Faire le jeu

mai 8, 2017

Aujourd’hui, lendemain des élections françaises, on m’a dit à 3 reprises que j’avais fait le jeu de Marine Le Pen. Non pas parce que je l’avais soutenue (je ne l’ai pas fait). Non pas parce que j’avais soutenu ceux qui allaient voter pour elle (je ne l’ai pas fait). Pas même parce que j’ai soutenu ceux qui allaient s’abstenir (je ne l’ai pas fait). Juste parce que j’ai dit que je comprenais ceux qui, parmi les électeurs déçus de Jean-Luc Mélenchon, allaient s’abstenir en leur âme et conscience et après mûre réflexion (en précisant chaque fois bien que moi, dans leur situation, je n’aurais pas fait le même choix. En soulignant presque chaque fois que le résultat ne serait certain qu’à la fin des dépouillements et qu’annoncer Macron gagnant était très imprudent).

Aujourd’hui, à trois reprises, hier, à un nombre incommensurable de reprises.

Depuis des années, je combats l’extrême-droite. Je dénonce des mesures qui vont dans son sens et lui déroulent le tapis rouge. Je proteste, je manifeste, je partage, je mobilise, je suis sur certains terrains, je prends congé pour parler à des jeunes, je soutiens les partis quand ils font eux aussi le job (et pas aveuglément), ça me coûte du temps, du pognon, ça m’a valu un licenciement, des réticences d’un employeur, des violences policières, des menaces sur ma vie et celle de mon fils, des insultes sur les réseaux et dans certains médias.

Je suis le petit animal politique, celui qui fait sourire, celui qu’on évite aussi (« Si la Löwenthal vient, c’est sans moi »), celui qui surprend (« Ah ça va, t’es pas si terrible que ça »). Celui à qui on a déjà donné tous les qualificatifs de circonstance dans les « débats » (notez les guillemets ) politiques : islamo-bobo-maçonnico-sionico-communisto-gauchiste. Celui de qui on a dit qu’il rêvait de se taper « du réfugié », c’est normal, vu son physique. À qui on a souhaité de se faire violer par des islamistes. Et même celui dont un parti d’extrême-droite a mis, dans un article, l’existence en doute.

Je suis celle qui était là pour, à sa (toute) petite mesure, aider des Roms, soutenir des Afghans, secourir des Syriens, construire avec des sans-abris (oui, oui, des NosSDF aussi, rassurez-vous), manifester avec les chômeurs, avec les travailleurs pauvres, avec les antifa, alerter, protester, désobéir, expliquer, (re)contruire. Je suis celle-là, je suis loin d’être la seule (même si on est vraiment très peu) et je le suis bien moins que d’autres.

Bien, bien moins que beaucoup d’autres dont certains ont, ce week-end, « fait le jeu de l’extrême-droite » (sic) en refusant d’aller voter pour ce qu’ils combattent avec tant de courage et toute mon admiration pour que ce que représente celle dont « ils ont fait le jeu » (sic) n’arrive jamais au pouvoir (ou le quitte enfin).

Je ne suis pas eux et, je l’ai dit, je n’aurais pas fait le même choix électoral qu’eux. Mais je refuse qu’on les insulte encore. Pas uniquement parce qu’ils ne le méritent pas. Aussi parce que ce faisant, là oui, c’est le jeu de l’extrême-droite qu’on continue à faire.

Celui de l’extrême-droite et celui de ceux qui continueront, encore, à lui dérouler le tapis rouge si on continue à faire exactement ce qu’ils attendent de nous : confondre « radical » et « extrémiste » (dans le sens le plus inacceptable possible du terme), refuser que des voix contraires s’élèvent dans les hémicycles, montrer du doigt ceux qui ont décidé de ne pas voter pour un candidat quand ils sont de la gauche radicale, tandis qu’on épargne tous les autres, ceux qui dans tous les camps se sont abstenus aussi (et ils sont bien plus nombreux), ceux qui ont voté pour Le Pen (et qui viennent pour beaucoup de ces camps-là aussi). Et tandis qu’on ignore ceux qui sont dans la désespérance et/ou à qui on n’essaye même plus de donner les armes suffisantes pour comprendre qu’ils ont du pouvoir et qu’il est important de le prendre.

https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/240417/face-au-front-national-reponse-aux-pompiers-pyromanes-qui-ont-vote-macron?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

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La Belgique a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses pratiques d’enfermement d’enfants dans des centres de détention administrative (les fameux centres fermés) et pourtant elle s’obstine. On sait que la Belgique, qui se vante dès qu’elle peut d’être une patrie des droits de l’Homme, se fout comme d’une guigne de ses condamnations par cette Cour .

Elle se fout d’ailleurs tout autant des droits de l’Homme eux-mêmes, puisque, à l’instar de tous ceux qui s’en réclament et notamment, elle participe activement à ce qu’elle a elle-même, par le truchement du Conseil de l’Europe, qualifié de persécutions concernant le sort réservé aux Roms dans à peu près toute l’Europe.

