Comme toute guerre, celle qui frappe l’Ukraine contraint des gens à fuir pour sauver leur peau. Normalement, si j’en crois l’Histoire, les traités, les déclarations universelles et les textes de loi, cette phrase aurait dû être plus longue : Comme toute guerre, celle d’Ukraine contraint des gens à fuir et des pays à les accueillir pour sauver leur peau.

Seulement, si la grande Histoire nous a donné des leçons que les dirigeants du monde promettent au moins une ou deux fois l’an de retenir, la petite histoire de notre pays nous montre à suffisance que notre politique d’asile n’a pas vocation à autre chose que brasser des voix de l’extrême droite. La Belgique a déjà été condamnée maintes fois dans ce cadre, y compris le 21 janvier dernier à une astreinte de 5.000 euros par jour ouvrable où « au moins une personne souhaitant présenter une demande de protection internationale, se sera vu empêcher d’exercer ce droit ». Saturation de réseau d’accueil (un réseau composé notamment de structures créées de toutes pièces par des citoyen.ne.s, financées en grande partie par des dons privés et qui ne tourneraient pas sans un bénévolat conséquent) et refus d’enregistrer la majeure partie des demandes d’asile au Petit-Château (centre d’accueil pour candidats réfugiés) étaient cette fois au menu de ce énième recours.

Et puis il y a eu la guerre en Ukraine. Et tout à coup, notre pays comme bien d’autres en Europe s’est souvenu de ses obligations (obligations qu’ils s’est imposé à lui-même, rappelons-le). Notre secrétaire d’État à l’asile, Sammy Mahdi s’est mis à tenir des discours très envolés sur notre devoir d’accueillir sans les compter (je cite) les Ukrainiens et les Ukrainiennes qui se présenteraient à nos frontières. On l’a entendu affirmer avec force dans les hémicycles du pouvoir qu’on devait se mobiliser, qu’on pouvait le faire, et qu’en se mobilisant, on pourrait créer de nombreux logements.

Quelques passages (repris par LN24, source qu’on peut difficilement qualifier de bobogauchiste) :

« On ne lâche pas les Ukrainiens, ils sont les bienvenus chez nous ! Et sachant que la problématique va continuer à augmenter, on va va devoir continuer à être solidaires« 

« Environ 1.000 personnes s’enregistrent chaque jour à Bruxelles et les chiffres vont augmenter. Les capacités d’accueil vont donc aussi devoir augmenter. Chaque commune, chaque province et chaque région va devoir faire le nécessaire« 

« Nous avons un enjeu énorme: créer des logements pour tout le monde. Ils ne pourront pas le faire tous seuls, on devoir le faire tous ensemble, au niveau du fédéral et au niveau des régions. On va travailler coude à coude pour faire en sorte de créer des logements collectifs de grande capacité pour faire en sorte que chaque personne puisse être accueillie dans les meilleures circonstances« 

« Nous avons déjà convenu avec les régions que d’ici la fin du mois, des dizaines de milliers de places seront créées et c’est le volontarisme dont nous avons besoin dans cette crise« 

Qu’est-il arrivé à Sammy Mahdi ? Lui qui a si consciencieusement repris le flambeau de Théo Francken et en a avec un tel talent attisé la flamme ? Lui, l’idiot utile d’une politique raciste qui ne travaille que pour la reconduction de ceux et celles qui la mènent et pensent que c’est comme ça qu’ils.elles seront réélu.e.s ? Lui, l’enfant de réfugié de guerre qui n’a pas de mémoire ?

On pourrait s’arrêter là. Danser la gigue tou.te.s ensemble, du moins ceux et celles qui comme moi pensent qu’une vie est une vie et que quand elle est en danger, il faut la protéger, face à l’avenir radieux qu’on nous fait ainsi miroiter, mais ce serait faire fi de tout le reste.

Soyons de bonne volonté et oublions même nos souvenirs. Nos souvenirs de milliers de gens tellement maltraités que des citoyen.ne.s leur ont construit un énorme village solidaire dans un parc bruxellois. Puis ceux, plus récents, de milliers de gens tellement maltraités que des citoyen.ne.s ont voulu remettre ça et à qui on a interdit de donner une tente à des gens à la rue. Nos souvenirs de visites domiciliaires et de poursuites judiciaires de citoyen.ne.s à qui l’État reprochait d’avoir hébergé et aidé des gens laissés à terre (littéralement). Nos souvenirs de coups, de confiscations de biens, d’enfermements, assénés à des gens à terre par une police instrumentalisée par une politique raciste. Nos souvenirs de contrôles dans les trains, les trams, les bus et les métros.

Oublions tout ça et observons ce qui se passe : aujourd’hui, les citoyen.ne.s de ce pays sont autorisé.e.s, et même félicité.e.s pour ça, et même plébiscité.e.s pour ça, à porter secours. Par les pouvoirs fédéraux et locaux qui les appellent à l’aide pour héberger, verser des sous, donner des vivres. Nos transports en commun sont désormais gratuits pour les Ukrainien.ne.s. Nos pouvoirs politiques ont la main sur le coeur, l’âme dans la bouche et le portefeuille ouvert. On peut le faire, on doit le faire, a dit Sammy Mahdi (ce en quoi il a parfaitement raison).

Seulement voilà : cette nouvelle tendance, très porteuse électoralement, ne concerne que les Ukrainien.ne.s. Et encore, pas tou.te.s. Les hommes seuls restent bien souvent sur le carreau. Les ‘immigrés d’Ukraine’, ceux et celles qui ne sont pas ‘ukrainien.ne.s de souche’ restent sur le carreau. Et pour le dire crûment, les noirs sont écartés aux frontières et ceux qui parviennent à passer sont abandonnés aux portes de nos administrations, portes devant lesquelles se trouvent aussi des centaines d’Ukrainien.ne.s ‘recevables’ qui attendent désespérément leur tour dehors dans un chaos total, sans sanitaires, sans logement, sans rien. Quant aux candidat.e.s-hébergeur.euse.s, ils.elles sont nombreux.ses à s’être manifesté.e.s et à se demander si tout ça n’était pas qu’un effet d’annonce.

Quant aux autres, ceux que notre État maltraite depuis des années, venus eux aussi de pays où leur vie était en danger et dont la vie est en danger chez nous parce que ‘nous n’avons pas les moyens’ de les accueillir, et tous ceux et celles qui, pas exilé.e.s, vivent à la rue, voilà qu’ils.elles se prennent sur le coin de la gueule, en plus de toutes les autres, une violence symbolique inouïe. Tous ces discours, toutes ces mesures, toutes ces mobilisations ne les concernent pas. Et quand l’État se soucie de leur sort, c’est pour l’aggraver encore : aujourd’hui, dénonce Selma Benkhelifa, notre pays considère qu’il n’y a plus de raison d’assurer la protection des Afghan.e.s, dont le pays est pourtant aux mains des Talibans, secoué par des affrontements, plongé dans l’une des pires famines au monde.

On nous rétorque souvent que les exilé.e.s ukrainien.ne.s ‘ne font que passer’. On nous rétorque aussi des choses immondes sur leur éducation, leur culture, leurs compétences, le fait qu’ils.elles nous ressemblent et que c’est plus facile.

Je ne m’abaisserai pas à répondre, on sait tou.te.s que cette rhétorique est puante. Si je le relève, c’est parce qu’il faut le relever. Relever que tout ça participe d’une tendance (électoraliste) à nous diviser et même, désormais, à diviser les secteurs de première ligne, ceux qui ne font pas de différence, les citoyen.ne.s solidaires, qui ne font pas de différence et même tous ces gens qu’il faut, qu’on doit, qu’on peut (c’est Sammy Mahdi qui l’a dit) secourir.

On sait tou.te.s tous les gens qui étaient à la rue avant la guerre en Ukraine seront à la rue après la guerre en Ukraine, puisqu’aujourd’hui, ils ont disparu même des discours. On sait tou.te.s que demain, on n’aura plus les moyens, il ne faudra pas, on ne devra pas, on ne pourra pas.

On sait tou.te.s que la politique (électoraliste) d’asile actuellement menée par la Belgique en ce qui concerne les exilé.e.s ukrainien.ne.s, même si elle devrait être mieux menée, est la bonne chose à faire. Ce qu’on n’aura pas le droit d’oublier, c’est que la Belgique aura pu la mener. En des temps où pourtant, elle dépense des millions d’euros à d’autres choses aussi, parce que cette guerre a un prix qu’on paiera longtemps.

Refusons de nous diviser. Refusons de choisir. Exigeons que notre État mène UNE politique d’asile pour tou.te.s. Cette politique.

