité-un-petit-répit. Pire encore: bon nombre de journalistes qui se respectent se trouvent aujourd’hui dans une situation qui rend bien souvent impossible le moindre journalisme qui se respecte. Il faut buzzer, il faut faire du clic, il faut être le premier sur la balle, quitte à dire n’importe quoi sur un sujet aussi inintéressant qu’une école qui renonce à fabriquer en classe les bricolages pour la fête des mères.

Et c’est ce qui arriva. Votre lettre fut LE buzz du jour en Belgique. La plupart des médias nous ont appris avec une consternation très bien feinte que les mamans des enfants de l’école Singelijn allaient être privées de fête des mères, voire même que l’école Singelijn voulait supprimer la fête des mères.

Il n’a pas fallu une heure pour que les réseaux se déchaînent. Même l’ancienne ministre de l’enseignement y est allée de son petit tweet outragé, laissant déferler dessous sans les commenter les mêmes monceaux de réactions elles aussi outragées, mais aussi homophobes et même islamophobes que ceux qui ont envahi ce jour-là facebook, twitter, et le cerveau de Benjamin Maréchal.

Et vraiment, vraiment, je vous assure que vous n’êtes pas responsable de ça. Même moi qui me targue de m’y connaître un peu en communication sur les réseaux (y compris des médias), qui ai décidé de faire de la lecture critique de ce qui s’y dit l’un de mes chevaux de bataille, surtout quand ce qui s’y dit alimente racisme et autres phobies, j’ai été totalement sidérée de constater qu’on puisse faire de cette « info » (notez les guillemets) un complot musulman contre « nos traditions occidentales » (je cite une ministre NVA). Comment aurais-je pu imaginer qu’une tradition respectée à travers le monde, dans toutes les cultures et dans toutes les religions puisse devenir un étendard islamophobe et/ou homophobe ? Que ceux qui ont fait de leurs peurs de véritables obsessions puissent être aussi mal informés sur l’objet de ces peurs qui pourtant les obsède ?

Bien sûr, avec le recul, je me dis que j’aurais dû me souvenir que n’importe quel prétexte est bon pour les haineux (et ceux qu’ils entraînent avec eux). Que quand des médias prennent bien soin de nous priver de toute une partie de l' »info » (qui aurait pu avec elle perdre ses guillemets), la plus intéressante – le fait que l’école de votre (vos) enfant(s) avait décidé de réfléchir avec lui (eux) et ses camarades à l’amour, à ceux qu’on aime et à la manière dont on a envie (ou pas) de le leur dire -, et quand ces mêmes médias regardent défiler les commentaires sans se soucier de leur contenu, les réactions ne peuvent qu’être bêtes.

Lundi, lendemain de la fête des mères, votre (vos) enfant(s) est (sont) entré(s) dans l’école sous surveillance policière. Le directeur a reçu des centaines de mails haineux et menaçants. Des menaces de mort. D’incendie de l’école avec tous ceux qui sont dedans.

Et de ça, vous n’êtes pas responsable. Vraiment pas. Ceux qui le sont, ce sont tous ceux qui entretiennent nos phobies pour s’enrichir ou gagner des voix. Et qui ensuite surfent sur les dégâts qu’ils ont causés pour nous servir une consternation très bien feinte face au déferlement de haine que subit ce directeur. Et ça, je suis certaine qu’en grandissant dans une école comme Singelijn, votre (vos) enfant(s) sera (seront) bien équipé(s) pour le comprendre.

Faire le jeu

mai 8, 2017

Aujourd’hui, lendemain des élections françaises, on m’a dit à 3 reprises que j’avais fait le jeu de Marine Le Pen. Non pas parce que je l’avais soutenue (je ne l’ai pas fait). Non pas parce que j’avais soutenu ceux qui allaient voter pour elle (je ne l’ai pas fait). Pas même parce que j’ai soutenu ceux qui allaient s’abstenir (je ne l’ai pas fait). Juste parce que j’ai dit que je comprenais ceux qui, parmi les électeurs déçus de Jean-Luc Mélenchon, allaient s’abstenir en leur âme et conscience et après mûre réflexion (en précisant chaque fois bien que moi, dans leur situation, je n’aurais pas fait le même choix. En soulignant presque chaque fois que le résultat ne serait certain qu’à la fin des dépouillements et qu’annoncer Macron gagnant était très imprudent).

Aujourd’hui, à trois reprises, hier, à un nombre incommensurable de reprises.

