Le 17 novembre dernier avait lieu le conseil communal de La Louvière. Pour la toute première fois avec diffusion en direct sur internet. C’était très attendu par beaucoup, d’autant que ça nous avait été annoncé au lendemain des dernières élections.

Tout qui s’intéresse un peu à la chose sait qu’un conseil communal est très généralement d’un ennui mortel. Les points sont rarement développés, les temps de parole sont souvent proportionnels à la taille du public (sans pour autant que le niveau des interventions suive cette courbe), certaines notions sont inintelligibles pour les non initiés (et, on l’a vu mardi, parfois aussi pour ceux qui les utilisent), les motions ne sont pas débattues (c’est la règle). Mais tout de même, les décisions qui sont prises nous concernent tou.te.s. Et les votes nous en disent beaucoup sur les motivations, parfois même les valeurs, des uns et des autres.

Ce soir-là, nous étions environ 140 à suivre le conseil à distance, sur YouTube. C’est peu pour une commune de 80000 habitant.e.s, c’est beaucoup pour quelque chose qui avait été annoncé la veille et c’est bien plus que le nombre de places disponibles dans la salle du conseil. C’est donc une bonne chose. C’est même l’évidence dans une démocratie, puisque les débats sont publics, que c’est faisable et que ça permet à bien des gens empêchés de se déplacer de s’y rendre (enfants à la maison, boulot, mobilité réduite…)

Autre avantage : on peut y revenir. Du moins quand la vidéo reste disponible en replay, ce qui nous a d’ailleurs été confirmé par la Ville.


Las, dès le lendemain, la vidéo était effacée. Plusieurs d’entre nous ont cherché à savoir pourquoi, en vain. Aucune réponse ne nous a été donnée. Si bien que très vite, nous avons cédé à la tentation (très grande, il faut dire) de trouver une explication dans la manière dont ce conseil s’était déroulé et l’image catastrophique (je pèse mes mots) qu’elle donnait de la majorité louviéroise. Interruptions, invectives, arguments de forme sur des propositions de fond, textes visiblement mal lus et visiblement pas compris par ceux qui les servaient, vulgarité, indignité. Déjà dans le fil de commentaires en direct du conseil, des citoyen.ne.s avaient exprimé leur affliction, mais ce fil-là avait déjà été effacé pendant le conseil. J’en avais pris certaines copies.

Dans les médias

Bien entendu, on est là dans du pur procès d’intention. En tout cas à ce stade. Nous comptions sur les médias locaux pour en savoir plus. Il a fallu attendre, mais on sait que les médias locaux (en tout cas locaux de chez nous) se fendent systématiquement d’un « article » (notez les guillemets) quand un sujet est souvent abordé par leur lectorat potentiel sur facebook. Si bien qu’ils ont fini par s’intéresser à la chose, DH en tête.

Enfin, s' »intéresser ». Disons que la question a été posée au bourgmestre et que sa réponse a été restituée telle quelle dans l’article :

Contacté, le bourgmestre se défend de cette décision. « Je suis étonné de cette réaction », assure Jacques Gobert (PS). « C’était notre premier conseil communal en visio-conférence et le décret imposait bien la publicité des débats en direct. Il n’a en revanche jamais été question que la diffusion reste ensuite sur internet. Ce n’était pas prévu et il n’y avait aucune modalité décidée. »

C’est pourquoi Jacques Gobert et la majorité souhaitent d’abord faire voter une modification du règlement d’ordre intérieur (ROI) du conseil communal. « Des caméras ont été installées dans la salle du conseil communal pour diffuser en direct dès que nous pourrons y retourner. Mais préalablement, il faudra voter les modalités d’utilisation et de diffusion car ça n’a pas encore été le cas. Notre volonté sera de conserver les images sur notre site internet mais nous ne sommes pas encore dans ce cadre-là. »

La Nouvelle Gazette a suivi, plus laconique encore.

Rien sur le fait que la Ville avait annoncé que la vidéo resterait disponible. Pas même quand on l’a signalé aux médias, preuve à l’appui.

Soyons juste, la DH se fend tout de même d’une petite interprétation : « Dans l’extrait ci-dessous, on voit d’ailleurs la présidente du conseil communal regretter les « coupures » de parole et dire « ça ne va pas, ça ne passe pas à la télé… ». Vu la difficulté de discussion et d’écoute, on comprend mieux pourquoi la vidéo a été supprimée et pourquoi la majorité envisage déjà de retourner à un conseil en présentiel le mois prochain… »

Autre première à La Louvière : l’opposition (PTB, MR, PLUS&CDH) s’est fendue dans un bel ensemble d’un communiqué de presse dénonçant cette disparition. Ici aussi, les médias se sont contentés de relayer le propos.

Les médias et la démocratie

J’ai été journaliste locale pendant 6 ans. Chroniqueuse judiciaire principalement, mais je « couvrais » aussi certains conseils communaux. Je suis ainsi allée à Waterloo, Chapelle-lez-Herlaimont, Rixensart et de temps en temps ici et là pour remplacer un.e confrère.soeur. J’ai toujours trouvé l’exercice difficile. Je devais me faire expliquer des notions, je devais creuser certains points, je devais trier les infos, faire des choix, aller vers les gens qui avaient pris les décisions, ceux qui avaient voté contre, vers les citoyen.ne.s concerné.e.s, aussi. Je devais rendre intéressant quelque chose qui, je l’avoue, ne m’intéressait souvent que très peu à l’époque. Mais si à l’époque j’avais assisté à un conseil communal pareil, je me serais empressée :

  • De faire un sujet sur le refus (par la majorité PS-Ecolo !) du renforcement de l’aide aux asbl qui proposent de l’aide alimentaire : pourquoi ? Quelle est la situation dans ces asbl ?
  • De faire un sujet sur le plan de relance annoncé par la majorité, sur base de 8 millions d’euros que la Ville va emprunter : comment ? (À ma connaissance et après vérification sur les sites de la Nouvelle Gazette et de la DH, seule cette dernière a abordé ce point)
  • De creuser le sujet de la disparition de cette vidéo : qui en a décidé ? Pourquoi le bourgmestre ment-il ? Comment ça se passe dans les dizaines de communes où depuis belle lurette, les conseils sont diffusés en direct et pas effacés ?

Je me serais même fendue d’un billet sur la démocratie. Sur ce que certain.e.s de nos élu.e.s font de ses outils. Sur le manque de fond dans les débats. Sur l’absence même de ces débats. Sur la dignité, l’indignité, sur le respect des citoyen.ne.s, qui méritent mieux.