Cette politique :

Nous sommes donc le 24 janvier 2022 et le bourgmestre de La Louvière écrit aux commerçants que la Ville va prendre des mesures anti-mendicité (notamment l’interdiction de mendier devant des commerces). Avant le vote desdites mesures (qui a eu lieu ce 22 février), avant donc toute possibilité de débat sur la chose et sûr de son coup, puisque le PS règne en maître sur La Louvière, accompagné par une échevine Ecolo qui est là pour faire genre ‘on est des démocrates’. Telle est donc la vision de l’exercice du pouvoir par notre bourgmestre Jacques Gobert. Et s’il n’a pas tort d’être sûr de son coup, puisque de débat, il n’y a point chez nous, cette lettre illustre à merveille toute l’arrogance de notre bourgmestre. Un conseil communal, c’est composé d’une majorité et d’une opposition. C’est public. C’est un lieu de débat démocratique. Rien ne peut y être considéré comme acquis, c’est le b a ba en démocratie.

Chasser les pauvres

Mais voilà, il fallait faire vite, parce que le centre de La Louvière prend des allures de ville morte, que les vitrines se vident les unes après les autres et que la pauvreté, ici comme ailleurs et plus qu’en bien des lieux, s’accroit chaque jour.

Au départ de la grogne des commerçants, il y a le bar à soupe. Le bar à soupe, c’est une soupe populaire. Un lieu où l’on peut venir se poser, manger un bout au chaud. Un lieu ouvert au beau milieu de la rue Albert 1e, rue commerçante de La Louvière. Le problème ? Faute d’avoir pensé la chose pour éviter les attroupements à l’extérieur (par exemple en en faisant un centre ouvert) et les nuisances que cela peut provoquer, les personnes qui la fréquentent étaient souvent dans la rue devant le bâtiment.

Il n’en fallait pas plus pour que des commerçants se plaignent desdites nuisances. Elles étaient évidemment à prévoir, mais ça… Le bar à soupe a donc été déménagé vers un container dans un parking décentré. Mais bien entendu, ce n’est pas dans un parking décentré qu’on trouve des gens à qui tendre la main pour demander une petite pièce. Il y a donc toujours des sans-abri dans nos rues (et je suis assez sidérée d’avoir à écrire une évidence pareille).

Si bien que le bourgmestre a annoncé des mesures, qui ont été votées ce mardi 22 février au conseil communal. Par une majorité PS et Ecolo, il faut le souligner, car même si on a déjà connu de telles odieuseries dans d’autres villes PS comme Charleroi et Liège, il faut toujours souligner quand un parti qui se prétend socialiste prend les mesures les plus antisociales qui soient.

Je ne vais pas réécrire ce que j’ai déjà écrit, mais je vais quand même rappeler que chasser les pauvres, ce n’est pas lutter contre la pauvreté. Qu’au contraire, c’est invisibiliser des gens qui, ainsi sortis des radars, ne vont que s’enfoncer davantage dans leur misère. Une misère dont il ne faut plus rappeler la croissance en temps de covid, mais il faut tout de même souligner qu’en plein coeur de la crise sanitaire, le conseil communal a refusé de renflouer les banques alimentaire locales, qui ne s’en sortaient évidemment pas.

Dans un article de 2014, j’écrivais notamment :

Ici aussi, la Ville prétend lutter contre la traite des êtres humains et la précarité. Ici aussi, on entend répondre aux doléances de « nombreux » citoyens. Ici aussi, on oublie de prévoir un arsenal assez solide pour que les gens ainsi chassés soient pris en charge et dirigés vers des services compétents, certes, mais insuffisants, insuffisamment armés et qu’on ne compte pas renforcer pour l’occasion. Ici aussi, on annonce une évaluation à plus ou moins court terme (un an pour Namur) et ici aussi, on sait déjà qu’elle sera, forcément, négative.

On le sait tous, y compris les « nombreux » citoyens qui ont réclamé qu’on nettoie « leurs » rues et ceux qui les ont écoutés. On sait tous que ce n’est pas comme ça qu’on lutte contre la pauvreté. On sait tous  que si un mec ou une fille tend la main pour avoir une pièce, c’est qu’il ou elle en a besoin. Pour bouffer, boire, pisser, payer son exploiteur, peu importe. Et on sait tous que si on ne lui propose aucune alternative, il ou elle en aura toujours besoin.

Seulement ça, ça demande un vache d’investissement. Lutter contre la pauvreté, ça se fait à tous les étages. Ca se fait à l’Europe, au fédéral, dans les régions et dans les communes. C’est un travail de très longue haleine. Qui ne fera que s’amplifier si on ne se décide pas à admettre enfin qu’on a affaire à une problématique hyper difficile, qui mérite qu’on s’y attarde. Longuement.
Et qu’on lui consacre des moyens, y compris un peu d’intelligence et de coeur. Juste un tout petit peu.

(On sait, 9 ans après, que le nombre de sans-abris a augmenté partout, preuve s’il en est et s’il en fallait de l’inefficacité des mesures anti-sdf)

C’est quoi un centre-ville ?

Ce qui est sûr c’est que les excuses bidon achèveront de tuer le commerce :
– le parking est l’un des sujets favoris des Louviérois.es. Il est certes important, mais notre centre-ville est littéralement cerné de parkings gratuits à quelques minutes (4 pour moi) de la rue Albert 1e.
– le Covid a évidemment fait de nombreux dégâts, mais la Ville a emprunté 8 millions d’euros pour un plan de relance dont certains points étaient tellement ridicules qu’ils ont été retoqués par la tutelle. Et qui ont servi, notamment, à la distribution à chaque habitant.e de la commune, tous âges et tous niveaux économiques confondus, d’un chèque de consommation de 20 euros (de nombreux.ses habitant.e.s ont fait don de ce chèque au profit des plus précaires).

Désormais, c’est donc par la chasse aux pauvres que viendra le salut.

Ce qui tue le commerce, c’est la numérisation en marche, certes, mais rien ne remplacera jamais le contact humain et il y a là des choses à penser. C’est aussi croire qu’un centre-ville, ce sont ses commerces. Un centre-ville, c’est un lieu de passage, un lieu de flânerie, un but de promenade. Un centre-ville ce sont des terrasses où s’asseoir, des bancs publics, du mobilier ludique, de l’art, des animations, des rencontres, du commerce, des musées, des associations. S’il n’est pas agréable de s’y promener, on va se promener ailleurs. S’il n’est pas agréable de s’y poser, on va se poser ailleurs. C’est tout.

On ne fera pas revivre le centre de La Louvière en mentant et en se mentant à soi-même sur les causes des (nombreux) problèmes du centre de La Louvière. On n’attirera pas des commerçants en leur faisant miroiter une bâche sur une rue commerçante sinistrée et même pas piétonnière. On ne résoudra pas nos problèmes en accueillant des chaînes multinationales dont la pérennité des boutiques ne dépend que du bon vouloir d’actionnaires qui se foutent comme d’une guigne du vivre-ensemble et même du chiffre de ces boutiques. Créer des parkings ne nous rendra pas du pouvoir d’achat. Invisibiliser les sans-abris n’enrichira personne, au contraire.

Un centre-ville ça mérite d’être pensé. Et ça nécessite, à l’ère d’internet, d’être repensé. On ne fera pas revivre le centre-ville de La Louvière en augmentant encore le nombre de parkings, ni en chassant les sdf. On le fera revivre en reconnaissant qu’il y a un problème et qu’il faut s’asseoir autour d’une table et réfléchir tou.te.s ensemble à ce qu’on veut pour notre Ville et ce qu’on va faire pour y arriver. Mais ça, évidemment, c’est électoralement moins porteur que des mesures ponctuelles qu’on peut prendre dans la minute et même en dépit de toute règle de démocratie.

C’est quoi, un.e dirigeant.e politique ?

Un.e dirigeant.e politique, c’est quelqu’un qui doit prendre de la hauteur. Qui doit investir pour le bien de tou.te.s (y compris et peut-être surtout les plus précaires), qui doit voir à plus long terme qu’une échéance électorale. À La Louvière, ce sont des citoyen.ne.s qui ont adopté cette posture. Mais si ce sont les citoyen.ne.s qui prennent de la hauteur, à quoi servez-vous, mesdames et messieurs nos dirigeant.e.s ?

Le 17 novembre dernier avait lieu le conseil communal de La Louvière. Pour la toute première fois avec diffusion en direct sur internet. C’était très attendu par beaucoup, d’autant que ça nous avait été annoncé au lendemain des dernières élections.