Depuis des années, je combats l’extrême-droite. Je dénonce des mesures qui vont dans son sens et lui déroulent le tapis rouge. Je proteste, je manifeste, je partage, je mobilise, je suis sur certains terrains, je prends congé pour parler à des jeunes, je soutiens les partis quand ils font eux aussi le job (et pas aveuglément), ça me coûte du temps, du pognon, ça m’a valu un licenciement, des réticences d’un employeur, des violences policières, des menaces sur ma vie et celle de mon fils, des insultes sur les réseaux et dans certains médias.

Je suis le petit animal politique, celui qui fait sourire, celui qu’on évite aussi (« Si la Löwenthal vient, c’est sans moi »), celui qui surprend (« Ah ça va, t’es pas si terrible que ça »). Celui à qui on a déjà donné tous les qualificatifs de circonstance dans les « débats » (notez les guillemets ) politiques : islamo-bobo-maçonnico-sionico-communisto-gauchiste. Celui de qui on a dit qu’il rêvait de se taper « du réfugié », c’est normal, vu son physique. À qui on a souhaité de se faire violer par des islamistes. Et même celui dont un parti d’extrême-droite a mis, dans un article, l’existence en doute.

Je suis celle qui était là pour, à sa (toute) petite mesure, aider des Roms, soutenir des Afghans, secourir des Syriens, construire avec des sans-abris (oui, oui, des NosSDF aussi, rassurez-vous), manifester avec les chômeurs, avec les travailleurs pauvres, avec les antifa, alerter, protester, désobéir, expliquer, (re)contruire. Je suis celle-là, je suis loin d’être la seule (même si on est vraiment très peu) et je le suis bien moins que d’autres.

Bien, bien moins que beaucoup d’autres dont certains ont, ce week-end, « fait le jeu de l’extrême-droite » (sic) en refusant d’aller voter pour ce qu’ils combattent avec tant de courage et toute mon admiration pour que ce que représente celle dont « ils ont fait le jeu » (sic) n’arrive jamais au pouvoir (ou le quitte enfin).

Je ne suis pas eux et, je l’ai dit, je n’aurais pas fait le même choix électoral qu’eux. Mais je refuse qu’on les insulte encore. Pas uniquement parce qu’ils ne le méritent pas. Aussi parce que ce faisant, là oui, c’est le jeu de l’extrême-droite qu’on continue à faire.

Celui de l’extrême-droite et celui de ceux qui continueront, encore, à lui dérouler le tapis rouge si on continue à faire exactement ce qu’ils attendent de nous : confondre « radical » et « extrémiste » (dans le sens le plus inacceptable possible du terme), refuser que des voix contraires s’élèvent dans les hémicycles, montrer du doigt ceux qui ont décidé de ne pas voter pour un candidat quand ils sont de la gauche radicale, tandis qu’on épargne tous les autres, ceux qui dans tous les camps se sont abstenus aussi (et ils sont bien plus nombreux), ceux qui ont voté pour Le Pen (et qui viennent pour beaucoup de ces camps-là aussi). Et tandis qu’on ignore ceux qui sont dans la désespérance et/ou à qui on n’essaye même plus de donner les armes suffisantes pour comprendre qu’ils ont du pouvoir et qu’il est important de le prendre.

https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/240417/face-au-front-national-reponse-aux-pompiers-pyromanes-qui-ont-vote-macron?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

La Belgique a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses pratiques d’enfermement d’enfants dans des centres de détention administrative (les fameux centres fermés) et pourtant elle s’obstine. On sait que la Belgique, qui se vante dès qu’elle peut d’être une patrie des droits de l’Homme, se fout comme d’une guigne de ses condamnations par cette Cour .

Elle se fout d’ailleurs tout autant des droits de l’Homme eux-mêmes, puisque, à l’instar de tous ceux qui s’en réclament et notamment, elle participe activement à ce qu’elle a elle-même, par le truchement du Conseil de l’Europe, qualifié de persécutions concernant le sort réservé aux Roms dans à peu près toute l’Europe.