Pas la peine de faire l’inventaire des différentes mesures et attitudes de nos dirigeants envers différentes catégories de la population, belge ou non, pour se rendre compte qu’il est inutile de se tourner vers la France pour constater que l’extrême-droite a le vent en poupe. À titre d’exemples, contentons-nous de nous souvenir du Parc Maximilien à Bruxelles, dans lequel des milliers de réfugiés ont survécu des semaines durant grâce à un mouvement citoyen, et à lui seul. De ces milliers de sans-emploi que l’on plonge dans la désespérance en leur supprimant des allocations, en les traitant de paresseux et de profiteurs, en les sanctionnant chaque jour davantage, en les contrôlant de plus en plus durement (et… illégalement), labourant encore et encore un terrain fertile pour l’extrême droite. De ces discours et mesures sécuritaires dont l’inutilité n’est plus à démontrer et qui nous bercent pourtant depuis tant d’années. De ces partis politiques qui s’obstinent à garder en leur sein ce qui se fait de pire en matière de discours d’extrême droite, juste parce que ça rapporte des voix (même le PP, qui soutient Marine Le Pen, ne s’y est pas trompé, puisqu’il lui a tendu officiellement les bras). Des très nombreux dispositifs et mesures anti-sdf adoptés dans de très nombreuses communes du royaume, par tous les partis en présence, glorifiant ainsi des politiques qui consistent à se débarrasser du symptôme au lieu de s’attaquer au problème, même si ce symptôme est une vie humaine.
De ce gouvernement, composé de gens qu’on a vu dans des réunions de nostalgiques d’un régime dont on continue à dire à nos enfants qu’on n’en veut plus jamais et qui depuis des années nous rappelle un peu plus à son mauvais souvenir.
On le sait, c’est humain probablement, il est plus facile de critiquer ce qui se passe ailleurs que ce qui se déroule sous nos yeux. Et on ne se gène pas pour le faire. À titre d’exemple, la campagne présidentielle française est dans tous nos médias, sur tous nos réseaux, dans toutes nos conversations. Et tandis que tout le monde ou presque (moi la première) se fend d’un avis plus ou moins éclairé sur Le Pen, Macron (et Mélenchon), certains, toujours les mêmes, toujours la même petite poignée de citoyens, se battent sur le terrain pour lutter contre cette extrême-droite qui attend derrière une porte qui s’ouvre lentement, mais sûrement. Ils aident des gens à la rue, sans se soucier de leurs origines. Ils se battent pour défendre les sans-emploi. Ils réclament des salaires dignes. Ils cachent des sans-papiers. Ils abritent des Roms. Ils luttent contre les amalgames. Ils démontent les discours sécuritaires. Ils dénoncent, combattent, secourent. Tirent la sonnette d’alarme depuis des années, sous le regard narquois de ceux, bien plus nombreux qu’eux, qui trouvent qu’ils exagèrent.
On le sait déjà, c’est en tout cas ce que l’expérience nous montre, la campagne électorale belge nous enflammera bien moins que les élections américaine et française. Je ne pense pas que le niveau lamentable du débat politique belge soit seul en cause (au contraire, il est aussi à dénoncer). Sans doute est-il plus facile de dénoncer ce sur quoi nous n’avons pas à agir que ce sur quoi nous avons du pouvoir ? Parce que oui, nous avons du pouvoir. Il suffit de grossir les rangs de ceux qui se bougent. Ne fut-ce qu’en diffusant leurs messages.
En voici un : https://steenrock.wordpress.com/.
 