Je n’aurais pas fait ça parce que j’étais une super journaliste au-dessus du lot. Je l’aurais fait parce que j’étais journaliste.

Mauvais calcul

Aujourd’hui, je fais de la communication. Et si je travaillais à la Ville, j’aurais conseillé à mes supérieur.e.s de ne surtout pas effacer une vidéo dont en plus de nombreux.ses citoyen.ne.s avaient déjà diffusé les extraits les plus malaisants.

Notamment ici et ici. Sans compter les innombrables photos qui se moquent des un.e.s et des autres.

Je n’aurais pas fait ça parce que je suis une super communicatrice au-dessus du lot. Je l’aurais fait parce que je suis payée pour soigner l’image de ma Ville. Mais bien sûr, je l’aurais fait si on m’avait laissé faire mon travail et je ne suis franchement pas certaine que cette décision ait été prise en concertation. Du moins pas avec les services comm de la Ville, dont je n’imagine pas qu’ils aient conseillé une chose pareille.

Signalons que quelques jours après le conseil, le PTB local diffusait l’intégralité de la vidéo sur ses réseaux. Notamment sur le profil de son chef de file.

1 enfant sur 4 vit dans la pauvreté, c’est un fait et c’est grave. Ca veut dire que les gens qui en ont la charge (que les mots sont littéraux, parfois) n’ont pas de quoi vivre décemment, ni les faire vivre décemment.

Ce qui est encore plus grave, c’est de diriger un pays, en tout ou partie, d’abandonner cette réalité à des oeuvres caritatives, a fortiori d’un service public financé par nous et d’y aller de son petit chèque financé par nous devant des caméras financées par nous dans des opérations caritatives organisées parce qu’on ne fait pas le job.

Ce qui est super indécent aussi, c’est la forme de cette opération caritative-là.

Qu’on ne se méprenne pas : moi aussi je fais dans le caritatif, ça fait d’ailleurs des jours que je vous ennuie avec mes récoltes. Il faut bien et il faudra de plus en plus, puisque nos pouvoirs publics ne font que produire des urgences. Il faut bouffer, s’habiller, se loger, des gens ne peuvent pas et rien n’est fait pour empêcher cette pauvreté (au contraire), ni pour les aider à en sortir.

Donner des colis alimentaires, des fringues et des abris, ça n’endigue pas la pauvreté, ça permet juste aux pauvres de survivre. Et ce n’est pas ça qu’on attend de l’État. Ca, c’est la conséquence de politiques qui poussent dans la pauvreté et qui enfoncent encore et encore, à coups de mesures punitives, d’ultracapitalisme, de négligence et de discours imbéciles et stigmatisants (car les pauvres sont coupables de tout, n’est-ce pas).

Il y a trois choses que je ne supporte pas dans cette opération caritative-ci :

– Se relayer dans un cube h24 pendant 6 jours, soit, why not. Mais, je cite, « Pour renforcer leur effort et soutenir la cause, ils ne mangeront que des aliments liquides », c’est juste sale. C’est d’une indécence crasse.

Être pauvre n’est pas un jeu. Manger des soupes de grands chefs devant les caméras, c’est un jeu. Un challenge super con qu’on fait bien au chaud, sous surveillance médicale, le temps d’une opération, avant de rentrer à s’baraque et de fêter Noël en famille avec son salaire.

Être pauvre, c’est se demander comment on va payer de quoi se chauffer, ou bouffer, ou s’habiller. Quel poste on va sacrifier pour financer les deux autres, quels postes on va sacrifier pour financer l’un des trois. N’avoir aucun des trois. Être pauvre, c’est se demander si on va bouffer aujourd’hui, si il y aura de la place à l’abri de nuit, si on pourra remplacer les chaussures du petit ce mois-ci (et si oui, on mettra ça sous le sapin, si on a un sapin, comme ça il n’y aura pas rien dessous). Être pauvre, c’est se priver de soins médicaux parce qu’on doit payer la cantine des enfants. Être pauvre, c’est avoir un noeud dans la gorge en permanence parce qu’on ne sait pas combien de temps on va encore tenir, parce qu’on ne sait pas si on va nous retirer nos enfants, parce qu’on ne sait pas ce qu’il y aura au courrier aujourd’hui, parce qu’on sait déjà que si le petit veut faire des études plus tard, on ne saura pas les financer.

Être pauvre, ce n’est pas un putain de défi qu’on fait au chaud dans un studio le temps d’une opération caritative en faisant croire aux gens qu’être pauvre, c’est manger de la bonne soupe pendant 6 jours avant de rentrer chez soi et toucher son salaire.

– La RTBF fait une opération caritative ? Allez, d’accord. Admettons, après tout, ça soulage un peu les associations. Mais pitié, qu’on arrête d’accepter que des politicien.ne.s y apportent des chèques ! Si Viva for Life et toutes les autres opérations caritatives existent, c’est parce que l’associatif crève la gueule ouverte, faute de moyens. Et si l’associatif existe, c’est parce que les politicien.ne.s ne font pas leur job. Amener des chèques financés par nous dans une opération caritative financée par nous pour aider des associations financées par nous, c’est juste une grosse imposture bien dégueulasse et ça n’empêchera pas la pauvreté d’augmenter, ça permettra juste de la gérer et de nous faire croire que ces gens font le job. (Et pour info, gérer l’urgence coûte bien plus cher que la prévenir et en sortir les gens).

– Il paraît que Viva for life apporte l’espoir aux familles. Sans doute. L’espoir de manger, de se chauffer, de s’habiller, de s’abriter avec l’argent d’une opération caritative. Pas l’espoir d’avoir un jour suffisamment d’argent pour ne plus devoir recourir à celui de Viva for life.

Qu’on continue à donner aux opérations caritatives, c’est important si on veut aider les gens à survivre. Mais si on fait dans le caritatif, on doit le dénoncer. Répéter que ce n’est pas normal. Exiger que le politique fasse le job. Le huer quand il participe à des opérations caritatives. Mieux, refuser qu’il s’y présente, à moins que ce ne soit pour nous annoncer des mesures de fond qui vont mettre fin à l’hémorragie.

Et, pitié, arrêtez ce jeûne ridicule. Ne soyez pas insultant.e.s.


(La photo de cover vient de Misèrrre, journal satirique régional)

Commençons ce billet par celui qui n’en est pas le sujet : Mâlik Bensalem. Ancien président de l’Assemblée des Jeunes du Hainaut, fondateur de Wolves For Climate (une « locale » de Youth for Climate), le jeune homme (tout juste majeur) est, d’après ce que j’en sais – nous sommes amis Facebook, notamment – très investi et dynamique.