Tout qui s’intéresse un peu à la chose sait qu’un conseil communal est très généralement d’un ennui mortel. Les points sont rarement développés, les temps de parole sont souvent proportionnels à la taille du public (sans pour autant que le niveau des interventions suive cette courbe), certaines notions sont inintelligibles pour les non initiés (et, on l’a vu mardi, parfois aussi pour ceux qui les utilisent), les motions ne sont pas débattues (c’est la règle). Mais tout de même, les décisions qui sont prises nous concernent tou.te.s. Et les votes nous en disent beaucoup sur les motivations, parfois même les valeurs, des uns et des autres.

Ce soir-là, nous étions environ 140 à suivre le conseil à distance, sur YouTube. C’est peu pour une commune de 80000 habitant.e.s, c’est beaucoup pour quelque chose qui avait été annoncé la veille et c’est bien plus que le nombre de places disponibles dans la salle du conseil. C’est donc une bonne chose. C’est même l’évidence dans une démocratie, puisque les débats sont publics, que c’est faisable et que ça permet à bien des gens empêchés de se déplacer de s’y rendre (enfants à la maison, boulot, mobilité réduite…)

Autre avantage : on peut y revenir. Du moins quand la vidéo reste disponible en replay, ce qui nous a d’ailleurs été confirmé par la Ville.


Las, dès le lendemain, la vidéo était effacée. Plusieurs d’entre nous ont cherché à savoir pourquoi, en vain. Aucune réponse ne nous a été donnée. Si bien que très vite, nous avons cédé à la tentation (très grande, il faut dire) de trouver une explication dans la manière dont ce conseil s’était déroulé et l’image catastrophique (je pèse mes mots) qu’elle donnait de la majorité louviéroise. Interruptions, invectives, arguments de forme sur des propositions de fond, textes visiblement mal lus et visiblement pas compris par ceux qui les servaient, vulgarité, indignité. Déjà dans le fil de commentaires en direct du conseil, des citoyen.ne.s avaient exprimé leur affliction, mais ce fil-là avait déjà été effacé pendant le conseil. J’en avais pris certaines copies.

Dans les médias

Bien entendu, on est là dans du pur procès d’intention. En tout cas à ce stade. Nous comptions sur les médias locaux pour en savoir plus. Il a fallu attendre, mais on sait que les médias locaux (en tout cas locaux de chez nous) se fendent systématiquement d’un « article » (notez les guillemets) quand un sujet est souvent abordé par leur lectorat potentiel sur facebook. Si bien qu’ils ont fini par s’intéresser à la chose, DH en tête.

Enfin, s' »intéresser ». Disons que la question a été posée au bourgmestre et que sa réponse a été restituée telle quelle dans l’article :

Contacté, le bourgmestre se défend de cette décision. « Je suis étonné de cette réaction », assure Jacques Gobert (PS). « C’était notre premier conseil communal en visio-conférence et le décret imposait bien la publicité des débats en direct. Il n’a en revanche jamais été question que la diffusion reste ensuite sur internet. Ce n’était pas prévu et il n’y avait aucune modalité décidée. »

C’est pourquoi Jacques Gobert et la majorité souhaitent d’abord faire voter une modification du règlement d’ordre intérieur (ROI) du conseil communal. « Des caméras ont été installées dans la salle du conseil communal pour diffuser en direct dès que nous pourrons y retourner. Mais préalablement, il faudra voter les modalités d’utilisation et de diffusion car ça n’a pas encore été le cas. Notre volonté sera de conserver les images sur notre site internet mais nous ne sommes pas encore dans ce cadre-là. »

La Nouvelle Gazette a suivi, plus laconique encore.

Rien sur le fait que la Ville avait annoncé que la vidéo resterait disponible. Pas même quand on l’a signalé aux médias, preuve à l’appui.

Soyons juste, la DH se fend tout de même d’une petite interprétation : « Dans l’extrait ci-dessous, on voit d’ailleurs la présidente du conseil communal regretter les « coupures » de parole et dire « ça ne va pas, ça ne passe pas à la télé… ». Vu la difficulté de discussion et d’écoute, on comprend mieux pourquoi la vidéo a été supprimée et pourquoi la majorité envisage déjà de retourner à un conseil en présentiel le mois prochain… »

Autre première à La Louvière : l’opposition (PTB, MR, PLUS&CDH) s’est fendue dans un bel ensemble d’un communiqué de presse dénonçant cette disparition. Ici aussi, les médias se sont contentés de relayer le propos.

Les médias et la démocratie

J’ai été journaliste locale pendant 6 ans. Chroniqueuse judiciaire principalement, mais je « couvrais » aussi certains conseils communaux. Je suis ainsi allée à Waterloo, Chapelle-lez-Herlaimont, Rixensart et de temps en temps ici et là pour remplacer un.e confrère.soeur. J’ai toujours trouvé l’exercice difficile. Je devais me faire expliquer des notions, je devais creuser certains points, je devais trier les infos, faire des choix, aller vers les gens qui avaient pris les décisions, ceux qui avaient voté contre, vers les citoyen.ne.s concerné.e.s, aussi. Je devais rendre intéressant quelque chose qui, je l’avoue, ne m’intéressait souvent que très peu à l’époque. Mais si à l’époque j’avais assisté à un conseil communal pareil, je me serais empressée :

  • De faire un sujet sur le refus (par la majorité PS-Ecolo !) du renforcement de l’aide aux asbl qui proposent de l’aide alimentaire : pourquoi ? Quelle est la situation dans ces asbl ?
  • De faire un sujet sur le plan de relance annoncé par la majorité, sur base de 8 millions d’euros que la Ville va emprunter : comment ? (À ma connaissance et après vérification sur les sites de la Nouvelle Gazette et de la DH, seule cette dernière a abordé ce point)
  • De creuser le sujet de la disparition de cette vidéo : qui en a décidé ? Pourquoi le bourgmestre ment-il ? Comment ça se passe dans les dizaines de communes où depuis belle lurette, les conseils sont diffusés en direct et pas effacés ?

Je me serais même fendue d’un billet sur la démocratie. Sur ce que certain.e.s de nos élu.e.s font de ses outils. Sur le manque de fond dans les débats. Sur l’absence même de ces débats. Sur la dignité, l’indignité, sur le respect des citoyen.ne.s, qui méritent mieux.

Je n’aurais pas fait ça parce que j’étais une super journaliste au-dessus du lot. Je l’aurais fait parce que j’étais journaliste.

Mauvais calcul

Aujourd’hui, je fais de la communication. Et si je travaillais à la Ville, j’aurais conseillé à mes supérieur.e.s de ne surtout pas effacer une vidéo dont en plus de nombreux.ses citoyen.ne.s avaient déjà diffusé les extraits les plus malaisants.

Notamment ici et ici. Sans compter les innombrables photos qui se moquent des un.e.s et des autres.

Je n’aurais pas fait ça parce que je suis une super communicatrice au-dessus du lot. Je l’aurais fait parce que je suis payée pour soigner l’image de ma Ville. Mais bien sûr, je l’aurais fait si on m’avait laissé faire mon travail et je ne suis franchement pas certaine que cette décision ait été prise en concertation. Du moins pas avec les services comm de la Ville, dont je n’imagine pas qu’ils aient conseillé une chose pareille.

Signalons que quelques jours après le conseil, le PTB local diffusait l’intégralité de la vidéo sur ses réseaux. Notamment sur le profil de son chef de file.

Le 25 mars dernier, la Première (RTBF) recevait les rédac’s chefs de L’Avenir et de Sudinfo pour évoquer la couverture médiatique du drame de Strépy-Bracquegnies.

Il y était question des révélations des informations sur les deux personnes dans le véhicule qui a foncé dans la foule, de la diffusion de leurs photos et de vidéos des faits.

Pour Sudinfo, Demetrio Scagliola a tenté, de manière pour le moins confuse, de justifier les choix opérés par son groupe. Vous pouvez bien entendu écouter l’entièreté de ses explications ici. En substance, il a déclaré que Sudinfo avait donné les prénoms et les initiales du nom parce qu’ils étaient devenus ‘très très publics’. Que les photos, d’abord ‘floutées’ (en fait un bandeau sur les yeux qui ne cachait rien), avaient été défloutées parce qu’il n’y avait ‘plus besoin de les flouter, puisque c’est un élément public’. L’argument, très connu et pas propre à Sudinfo : ‘On n’a pas été les seuls, ça a même été fait sur le web’. Donc un journal d’information (ou dit d’information) peut sortir de ses limites déontologiques dès lors que des gens l’ont fait, a fortiori si d’autres journaux l’ont fait. Chacun appréciera.