« Réinventons nos déchets » est le slogan de l’ ICDI, intercommunale carolo de collecte et de valorisation des déchets ménagers. Ses missions ? Prévenir, réemployer, trier, recycler, valoriser, éliminer nos déchets ménagers.
Le problème de ce genre d’entreprise, c’est qu’elle vit de ce qu’elle tente d’éliminer. C’est un peu comme le travail social, quoi : le jour où il n’y aura plus de gens dans le besoin, il y n’y aura plus besoin de gens pour les combler. On sait tous que ça n’arrivera jamais, tant pour les déchets que pour les gens dans le besoin, mais tout de même, certains, un peu trop conscients de la chose, gardent leurs déchets (ménagers ou de la société) dans leur pré carré aussi précieusement que notre pays, qui se passerait pourtant volontiers de certaines gabegies, protège ses intercommunales dysfonctionnelles.
Du coup, récemment, l’ICDI a décidé de lutter contre les gens qui s’emparent avant elle des papiers et cartons déposés sur les trottoirs carolos pour les emmener eux-mêmes au recyclage et remporter ainsi la mise (75.000 euros par an). Dans article du 8 mars sur RTL Info, le directeur de l’institution déclarait : « Le sherry-picking c’est effectivement le fait qu’on nous dépossède de déchets qui ont une valeur positive sur le marché, et donc forcément c’est un manque à gagner pour les structures qui gèrent ces déchets ».
Selon l’intercommunale, le sherry-picking est le fait de bande organisées qu’il faut combattre. Comment ? Eh bien c’est simple : en demandant aux citoyens « bienveillants » (sic) de fliquer leurs semblables. « Ce qu’on peut demander aux citoyens c’est de nous avertir lorsqu’ils constatent que des véhicules banalisés vont prélever les papiers cartons qui sont normalement destinés à l’intercommunale, nous avertir, essayer de prendre le maximum d’informations sur ces véhicules tels que le numéro de plaque pour que l’on puisse porter plainte et récupérer le dommage », déclare en effet le directeur.
Après vérification, il s’avère qu’en effet, ramasser les déchets d’autrui, c’est mal. « Il est interdit d’emporter les déchets présentés à l’enlèvement. Seul le service de ramassage désigné à cet effet par la Commune est habilité à collecter les déchets », nous dit ainsi le règlement général de police d’une des communes de la zone desservie par l’ICDI.
Soit, admettons. Mais tout de même, au-delà de l’illégalité du méfait, cette info pose des questions qui valent leur pesant d’épluchures de cacahuètes :
– L’ICDI affirme qu’on a affaire à des bandes organisées. Moi, je veux bien le croire, surtout qu’à 125 euros la tonne, il en faut, des papiers et des cartons pour arrondir ses fins de mois. Mais si l’ICDI est tellement sûre de son fait qu’elle peut l’affirmer dans les médias, je me demande pourquoi elle demande à ses employés et aux citoyens de combattre le phénomène au lieu de s’adresser directement aux forces de l’ordre pour lutter contre ces bandes, dont, rappelons-le, les petites mains sont bien souvent les premières victimes (on en revient à notre comparaison : c’est la même chose pour les réseaux de mendicité). Enfin, non, je mens. Je ne me le demande pas vraiment, puisque je sais qu’il est plus facile de s’en prendre à des petites mains qu’à des réseaux : si on s’en prend aux réseaux, on reste avec un tas de petites mains sur le dos et il faut s’en occuper.
– L’ICDI a pour mission première (du moins c’est la première de ses missions énumérées sur son site) la prévention des déchets : « inciter les citoyens à limiter leur production de déchets ménagers. Le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas ! »
C’est pourtant un manque à gagner de 75.000 euros qui motive l’intercommunale à nous demander de fliquer les méchants qui enlèvent nos papiers et cartons à sa place. Et là, on en revient à notre pré carré de tout à l’heure : l’entreprise publique chargée de nous inciter à limiter nos déchets et qui présentait pour 2015 dans son résultat de l’exercice clôturé au 31 décembre un coût net s’élevant à 27.630.389,59 € (argent public) n’est pas près de nous inciter à préserver l’environnement.
Certains me diront qu’il faut préserver l’emploi. À ceux-là, je répondrai que préserver l’emploi dans un système comme le nôtre n’est que le doux rêve des rares qui croient vraiment que sans changer de paradigme, notre société est encore en mesure de fournir un emploi à temps plein et suffisamment lucratif à tout le monde, et un bon moyen de chantage pour tous ceux qui font semblant de le croire pour titiller notre sens de la solidarité et (se) maintenir (dans) le paradigme actuel. Et que ceux qui se lèvent à l’aube pour ramasser illégalement des tonnes de déchets pour des ronds de carottes avariées ont aussi besoin de survivre dans ce monde de moins en moins respirable.

On est nombreux, très nombreux, trop nombreux (du moins pour le nombre de sièges) à prendre chaque jour ou presque les fabuleux trains de la SNCB, qui sont déjà des nuisances en soi : inconfort, retards, annulations, odeurs et propreté douteuses, lignes mal et/ou trop peu desservies… seuls face à l’adversité que constitue notre mauvaise humeur, les aimables (si si, jusqu’ici, tous) accompagnateurs ont bien du mérite à le rester (aimables. Et accompagnateurs aussi, en fait).

Depuis un mois, j’ai pourtant décidé d’affronter à nouveau la chose, après l’avoir abandonnée quelques années, faute de pouvoir voyager à des rythmes raisonnables et ponctuels, sans me ruiner le dos, les tympans et l’humeur.

Mais la SNCB n’est pas responsable de tout. Toi aussi, aimable voyageur, tu peux améliorer la qualité des transports en commun. Très facilement, en plus. Quelques exemples :