Pas la peine de faire l’inventaire des différentes mesures et attitudes de nos dirigeants envers différentes catégories de la population, belge ou non, pour se rendre compte qu’il est inutile de se tourner vers la France pour constater que l’extrême-droite a le vent en poupe. À titre d’exemples, contentons-nous de nous souvenir du Parc Maximilien à Bruxelles, dans lequel des milliers de réfugiés ont survécu des semaines durant grâce à un mouvement citoyen, et à lui seul. De ces milliers de sans-emploi que l’on plonge dans la désespérance en leur supprimant des allocations, en les traitant de paresseux et de profiteurs, en les sanctionnant chaque jour davantage, en les contrôlant de plus en plus durement (et… illégalement), labourant encore et encore un terrain fertile pour l’extrême droite. De ces discours et mesures sécuritaires dont l’inutilité n’est plus à démontrer et qui nous bercent pourtant depuis tant d’années. De ces partis politiques qui s’obstinent à garder en leur sein ce qui se fait de pire en matière de discours d’extrême droite, juste parce que ça rapporte des voix (même le PP, qui soutient Marine Le Pen, ne s’y est pas trompé, puisqu’il lui a tendu officiellement les bras). Des très nombreux dispositifs et mesures anti-sdf adoptés dans de très nombreuses communes du royaume, par tous les partis en présence, glorifiant ainsi des politiques qui consistent à se débarrasser du symptôme au lieu de s’attaquer au problème, même si ce symptôme est une vie humaine.
De ce gouvernement, composé de gens qu’on a vu dans des réunions de nostalgiques d’un régime dont on continue à dire à nos enfants qu’on n’en veut plus jamais et qui depuis des années nous rappelle un peu plus à son mauvais souvenir.
On le sait, c’est humain probablement, il est plus facile de critiquer ce qui se passe ailleurs que ce qui se déroule sous nos yeux. Et on ne se gène pas pour le faire. À titre d’exemple, la campagne présidentielle française est dans tous nos médias, sur tous nos réseaux, dans toutes nos conversations. Et tandis que tout le monde ou presque (moi la première) se fend d’un avis plus ou moins éclairé sur Le Pen, Macron (et Mélenchon), certains, toujours les mêmes, toujours la même petite poignée de citoyens, se battent sur le terrain pour lutter contre cette extrême-droite qui attend derrière une porte qui s’ouvre lentement, mais sûrement. Ils aident des gens à la rue, sans se soucier de leurs origines. Ils se battent pour défendre les sans-emploi. Ils réclament des salaires dignes. Ils cachent des sans-papiers. Ils abritent des Roms. Ils luttent contre les amalgames. Ils démontent les discours sécuritaires. Ils dénoncent, combattent, secourent. Tirent la sonnette d’alarme depuis des années, sous le regard narquois de ceux, bien plus nombreux qu’eux, qui trouvent qu’ils exagèrent.
On le sait déjà, c’est en tout cas ce que l’expérience nous montre, la campagne électorale belge nous enflammera bien moins que les élections américaine et française. Je ne pense pas que le niveau lamentable du débat politique belge soit seul en cause (au contraire, il est aussi à dénoncer). Sans doute est-il plus facile de dénoncer ce sur quoi nous n’avons pas à agir que ce sur quoi nous avons du pouvoir ? Parce que oui, nous avons du pouvoir. Il suffit de grossir les rangs de ceux qui se bougent. Ne fut-ce qu’en diffusant leurs messages.
En voici un : https://steenrock.wordpress.com/.
 