Autre argument : la gravité des faits. Il paraît qu’elle justifie formellement l’identification. Soit, admettons. Ensuite, Demetrio (appellons-le par son prénom) nous explique que ‘le côté info locale de proximité est très très important’. Que le conducteur est ‘très connu, habite à quelques centaines de mètres des lieux. Et puis c’est parce que vous avez cette pression aussi, une pression des gens qui pourraient se demander… et ça nous est arrivé sur d’autres affaires, finalement alors que vous avez le nom pour quoi ne le donnez-vous pas, alors évidemment c’est pas pour ça qu’on l’a fait, c’est pas pour cette raison qu’on l’a donné (…) il nous semblait pour toute une série de raison essentielles, et il est évident que quand on parle de déontologie l’aspect proximité change un peu la focale, change le point de vue.’

Quant aux vidéos, il explique que Sudinfo a regardé la seconde et a fait ‘tout un travail pour en retirer ce qui permettait de faire avancer la compréhension de ce qui s’est passé’. Voilà donc Sudinfo devenue experte judiciaire… ‘On a flouté, on a fait un gros décryptage, on décrit les scènes, sans tomber dans le sensationnalisme et le voyeurisme’.

Et d’ajouter, toujours aussi confus : ‘On n’a pas révélé tout ça pour répondre à la colère, c’est parce qu’on pense que c’est un élément important. On est un média très implanté (…) et on a joué ce rôle de tampon, qui n’est pas le rôle de la presse mais on l’a fait pour demander du calme, du respect pour la décision de la justice… (…) nous avons joué le rôle de tampon de décryptage, de recadrage.

Pourquoi j’ai fait ça

Ca fait longtemps que je dénonce la dérive des médias, et singulièrement de Sudinfo. J’ai travaillé pour la Nouvelle Gazette pendant 6 ans. Je sais que ce groupe de presse a fait du bon boulot, dans le respect des règles déontologiques et même (en tout cas dans ma rédaction) avec une réflexion et un débat permanents sur l’intérêt journalistique de révéler des choses qui n’outrepassaient pas la déontologie. Par exemple, on ne révélait jamais l’identité de quelqu’un avant jugement. Et après jugement, si cette identité pouvait nuire à autrui, on était quelques un.e.s à refuser de la révéler (par exemple dans le cas de faits de pédophilie, puisque ça pouvait nuire aux victimes, aux institutions où travaillait la personne condamnée, etc).

J’ai connu les débuts de la dérive de Sudinfo (à l’époque Sudpresse). C’était avant le net. Face à la concurrence de la DH (qui était à l’époque très souvent plus que limite déontologiquement), on a commencé à nous demander de faire comme elle.

J’ai changé de métier, mais gardé un amour immodéré pour une profession que je trouve essentielle et que j’ai adoré exercer. Et donc voir Sudinfo sombrer, voir les autres l’imiter (notamment, mais pas que, quand Sudinfo révèle des choses qu’aucun journaliste digne de ce nom ne révélerait, les autres se sentent autorisés à le faire aussi, sur le refrain ‘le mal est fait’) m’est insupportable. Je trouve ça très grave.

On dit souvent que les réseaux sociaux ne sont pas étrangers à la chute. Mais on se trompe. Les réseaux sociaux n’y sont pour rien. Ils n’étaient d’ailleurs pas destinés aux médias d’information. Ce sont les médias d’information qui y ont vu la poule aux œufs d’or et s’y sont incrustés pour y faire du beurre, beaucoup de beurre.

Sudinfo est la championne du genre. Et les événements de dimanche dernier à Strépy-Bracquegnies sont une aubaine pour ce média, qui y voit une occasion de faire du clic (le clic, c’est ce qui rapporte, puisque le nombre de clic est un argument-massue pour convaincre les annonceurs d’acheter des espaces publicitaires).

Et cette fois j’ai décidé de tout regarder sur la page de La nouvelle gazette Centre. Depuis la première publication de la page sur le drame, le 20 mars à 7h19 jusqu’à celle du 22 mars à 11h10. Soit 51h51 de publications (avec une interruption nocturne de 6h et une autre de 8h, ce qui nous fait 38h de publications. 125 publications au total, que j’ai toutes relevées et commentées ci-dessous.

Quelques préalables

  • J’ai flouté les photos des deux occupants de la voiture parce que non, ce n’est pas parce que les autres le font qu’on peut le faire. Et je vous jure qu’à une époque, à peu près tous les médias auraient flouté. Et ils étaient lus quand même. Et on était pas moins bien informés, du tout. Je ne défends personne, je défends l’intelligence collective, je défends le fait qu’on n’a pas besoin de montrer la tête de quelqu’un (avec tous les risques que ça comporte, y compris pour son entourage et pour l’ordre public) pour informer sur ses actes et leurs conséquences.
  • Des publications à un rythme pareil ne peuvent être que parcellaires. Quand on n’a pas d’infos, ou pas à suffisance, on ne publie pas. On en cherche davantage, ou on attend qu’elles arrivent. Sauf quand on veut faire du clic. Le propre d’un média écrit est pourtant qu’il peut prendre le temps du recul, il ne doit pas travailler en direct. Sauf quand il veut faire du clic.
  • Dans le relevé exhaustif qui suit, vous ne trouverez aucun article sur le travail exemplaire des secours et de la police juste après les faits. Vous ne trouverez pas non plus le moindre appel au calme, la moindre explication pédagogique sur le fonctionnement de la justice, les devoirs d’enquête, les chefs d’inculpation. (Souvenez-vous : ‘on a joué ce rôle de tampon, qui n’est pas le rôle de la presse mais on l’a fait pour demander du calme, du respect pour la décision de la justice… (…) nous avons joué le role de tampon de décryptage, de recadrage’)
  • Si j’utilise l’expression ‘article non payant’ et pas ‘article gratuit’, c’est parce que je parle d’un média subsidié avec nos denier.
  • Je n’ai pas pris le temps (j’en ai déjà pris assez) de lire tous les commentaires sous les articles. Il y en a peu, globalement, sauf sous certains. Ils ne sont jamais modérés, aucune réponse ne leur est apportée ((Souvenez-vous : ‘on a joué ce rôle de tampon, qui n’est pas le rôle de la presse mais on l’a fait pour demander du calme, du respect pour la décision de la justice… (…) nous avons joué le role de tampon de décryptage, de recadrage’)
  • On notera que dès que Sudinfo flirte avec les limites et fait dans le sensationnalisme et le wtf, ça devient payant. Sudinfo sait très bien ce qu’elle fait et pourquoi elle le fait. Je n’ai bien entendu rien contre les articles payants, mais il est intéressant de souligner ceux qui le sont ici.
  • Petit truc utile : si vous voyez une info alléchante annoncée par Sudinfo et si vraiment vous ne pouvez pas résister à en savoir plus, plutôt qu’un clic à Sudinfo, offrez-en un à votre moteur de recherche. Tapez les éléments et regardez les résultats. Si l’info vaut la peine, vous en découvrirez les détails ailleurs que chez Sudinfo. Si votre recherche ne donne rien, c’est que l’info n’a aucun intérêt (souvent, des trucs pêchés sur des tabloïds sensationnalistes anglo-saxons).

Si je me suis arrêtée au 22 mars à 11h10, c’est sans raison particulière autre que ma lassitude. J’aurais voulu continuer, parce qu’il y a encore bien des choses à dire, notamment sur l’intérêt d’aller interviewer le tenancier du car wash où se rendait le conducteur. Mais il me semble qu’il y a ici suffisamment d’éléments qui montrent, rien que par leur nombre mais pas que, que la priorité de Sudinfo n’est pas d’informer mais de susciter le clic. Que ce travail putassier manque totalement de respect envers les victimes et leurs proches dont le drame est saisi comme une aubaine pour continuer, encore et encore, à tirer la société vers le bas puisque c’est comme ça que Sudinfo a décidé de se faire du pognon. Et que ce qu’a raconté Demetrio, son rédac’ chef, à la RTBF, n’était pas que confus.

Enfin, avant de dérouler pour vous le fruit de ce pénible séjour, je tiens à préciser quelque chose : on me dit souvent que je fais de la pub à ce que je critique. C’est en toute petite partie vrai, puisque certain.e.s ne peuvent pas s’empêcher d’aller voir ce que pourtant, j’étaye toujours de captures d’écran. C’est en grande partie faux puisque je fais ce que je viens de dire, mais aussi parce que si jamais personne n’offre une lecture critique de ce que Sundinfo (ou d’autres) nous donnent à lire, on cautionne et on méprise un lectorat qui n’est pas forcément armé pour avoir une lecture critique. Et je ne cautionne pas.