  • Tu ne le sais peut-être pas, mais si tu pousses un peu le son, on entend ta musique. On l’entend même super bien (et souvent, mais ça, je reconnais que c’est subjectif, plus on l’entend, plus c’est de la daube). Bon, soyons de bon compte : parfois, on ne l’entend pas si bien que ça. Parfois, ça fait dszziiiiiitchtchtchdziiiiiii. Oui oui. Même quand tu as un super casque à 100 balles censé nous épargner, nous, tes voisins, mais que tu le pousses à fond.
  • C’est pareil avec tes conversations avec tes voisins. Bon, je reconnais que c’est plutôt sympa de discuter avec ses voisins. Mais moi qui ne suis pas forcément ta voisine et qui me trouve parfois à l’autre bout de la voiture, je m’en fous un peu, de tes conversations. Alors sauf si ton voisin est dur de la feuille, je pense qu’il te comprendra même si tu baisses un peu le son, là aussi.
  • Par contre, si tu as un coup de fil, je pense vraiment que si tu dois absolument décrocher, tu peux te contenter de dire que tu rappelleras. Allez, je te concède les urgences. Mais les urgences, ça ne prend pas tout un trajet de train, sachant qu’il n’existe aucun trajet de train très court en Belgique. Et sincèrement, je suis peut-être très blasée, mais je me fous vraiment complètement de ce que tu racontes à ton interlocuteur (sauf si c’est Brad Pitt et qu’il t’attend à la gare suivante). Comme à peu près tous les autres gens dans la voiture. Et en plus, bien souvent, ça ne nous regarde pas.
  • Ah oui, autre chose à propos du téléphone. Il existe, même dans les nokia vintage, une fonction « touches silencieuses ». C’est vraiment super chouette ! Tu envoies tes messages et nous, on peut continuer à profiter des conversations téléph… du silence.
  • Tu as un chien et tu l’emmènes avec toi ? C’est top ! Mais je ne comprends pas pourquoi tu le laisses lécher le train. Tu ne l’aimes pas ou quoi ? C’est plein de bactéries, un train !
  • Tu manges dans le train ? Chouette ! Mais MANGE PROPREMENT ! Je dis ça pour ton bien hein. Parce que moi, si tu manges la bouche ouverte en faisant des bruits dégueulasses, je vais peut-être te vomir dessus, parce que ça me retourne l’estomac (juré).
  • Tu as un rhume ? MOUCHE-TOI ! Ne fut-ce que pour la raison précitée.
  • Tu te vernis les ongles dans le train ? ARRÊTE CA TOUT DE SUITE! Ca PUE ! C’est toxique ! Ca fait mal à la tête ! Ca sent dans toute la rame !
  • Ah oui, une dernière chose, peut-être un peu exigeante : lave-toi. Et utilise cette invention géniale qui s’appelle dentifrice. Et cette autre invention qui s’appelle déodorant. Tu verras, c’est top. Tu te feras plein d’amis dans le train avec qui avoir de super conversations (à voix posées, bien sûr).
  • Et puis, pour terminer par où j’ai commencé : essaye d’être gentil avec l’accompagnateur/trice. Il/elle fait vraiment un sale boulot et il/elle n’est vraiment pas responsable de son employeuse, la SNCB.

Voilà. C’est tout (pour le moment). Je te remercie infiniment pour ce souci que tu auras dorénavant de tes co-navetteurs. Parce que c’est sans doute ça le plus horripilant : que tu te sentes seul(e) (ou presque) au monde. Que tu te fiches comme d’une guigne de l’inconfort dans lequel tu nous mets alors que, bien souvent, tu hurles au scandale au moindre couac dans ton transport public.

Monsieur Selahattin Koc

avril 24, 2016

Selahattin Koc, il y a bien des choses à redire dans votre carte blanche.
– Vous pensez que Jambon ne peut pas tout nous dire? C’est bien de penser, mais on se fout de ce que vous pensez. Je veux dire, ce que vous pensez n’est une preuve de rien du tout et Jan Jambon ne peut pas affirmer des choses qu’il ne peut pas étayer, quand bien même il aurait les éléments pour ça et ne pourrait pas les donner
– Vous avez la conviction que la gauche se voile la face? De ça non plus, on n’a rien à faire. Je veux dire, vos convictions, ce sont des choses intéressantes pour qui s’intéresserait aux valeurs que vous prétendez défendre, mais elles ne nous prouvent rien en cette occurrence. Quant à votre définition de « la gauche », elle permet d’y ranger un nombre TRÈS significatif de gens, puisque visiblement vous y mettez tout qui n’est pas d’accord avec les propos de Jambon (y compris des gens de votre parti, donc).

– Admettons qu’un nombre significatif de vos clients musulmans se félicite des attentats. Admettons donc que vous connaissez la religion de vos clients (sans doute que vous faites des sondages durant vos trajets? À moins que vous aussi ne soyez physionomiste religieux?), votre propos manque totalement de rigueur : c’est quoi, « certains »? C’est quoi, « une extrême minorité »? C’est quoi, « une part bien plus importante que l’extrême minorité dont il est souvent question »? Quel est votre échantillonnage? Vous parlez des attentats spontanément avec vos clients? Tous? Il y a combien de musulmans à La Louvière? Et dans votre clientèle?

– Emir Kir a parlé d’amalgames et de ségrégation. Il n’est pas le seul. Nous sommes très nombreux à le penser, y compris dans les rangs du MR. Et refuser de reconnaître le génocide arménien est une chose certes fort regrettable mais totalement hors sujet. À cet égard, votre phrase « Dès lors, ne minimiserait-il pas le soutien apporté aux attentats par une frange de la population ? » laisse rêveur.