Le 27 septembre dernier, la Ville de la Louvière diffusait sur sa page LLO 2050 (un projet de Ville à l’horizon 2050 que les gestionnaires déclarent « co-construit ensemble » – je cite 🙂 – par des représentant·e·s des forces vives, entrepreneur·e·s, indépendant·e·s ou encore citoyens) la photo de Mâlik Bensalem devant une grande banderole promotionnelle du projet accrochée sur l’hôtel de Ville, avec Mâlik Bensalem dessus.

Le 13 novembre dernier, Mâlik Bensalem, jusque-là – toujours à ma connaissance – encarté dans aucun parti, annonçait sur son profil qu’il était désormais président des jeunes socialistes de La Louvière.

C’est ici que commence le sujet de ce billet. Le 13 novembre, juste après cette annonce, David Soors, président du MR local, relevait sur son profil l’affichage sur l’hôtel de Ville, le qualifiait de fort opportun et de « très malsain », puisque financé par les contribuables.

Il prenait soin, en fin de publication, de préciser « Je te tague, Mâlik Bensalem, car la moindre des choses est de te laisser le droit de réponse. Tout en espérant que tu ne seras pas contre mon partage de tes publications publiques, pour illustrer mon propos. Et j’espère que tu ne prendras pas cela pour une attaque personnelle, ça ne l’est pas. Tu es certainement un jeune rempli de qualités. Mais ton parcours est illustratif de comment fonctionne la démocratie, donc c’est toi qui sers d’exemple dans mon message. Bien à toi, David. »

S’ensuivirent une foule de commentaires, parmi lesquels ceux de deux membres des Jeunes socialistes de La Louvière, qui s’échinaient à contrer toute critique en mode « C’est pas bien de vous attaquer à Mâlik, il a toujours été engagé, etc etc ».

À l’instar de bien d’autres, j’ai pris part à la discussion pour dire et répéter que le débat ne portait pas sur la personne de Mâlik Bensalem, en effet très engagé dans ses causes, mais bien sur une méthode. Celle qui consiste à promouvoir le PS local (le pouvoir en place depuis des décennies) par le biais d’outils de communication de la Ville financés par ses citoyen.ne.s.

Une question qui n’est pas neuve (elle non plus, voir infra), puisqu’elle s’est déjà posée notamment avec le hashtag #Binradeinchene (n’ayant pu mettre la main sur la vidéo originale publiée à l’époque par le service comm de la Ville sur les réseaux sociaux et sur le site internet de la ville – le lien existe, plus la page -, la voici parodiée par Misèrrre, journal satirique local. Les images sont authentiques, seul le son a été changé par Misèrrre, qui a remplacé le slogan « bî-n râde inchène » prononcé dans la vidéo originale par chacun.e de ses protagonistes – tou.te.s élu.e.s de la majorité – par « biroute en chêne »), avec un budget de 29000 euros (1000 euros de plus, et ça devait être voté en conseil communal) consacré à « protéger les intérêts de la Louvière dans sa relation avec les médias, les citoyens et les autorités politiques » via le financement de services d’une boîte de communication suite aux catastrophes de l’échec de la Strada  et de la retoque par la tutelle du plan de relance post covid, alors qu’on dispose à la Ville d’un service comm de la Ville et que la majorité dispose elle aussi de son équipe d’attaché.e.s, financée elle aussi par des deniers publics. Et puis ceci (paru dans Médor) :

À mon sens, il eut été judicieux et intellectuellement honnête de retirer la bâche de l’hôtel de Ville dès la nomination de celui qui y figure à la tête des jeunes du PS local. Cela ne fut pas fait et les questions que ça pose à David Soors et bien d’autres me paraissent légitimes et en tout cas totalement dignes d’intérêt en démocratie. Il eut été judicieux, dès lors que la question a été soulevée, d’y répondre, ne fut-ce qu’en retirant la bâche à ce moment-là, puisqu’en effet, même si la méthode n’a rien d’illégal, elle est éthiquement douteuse, en tout cas dans la mesure où personne n’a de réponse acceptable à lui donner (prétendre qu’on s’en prend à la personne de Mâlik Bensalem n’étant pas une réponse acceptable. C’est même inacceptable de faire passer ceux et celles qui la posent pour des bourreaux d’une jeunesse investie – je paraphrase -).

La question fut relayée dans les pages locales de la DH, qui reprenaient les propos de David Soors sur Facebook et interrogeaient un autre membre de l’opposition, Xavier Papier (PLUS&CDH) sur le sujet. Ce dernier y annonçait son intention d’interpeller le conseil communal et ajoutait : « il faut arrêter d’être de mauvaise foi en prétendant que la bâche et les brochures ont été éditées avant que ce jeune ne soit associé aux socialistes ou venir dire qu’on ne l’avait pas vu venir ».

Et il joignit les actes à la parole, puisque le mardi 23 novembre dernier, lors du conseil communal louviérois, il interpella la majorité sur la méthode, prenant bien soin, en introduction de sa question, de souligner qu’elle ne porterait en rien sur la personne de Mâlik Bensalem ni sur son engagement, dont il fit même l’éloge.

Je vous laisse découvrir ce moment dans cette vidéo, à 1:05:05 et vous invite à me rejoindre ensuite pour la suite de mon billet.

Vous êtes toujours là ? Je pense que tout cela se passe de commentaire mais je vais tout de même en faire, parce que ce n’est pas rien : non seulement il ne répond pas et ramène le débat exactement là où son interlocuteur a veillé à ne pas le situer, mais en plus le bourgmestre ment, par deux fois, en accusant Xavier Papier d’avoir lancé la polémique. Et une troisième fois en accusant Xavier Papier de s’en prendre à la personne de Mâlik Bensalem.

Je tiens aussi à souligner que cette ambiance de merde, ces cris et invectives n’ont rien d’inédit au conseil communal de La Louvière. Pour les curieux, cet autre extrait, du conseil communal précédent, montre comment la majorité traite l’opposition, ici le PTB (à 1:31:25) et combien la neutralité de la présidente dudit conseil laisse à désirer. Et ici, un désormais célèbre zapping d’un conseil communal enregistré sur Zoom et effacé depuis, on ne se demande pas pourquoi.

Pour la petite histoire, la chose a été depuis commentée sur les réseaux sociaux, des membres du PS local accusant sans cesse ceux et celles qui les interpellent de s’en prendre à la personne de Mâlik Bensalem, l’une d’elle allant jusqu’à traiter publiquement Xavier Papier d’âne.