Allez cliquer chez Sudinfo si vous voulez, mais c’est votre responsabilité, pas la mienne. Tout est ici, c’est exhaustif, pas un article ne manque, pas une publication n’a été délaissée.

52 heures sur une page de Sudinfo : (Désolée pour la qualité, je bricole)

1 enfant sur 4 vit dans la pauvreté, c’est un fait et c’est grave. Ca veut dire que les gens qui en ont la charge (que les mots sont littéraux, parfois) n’ont pas de quoi vivre décemment, ni les faire vivre décemment.

Ce qui est encore plus grave, c’est de diriger un pays, en tout ou partie, d’abandonner cette réalité à des oeuvres caritatives, a fortiori d’un service public financé par nous et d’y aller de son petit chèque financé par nous devant des caméras financées par nous dans des opérations caritatives organisées parce qu’on ne fait pas le job.

Ce qui est super indécent aussi, c’est la forme de cette opération caritative-là.

Qu’on ne se méprenne pas : moi aussi je fais dans le caritatif, ça fait d’ailleurs des jours que je vous ennuie avec mes récoltes. Il faut bien et il faudra de plus en plus, puisque nos pouvoirs publics ne font que produire des urgences. Il faut bouffer, s’habiller, se loger, des gens ne peuvent pas et rien n’est fait pour empêcher cette pauvreté (au contraire), ni pour les aider à en sortir.

Donner des colis alimentaires, des fringues et des abris, ça n’endigue pas la pauvreté, ça permet juste aux pauvres de survivre. Et ce n’est pas ça qu’on attend de l’État. Ca, c’est la conséquence de politiques qui poussent dans la pauvreté et qui enfoncent encore et encore, à coups de mesures punitives, d’ultracapitalisme, de négligence et de discours imbéciles et stigmatisants (car les pauvres sont coupables de tout, n’est-ce pas).

Il y a trois choses que je ne supporte pas dans cette opération caritative-ci :

– Se relayer dans un cube h24 pendant 6 jours, soit, why not. Mais, je cite, « Pour renforcer leur effort et soutenir la cause, ils ne mangeront que des aliments liquides », c’est juste sale. C’est d’une indécence crasse.

Être pauvre n’est pas un jeu. Manger des soupes de grands chefs devant les caméras, c’est un jeu. Un challenge super con qu’on fait bien au chaud, sous surveillance médicale, le temps d’une opération, avant de rentrer à s’baraque et de fêter Noël en famille avec son salaire.

Être pauvre, c’est se demander comment on va payer de quoi se chauffer, ou bouffer, ou s’habiller. Quel poste on va sacrifier pour financer les deux autres, quels postes on va sacrifier pour financer l’un des trois. N’avoir aucun des trois. Être pauvre, c’est se demander si on va bouffer aujourd’hui, si il y aura de la place à l’abri de nuit, si on pourra remplacer les chaussures du petit ce mois-ci (et si oui, on mettra ça sous le sapin, si on a un sapin, comme ça il n’y aura pas rien dessous). Être pauvre, c’est se priver de soins médicaux parce qu’on doit payer la cantine des enfants. Être pauvre, c’est avoir un noeud dans la gorge en permanence parce qu’on ne sait pas combien de temps on va encore tenir, parce qu’on ne sait pas si on va nous retirer nos enfants, parce qu’on ne sait pas ce qu’il y aura au courrier aujourd’hui, parce qu’on sait déjà que si le petit veut faire des études plus tard, on ne saura pas les financer.

Être pauvre, ce n’est pas un putain de défi qu’on fait au chaud dans un studio le temps d’une opération caritative en faisant croire aux gens qu’être pauvre, c’est manger de la bonne soupe pendant 6 jours avant de rentrer chez soi et toucher son salaire.

– La RTBF fait une opération caritative ? Allez, d’accord. Admettons, après tout, ça soulage un peu les associations. Mais pitié, qu’on arrête d’accepter que des politicien.ne.s y apportent des chèques ! Si Viva for Life et toutes les autres opérations caritatives existent, c’est parce que l’associatif crève la gueule ouverte, faute de moyens. Et si l’associatif existe, c’est parce que les politicien.ne.s ne font pas leur job. Amener des chèques financés par nous dans une opération caritative financée par nous pour aider des associations financées par nous, c’est juste une grosse imposture bien dégueulasse et ça n’empêchera pas la pauvreté d’augmenter, ça permettra juste de la gérer et de nous faire croire que ces gens font le job. (Et pour info, gérer l’urgence coûte bien plus cher que la prévenir et en sortir les gens).

– Il paraît que Viva for life apporte l’espoir aux familles. Sans doute. L’espoir de manger, de se chauffer, de s’habiller, de s’abriter avec l’argent d’une opération caritative. Pas l’espoir d’avoir un jour suffisamment d’argent pour ne plus devoir recourir à celui de Viva for life.

Qu’on continue à donner aux opérations caritatives, c’est important si on veut aider les gens à survivre. Mais si on fait dans le caritatif, on doit le dénoncer. Répéter que ce n’est pas normal. Exiger que le politique fasse le job. Le huer quand il participe à des opérations caritatives. Mieux, refuser qu’il s’y présente, à moins que ce ne soit pour nous annoncer des mesures de fond qui vont mettre fin à l’hémorragie.

Et, pitié, arrêtez ce jeûne ridicule. Ne soyez pas insultant.e.s.


(La photo de cover vient de Misèrrre, journal satirique régional)

Commençons ce billet par celui qui n’en est pas le sujet : Mâlik Bensalem. Ancien président de l’Assemblée des Jeunes du Hainaut, fondateur de Wolves For Climate (une « locale » de Youth for Climate), le jeune homme (tout juste majeur) est, d’après ce que j’en sais – nous sommes amis Facebook, notamment – très investi et dynamique.

Le 27 septembre dernier, la Ville de la Louvière diffusait sur sa page LLO 2050 (un projet de Ville à l’horizon 2050 que les gestionnaires déclarent « co-construit ensemble » – je cite 🙂 – par des représentant·e·s des forces vives, entrepreneur·e·s, indépendant·e·s ou encore citoyens) la photo de Mâlik Bensalem devant une grande banderole promotionnelle du projet accrochée sur l’hôtel de Ville, avec Mâlik Bensalem dessus.

Le 13 novembre dernier, Mâlik Bensalem, jusque-là – toujours à ma connaissance – encarté dans aucun parti, annonçait sur son profil qu’il était désormais président des jeunes socialistes de La Louvière.

C’est ici que commence le sujet de ce billet. Le 13 novembre, juste après cette annonce, David Soors, président du MR local, relevait sur son profil l’affichage sur l’hôtel de Ville, le qualifiait de fort opportun et de « très malsain », puisque financé par les contribuables.

Il prenait soin, en fin de publication, de préciser « Je te tague, Mâlik Bensalem, car la moindre des choses est de te laisser le droit de réponse. Tout en espérant que tu ne seras pas contre mon partage de tes publications publiques, pour illustrer mon propos. Et j’espère que tu ne prendras pas cela pour une attaque personnelle, ça ne l’est pas. Tu es certainement un jeune rempli de qualités. Mais ton parcours est illustratif de comment fonctionne la démocratie, donc c’est toi qui sers d’exemple dans mon message. Bien à toi, David. »

S’ensuivirent une foule de commentaires, parmi lesquels ceux de deux membres des Jeunes socialistes de La Louvière, qui s’échinaient à contrer toute critique en mode « C’est pas bien de vous attaquer à Mâlik, il a toujours été engagé, etc etc ».

À l’instar de bien d’autres, j’ai pris part à la discussion pour dire et répéter que le débat ne portait pas sur la personne de Mâlik Bensalem, en effet très engagé dans ses causes, mais bien sur une méthode. Celle qui consiste à promouvoir le PS local (le pouvoir en place depuis des décennies) par le biais d’outils de communication de la Ville financés par ses citoyen.ne.s.