– On a vu des jeunes caillasser des policiers après les attentats? La belle affaire. Avant les attentats aussi. Ca ne nous dit ni si ces jeunes sont musulmans, ni s’ils ont caillassé des policiers pour célébrer les attentats. Et ici encore, vous parlez d’un fait « qui n’est pas isolé » sans nous préciser la notion.

– « J’estime que quand on est d’origine étrangère et que l’on a la chance d’être accueilli dans un pays tel que la Belgique, on se doit de s’intégrer et d’en épouser les valeurs fondamentales. » Cette phrase-là, Monsieur Selahattin Koc, démontre à elle seule l’ignorance crasse dont vous faites (volontairement?) preuve sur la question (et que vous soyez musulman ne fait pas de vous un fin connaisseur de la population musulmane, je préfère vous le préciser d’emblée). La plupart des jeunes musulmans de Belgique sont d’origine belge. Nés sur ce sol, souvent de parents nés sur ce sol.
Quant aux valeurs fondamentales belges, Monsieur Slelahattin Koc, votre carte blanche prouve à elle seule que vous ne les avez pas intégrées. Vous avez intégré le MR louviérois, vous en avez intégré les raisonnement oiseux et les raccourcis faciles et vous surfez allègrement (docilement?) sur une pensée puante, faite d’amalgames et de ségrégation (je précise que personnellement, je pense qu’il y a eu un génocide arménien…).
Qu’on cherche à lutter contre la radicalisation, y compris à La Louvière, est en effet une priorité. Mais par pitié, Monsieur Selahattin Koc, ne vous en mêlez pas. 

Des charognards.

mars 29, 2016

Dimanche, 450 personnes, dont beaucoup masquées, sont parties de Flandre pour débouler à la Bourse de Bruxelles et scander des propos islamophobes et autres « on est chez nous » sous des saluts nazis.

Mais il y a pire : dimanche, des décideurs ont décidé de laisser partir de Flandre 450 personnes à l’intention annoncée de « casser de l’arabe », dont on savait qu’une partie étaient des néonazis et que l’intention était d’aller foutre le bordel à la Bourse de Bruxelles, où depuis une semaine des gens se recueillent et manifestent pacifiquement leur besoin de vivre-ensemble.

Alors que tout le monde s’accorde pour dire que l’embrigadement commence par la mise au ban de la société, ils ont interdit une manifestation pacifique et multiculturelle pour laisser des néonazis s’exprimer (« pour ne pas les frustrer », ont-ils dit). Alors que tout le monde connaît les défaillances de notre système éducatif, les défaillances de notre solidarité, les défaillances de notre système économique inéquitable, alors que tout le monde sait qu’elles sont le terreau de l’embrigadement et de l’extrémisme de droite, ils ont piétiné des cadavres encore chauds (pas encore tous identifiés) avec des saluts nazis pour satisfaire des besoins électoralistes aussi vulgaires qu’odieux.

Il ne nous reste plus qu’à contempler (parce que nous, si on proteste, on sera réprimés) le spectacle de ces gens qui prétendent oeuvrer au bien de la communauté en se renvoyant des responsabilités qu’ils ont tous. Des charognards.

J’ai jusqu’ici refusé d’évoquer les événements de Cologne, parce que jusqu’ici, on n’a aucune information correcte en Belgique sur ce qui s’est passé, sur ce qu’on peut affirmer et sur les sources des « infos » (notez les guillemets) qui circulent. Mais comme les seuls à les brandir quand même, à part des médias qui se contentent de dépêches, ce sont des gens d’extrême-droite ou qui véhiculent, même sans le savoir, des idées d’extrême-droite, je me suis penchée sur ce dossier, en commençant par relever quelques énormités :

– Certains parlent de plus de 1000 agressions sexuelles commises le 31 décembre, des sites d’extrême-droite précisant même « dans les centres d’asile » : il y aurait eu, d’après la commission spéciale allemande, 379 plaintes concernant des agressions commises le 31 décembre à Cologne (ndla: 516 ce jour) Toutefois, des plaintes ont été également enregistrées dans d’autres villes, notamment à Hambourg et à Francfort. Ces plaintes concernent des vols et des violences physiques. A Cologne, ces agressions ont été commises à la faveur de festivités, du feu d’artifice et de l’afflux de touristes pour le réveillon près de la gare.

– Il s’agit principalement de vols à la tire et de vols par la ruse : des gens se sont fait piquer leur portefeuille, leur smarthpone, etc. On parle de cas d’agressions sexuelles parce que la ruse consiste à harceler les femmes pour les distraire et leur piquer leurs affaires. Ainsi à Cologne, 2 plaintes pour viol ont été enregistrées suite au 31 décembre et toutes les autres concernent des vols, dont 40% avec « harcelement »*.