On pourrait s’arrêter là. Mais en fait je refuse de m’arrêter là. Parce que, comme je vous l’ai montré, ce n’est pas la première fois que ça arrive. Parce que je ne peux pas accepter que la démocratie soit tout le temps bafouée, que la majorité méprise tout qui s’oppose à elle et profère des mensonges. Qu’elle détourne systématiquement chaque polémique en attaquant ceux et celles qui les lancent sur leur personne, et même pire, en tentant de faire croire que nous sommes des ordures qui attaquons des personnes chaque fois que nous posons des questions de fond.

Le PS local avait déjà fait ça l’hiver dernier, quand une vidéo montrant un ouvrier jeter à la main du sel sur les routes avait circulé et que nous nous étions interrogé.e.s sur les conditions de travail de cette personne et sur le manque d’anticipation d’un verglas pourtant annoncé de longue date. Au point qu’une manifestation d’ouvrier communaux avait été orchestrée, avec la complicité du syndicat rouge, pour se plaindre de la manière dont ils étaient considérés par la population.

J’ai toujours pensé que nos élu.e.s locaux.ales étaient pour beaucoup (les plus bruyant.e.s) incapables de réflexion de fond sur la démocratie, la gouvernance et la politique au sens noble du terme, mais je ne peux plus me permettre de me contenter de cette explication. Nous sommes bien dans un système. Qui instrumentalise et qui donc insulte ceux et celles qui travaillent pour lui, ceux et celles qui posent des questions qui le dérangent et qui ce faisant insulte aussi l’intelligence collective.

Et pour terminer sur celui qui n’est pas le sujet de ce billet : Mâlik Bensalem, je te souhaite de tout cœur de jouer ton rôle. De pouvoir le faire. En bousculant tes aînés, en tolérant qu’on puisse questionner leurs décisions, en les questionnant toi-même, en nous montrant que non, « on a toujours fait comme ça » n’est pas un argument. Que si les « jeunes des partis » existent, c’est en grande partie pour nous montrer que ce n’en est pas un.

Poursuivie par une élue…

février 9, 2021

Ce mardi 9 février 2021, j’ai répondu à une convocation de la police libellée comme suit :

« Vous serez entendue sur des faits qui concernent une infraction punissable d’une peine privative de liberté qui pourraient vous etre reprochés, plus précisément : Un fait de calomnie et diffamation survenu entre le 02/072019 et le 04/12/2020 à 7100 La Louvière Place Communale n°1 (commune). »

Avant de rentrer dans le fond du dossier et pour commencer par le commencement, je vais m’attarder sur cette convocation, qui s’avère faire suite à une plainte introduite par Leslie Leoni, aujourd’hui députée (PS) fédérale mais échevine de la culture durant la période exacte que couvre sa plainte. Je note aussi que l’adresse indiquée est celle de la maison communale et j’ose espérer que ça ne signifie pas que la Ville soutient (et finance) sa démarche, mais qu’elle considère qu’elle agit en tant qu’échevine dont le bureau se situe à cette adresse. Je précise enfin que je ne suis pas la seule poursuivie pour les mêmes (le même) fait(s) et que pour chacun de nous (nous sommes trois), elle a produit un screen shot issu de nos profils.

Quant au fond :

Il nous est reproché d’avoir dit, je cite « qu’elle se servait de sa notoriété pour vendre dans son magasin » (elle a une boutique à La Louvière).

Voici donc l’objet de sa plainte me concernant (il s’agit d’un partage – le 30 novembre 2020… on se souvient de la période mentionnée dans la plainte – d’une publication de Misèrrre, hebdomadaire satirique diffusé sur les réseaux sociaux et de mon commentaire au-dessus) :

Je vais rester factuelle et me contenter de reproduire ici ma déclaration de ce matin :

« Vous m’entendez ce jour en vos locaux suite à une convocation de votre part.

Vous m’informez des raisons de ma présence ici, je vous donne ma version des faits.

Vous me dites que LEONIE Leslie a déposé plainte contre moi pour des publications que j’ai faites sur mon compte Facebook.

J’alimente mon profil Facebook à mon nom où je porte un regard critique que ce soit au niveau national, régional ou local sur les décisions politiques.

Je suis suivie par bon nombre de Louviérois. Cette page veut rester informative afin d’éveiller chez les personnes un sens critique par rapport aux décisions qui nous concernent.

Vous me montrez une copie de la publication qui pose problème et je vous réponds qu’il n’y a rien de persécutant ou d’insultant dans ce que j’ai écrit.

Je pense que Mme Leoni essaye de gonfler les choses et de leur donner une importance qui n’en a pas lieu.

Vous me demandez si j’ai calomnié cette personne personnellement, je vous réponds que non, j’ai posé un regard critique uniquement sur les contradictions que j’ai relevées entre une action politique et son commerce, ce n’est rien d’autre.

Je suis abasourdie de constater qu’elle porte dans un commissariat le débat politique et je suis désolée qu’elle vous fasse perdre votre temps ainsi qu’au reste de la justice.

J’ai des millions de choses à dire mais moi je n’ai pas envie de vous prendre davantage de temps.

Je gérerai ça dans le débat public d’où cette histoire n’aurait jamais dû sortir.

Je n’ai rien d’autre à ajouter ».

Voilà. Je m’en tiendrai là. Je relèverai juste que cette personne n’est pas la seule du PS louviérois à procéder de la sorte et que tout ça commence à ressembler furieusement à un système.

Le temps

avril 23, 2020

Ce billet est celui d’une privilégiée. Tout est relatif, bien sûr. Je ne suis pas riche, très loin de là, je ne vis pas dans l’opulence, ma petite maison ne sera jamais finie et je cumule les boulots pour pouvoir vivre même en dehors de mes heures de travail (surtout en dehors de mes heures de travail). Mais j’ai une maison, j’ai des boulots, je suis partie dans ma vie d’adulte avec un beau gros bagage et j’ai un toit, de l’eau, du gaz et de l’électricité. C’est énorme. J’en suis consciente depuis toujours, moi qui passe ma vie à réclamer tout ça pour tout le monde, mais plus encore depuis que je suis enfermée dedans (alors que d’autres…)

J’ai été malade. Bien, bien malade. Ca a duré un mois, à péter les tympans de mon fils avec ma toux, à passer des nuits quasi blanches parce qu’elle m’empêchait de dormir, à m’écrouler de fatigue au moindre effort, à paniquer au moindre signe de mon corps.