« Réinventons nos déchets » est le slogan de l’ ICDI, intercommunale carolo de collecte et de valorisation des déchets ménagers. Ses missions ? Prévenir, réemployer, trier, recycler, valoriser, éliminer nos déchets ménagers.
Le problème de ce genre d’entreprise, c’est qu’elle vit de ce qu’elle tente d’éliminer. C’est un peu comme le travail social, quoi : le jour où il n’y aura plus de gens dans le besoin, il y n’y aura plus besoin de gens pour les combler. On sait tous que ça n’arrivera jamais, tant pour les déchets que pour les gens dans le besoin, mais tout de même, certains, un peu trop conscients de la chose, gardent leurs déchets (ménagers ou de la société) dans leur pré carré aussi précieusement que notre pays, qui se passerait pourtant volontiers de certaines gabegies, protège ses intercommunales dysfonctionnelles.
Du coup, récemment, l’ICDI a décidé de lutter contre les gens qui s’emparent avant elle des papiers et cartons déposés sur les trottoirs carolos pour les emmener eux-mêmes au recyclage et remporter ainsi la mise (75.000 euros par an). Dans article du 8 mars sur RTL Info, le directeur de l’institution déclarait : « Le sherry-picking c’est effectivement le fait qu’on nous dépossède de déchets qui ont une valeur positive sur le marché, et donc forcément c’est un manque à gagner pour les structures qui gèrent ces déchets ».
Selon l’intercommunale, le sherry-picking est le fait de bande organisées qu’il faut combattre. Comment ? Eh bien c’est simple : en demandant aux citoyens « bienveillants » (sic) de fliquer leurs semblables. « Ce qu’on peut demander aux citoyens c’est de nous avertir lorsqu’ils constatent que des véhicules banalisés vont prélever les papiers cartons qui sont normalement destinés à l’intercommunale, nous avertir, essayer de prendre le maximum d’informations sur ces véhicules tels que le numéro de plaque pour que l’on puisse porter plainte et récupérer le dommage », déclare en effet le directeur.
Après vérification, il s’avère qu’en effet, ramasser les déchets d’autrui, c’est mal. « Il est interdit d’emporter les déchets présentés à l’enlèvement. Seul le service de ramassage désigné à cet effet par la Commune est habilité à collecter les déchets », nous dit ainsi le règlement général de police d’une des communes de la zone desservie par l’ICDI.
Soit, admettons. Mais tout de même, au-delà de l’illégalité du méfait, cette info pose des questions qui valent leur pesant d’épluchures de cacahuètes :
– L’ICDI affirme qu’on a affaire à des bandes organisées. Moi, je veux bien le croire, surtout qu’à 125 euros la tonne, il en faut, des papiers et des cartons pour arrondir ses fins de mois. Mais si l’ICDI est tellement sûre de son fait qu’elle peut l’affirmer dans les médias, je me demande pourquoi elle demande à ses employés et aux citoyens de combattre le phénomène au lieu de s’adresser directement aux forces de l’ordre pour lutter contre ces bandes, dont, rappelons-le, les petites mains sont bien souvent les premières victimes (on en revient à notre comparaison : c’est la même chose pour les réseaux de mendicité). Enfin, non, je mens. Je ne me le demande pas vraiment, puisque je sais qu’il est plus facile de s’en prendre à des petites mains qu’à des réseaux : si on s’en prend aux réseaux, on reste avec un tas de petites mains sur le dos et il faut s’en occuper.
– L’ICDI a pour mission première (du moins c’est la première de ses missions énumérées sur son site) la prévention des déchets : « inciter les citoyens à limiter leur production de déchets ménagers. Le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas ! »
C’est pourtant un manque à gagner de 75.000 euros qui motive l’intercommunale à nous demander de fliquer les méchants qui enlèvent nos papiers et cartons à sa place. Et là, on en revient à notre pré carré de tout à l’heure : l’entreprise publique chargée de nous inciter à limiter nos déchets et qui présentait pour 2015 dans son résultat de l’exercice clôturé au 31 décembre un coût net s’élevant à 27.630.389,59 € (argent public) n’est pas près de nous inciter à préserver l’environnement.
Certains me diront qu’il faut préserver l’emploi. À ceux-là, je répondrai que préserver l’emploi dans un système comme le nôtre n’est que le doux rêve des rares qui croient vraiment que sans changer de paradigme, notre société est encore en mesure de fournir un emploi à temps plein et suffisamment lucratif à tout le monde, et un bon moyen de chantage pour tous ceux qui font semblant de le croire pour titiller notre sens de la solidarité et (se) maintenir (dans) le paradigme actuel. Et que ceux qui se lèvent à l’aube pour ramasser illégalement des tonnes de déchets pour des ronds de carottes avariées ont aussi besoin de survivre dans ce monde de moins en moins respirable.

On est nombreux, très nombreux, trop nombreux (du moins pour le nombre de sièges) à prendre chaque jour ou presque les fabuleux trains de la SNCB, qui sont déjà des nuisances en soi : inconfort, retards, annulations, odeurs et propreté douteuses, lignes mal et/ou trop peu desservies… seuls face à l’adversité que constitue notre mauvaise humeur, les aimables (si si, jusqu’ici, tous) accompagnateurs ont bien du mérite à le rester (aimables. Et accompagnateurs aussi, en fait).

Depuis un mois, j’ai pourtant décidé d’affronter à nouveau la chose, après l’avoir abandonnée quelques années, faute de pouvoir voyager à des rythmes raisonnables et ponctuels, sans me ruiner le dos, les tympans et l’humeur.