Une question qui n’est pas neuve (elle non plus, voir infra), puisqu’elle s’est déjà posée notamment avec le hashtag #Binradeinchene (n’ayant pu mettre la main sur la vidéo originale publiée à l’époque par le service comm de la Ville sur les réseaux sociaux et sur le site internet de la ville – le lien existe, plus la page -, la voici parodiée par Misèrrre, journal satirique local. Les images sont authentiques, seul le son a été changé par Misèrrre, qui a remplacé le slogan « bî-n râde inchène » prononcé dans la vidéo originale par chacun.e de ses protagonistes – tou.te.s élu.e.s de la majorité – par « biroute en chêne »), avec un budget de 29000 euros (1000 euros de plus, et ça devait être voté en conseil communal) consacré à « protéger les intérêts de la Louvière dans sa relation avec les médias, les citoyens et les autorités politiques » via le financement de services d’une boîte de communication suite aux catastrophes de l’échec de la Strada  et de la retoque par la tutelle du plan de relance post covid, alors qu’on dispose à la Ville d’un service comm de la Ville et que la majorité dispose elle aussi de son équipe d’attaché.e.s, financée elle aussi par des deniers publics. Et puis ceci (paru dans Médor) :

À mon sens, il eut été judicieux et intellectuellement honnête de retirer la bâche de l’hôtel de Ville dès la nomination de celui qui y figure à la tête des jeunes du PS local. Cela ne fut pas fait et les questions que ça pose à David Soors et bien d’autres me paraissent légitimes et en tout cas totalement dignes d’intérêt en démocratie. Il eut été judicieux, dès lors que la question a été soulevée, d’y répondre, ne fut-ce qu’en retirant la bâche à ce moment-là, puisqu’en effet, même si la méthode n’a rien d’illégal, elle est éthiquement douteuse, en tout cas dans la mesure où personne n’a de réponse acceptable à lui donner (prétendre qu’on s’en prend à la personne de Mâlik Bensalem n’étant pas une réponse acceptable. C’est même inacceptable de faire passer ceux et celles qui la posent pour des bourreaux d’une jeunesse investie – je paraphrase -).

La question fut relayée dans les pages locales de la DH, qui reprenaient les propos de David Soors sur Facebook et interrogeaient un autre membre de l’opposition, Xavier Papier (PLUS&CDH) sur le sujet. Ce dernier y annonçait son intention d’interpeller le conseil communal et ajoutait : « il faut arrêter d’être de mauvaise foi en prétendant que la bâche et les brochures ont été éditées avant que ce jeune ne soit associé aux socialistes ou venir dire qu’on ne l’avait pas vu venir ».

Et il joignit les actes à la parole, puisque le mardi 23 novembre dernier, lors du conseil communal louviérois, il interpella la majorité sur la méthode, prenant bien soin, en introduction de sa question, de souligner qu’elle ne porterait en rien sur la personne de Mâlik Bensalem ni sur son engagement, dont il fit même l’éloge.

Je vous laisse découvrir ce moment dans cette vidéo, à 1:05:05 et vous invite à me rejoindre ensuite pour la suite de mon billet.

Vous êtes toujours là ? Je pense que tout cela se passe de commentaire mais je vais tout de même en faire, parce que ce n’est pas rien : non seulement il ne répond pas et ramène le débat exactement là où son interlocuteur a veillé à ne pas le situer, mais en plus le bourgmestre ment, par deux fois, en accusant Xavier Papier d’avoir lancé la polémique. Et une troisième fois en accusant Xavier Papier de s’en prendre à la personne de Mâlik Bensalem.

Je tiens aussi à souligner que cette ambiance de merde, ces cris et invectives n’ont rien d’inédit au conseil communal de La Louvière. Pour les curieux, cet autre extrait, du conseil communal précédent, montre comment la majorité traite l’opposition, ici le PTB (à 1:31:25) et combien la neutralité de la présidente dudit conseil laisse à désirer. Et ici, un désormais célèbre zapping d’un conseil communal enregistré sur Zoom et effacé depuis, on ne se demande pas pourquoi.

Pour la petite histoire, la chose a été depuis commentée sur les réseaux sociaux, des membres du PS local accusant sans cesse ceux et celles qui les interpellent de s’en prendre à la personne de Mâlik Bensalem, l’une d’elle allant jusqu’à traiter publiquement Xavier Papier d’âne.

On pourrait s’arrêter là. Mais en fait je refuse de m’arrêter là. Parce que, comme je vous l’ai montré, ce n’est pas la première fois que ça arrive. Parce que je ne peux pas accepter que la démocratie soit tout le temps bafouée, que la majorité méprise tout qui s’oppose à elle et profère des mensonges. Qu’elle détourne systématiquement chaque polémique en attaquant ceux et celles qui les lancent sur leur personne, et même pire, en tentant de faire croire que nous sommes des ordures qui attaquons des personnes chaque fois que nous posons des questions de fond.

Le PS local avait déjà fait ça l’hiver dernier, quand une vidéo montrant un ouvrier jeter à la main du sel sur les routes avait circulé et que nous nous étions interrogé.e.s sur les conditions de travail de cette personne et sur le manque d’anticipation d’un verglas pourtant annoncé de longue date. Au point qu’une manifestation d’ouvrier communaux avait été orchestrée, avec la complicité du syndicat rouge, pour se plaindre de la manière dont ils étaient considérés par la population.

J’ai toujours pensé que nos élu.e.s locaux.ales étaient pour beaucoup (les plus bruyant.e.s) incapables de réflexion de fond sur la démocratie, la gouvernance et la politique au sens noble du terme, mais je ne peux plus me permettre de me contenter de cette explication. Nous sommes bien dans un système. Qui instrumentalise et qui donc insulte ceux et celles qui travaillent pour lui, ceux et celles qui posent des questions qui le dérangent et qui ce faisant insulte aussi l’intelligence collective.

Et pour terminer sur celui qui n’est pas le sujet de ce billet : Mâlik Bensalem, je te souhaite de tout cœur de jouer ton rôle. De pouvoir le faire. En bousculant tes aînés, en tolérant qu’on puisse questionner leurs décisions, en les questionnant toi-même, en nous montrant que non, « on a toujours fait comme ça » n’est pas un argument. Que si les « jeunes des partis » existent, c’est en grande partie pour nous montrer que ce n’en est pas un.

Poursuivie par une élue…

février 9, 2021

Ce mardi 9 février 2021, j’ai répondu à une convocation de la police libellée comme suit :

« Vous serez entendue sur des faits qui concernent une infraction punissable d’une peine privative de liberté qui pourraient vous etre reprochés, plus précisément : Un fait de calomnie et diffamation survenu entre le 02/072019 et le 04/12/2020 à 7100 La Louvière Place Communale n°1 (commune). »

Avant de rentrer dans le fond du dossier et pour commencer par le commencement, je vais m’attarder sur cette convocation, qui s’avère faire suite à une plainte introduite par Leslie Leoni, aujourd’hui députée (PS) fédérale mais échevine de la culture durant la période exacte que couvre sa plainte. Je note aussi que l’adresse indiquée est celle de la maison communale et j’ose espérer que ça ne signifie pas que la Ville soutient (et finance) sa démarche, mais qu’elle considère qu’elle agit en tant qu’échevine dont le bureau se situe à cette adresse. Je précise enfin que je ne suis pas la seule poursuivie pour les mêmes (le même) fait(s) et que pour chacun de nous (nous sommes trois), elle a produit un screen shot issu de nos profils.

Quant au fond :

Il nous est reproché d’avoir dit, je cite « qu’elle se servait de sa notoriété pour vendre dans son magasin » (elle a une boutique à La Louvière).

Voici donc l’objet de sa plainte me concernant (il s’agit d’un partage – le 30 novembre 2020… on se souvient de la période mentionnée dans la plainte – d’une publication de Misèrrre, hebdomadaire satirique diffusé sur les réseaux sociaux et de mon commentaire au-dessus) :

Je vais rester factuelle et me contenter de reproduire ici ma déclaration de ce matin :

« Vous m’entendez ce jour en vos locaux suite à une convocation de votre part.

Vous m’informez des raisons de ma présence ici, je vous donne ma version des faits.

Vous me dites que LEONIE Leslie a déposé plainte contre moi pour des publications que j’ai faites sur mon compte Facebook.

J’alimente mon profil Facebook à mon nom où je porte un regard critique que ce soit au niveau national, régional ou local sur les décisions politiques.

Je suis suivie par bon nombre de Louviérois. Cette page veut rester informative afin d’éveiller chez les personnes un sens critique par rapport aux décisions qui nous concernent.

Vous me montrez une copie de la publication qui pose problème et je vous réponds qu’il n’y a rien de persécutant ou d’insultant dans ce que j’ai écrit.

Je pense que Mme Leoni essaye de gonfler les choses et de leur donner une importance qui n’en a pas lieu.

Vous me demandez si j’ai calomnié cette personne personnellement, je vous réponds que non, j’ai posé un regard critique uniquement sur les contradictions que j’ai relevées entre une action politique et son commerce, ce n’est rien d’autre.