C’est par lui que tout a commencé. Mon corps. Je l’ai entendu. Puis je l’ai écouté. J’ai découvert plein de choses et je ne sais même pas si elles étaient là avant, parce que c’était le cadet de mes soucis. Puis je me suis mise à rêver. « On rêve toujours, maman, mais on ne s’en souvient pas toujours », me dit mon fils, dont je parle beaucoup parce que, le pauvre, il est mon seul interlocuteur depuis bientôt deux mois. Eh bien je me souviens presque tous les matins de mes rêves, ou que j’ai rêvé. Je lis ici et là que c’est de l’angoisse, mais moi, je pense que c’est parce que je suis avec moi. Parce que je dors vraiment. Pas parce que je dois, quelques heures au moins avant de me faire violence pour entamer une nouvelle journée. Je me couche fatiguée mais pas crevée, je me réveille reposée. Je ne fais même plus de sieste alors que c’était mon activité favorite les rares fois où j’en avais l’occasion. Je me lève, je prends le temps, je m’installe à mon PC et je me mets au boulot à la même heure que quand je vais au bureau. Sans m’être habillée les yeux fermés (vive le noir), avoir couru pour mon train, souffert dans mon train, marché jusqu’au bureau. J’ai déjà gagné deux semaines de travail à temps plein en moins de deux mois de confinement.

Mes yeux ne se ferment plus quand je me remets au travail après avoir déjeuné. Je ne dois plus lutter. Je déjeune bien, il faut dire. J’épargne sur l’essence, j’épargne sur les sandwichs de midi, j’épargne sur les verres après le boulot, j’épargne sur les abonnements de train et de bus. Je n’entre plus dans un magasin et je n’y envoie mon fils que pour acheter à manger et du coup on se lâche. Du local de préférence. Du bon, du sain. Et je travaille bien, mes boulots s’y prêtent. J’écris, je traduis, je relis, je corrige, je réseaute, principalement. Je suis concentrée, jamais interrompue. J’ai toujours fait les choses vite, surtout en télétravail. En plus la situation rend les choses encore plus intéressantes, parce qu’elle interroge notre société et donne un nouvel éclairage sur tout ce que je fais. Il y a des choses que plus personne ne pourra nier ou feindre d’ignorer. Il y a des dispositifs qui ont été mis en place en pleine crise, parce que c’est la crise, ce qui prouve à qui en doutait encore ou feignait d’en douter qu’elles étaient possibles, puisqu’elles le sont en pleine catastrophe. Les inégalités éclatent à la gueule des autorités, depuis l’école maternelle jusqu’aux résidences pour personnes âgées, en passant par les gens à la rue, les mal logés, les travailleur.euse.s pauvres qui sont bien souvent, tiens tiens ! les moins dispensables en cas de crise sanitaire (alors que d’autres…), au point que ceux et celles qui les maltraitent à longueur d’années les disent essentiels. Les blouses blanches annonçaient depuis des mois qu’on allait droit dans le mur et elles y sont désormais, bien seules, mais à la vue de tou.te.s. Quarantaine oblige, j’ai eu le temps de prendre du recul, tandis que les travailleur.euse.s de terrain ont, plus que jamais, le nez dans le guidon et pas le temps de le lever. Pour eux.elles aussi, je suis plus disponible, en tout cas pour réseauter, mobiliser, communiquer, gueuler.

Je lis. Je range. Je cuisine. Je fais du sport. Uniquement par plaisir. Ma vie privée quotidienne n’a plus rien d’obligatoire, c’est ce que je ressens dans mes tripes, c’est ce que je me dis tout le temps. Tout ça me pesait, en tout cas souvent. Ce n’est plus le cas.

Je sais que ça non plus, ce n’est pas donné à tout le monde, ne me lancez pas des cailloux. Mon salaire arrive tous les mois, mes revenus complémentaires aussi, même s’ils ont diminué. On a un PC familial et j’ai un PC professionnel. On a des livres, on a la télé, on a internet, on a des instruments de musique. Je me suis même souvenue que j’avais un fer à repasser. Mon fils est grand et autonome. On s’entend bien. Il me prévient le matin (enfin, quand il émerge) s’il n’a pas envie de parler. Il précise qu’il m’aime, mais qu’il n’en peut plus de moi, mais qu’il m’aime (hein maman).

Bien sûr, je veux continuer à me battre, à emmerder mon monde, à mobiliser, à réclamer que tout le monde ait au moins ce que j’ai. Je veux repartir au combat pour toutes celles et ceux que la société ne pourra plus ignorer maintenant qu’elle ne peut plus faire l’autruche. Et pour toutes celles et ceux que cette crise aura mis à terre. Les indépendants, leurs employé.e.s, les artistes, les intérimaires, les travailleur.euse.s au noir. Je veux continuer à faire tout ça sans me perdre dans des polémiques imbéciles dans lesquelles j’adorais me vautrer il y a deux mois. J’ai zappé bien des gens, je zappe bien des débats stériles et je sais que ça ne fait pas du bien qu’à moi.

Bien sûr, je réalise l’atrocité de ce qui se passe. Pas un jour sans qu’un.e ami.e ne perde un.e proche. Pas une semaine sans qu’un contact ne décède. Pas un jour sans que les larmes me montent (les émotions aussi, je les retrouve) à l’idée des gens qui sont seuls, vraiment seuls, dans ce confinement. Pas un jour sans que l’un.e ou l’autre ne me dise son épuisement, sa peur, sa détresse financière ou autre.

Pas un jour sans que vous me manquiez, c’est sûr. Même toi, chef, même toi avec tous tes problèmes, même toi et ton association. Même toi à qui j’ai parfois une paire de baskets à offrir, un hébergeur à trouver, une pièce à donner. J’ai une furieuse envie de vous revoir. J’ai une furieuse envie de faire la fête. J’ai une furieuse envie d’être saoule au point de penser que je danse bien, et de danser et d’aimer tout le monde.

Mais j’ai réalisé que je m’étais oubliée et que je n’ai plus trop envie de me quitter.

Il faudra leur dire. Il faudra leur dire la lenteur. Il faudra leur dire l’absurdité de trajets inutiles, de travaux inutiles, de stress inutiles, des consommations inutiles. Il faudra leur dire l’hypocrisie du système. Il faudra leur dire qu’on veut travailler pour vivre et pas vivre pour travailler. Il faudra leur dire où est l’argent.

Il faudra leur dire les choses essentielles. Il faudra leur dire que tout le monde y a droit et que c’est leur devoir.