Mais la SNCB n’est pas responsable de tout. Toi aussi, aimable voyageur, tu peux améliorer la qualité des transports en commun. Très facilement, en plus. Quelques exemples :

  • Tu ne le sais peut-être pas, mais si tu pousses un peu le son, on entend ta musique. On l’entend même super bien (et souvent, mais ça, je reconnais que c’est subjectif, plus on l’entend, plus c’est de la daube). Bon, soyons de bon compte : parfois, on ne l’entend pas si bien que ça. Parfois, ça fait dszziiiiiitchtchtchdziiiiiii. Oui oui. Même quand tu as un super casque à 100 balles censé nous épargner, nous, tes voisins, mais que tu le pousses à fond.
  • C’est pareil avec tes conversations avec tes voisins. Bon, je reconnais que c’est plutôt sympa de discuter avec ses voisins. Mais moi qui ne suis pas forcément ta voisine et qui me trouve parfois à l’autre bout de la voiture, je m’en fous un peu, de tes conversations. Alors sauf si ton voisin est dur de la feuille, je pense qu’il te comprendra même si tu baisses un peu le son, là aussi.
  • Par contre, si tu as un coup de fil, je pense vraiment que si tu dois absolument décrocher, tu peux te contenter de dire que tu rappelleras. Allez, je te concède les urgences. Mais les urgences, ça ne prend pas tout un trajet de train, sachant qu’il n’existe aucun trajet de train très court en Belgique. Et sincèrement, je suis peut-être très blasée, mais je me fous vraiment complètement de ce que tu racontes à ton interlocuteur (sauf si c’est Brad Pitt et qu’il t’attend à la gare suivante). Comme à peu près tous les autres gens dans la voiture. Et en plus, bien souvent, ça ne nous regarde pas.
  • Ah oui, autre chose à propos du téléphone. Il existe, même dans les nokia vintage, une fonction « touches silencieuses ». C’est vraiment super chouette ! Tu envoies tes messages et nous, on peut continuer à profiter des conversations téléph… du silence.
  • Tu as un chien et tu l’emmènes avec toi ? C’est top ! Mais je ne comprends pas pourquoi tu le laisses lécher le train. Tu ne l’aimes pas ou quoi ? C’est plein de bactéries, un train !
  • Tu manges dans le train ? Chouette ! Mais MANGE PROPREMENT ! Je dis ça pour ton bien hein. Parce que moi, si tu manges la bouche ouverte en faisant des bruits dégueulasses, je vais peut-être te vomir dessus, parce que ça me retourne l’estomac (juré).
  • Tu as un rhume ? MOUCHE-TOI ! Ne fut-ce que pour la raison précitée.
  • Tu te vernis les ongles dans le train ? ARRÊTE CA TOUT DE SUITE! Ca PUE ! C’est toxique ! Ca fait mal à la tête ! Ca sent dans toute la rame !
  • Ah oui, une dernière chose, peut-être un peu exigeante : lave-toi. Et utilise cette invention géniale qui s’appelle dentifrice. Et cette autre invention qui s’appelle déodorant. Tu verras, c’est top. Tu te feras plein d’amis dans le train avec qui avoir de super conversations (à voix posées, bien sûr).
  • Et puis, pour terminer par où j’ai commencé : essaye d’être gentil avec l’accompagnateur/trice. Il/elle fait vraiment un sale boulot et il/elle n’est vraiment pas responsable de son employeuse, la SNCB.

Voilà. C’est tout (pour le moment). Je te remercie infiniment pour ce souci que tu auras dorénavant de tes co-navetteurs. Parce que c’est sans doute ça le plus horripilant : que tu te sentes seul(e) (ou presque) au monde. Que tu te fiches comme d’une guigne de l’inconfort dans lequel tu nous mets alors que, bien souvent, tu hurles au scandale au moindre couac dans ton transport public.

Monsieur Selahattin Koc

avril 24, 2016

Selahattin Koc, il y a bien des choses à redire dans votre carte blanche.
– Vous pensez que Jambon ne peut pas tout nous dire? C’est bien de penser, mais on se fout de ce que vous pensez. Je veux dire, ce que vous pensez n’est une preuve de rien du tout et Jan Jambon ne peut pas affirmer des choses qu’il ne peut pas étayer, quand bien même il aurait les éléments pour ça et ne pourrait pas les donner
– Vous avez la conviction que la gauche se voile la face? De ça non plus, on n’a rien à faire. Je veux dire, vos convictions, ce sont des choses intéressantes pour qui s’intéresserait aux valeurs que vous prétendez défendre, mais elles ne nous prouvent rien en cette occurrence. Quant à votre définition de « la gauche », elle permet d’y ranger un nombre TRÈS significatif de gens, puisque visiblement vous y mettez tout qui n’est pas d’accord avec les propos de Jambon (y compris des gens de votre parti, donc).