Je suis abasourdie de constater qu’elle porte dans un commissariat le débat politique et je suis désolée qu’elle vous fasse perdre votre temps ainsi qu’au reste de la justice.

J’ai des millions de choses à dire mais moi je n’ai pas envie de vous prendre davantage de temps.

Je gérerai ça dans le débat public d’où cette histoire n’aurait jamais dû sortir.

Je n’ai rien d’autre à ajouter ».

Voilà. Je m’en tiendrai là. Je relèverai juste que cette personne n’est pas la seule du PS louviérois à procéder de la sorte et que tout ça commence à ressembler furieusement à un système.

Le temps

avril 23, 2020

Ce billet est celui d’une privilégiée. Tout est relatif, bien sûr. Je ne suis pas riche, très loin de là, je ne vis pas dans l’opulence, ma petite maison ne sera jamais finie et je cumule les boulots pour pouvoir vivre même en dehors de mes heures de travail (surtout en dehors de mes heures de travail). Mais j’ai une maison, j’ai des boulots, je suis partie dans ma vie d’adulte avec un beau gros bagage et j’ai un toit, de l’eau, du gaz et de l’électricité. C’est énorme. J’en suis consciente depuis toujours, moi qui passe ma vie à réclamer tout ça pour tout le monde, mais plus encore depuis que je suis enfermée dedans (alors que d’autres…)

J’ai été malade. Bien, bien malade. Ca a duré un mois, à péter les tympans de mon fils avec ma toux, à passer des nuits quasi blanches parce qu’elle m’empêchait de dormir, à m’écrouler de fatigue au moindre effort, à paniquer au moindre signe de mon corps.

C’est par lui que tout a commencé. Mon corps. Je l’ai entendu. Puis je l’ai écouté. J’ai découvert plein de choses et je ne sais même pas si elles étaient là avant, parce que c’était le cadet de mes soucis. Puis je me suis mise à rêver. « On rêve toujours, maman, mais on ne s’en souvient pas toujours », me dit mon fils, dont je parle beaucoup parce que, le pauvre, il est mon seul interlocuteur depuis bientôt deux mois. Eh bien je me souviens presque tous les matins de mes rêves, ou que j’ai rêvé. Je lis ici et là que c’est de l’angoisse, mais moi, je pense que c’est parce que je suis avec moi. Parce que je dors vraiment. Pas parce que je dois, quelques heures au moins avant de me faire violence pour entamer une nouvelle journée. Je me couche fatiguée mais pas crevée, je me réveille reposée. Je ne fais même plus de sieste alors que c’était mon activité favorite les rares fois où j’en avais l’occasion. Je me lève, je prends le temps, je m’installe à mon PC et je me mets au boulot à la même heure que quand je vais au bureau. Sans m’être habillée les yeux fermés (vive le noir), avoir couru pour mon train, souffert dans mon train, marché jusqu’au bureau. J’ai déjà gagné deux semaines de travail à temps plein en moins de deux mois de confinement.

Mes yeux ne se ferment plus quand je me remets au travail après avoir déjeuné. Je ne dois plus lutter. Je déjeune bien, il faut dire. J’épargne sur l’essence, j’épargne sur les sandwichs de midi, j’épargne sur les verres après le boulot, j’épargne sur les abonnements de train et de bus. Je n’entre plus dans un magasin et je n’y envoie mon fils que pour acheter à manger et du coup on se lâche. Du local de préférence. Du bon, du sain. Et je travaille bien, mes boulots s’y prêtent. J’écris, je traduis, je relis, je corrige, je réseaute, principalement. Je suis concentrée, jamais interrompue. J’ai toujours fait les choses vite, surtout en télétravail. En plus la situation rend les choses encore plus intéressantes, parce qu’elle interroge notre société et donne un nouvel éclairage sur tout ce que je fais. Il y a des choses que plus personne ne pourra nier ou feindre d’ignorer. Il y a des dispositifs qui ont été mis en place en pleine crise, parce que c’est la crise, ce qui prouve à qui en doutait encore ou feignait d’en douter qu’elles étaient possibles, puisqu’elles le sont en pleine catastrophe. Les inégalités éclatent à la gueule des autorités, depuis l’école maternelle jusqu’aux résidences pour personnes âgées, en passant par les gens à la rue, les mal logés, les travailleur.euse.s pauvres qui sont bien souvent, tiens tiens ! les moins dispensables en cas de crise sanitaire (alors que d’autres…), au point que ceux et celles qui les maltraitent à longueur d’années les disent essentiels. Les blouses blanches annonçaient depuis des mois qu’on allait droit dans le mur et elles y sont désormais, bien seules, mais à la vue de tou.te.s. Quarantaine oblige, j’ai eu le temps de prendre du recul, tandis que les travailleur.euse.s de terrain ont, plus que jamais, le nez dans le guidon et pas le temps de le lever. Pour eux.elles aussi, je suis plus disponible, en tout cas pour réseauter, mobiliser, communiquer, gueuler.

Je lis. Je range. Je cuisine. Je fais du sport. Uniquement par plaisir. Ma vie privée quotidienne n’a plus rien d’obligatoire, c’est ce que je ressens dans mes tripes, c’est ce que je me dis tout le temps. Tout ça me pesait, en tout cas souvent. Ce n’est plus le cas.

Je sais que ça non plus, ce n’est pas donné à tout le monde, ne me lancez pas des cailloux. Mon salaire arrive tous les mois, mes revenus complémentaires aussi, même s’ils ont diminué. On a un PC familial et j’ai un PC professionnel. On a des livres, on a la télé, on a internet, on a des instruments de musique. Je me suis même souvenue que j’avais un fer à repasser. Mon fils est grand et autonome. On s’entend bien. Il me prévient le matin (enfin, quand il émerge) s’il n’a pas envie de parler. Il précise qu’il m’aime, mais qu’il n’en peut plus de moi, mais qu’il m’aime (hein maman).

Bien sûr, je veux continuer à me battre, à emmerder mon monde, à mobiliser, à réclamer que tout le monde ait au moins ce que j’ai. Je veux repartir au combat pour toutes celles et ceux que la société ne pourra plus ignorer maintenant qu’elle ne peut plus faire l’autruche. Et pour toutes celles et ceux que cette crise aura mis à terre. Les indépendants, leurs employé.e.s, les artistes, les intérimaires, les travailleur.euse.s au noir. Je veux continuer à faire tout ça sans me perdre dans des polémiques imbéciles dans lesquelles j’adorais me vautrer il y a deux mois. J’ai zappé bien des gens, je zappe bien des débats stériles et je sais que ça ne fait pas du bien qu’à moi.

Bien sûr, je réalise l’atrocité de ce qui se passe. Pas un jour sans qu’un.e ami.e ne perde un.e proche. Pas une semaine sans qu’un contact ne décède. Pas un jour sans que les larmes me montent (les émotions aussi, je les retrouve) à l’idée des gens qui sont seuls, vraiment seuls, dans ce confinement. Pas un jour sans que l’un.e ou l’autre ne me dise son épuisement, sa peur, sa détresse financière ou autre.

Pas un jour sans que vous me manquiez, c’est sûr. Même toi, chef, même toi avec tous tes problèmes, même toi et ton association. Même toi à qui j’ai parfois une paire de baskets à offrir, un hébergeur à trouver, une pièce à donner. J’ai une furieuse envie de vous revoir. J’ai une furieuse envie de faire la fête. J’ai une furieuse envie d’être saoule au point de penser que je danse bien, et de danser et d’aimer tout le monde.

Mais j’ai réalisé que je m’étais oubliée et que je n’ai plus trop envie de me quitter.

Il faudra leur dire. Il faudra leur dire la lenteur. Il faudra leur dire l’absurdité de trajets inutiles, de travaux inutiles, de stress inutiles, des consommations inutiles. Il faudra leur dire l’hypocrisie du système. Il faudra leur dire qu’on veut travailler pour vivre et pas vivre pour travailler. Il faudra leur dire où est l’argent.

Il faudra leur dire les choses essentielles. Il faudra leur dire que tout le monde y a droit et que c’est leur devoir.

 

 

En Belgique en 2020, la pénurie et l’absentéisme de profs sont tels qu’on en fait des combats « urgents et prioritaires » dans les discours politiques sans toutefois, ne rêvons pas, évoquer la précarité de ce métier qu’on embrasse le plus souvent dans des contrats précaires (de remplacement, à temps partiel), avec des horaires ingérables (certains profs ont plus de 20 classes différentes par semaine, puisqu’ils donnent un cours d’une heure par semaine, d’autres doivent aller d’une école à l’autre dans des délais impossibles à respecter), sans toucher leur salaire à la fin du premier mois (ni du second), avec retour au chômage (tracasseries administratives à l’appui) à la fin de l’intérim et incertitude sur la suite des événements parfois jusqu’à un mois après la rentrée, parfois jusqu’au prochain remplacement on ne sait pas où, dans quel réseau, dans quelle option et même dans quelle matière, le tout dans des conditions indignes d’une société qui prétend que l’éducation est au coeur de ses valeurs.