 

 

En Belgique en 2020, la pénurie et l’absentéisme de profs sont tels qu’on en fait des combats « urgents et prioritaires » dans les discours politiques sans toutefois, ne rêvons pas, évoquer la précarité de ce métier qu’on embrasse le plus souvent dans des contrats précaires (de remplacement, à temps partiel), avec des horaires ingérables (certains profs ont plus de 20 classes différentes par semaine, puisqu’ils donnent un cours d’une heure par semaine, d’autres doivent aller d’une école à l’autre dans des délais impossibles à respecter), sans toucher leur salaire à la fin du premier mois (ni du second), avec retour au chômage (tracasseries administratives à l’appui) à la fin de l’intérim et incertitude sur la suite des événements parfois jusqu’à un mois après la rentrée, parfois jusqu’au prochain remplacement on ne sait pas où, dans quel réseau, dans quelle option et même dans quelle matière, le tout dans des conditions indignes d’une société qui prétend que l’éducation est au coeur de ses valeurs.

On ne compte plus les écoles qui s’écroulent littéralement sur professeurs et élèves, qui n’arrivent plus à se chauffer ni même à donner la formation pourtant au programme, pour cause d’insalubrité.

Un peu partout, un « droit de chaise » est réclamé pour les enfants qui viennent à l’école avec leurs tartines. Dans le secondaire, faute de pouvoir les réclamer pour d’autres choses (gratuité oblige !), des écoles exigent des montants exorbitants pour des frais de photocopies (quel élève reçoit pour plus de 80 euros de photocopies par an ?) Et puis il y a le financement des bricolages (on paie le matériel pour le cadeau de fête des mères, on finance le matériel pour le bricolage qu’on achètera au marché de Noël), celui des excursions, de la piscine, des classes vertes et des classes de neige, du voyage de rhéto… Certains profs y vont de leur poche aussi (après tout, ils n’ont que ça à faire de leur salaire mirobolant), pour procurer l’élémentaire à leur classe et parfois un bic ou des crayons à un élève. La garderie coûte un pont aussi.

Et si des parents n’y arrivent pas, désormais, dans le libre comme dans l’officiel, on a ici et là (de plus en plus) décidé que les choses se régleraient par voie d’huissier.

Quant aux directions, elles ne sont pas mieux loties, entre les inscriptions dont les règles changent environ chaque année depuis des années, des profs à trouver pour remplacer les absents, des profs à virer parce qu’ils perdent leur priorité à la faveur d’autres qui ont le titre requis, des horaires à assurer, des monceaux de paperasses à gérer, des burn out (y compris le leur) à prévenir et des plomberies à réparer.

Voilà où on en est.

Et aujourd’hui, on apprend que le montant évalué pour remettre les écoles francophones en état dépasse le milliard d’euros. Et on entend à la radio le ministre Frédéric Daerden, qui assure la tutelle sur Wallonie-Bruxelles Enseignement, envisager pour ces réparations de recourir à, je cite, « l’implication citoyenne », via, je recite « l’épargne, qui ne rapporte de toute façon plus rien ».

Mais pas d’inquiétude. L’enseignement est au coeur des priorités de nos dirigeants, qui savent comme nous que l’enseignement, c’est le coeur d’une société. C’est son présent et son avenir. C’est sa beauté, c’est sa confiance. C’est, pour employer un terme qu’ils adorent, son ambition. Le pacte d’excellence est bien la preuve qu’ils y travaillent.

On pourrait se demander pourquoi aucun d’entre eux n’envisage de recourir à l’implication citoyenne via une épargne qui ne rapporte de toute façon plus rien pour acheter des avions de chasse, mais on ne voudrait pas finir ce billet par un propos populiste… Et puis bon, ce sont nos enfants quoi, merde. Après tout, c’est pour eux qu’on épargne, non ?

Tout qui a connu la dèche sait aussi qu’une fois entre les mains d’un.e huissier.e, une facture impayée sera majorée, et pas un peu. Il n’est pas du tout étonnant que pour un impayé de 4 euros, une débitrice se soit finalement retrouvée avec plus de 600 euros à payer à un huissier. « Pas étonnant » ne veut bien entendu pas dire « acceptable », mais c’est un autre débat que celui qui m’occupe ici et qui concerne un choix politique à mes yeux totalement inacceptable tant d’un point de vue humaniste que d’un point de vue gestionnaire.

Ce choix politique (Ô combien !), c’est celui de recourir à des huissiers pour récupérer des créances scolaires, même minimes (mais peu importe le montant). C’est le choix de certaines écoles du réseau libre (je l’ai vécu) et aussi celui de certaines communes pour ce qui concerne l’enseignement communal.

À La Louvière récemment, une mère célibataire s’est donc vue réclamer par un huissier la somme de 611 euros pour une dette de garderie de… 4 euros. Pour la petite histoire, cette dame n’avait pas été mise au courant de cette dette, son compagnon d’alors ayant jeté ses courriers (nous sommes donc face à un cas de rétention d’informations par un conjoint hostile). À la Ville, on explique que la direction de l’école avait averti la maman via sa fille adolescente venue chercher sa petite soeur à l’école.

Comme ça, tranquillou. On vous explique que la direction de ce qui doit être le lieu par excellence de la pédagogie aborde une mineure d’âge pour lui parler des dettes de ses parents et considère que cela fait, elle a dûment informé lesdits parents. Mais passons encore, l’énormité de cette justification n’est pas non plus le sujet de ce billet (même s’il faut la relever et songer à faire quelque chose de toute urgence pour former cette direction).

Même la gratuité de l’enseignement n’est pas le sujet de ce billet (elle mériterait pourtant bien des billets).

Le sujet de ce billet est que, dans une société où les dettes deviennent insurmontables une fois confiées à un huissier, où l’enseignement gratuit est un doux rêve et où une direction d’école manque du plus élémentaire sens de la pédagogie, les autorités politiques d’une commune décident de passer par des huissiers pour récupérer des créances scolaires.

Le sujet de ce billet, c’est qu’en réponseà une proposition de motion du PTB louviérois, qui propose qu’il ne soit plus fait appel à des huissiers pour récupérer des créances scolaires, mais à un.e assistant.e social.e (comme ça se fait déjà ailleurs), la majorité PS-Ecolo, soutenue en cette occurrence par le MR, trouve normal de recourir à des huissiers pour récupérer des créances scolaires. Trouve que la créancière a été dûment prévenue en début d’année et via sa fille (!), que « la Ville tend assez la main » (Ecolo) et qu' »on ne va quand même pas embaucher un.e assistant.e social.e dans les écoles » (Jacques Gobert, bourgmestre PS) et qu’on rappellera aux parents en juin qu’une carte de garderie prépayée, c’est quand même plus pratique et « qu’en cas de difficultés financières il est possible de s’adresser au CPAS » (Françoise Gihot, PS). Et la majorité d’invoquer… le droit à la vie privée (chose que bien sûr aucun.e assistant.e social.e ne connaît ni ne respecte, c’est bien connu).