– Les voleurs sont recrutés un peu partout par la criminalité organisée. Celle-ci recrute bien entendu là où c’est le plus simple. Visiblement, les centres d’accueils surpeuplés par des personnes qui ont dû se débrouiller pour survivre sont une excellente cible. La police devrait donc protéger ces centres de cette criminalité qui y recrute ses exécutants. Toutefois, le ministre de l’intérieur, Heiko Maas, a précisé aujourd’hui qu’il « existait des données statistiques sur le taux de criminalité auprès des réfugiés. Elles démontrent que ce taux est égal à celui des allemands ». Cf. : http://www.spiegel.de/politik/deutschland/uebergriffe-in-koeln-justizminister-maas-vermutet-organisierte-aktion-a-1071285.html

– Le chiffre de « 1006 personnes impliquées » est cité à titres divers. En ce qui concerne les faits à Cologne, 30 personnes auraient été identifiées (on se demande donc comment on sait qu’ils étaient 1000*) et parmi ces 30, il y aurait 19 migrants.

320.000 faits par an

– Il y a eu effectivement « 1006 » délits enregistrés… en Saxe entre le 1er janvier 2015 et le 30 novembre 2015 qui concernent des réfugiés. Concernant les « Rohheitsdelikte » (brutalités), à savoir des vols (40%), des infractions à la liberté et des coups et blessures : il y a 320.000 faits de ce genre enregistrés par an en Saxe. Source de cette information : une question parlementaire du parti populiste d’extrême droite AfD à laquelle le ministre de l’intérieur de la Saxe, Markus Ulbig, a répondu il y a quelques jours. Dans ce cas précis, bon nombre des délits commis par des réfugiés (pas tous les délits précités, donc) sont commis à l’intérieur des centres d’accueil. Les victimes des migrants délinquants sont donc aussi des réfugiés.

En Saxe, le nombre de demandeurs d’asile a triplé en quelques mois et les infrastructures sont déplorables, ce qui rend leur gestion extrêmement problématique et le recrutement en leur sein extrêmement aisé.

A noter que depuis la vague de réfugiés, on a enregistré une augmentation des agressions contre les centres d’accueil (817 au 7 décembre 2015 contre 199 en 2014) commises pour la plupart par des gens d’extrême-droite (incendies, attaques à coups de pierres et de battes de baseball…) Cf.: http://www.spiegel.de/politik/deutschland/bundeskriminalamt-anschlaege-auf-asylunterkuenfte-haben-sich-2015-vervierfacht-a-1066932.html

Et que c’est de cette même extrême-droite qu’émanent la plupart des fausses informations au sujet des « agressions à Cologne », dont fondamentalement, on ne sait pas grand-chose à ce stade.

À noter aussi qu’en Belgique, où quelques bagarres ont certes mobilisé des forces de l’ordre dans des centres d’asile, on n’a noté aucun fait de ce genre depuis l’afflux des réfugiés. Faire le lien entre les informations émanant de Saxe (transformées et diffusées par l’extrême-droite) et les réfugiés se trouvant en Belgique relève donc de la pure malhonnêteté intellectuelle.

*http://www.mimikama.at/allgemein/antanztrick-belstigung-und-diebstahl-in-kln/

*« Nous ne le savons pas. Selon la police de Cologne, plus de 1000 hommes étaient rassemblés devant la place de la gare – mais tous n’ont pas harcelé ou volé des femmes » (WESTDEUTSCHER RUNDFUNK)

http://www.dnn.de/Mitteldeutschland/News/Statistik-2015-Mehr-als-1000-Straftaten-in-saechsischen-Fluechtlingsunterkuenften

http://www1.wdr.de/themen/aktuell/vorfaelle-hauptbahnhof-koeln-fakten-100.html

OKC, vivre après la secte

décembre 13, 2015

Une fois n’est pas coutume, je vais faire la pub pour une émission : Devoir d’enquête, sur la Une, le 16 décembre prochain.

Elle abordera d’une part la gravissime question des dérapages sur Internet, dérapages qui affectent bien des gens, à commencer par nos ados, dont certains, harcelés, se sont suicidés.

D’autre part, elle reviendra sur un dossier que peu d’entre nous connaissent : celui de la communauté OKC et de ses enfants oubliés. Certains d’entre eux ont décidé de se raconter sur un blog. Une démarche difficile mais nécessaire en attendant un procès dont ils espèrent beaucoup pour se (re)construire.

Je connais personnellement certains d’entre eux et particulièrement l’un d’eux. Au-delà de leur situation particulière, ce qu’ils ont vécu nous éclaire sur un phénomène qui n’est pas assez abordé dans les débats sur notre actualité : l’embrigadement et la difficulté de sortir du joug de ceux qui abusent de leur emprise.

Lisez-les sur leur blog. Ceci n’est que mon petit témoignage.

J’ai connu Roy il y a quelques années. Il faisait ses premiers pas dans un collectif dont je fais partie. Il y est entré, il y est resté, fidèle aux réunions, présent aux manifestations, très content d’être là et même reconnaissant d’y avoir été accueilli ! Il parlait tout le temps d’une fête pour nous remercier.