– Admettons qu’un nombre significatif de vos clients musulmans se félicite des attentats. Admettons donc que vous connaissez la religion de vos clients (sans doute que vous faites des sondages durant vos trajets? À moins que vous aussi ne soyez physionomiste religieux?), votre propos manque totalement de rigueur : c’est quoi, « certains »? C’est quoi, « une extrême minorité »? C’est quoi, « une part bien plus importante que l’extrême minorité dont il est souvent question »? Quel est votre échantillonnage? Vous parlez des attentats spontanément avec vos clients? Tous? Il y a combien de musulmans à La Louvière? Et dans votre clientèle?

– Emir Kir a parlé d’amalgames et de ségrégation. Il n’est pas le seul. Nous sommes très nombreux à le penser, y compris dans les rangs du MR. Et refuser de reconnaître le génocide arménien est une chose certes fort regrettable mais totalement hors sujet. À cet égard, votre phrase « Dès lors, ne minimiserait-il pas le soutien apporté aux attentats par une frange de la population ? » laisse rêveur.

– On a vu des jeunes caillasser des policiers après les attentats? La belle affaire. Avant les attentats aussi. Ca ne nous dit ni si ces jeunes sont musulmans, ni s’ils ont caillassé des policiers pour célébrer les attentats. Et ici encore, vous parlez d’un fait « qui n’est pas isolé » sans nous préciser la notion.

– « J’estime que quand on est d’origine étrangère et que l’on a la chance d’être accueilli dans un pays tel que la Belgique, on se doit de s’intégrer et d’en épouser les valeurs fondamentales. » Cette phrase-là, Monsieur Selahattin Koc, démontre à elle seule l’ignorance crasse dont vous faites (volontairement?) preuve sur la question (et que vous soyez musulman ne fait pas de vous un fin connaisseur de la population musulmane, je préfère vous le préciser d’emblée). La plupart des jeunes musulmans de Belgique sont d’origine belge. Nés sur ce sol, souvent de parents nés sur ce sol.
Quant aux valeurs fondamentales belges, Monsieur Slelahattin Koc, votre carte blanche prouve à elle seule que vous ne les avez pas intégrées. Vous avez intégré le MR louviérois, vous en avez intégré les raisonnement oiseux et les raccourcis faciles et vous surfez allègrement (docilement?) sur une pensée puante, faite d’amalgames et de ségrégation (je précise que personnellement, je pense qu’il y a eu un génocide arménien…).
Qu’on cherche à lutter contre la radicalisation, y compris à La Louvière, est en effet une priorité. Mais par pitié, Monsieur Selahattin Koc, ne vous en mêlez pas. 

Des charognards.

mars 29, 2016

Dimanche, 450 personnes, dont beaucoup masquées, sont parties de Flandre pour débouler à la Bourse de Bruxelles et scander des propos islamophobes et autres « on est chez nous » sous des saluts nazis.

Mais il y a pire : dimanche, des décideurs ont décidé de laisser partir de Flandre 450 personnes à l’intention annoncée de « casser de l’arabe », dont on savait qu’une partie étaient des néonazis et que l’intention était d’aller foutre le bordel à la Bourse de Bruxelles, où depuis une semaine des gens se recueillent et manifestent pacifiquement leur besoin de vivre-ensemble.

Alors que tout le monde s’accorde pour dire que l’embrigadement commence par la mise au ban de la société, ils ont interdit une manifestation pacifique et multiculturelle pour laisser des néonazis s’exprimer (« pour ne pas les frustrer », ont-ils dit). Alors que tout le monde connaît les défaillances de notre système éducatif, les défaillances de notre solidarité, les défaillances de notre système économique inéquitable, alors que tout le monde sait qu’elles sont le terreau de l’embrigadement et de l’extrémisme de droite, ils ont piétiné des cadavres encore chauds (pas encore tous identifiés) avec des saluts nazis pour satisfaire des besoins électoralistes aussi vulgaires qu’odieux.

Il ne nous reste plus qu’à contempler (parce que nous, si on proteste, on sera réprimés) le spectacle de ces gens qui prétendent oeuvrer au bien de la communauté en se renvoyant des responsabilités qu’ils ont tous. Des charognards.