Et pourquoi n’engagerait-on pas un.e assistant.e sociale pour gérer ces dossiers et bien d’autres choses que dans chaque école on ne gère pas ou qu’on abandonne à des instites dont ce n’est ni le rôle, ni la compétence ? Pourquoi pas ? Ne fut-ce qu’un.e seul.e pour les écoles communales de l’entité pour gérer cette question précise-là ?

Faut-il vraiment expliquer aux PS et Ecolos louviérois que la pauvreté coûte plus cher qu’y remédier ? Faut-il vraiment leur dire qu’on ne résout rien en majorant les factures de gens qui n’ont pas les moyens de les payer ? Faut-il vraiment leur dire que ça aggrave leur cas ? Faut-il leur expliquer que le temps passé en procédures internes aux écoles, en procédures via huissier, en débats politiques, c’est aussi de l’argent, tout comme les frais d’huissier ? Est-ce qu’ils apprendraient quelque chose si on leur racontait comment le surendettement mène tout droit au CPAS et que le CPAS, c’est aussi l’argent des contribuables ?
Ne peut-on pas juste espérer que faute d’humanisme, ces élus aient au moins le bon sens de se dire que oui, un.e assistant.e sociale fait un meilleur boulot social, curatif et préventif qu’un huissier et que c’est tout bénéfice, y compris financier, pour une commune ?

Pour ne pas terminer par une question, je vous propose de contempler en cliquant ici le lamentable spectacle offert par la majorité hier soir au conseil communal, qui est sortie de la salle pendant 10 minutes pour protester contre ce qu’elle appelle la « démagogie » du PTB (et quand bien même ça serait démagogique, ce n’est pas comme ça qu’on mène un conseil communal). Ces images consternantes ne me donne personnellement aucun espoir quant aux réponses (que je n’aurai de toute façon pas, je sais) à mes questions ci-dessus.

Il est grand temps de grandir un peu. De sortir des postures imbéciles . Quand une proposition mérite réflexion, il faut y réfléchir, d’où qu’elle émane, même si elle émane du PTB. Nous, citoyen.ne.s Louviérois.es , méritons en tout cas clairement mieux que ça. Sur le fond comme sur la forme.

 

Si vous cherchez Viva for Life sur le net, vous tombez sur une page du site de la RTBF avec en banner ce slogan : « La pauvreté c’est inacceptable. Chez les enfants, c’est insupportable ». Dès l’abord donc, il y a de quoi discuter. La pauvreté, c’est en effet inacceptable, a fortiori quand elle côtoie au quotidien la débauche de pognon d’une société capitaliste. Mais la pauvreté n’est pas plus insupportable quand elle touche des enfants que quand elle touche des parents. Elle l’est même probablement moins pour des enfants, qui ne la subissent jamais que parce que leurs parents sont pauvres et qui ont, eux, encore des gens sur qui compter, une certaine insouciance (même si abîmée), pas de courriers à ouvrir, pas de loyers à payer, pas d’huissiers à recevoir, pas de discours politiques odieux et de contrôles en tous genres à subir, pas cette trouille permanente de lendemains incertains pour soi et… pour ses enfants. Mais soit, il faut bien récolter de l’argent et on le sait, les gens donnent généralement plus facilement pour des enfants que pour des adultes.

Pour en savoir plus sur le concept de l’opération, il faut chercher un peu. J’ai trouvé dans le « à propos » de la page facebook de l’opération, non mise à jour  :

VFL

Nous voilà donc face à des gens riches qui vont jouer aux pauvres sur une place publique, sous les caméras, dans un cube en verre, en faisant semblant de jeuner pour… à vrai dire je n’ai jamais compris pourquoi. D’autant que depuis que l’opération existe, les gens à la rue se sont multipliés et le manque de tout, la malnutrition et les autres dégâts de la pauvreté s’étalent chaque jour aux pieds de tout qui se balade en rue dans une ville de Belgique en 2019. Y compris des enfants, surtout pendant les vacances, puisque pour les gens pauvres qui n’ont d’autres ressources que ce que des passants versent dans leur gobelet (sans soupe), il n’y a pas de stages, de baby-sitter, de garderies ou de playstation.  Pas de télé non plus et c’est heureux – ou dommage ? – parce que ces gens-là savent mieux que personne l’ahurissante indécence de cette exposition de gens volontaires, propres sur eux, nourris aux vitamines dans un cube tout chaud, avec commodités, WC, suivi médical, stars en tous genres et politiciens endimanchés, qu’ils vont quitter après quelques jours pour passer les fêtes en famille dans les logements confortables.

Pendant quelques jours donc, ces animateurs vont avoir de la visite. Et comme ils vont recevoir sous l’oeil des caméras et des badauds, le monde politique se pressera à leur porte avec de jolis chèques pleins de zéros et de jolis discours larmoyants sur les enfants pauvres. Revenons à l' »à propos » de la page facebook de l’opération, qui nous parle aussi de son objectif :
VFL 2

Un objectif louable, cela va de soi. Il faut en effet sensibiliser et mobiliser sur la pauvreté (infantile, soit). Mais une opération caritative qui reçoit en grande pompe les premiers responsables de cette pauvreté et leurs chèques payés avec nos deniers alors qu’ils sont mandatés avec nos deniers pour la combattre, c’est le contraire de sensibiliser. C’est désinformer. C’est faire croire à tout le monde que ces gens n’ont rien à se reprocher et mieux (pour eux), c’est faire croire à tout le monde qu’ils sont généreux. On ne peut pas lutter contre la pauvreté et applaudir ceux qui ont le pouvoir de la combattre et ne le font pas et, pire encore, la créent.

Quant au coût de l’opération elle-même (financée… par nous), il est un mystère. Combien pour ce cube, ceux qui vivent dedans, ceux qui s’y pressent ? Combien pour les moyens techniques colossaux nécessaires ? Combien pour l’hébergement des équipes qui gèrent le tout ? Combien pour la mobilisation de la ville qui l’accueille ? Nul ne le sait et cette opacité prête le flanc à toutes les suppositions, qui vont évidemment bon train.

C’est CAP48 qui gère l’argent récolté et on sait que CAP48 est capable de récolter de l’argent sans sombrer dans l’indécence. Elle le fait chaque année pour les associations qui viennent en aide aux personnes handicapées. Elle pourrait même le faire en refusant les chèques (notre argent!) des politiques qui se pressent dans ces grandes messes qui ne sont jamais que les révélateurs d’une situation qu’il faut combattre. Elle pourrait même le faire en dénonçant des politiques qui refusent de reloger, de rénover, de donner à chacun.e les moyens de sa subsistance, de répartir les richesses, de permettre aux adultes de prendre soin de leurs enfants.