Moi, ça me faisait sourire, mais il avait vraiment envie de nous remercier.

Je ne savais pas très bien qui c’était. Un jeune gars mignon, souriant, présent, vaguement lié à un restaurant biologique. Il amenait parfois un pote ou l’autre, toujours les mêmes, mais c’est tout ce que je savais de lui. Je n’avais pas besoin d’en savoir plus, on n’est pas très curieux au collectif. C’était la jeune recrue du noyau dur, je l’y croisais, on préparait nos trucs, on buvait des verres et voilà. Et puis on s’est croisés plus souvent, au hasard de guindailles hasardeuses.

Un jour il m’a dit qu’il sortait d’une secte. Je crois que j’ai fait la tête qui convient face à une révélation pareille et j’ai vaguement imaginé des gens au crâne rasé vêtus de robes et adorant un gourou en chantant des incantations…

On est devenus assez proches, je me disais qu’il aimait notre compagnie, la compagnie d’adultes pour la plupart très cultivés et très intelligents et comme il suivait bien, je me disais qu’il l’était aussi et que sans doute qu’il trouvait là ce qu’il ne trouvait pas chez les potes de son âge…

Aujourd’hui, on est un peu liés pour toujours. Il se comporte des fois comme un gamin, il est en retard presque partout, tout le temps fauché, il ne tient pas ses deadlines, il s’entend à peu près aussi bien avec mon fils qu’avec moi. Du coup, je dis que j’ai deux gamins et il m’appelle « maman » en rigolant. Il est devenu le colloc de mon frère, qu’il voit plus souvent que moi.

Même si à une période, on s’est vus beaucoup, dans un café. Il avait envie de raconter son histoire pour que je l’écrive. Elle est toujours là, dans mon ordinateur. Des heures de récit de sa vie qu’on n’a jamais trouvé le temps et le moyen de finir et mettre en forme. Je crois que ça ne sera jamais suffisant, de toute façon. Le texte est plein d’aller-retour. Et de précisions d’un ami de Roy, qui a tout relu et m’a raconté aussi.

L’histoire d’un petit garçon que ses parents ont confié aux bons soins du bon monsieur Spatz, un homme revenu de voyage en s’imaginant bouddhiste et investi d’une mission de taille : importer les valeurs bouddhistes en Europe. L’histoire d’un petit garçon qui a vécu avec d’autres enfants dans les montagnes françaises, livré à quelques adultes, puis d’un ado que le bon monsieur Spatz a envoyé avec d’autres au Portugal, où ils ont vécu à peu près livrés à eux-mêmes, tenus à l’écart du reste de la communauté parce qu’ils posaient trop de questions. Des questions sur leurs fringues portées en seconde main, des questions sur les parents qu’ils ne voyaient jamais, ou presque, sur le monde extérieur décrit comme décadent. Sur les punitions d’un autre âge qu’ils avaient à subir (vivre seuls dans les bois, être isolés dans une pièce…), sur les sévices sexuels subis par certains d’entre eux, sur les visites du bon monsieur Spatz qui tournaient à l’orgie…

Le projet de Spatz avait quelques failles. Des livres. Quelques jeunes adultes passés par là qui trouvaient que l’enseignement était important. Des accès à Internet. Des ouvertures sur le monde. Et des liens à la vie, à la mort, entre des enfants qui avaient grandi ensemble, sans parents et dont certains ont décidé de quitter la communauté, au risque de vivre sans le sou, puisque la dépendance à la secte était totale : vie à la secte, fringues à la secte, bouffe à la secte, jobs à la secte.

Les enfants ont grandi. J’en connais certains. Ce sont des jeunes adultes qui se démerdent, plus ou moins bien je crois. Sur le moment, Roy n’a pas vraiment senti le manque de l’amour de ses parents, puisqu’il ne sait pas ce que c’est, de grandir avec ses parents. Mais il en a manqué et il le sait. Comme les autres, qui réclament aujourd’hui justice. Et reconnaissance, par leurs parents, qu’ils ont merdé.

Ce sont des jeunes adultes blessés, dont certains sont encore bouleversés quand ils évoquent tout ça. Mais qui veulent ce procès qui arrive en janvier. Qui veulent qu’on reconnaisse le mal qu’on leur a fait. Que le gourou, soit condamné pour d’autres raisons que financières. Roy, lui, est amoureux. Très amoureux. C’est une bonne nouvelle. Je crois qu’il pensait que ça ne lui arriverait pas. Du coup, son récit attendra. Et c’est très bien comme ça.

Manipulation

décembre 6, 2015

Partout, tout le temps, cette croyance que ça n’arrive qu’aux autres, les musulmans, les enfants dont on ne s’occupe pas assez, pas bien, qu’on a bercés trop près du mur d’une mosquée, dont il faut nettoyer les quartiers… et quand même cette certitude que des gamins de 20 ans ou moins sont responsables de ce qu’ils sont devenus, qu’il faut les punir, voire même les éliminer de la surface de la terre, parce qu’ils sont irrécupérables.