On ne compte plus les écoles qui s’écroulent littéralement sur professeurs et élèves, qui n’arrivent plus à se chauffer ni même à donner la formation pourtant au programme, pour cause d’insalubrité.

Un peu partout, un « droit de chaise » est réclamé pour les enfants qui viennent à l’école avec leurs tartines. Dans le secondaire, faute de pouvoir les réclamer pour d’autres choses (gratuité oblige !), des écoles exigent des montants exorbitants pour des frais de photocopies (quel élève reçoit pour plus de 80 euros de photocopies par an ?) Et puis il y a le financement des bricolages (on paie le matériel pour le cadeau de fête des mères, on finance le matériel pour le bricolage qu’on achètera au marché de Noël), celui des excursions, de la piscine, des classes vertes et des classes de neige, du voyage de rhéto… Certains profs y vont de leur poche aussi (après tout, ils n’ont que ça à faire de leur salaire mirobolant), pour procurer l’élémentaire à leur classe et parfois un bic ou des crayons à un élève. La garderie coûte un pont aussi.

Et si des parents n’y arrivent pas, désormais, dans le libre comme dans l’officiel, on a ici et là (de plus en plus) décidé que les choses se régleraient par voie d’huissier.

Quant aux directions, elles ne sont pas mieux loties, entre les inscriptions dont les règles changent environ chaque année depuis des années, des profs à trouver pour remplacer les absents, des profs à virer parce qu’ils perdent leur priorité à la faveur d’autres qui ont le titre requis, des horaires à assurer, des monceaux de paperasses à gérer, des burn out (y compris le leur) à prévenir et des plomberies à réparer.

Voilà où on en est.

Et aujourd’hui, on apprend que le montant évalué pour remettre les écoles francophones en état dépasse le milliard d’euros. Et on entend à la radio le ministre Frédéric Daerden, qui assure la tutelle sur Wallonie-Bruxelles Enseignement, envisager pour ces réparations de recourir à, je cite, « l’implication citoyenne », via, je recite « l’épargne, qui ne rapporte de toute façon plus rien ».

Mais pas d’inquiétude. L’enseignement est au coeur des priorités de nos dirigeants, qui savent comme nous que l’enseignement, c’est le coeur d’une société. C’est son présent et son avenir. C’est sa beauté, c’est sa confiance. C’est, pour employer un terme qu’ils adorent, son ambition. Le pacte d’excellence est bien la preuve qu’ils y travaillent.

On pourrait se demander pourquoi aucun d’entre eux n’envisage de recourir à l’implication citoyenne via une épargne qui ne rapporte de toute façon plus rien pour acheter des avions de chasse, mais on ne voudrait pas finir ce billet par un propos populiste… Et puis bon, ce sont nos enfants quoi, merde. Après tout, c’est pour eux qu’on épargne, non ?

Tout qui a connu la dèche sait aussi qu’une fois entre les mains d’un.e huissier.e, une facture impayée sera majorée, et pas un peu. Il n’est pas du tout étonnant que pour un impayé de 4 euros, une débitrice se soit finalement retrouvée avec plus de 600 euros à payer à un huissier. « Pas étonnant » ne veut bien entendu pas dire « acceptable », mais c’est un autre débat que celui qui m’occupe ici et qui concerne un choix politique à mes yeux totalement inacceptable tant d’un point de vue humaniste que d’un point de vue gestionnaire.

Ce choix politique (Ô combien !), c’est celui de recourir à des huissiers pour récupérer des créances scolaires, même minimes (mais peu importe le montant). C’est le choix de certaines écoles du réseau libre (je l’ai vécu) et aussi celui de certaines communes pour ce qui concerne l’enseignement communal.

À La Louvière récemment, une mère célibataire s’est donc vue réclamer par un huissier la somme de 611 euros pour une dette de garderie de… 4 euros. Pour la petite histoire, cette dame n’avait pas été mise au courant de cette dette, son compagnon d’alors ayant jeté ses courriers (nous sommes donc face à un cas de rétention d’informations par un conjoint hostile). À la Ville, on explique que la direction de l’école avait averti la maman via sa fille adolescente venue chercher sa petite soeur à l’école.

Comme ça, tranquillou. On vous explique que la direction de ce qui doit être le lieu par excellence de la pédagogie aborde une mineure d’âge pour lui parler des dettes de ses parents et considère que cela fait, elle a dûment informé lesdits parents. Mais passons encore, l’énormité de cette justification n’est pas non plus le sujet de ce billet (même s’il faut la relever et songer à faire quelque chose de toute urgence pour former cette direction).

Même la gratuité de l’enseignement n’est pas le sujet de ce billet (elle mériterait pourtant bien des billets).

Le sujet de ce billet est que, dans une société où les dettes deviennent insurmontables une fois confiées à un huissier, où l’enseignement gratuit est un doux rêve et où une direction d’école manque du plus élémentaire sens de la pédagogie, les autorités politiques d’une commune décident de passer par des huissiers pour récupérer des créances scolaires.

Le sujet de ce billet, c’est qu’en réponseà une proposition de motion du PTB louviérois, qui propose qu’il ne soit plus fait appel à des huissiers pour récupérer des créances scolaires, mais à un.e assistant.e social.e (comme ça se fait déjà ailleurs), la majorité PS-Ecolo, soutenue en cette occurrence par le MR, trouve normal de recourir à des huissiers pour récupérer des créances scolaires. Trouve que la créancière a été dûment prévenue en début d’année et via sa fille (!), que « la Ville tend assez la main » (Ecolo) et qu' »on ne va quand même pas embaucher un.e assistant.e social.e dans les écoles » (Jacques Gobert, bourgmestre PS) et qu’on rappellera aux parents en juin qu’une carte de garderie prépayée, c’est quand même plus pratique et « qu’en cas de difficultés financières il est possible de s’adresser au CPAS » (Françoise Gihot, PS). Et la majorité d’invoquer… le droit à la vie privée (chose que bien sûr aucun.e assistant.e social.e ne connaît ni ne respecte, c’est bien connu).

Et pourquoi n’engagerait-on pas un.e assistant.e sociale pour gérer ces dossiers et bien d’autres choses que dans chaque école on ne gère pas ou qu’on abandonne à des instites dont ce n’est ni le rôle, ni la compétence ? Pourquoi pas ? Ne fut-ce qu’un.e seul.e pour les écoles communales de l’entité pour gérer cette question précise-là ?

Faut-il vraiment expliquer aux PS et Ecolos louviérois que la pauvreté coûte plus cher qu’y remédier ? Faut-il vraiment leur dire qu’on ne résout rien en majorant les factures de gens qui n’ont pas les moyens de les payer ? Faut-il vraiment leur dire que ça aggrave leur cas ? Faut-il leur expliquer que le temps passé en procédures internes aux écoles, en procédures via huissier, en débats politiques, c’est aussi de l’argent, tout comme les frais d’huissier ? Est-ce qu’ils apprendraient quelque chose si on leur racontait comment le surendettement mène tout droit au CPAS et que le CPAS, c’est aussi l’argent des contribuables ?
Ne peut-on pas juste espérer que faute d’humanisme, ces élus aient au moins le bon sens de se dire que oui, un.e assistant.e sociale fait un meilleur boulot social, curatif et préventif qu’un huissier et que c’est tout bénéfice, y compris financier, pour une commune ?

Pour ne pas terminer par une question, je vous propose de contempler en cliquant ici le lamentable spectacle offert par la majorité hier soir au conseil communal, qui est sortie de la salle pendant 10 minutes pour protester contre ce qu’elle appelle la « démagogie » du PTB (et quand bien même ça serait démagogique, ce n’est pas comme ça qu’on mène un conseil communal). Ces images consternantes ne me donne personnellement aucun espoir quant aux réponses (que je n’aurai de toute façon pas, je sais) à mes questions ci-dessus.

Il est grand temps de grandir un peu. De sortir des postures imbéciles . Quand une proposition mérite réflexion, il faut y réfléchir, d’où qu’elle émane, même si elle émane du PTB. Nous, citoyen.ne.s Louviérois.es , méritons en tout cas clairement mieux que ça. Sur le fond comme sur la forme.