Soyons très clairs : Viva for Life ne combat pas la pauvreté. D’ailleurs, la pauvreté, y compris infantile, n’a cessé d’augmenter depuis que l’opération existe. Elle permet à des associations qui tentent d’en limiter les dégâts de continuer à travailler et ce, grâce aux dons de particuliers, directement ou via les chèques précités.

Et ces associations sont réellement utiles, du moins si on ne veut pas qu’en attendant une société plus juste, des gens (ou devrais-je dire plus de gens encore) meurent de cette pauvreté qu’on peut pourtant combattre. Et ces associations savent tout ça, mais elles se prêteront au jeu, même s’il est sale, parce que sans lui, elles ne peuvent pas continuer.

Une fois de plus donc, il faudra donner. Pour ces associations. (Ou mieux, comme le précise Irène Kaufer, directement à ces associations). Mais on ne peut pas mener des opération caritatives sans rappeler, inlassablement, qu’elles ne devraient pas avoir à exister. Et on ne peut pas mener des opérations caritatives n’importe comment.

Un autre avis ici

 

 

Hier sur les pages Facebook de 3 médias encore dignes de ce nom (La Libre, Le Vif, RTL), des haineux se sont déchaînés à propos de la mort d’un bébé en Syrie.

Je vous passe les captures, que j’ai pour ma part faites sur la page de La Libre (et de toute façon, les propos sont encore là), pas besoin d’être grand clerc pour les imaginer : ça va de « On s’en fout » à « Un de moins », en passant par toutes sortes de considérations sur ce danger pour la société que constitue un bébé de quelques semaines dont « de toute façon les parents n’avaient qu’à pas ».

Le me suis attachée, avec d’autres, à répondre aux commentaires de La Libre. Expliquer que prendre la peine d’aller dire sur un réseau social qu' »on s’en fout » de la mort pourtant évitable d’un enfant ou pire, qu’aller sous l’annonce de la mort d’un bébé pour s’en réjouir, ça ne va pas. Réclamer aussi que la modération fasse son travail (bloquer les commentaires, effacer les commentaires racistes et haineux, ou encore leur répondre). En vain.

LL modo

Enfin non, pas tout à fait en vain, puisque certains de nos commentaires à nous « les extrêmes gauchistes » (oui parce qu’apparemment, selon certains commentateurs, ne pas vouloir se réjouir de la mort d’un bébé est un truc d’extrême-gauche) qui nous démenions pour faire le job, ont été effacés.

On nous dira (on nous dit toujours) que le racisme n’est pas un délit, et c’est vrai. C’est l’incitation à la haine raciale qui est un délit. Pour ma part, je pense qu’en postant un article et en laissant la haine se déverser dans les fils de commentaires en ne modérant que ceux qui la combattent, c’est de l’incitation à la haine. Et c’est encore plus grave quand on le fait pour s’attirer « du clic », et donc du pognon.

Mais il y a pire encore à mes yeux. On est là face à trois médias qui nous servent régulièrement des considérations sur la haine sur les réseaux sociaux. Qui nous affirment sans cesse, la lippe tremblante, que le racisme ne passera pas par eux. Qui nous promettent la main sur le coeur qu’ils le combattront à l’avenir (un avenir lointain sans doute). Et qui les entretiennent et les nourrissent.

On est là face à trois organes de presse qui ont vocation à nous informer et qui laissent dire tout et n’importe quoi sans rien expliquer, effacer, répondre sur leurs pages (sabotant au passage le travail de leurs journalistes). Qui laissent systématiquement l’ignorance crasse des uns se nourrir des mensonges des autres.

En plus – il suffit de parcourir les trois fils de commentaires pour les repérer, c’est très facile – on retrouve sur les trois pages les mêmes « personnes » (souvent de courageux anonymes) et les mêmes commentaires. La tactique de l’extrême droite est bien connue, elle était déjà pratiquée avec des courriers « papier » envoyés aux médias avant internet : on se déplace en meute et on pollue les fils des commentaires et les profils de ceux qui les combattent de propos haineux.

Il suffirait des leur interdire l’accès, au moins à eux. Mais ça… clic.

Hier, de nombreux médias se faisaient l’écho d’un communiqué de la Ligue belge contre l’antisémitisme qui dénonçait une vidéo humoristique de et avec Sihame Haddioui, comédienne de formation et depuis peu échevine écolo de l’égalité des chances à Schaerbeek. Une vidéo réalisée en 2012, dans laquelle la dame propose une caricature au cours de laquelle elle fait une quenelle (parce qu’elle caricature des djeuns qui la font).

J’ai réagi directement sur les pages Facebook de deux médias, DH.be et RTL Info, ainsi que sur mon mur. Pour souligner le caractère clairement humoristique de la vidéo et pour dénoncer le déferlement de haine islamophobe auquel on pouvait déjà assister sur la page de la DH et qui n’allait pas manquer sur celle de RTL, le tout bien entendu sans aucune modération par ces médias et aucune réaction de la Ligue belge contre l’antisémitisme. J’ai également ici et là souligné l’opportunisme d’une telle sortie, 7 ans après la diffusion de la vidéo et en pleine campagne électorale.

Jusque là, j’ignorais totalement à qui j’avais affaire en dénonçant ce bad buzz. Je savais bien entendu que je me prendrais les traditionnels haineux en pleine poire et ça n’a pas manqué, mais je m’attendais moins à la réaction de la Ligue qui, non contente de faire l’amalgame entre une caricature et un propos politique, s’en est prise à moi de manière, disons-le gentiment, fort peu élégante :

Ligue 1Ligue 2ligue 3

 

Il n’en fallait pas plus pour que je fasse une petite recherche (ça prend quelques clics, mesdames et messieurs des médias) et que je découvre que la Ligue belge contre l’antisémitisme est dirigée par un certain Joel Rubinfeld, accessoirement ex CCOJB et beaucoup moins accessoirement ex vice-président du Parti Populaire (extrême droite).

PP

Je crois que tout est dit. Mais j’aimerais tout de même ajouter qu’à titre personnel, si je trouve lamentable le niveau du discours politique et encore plus lamentable celui du discours politique en campagne, je trouve totalement inacceptable que des médias qui se disent d’information relayent de telles manoeuvres sans même prendre la peine d’une toute petite recherche et, c’est pire encore à mes yeux, en laissant sous une « info » qui prétend dénoncer la haine se déchaîner les haineux, sans aucune modération. Ces mêmes médias qui, pour rappel, prétendent régulièrement qu’à leurs yeux, cette haine est inacceptable.