Des migrants auraient déposé des tapis de prière dans une gare et obligé les femmes à se voiler : 4000 partages sur Facebook.

Un gamin de 15 ans enlevé à 13 pour être emmené en Syrie, y subir un embrigadement en bonne et due forme et devenir terroriste potentiel : je ne compte plus les commentaires haineux à son égard, les affirmations selon lesquelles c’est de sa faute, les appels à le tuer.

Des réfugiés refusant de la nourriture parce qu’elle n’est pas halal : des images sorties de leur contexte pour mieux illustrer le mensonge ont fait le tour de la planète.

De grossiers montages vidéos de Daesh : dans à peu près tous les médias du monde, depuis des mois.

« Ne venez pas vous plaindre quand toutes nos femmes porteront le voile », « Qu’est-ce qu’il va se passer si j’en croise un en faisant mon jogging? », « C’est l’islam le responsable », « Les musulmans ne prennent pas leurs distances », « Il faut supprimer les religions », « On se fait engueuler parce qu’on ne porte pas le voile dès qu’on se promène dans certains quartiers »,… partout, tout le temps aussi.

Ce phénomène me fascine : ceux qui m’accusent d’excuser là où je tente des explications, ceux qui en appellent à plus de répression là où je réclame de la prévention, ceux qui me crient « prison » quand je parle « (ré)éducation » sont les plus prompts à croire et affirmer qu’un gamin de 13 ans est responsable de son enlèvement/embrigadement, que des réfugiés obligent des belges à porter le voile et étalent des tapis de prière dans une gare de Belgique, que demain, nous porterons toutes le voile, que deux militaires à un coin de rue nous protègent d’un attentat, que sans les religions, tout ça n’arriverait pas. Les plus virulents sont aussi les plus crédules.

Ils colportent des mensonges, des images sorties de leur contexte, des témoignages bidon, ils gobent allègrement tout ce que l’extrême droite, notre gouvernement ou certains médias leur servent et refusent d’envisager la possibilité que peut-être un gamin mal dans sa peau et récupéré par des manipulateurs pourrait être tenté de croire que son bonheur réside dans le djihad. Ils affirment sans rougir qu’on est responsable de ce que l’on croit et avalent et diffusent tous les mensonges qui circulent sans se poser la moindre question. Des mensonges servis par des gens d’extrême droite, certains médias ou notre gouvernement qui savent pertinemment que ce sont des mensonges… mais qu’ils sont efficaces.

Aujourd’hui, en Belgique et ailleurs, des milliers de gens sont manipulés avec un succès fou par des gens qui les invitent à crier partout que des gamins sont responsables… d’avoir cru des manipulateurs.

Encore une fois, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut rien faire et que ce qui s’est passé à Paris et se passe tous les jours ailleurs n’est pas gravissime. Mais je pense qu’on tient là une excellente raison de se pencher enfin sur l’arme la plus redoutable des terroristes : la perméabilité de l’être humain, a fortiori quand il est fragilisé par une société qui divise et refuse d’éduquer, pour le plus grand plaisir de ceux qu’elle prétend combattre.

 

Mépris

novembre 24, 2015

Le sujet semble anecdotique au regard de ce qui se passe aujourd’hui. Il l’est carrément pour ceux qui ont décidé que dorénavant, à Bruxelles, les parkings seraient exclusivement payés par carte bancaire.

A Ixelles, on paie 50 cents ou deux euros. Pas 60, 70, 1 euros, 1 euro 50. 2 euros, même si vous ne restez qu’une heure. Jusque 20h30. A Bruxelles dorénavant, si vous n’avez pas de carte, pas possible de vous garer, à moins d’être prêt à payer votre dû via un huissier (parce qu’on vous envoie l’huissier systématiquement et plus vite qu’un virement bancaire ou qu’une contestation d’amende, maintenant).

Il paraît que tout le monde a une carte bancaire. C’est ce qui a été répondu au conseil communal à ceux qui désapprouvaient la méthode.

Et c’est très grave. Penser que tout le monde a une carte de banque et que tout le monde a sur sa carte de banque de quoi payer son parking à un horodateur, c’est faire preuve d’une ignorance crasse. Une ignorance crasse de ce que vivent les gens qui survivent (oui, on peut avoir une voiture et être dans la survie). Une ignorance crasse de ce que vivent les gens qu’on prétend représenter pour leur plus grand bien. Penser aujourd’hui que « tout le monde a une carte » et que « tout le monde peut payer avec sa carte », c’est ahurissant de bêtise.

Cette condescendance, ce mépris des gens dans la merde, cette négation de la merde dans laquelle sont les gens, cet empressement à les y enfoncer encore et encore par voie d’huissier au nom d’une collectivité qui ne concerne que certains, ça me met hors de moi. Et ça n’a rien, mais vraiment rien d’anecdotique. Même au regard de ce qui se passe aujourd’hui. Parce que ça en est sans doute l’une des causes principales.